La protection rapprochée à l’étranger version police

Fabien 13 novembre 2012 0

« La Force d’Intervention de la Police Nationale (FIPN) a été envoyée en urgence en Syrie, pour renforcer la protection de l’ambassadeur de France à Damas. Déjà présente à Beyrouth et à Kaboul, la FIPN a mis en place un nouveau stage de protection. Une expertise qui monte.

Les événements en Syrie allant en s’aggravant, à l’automne, le ministère des Affaires étrangères a recouru à la Police Nationale pour renforcer en urgence la sécurité de son ambassadeur.

Le contexte environnemental et matériel  est très particulier, demandant une expertise intraitable… et réactive.

C’est la FIPN qui a répondu sur un très court délai à la demande du ministère. En décembre, le service organisait un stage de mise en condition avant déploiement, trois semaines avant le départ des personnels police.

Ce qui permet à ces derniers, issus d’horizons très divers,  de se connaitre, de travailler ensemble et de se plonger dans le bain, avant d’arriver sur place.

Le stage comprend du tir, de la conduite, et un volume de connaissances sur l’environnement, y compris la menace IED. Une instruction techniques est  aussi donnée sur des armements  courants (G36, lance-grenades 40 mm) dans certains  pays à risque comme l’Afghanistan, mais qui ne sont pas forcément  connus par tous les opérateurs.

Un ambassadeur liste les carences.

A l’origine, c’est la FIPN  qui a mis en place ce nouveau stage normé, dont c’était seulement la deuxième édition.

Tout serait parti d’un constat de carences effectué par le nouvel ambassadeur français  Bernard Bajolet, lors de son arrivée en poste,  en février, à Kaboul.

Le système était alors très différent, et le turnover, beaucoup plus important, ce qui nuisait sans doute à l’efficacité de l’ensemble.

Particularité locale : le chauffeur de l’ambassade était un autochtone  qui n’avait pas les rudiments de la conduite rapide dans un pays en guerre ;  et les personnels tournaient  entre la protection de l’ambassadeur et de l’ambassade, sans avoir forcément la formation idoine pour l’un et pour l’autre.

Dans sa carrière, le diplomate, ancien coordonnateur national du renseignement, est passé dans des villes un peu complexes (Sarajevo, Bagdad, Amman, Alger), il est donc parfaitement aguerri et averti des prérequis de sécurité en zone conflictuelle.

La FIPN s’est chargée d’auditer le dispositif policier alors en place, tout en proposant le stage de mise en condition, qui profite donc immédiatement aux partisans en Libye, ou vers d’autres destinations.

Parmi les mesures rapides, le mandat passe à trois mois, on harmonise l’armement  et les formations, et un chef de détachement, ancien des GIPN et du RAID, est arrivé en décembre, affecté pour quatre ans. Toutes les habitudes ont aussi été gommées.

La police avait senti ces besoins émergents, sans pour autant aller  au bout de la logique de formation et d’emploi, faute de tête de file.

En matière de matériel, la Direction Générale de la Police Nationale (DGPN) avait notamment fait acheter, dès  2009, des armements  dédiés à la protection en zone hostile : des gilets classe IV (Burgmann), des lance-grenades HK de 40mm  (munitions fumigènes et explosives), des fusils d’assaut SCAR et HK 417.

Le SCAR-H (heavy, en 7,62 x 51) avait été retenu dès 2009, avec son petit frère  (SCAR-L en 5,56 x45), pour une expérimentation visant à renforcer la sécurité des équipes œuvrant en Afghanistan et au Soudan, dans des ambassades jugées à risque.

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L’arme de référence reste le G36C ;

Certaines armes sont dotées de lanceur HK de 40mm. On a aussi évoqué, sans confirmation, le recours au MP7, déjà apprécié pour sa compacité par des opérateurs de la Direction Générale de la Sécurité Extérieure (DGSE).

Des tenues tactiques civiles ont aussi été acquises, et étrennées par le RAID en Libye.

Elles avaient été utilisées pour la première fois en Afghanistan  et au Soudan.

Le lot « opex » – la police emploie ce mot désormais,  comme l’armée  – comprend un casque balistique MSA V3 Swat, des lunettes balistiques ESS modèle ICE, des gilets pare-balles finlandais Verseidag classe NIJ IIIA avec plaques niveau IV.

Initialement, c’est le pistolet automatique Beretta 92 FS qui a été retenu, du fait de la bonne capacité de son chargeur (14 balles), mais, pour harmoniser les dotations, la FIPN a fait passer le détachement de Kaboul et de Damas en Glock  17, arme de référence  au RAID.

Les holsters sont fournis par GK.

Pour rendre le stage le plus réaliste possible, un célèbre fabricant de véhicules 4×4 prête deux engins de configuration assez proche de ceux que les protecteurs utiliseront sur place, à Kaboul.

Cela permet de bien adapter les modes opératoires aux dimensions de ces véhicules et de bien mesurer ce qu’on peut mettre à l’intérieur.

Avec de bonnes comme de mauvaises surprises, si un seul véhicule est employé en recueil de l’autre, en cas de panne ou d’attaque.

Comme on a déjà pu l’écrire, le RAID a aussi pris de l’importance dans le soutien aux protections présidentielles, en  appui du Groupe de Sécurité de la Présidence de la République (GSPR, émanation du Service de Protection des Hautes Personnalités  -SPHP).

C’est particulièrement  le cas avec des plongeurs, des tireurs points hauts, etc.

Le RAID a prêté son concours lors de la visite du Président à Tripoli et Benghazi, ainsi qu’en Côte d’Ivoire.

Les mandats des missions de protection sont passés à trois mois, à commencer par l’Afghanistan .

Ces prélèvements d’effectifs ne sont pas neutres sur les unités, d’où le fa que la ressource et les moyens de formation aient été mis à profit. Sur le stage de protection, on trouvait aussi bien des personnels du RAID (parmi les formateurs, des personnels qui reviennent des théâtres), des GIPN et du SPHP (Groupe d’Appui des Hautes Personnalités – GAHP).

En Afghanistan et en Libye.

En Afghanistan, la disponibilité est totale pour l’équipe présente sur place.

Le risque est partout, y compris dans l’ambassade : plusieurs ambassades ont été ciblées par des attentats à l’explosif, et il ne faut évidemment pas exclure les risques d’intrusion.

L’ambassadeur se déplace aussi régulièrement dans la capitale, et il ne refuse pas les sorties sur les FOB (comme le 31 décembre) ou dans les centres de formation où la France apporte sa contribution comme dans la province du Wardak.

« Rien ne se passe jamais comme prévu en Afghanistan », explique un des personnels du RAID qui a fait cette mission.

« C’est pour cela que les précurseurs sont essentiels ».

Le mode opératoire a été aussi changé pour « désilhouetter » le cortège traditionnel.

Les insurgés, qui en voient passer des centaines par jour, n’hésitent pas à cibler ceux qui leur semblent  les plus importants : vitesse excessive, véhicules facilement reconnaissables, antennes typiques.

La « protec » française a donc planché sur toutes ces questions, pour offrir un système plus pensé, plus discret et donc, de fait, plus efficace.

Des réflexions qui sont assez proches de celles que nous avions déjà évoquées en 2011, dans un article consacré au 1° RPIMA.

Toutes les problématiques de la protection rapprochée ont été concentrées lors de la visite du président de la république en Libye, un pays encore en guerre à l’époque. »

Article tiré du magazine RAIDS n° 309 – Février 2012

Texte de Yann Torebenn

Photo © Flashbang

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