Pourquoi avoir choisi une carrière dans la police ?

CHRIS , chef de l’antenne RAID de Nancy : Ma motivation première était de servir mon pays… Je pense que cela faisait écho aux histoires que me racontait mon grand-père qui avait versé son sang pendant la Seconde Guerre mondiale. Très jeune, je me suis dit que j’irais dans l’armée ou la police. A 18 ans, j’ai fait une prépa militaire parachutiste et, en même temps, j’ai passé le concours de gardien de la paix. Je suis allé vers l’institution où les portes se sont ouvertes en premier. Cela a été la police.

 

Comment êtes-vous arrivé à la tête du RAID de Nancy ?

J’ai passé les dix dernières années aux stups du « 36 » quai des Orfèvres, siège de la police judiciaire parisienne. J’aimais ce que je faisais. Surtout les interpellations. Rassembler des preuves pour faire tomber des trafiquants, c’était bien sûr excitant, mais la récompense, ça restait pour moi les arrestations. Or, le RAID intervient dans le haut du spectre en la matière. Et puis, comme beaucoup, j’avais une grande admiration envers les hommes et femmes de cette unité. Alors, avant d’atteindre la limite d’âge (qui est de 40 ans), je me suis dit : c’est maintenant ou jamais.

 

Avez-vous passé les mêmes tests de sélections que vos hommes ?

Oui. Après deux ans de préparation. Il y a plusieurs centaines de candidats tous grades confondus chaque année et seulement une douzaine d’heureux élus. Cela commence par une étude de votre dossier, un entretien avec le chef d’antenne du RAID de votre secteur et une visite médicale draconienne. Si vous êtes retenu, vous avez le droit de participer aux tests de présélection. Cela consiste en diverses épreuves physiques. Si vous réussissez cette étape, vous passez ensuite à la semaine de sélection où vous êtes placés dans des conditions extrêmes 24 heures sur 24. Avec notamment des privations de sommeil. Dès votre arrivée, une psy détermine votre profil et observe ensuite comment vous réagissez. On a tous des traits de caractère dominants et il faut vérifier qu’aucun d’entre eux ne pose problème.

 

Ce ne sont donc pas les aptitudes sportives qui sont déterminantes ?

Elles le sont en partie. Mais cela ne suffit pas. Il faut surtout des mecs qui en ont là (il montre son crâne). Il est certain qu’il faut avoir de très bonnes capacités physiques car il faut être capable de porter de lourdes charges entre les protections balistiques et le matériel. Les entraînements sportifs et tactiques sont d’ailleurs là pour nous maintenir à un haut niveau opérationnel. On veut des gars qui en ont dans le ventre, mais aussi dans la tête. Par ailleurs, je préfère quelqu’un qui ne fait pas ses cent pompes mais qui a du cœur. Il faut être prêt à aller chercher son copain en difficulté. Il n’y a pas de place pour les individualistes, ni pour les cow-boys.

 

C’est l’esprit de groupe qui est fondamental ?

Oui. Quand vous bossez ensemble, quand vous en bavez ensemble, il se passe un truc. Ici, à Nancy, nous formons une famille. On se voit en dehors du boulot. Et lorsque l’alerte sonne, tout le monde rapplique, même ceux qui ne sont pas d’astreinte.

 

Quels sont vos horaires ?

En théorie des horaires de bureau. Mais en théorie seulement. Et il y a toujours la moitié du groupe qui est d’astreinte, prêt à partir dans la demi-heure.

 

Combien gagnez-vous ?

La même chose qu’un policier du même grade. Avec juste une prime de risque. Cela représente quelques centaines d’euros. Au départ, vous trouvez ça énorme mais vu les contraintes, ce n’est pas cher payé. De toute façon, aucun de nous ne fait cela pour l’argent.

 

Source : Le Répubicain Lorrain – article écrit par  Christophe Gobin et Eric Nicolas

Photo © Alexandre Marchi