Contre-terrorisme : les moyens français face à la menace

Fabien 13 février 2013 0
Contre-terrorisme : les moyens français face à la menace

 

 

« Comment le système actuel à deux composantes, GIGN et FIPN, peut-il maintenir ses savoir-faire dans un contexte budgétaire peu favorable ? Eléments de réponse …

Jamais le niveau d’alerte terroriste n’aura été aussi important depuis le 11 septembre 2001.
Oussama Ben Laden, leader d’Al-Quaida , a ciblé la France, nommément, en octobre.
En juillet, c’est sa franchise au Maghreb, AQMI, qui ciblait là aussi, précisément, la France, pour son engagement militaire au Sahel. AQMI est le descendant du groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC), lequel descend des groupes islamistes armés (GIA) qui avaient ciblé la France à plusieurs reprises dans les années 90.

Le GSPC s’était contenté de menaces régulières contre la France, sans toutefois arriver à passer à l’acte, en France même. AQMI est par contre responsable de la mort de l’otage français Michel Germaneau, en juillet dernier.

Le contre-espionnage dénoue, chaque année, plusieurs projets pouvant mener, directement ou pas, à des actes de terrorisme, sur notre sol même. Les 8 et 9 novembre, encore, quatre hommes et une femme soupçons de vouloir s’en prendre au recteur de la Grande Mosquée de Paris, Dalil Boubakeur, ont été arrêtés à Paris par la DCRI et la brigade criminelle de la préfecture de police (les quatre hommes ont été écroués, dans la foulée, tandis que la femme était remise en liberté).

Jamais, donc, la menace n’a été aussi concrète, sérieuse et directe, dans la forme.

Mais jamais, non plus, le niveau d’intégration de forces contre-terroristes, au sein de la police et la gendarmerie, n’aura été aussi développé. RG et DST, historiquement en pointe dans le domaine du renseignement contre-terroriste, ont fusionné dans la DCRI.

En matière d’intervention, on le sait, le chemin aura été (paradoxalement) plus long. Même si, dès 2007, au moins un projet radical d’évolution était défendu par certains anciens du domaine, au sein de la police. Il aura fallu attendre juillet 2009 pour créer la Force d’Intervention de la Police Nationale (FIPN), force de circonstance qui réunit RAID, GIPN et BRI/BAC lors de situations de crise. La FIPN, dotée d’un état-major, effectue également des entrainements et tend à mutualiser et coordonner l’équipement des différentes composantes.

 

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Dès 2007, la gendarmerie avait lancé l’évolution de sa propre structure d’intervention, autour du GIGN. Dès lors, le GIGN intégrait l’escadron para (EPIGN) et les effectifs issus de la composante protection (GSPR) dans une structure intégrée initiale de 380 personnels, qui doit, à terme, atteindre les 420.

 

Aujourd’hui, ces deux structures philosophiquement très différentes ont atteint leur rythme de croisière. Reste à les faire travailler ensemble, faire jouer les synergies possibles, sans perdre dans l’efficacité prouvée de ces deux structures. Et à éventuellement redéfinir les frontières d’influence des uns et des autres. C’était un des objets d’un rapport rédigé par l’ancien DGGN, le général Guy Parayre, et un haut fonctionnaire de la DGPN, Luc Presson. Tout en faisant également le point sur les matériels et sur les besoins à venir dans les années qui viennent.

 

 

A la suite de cet audit, la Place Beauvau a créé l’Unité de Coordination des Forces d’Intervention (UCOFI), dirigée par l’ancien patron du GSIGN, le général Pierre-Yves Cormier, et un commissaire divisionnaire issu de la police judiciaire, et qui dispose d’une expérience ancienne dans l’antiterrorisme.

Les réductions budgétaires opérées dans tous les ministères touchent aussi la Défense et l’Intérieur, qui soutiennent les forces d’intervention. Sans qu’on puisse parler de rigueur pour ces dernières, l’environnement du soutien évolue, et elles doivent en tenir compte.

De même, les missions de formation à l’étranger pourraient être affectées par des réductions d’activités ou , tout au moins, faire l’objet d’un examen plus étroit. D’ores et déjà, police et gendarmerie étudient préalablement leur missions à l’étranger.

 

Mais la rigueur touche désormais, directement, les moyens d’intervention. Un exemple parmi d’autres, le soutien aéromobile des hélicoptères du Groupe Interarmées d’Hélicoptères (GIH) fait actuellement l’objet d’une évolution, car il consomme à lui seul sept hélicoptères Puma, ce qui est notoirement trop pour l’état-major des armées (EMA).
A une époque , le système était même monté jusqu’à neuf machines, pour pouvoir en aligner quatre dans l’alerte.

Une première fois, le GIGN avait réduit ses besoins, pour épargner des machines. En limitant au strict nécessaire le matériel spécifique.

L’une des solutions pour permettre au système d’être pérennisé pourrait consister à faire assurer une partie des missions par les hélicoptères légers de la gendarmerie – quatre sont basés en permanence à Villacoublay – et à faire seulement assurer le complément par l’armée.
Deux de ces quatre hélicoptères sont des EC145, d’une capacité d’emport – toute théorique – de huit passagers. On sait cependant que le commando du GIGN ou de la FIPN, avec son équipement, réduira cet emport entre quatre et six, au total. Mais cette capacité permettrait, en tout cas, de projeter un « Harpon » précurseur.

De surcroit, l’hélicoptère permet de gagner du temps sur les longues distances : en deçà, c’est parfois plus rapide de prendre la voiture. Surtout si la météo s’en mêle.

D’autant plus qu’il faut aussi compter avec un schéma d’implantation des forces d’intervention sur le territoire, qui n’existait pas sous cette forme en 2006, à la création du GIH. La gendarmerie a créé des PI2G, qui peuvent constituer un premier rideau, le temps que le GIGN arrive. Et les GIPN, pour leur part, ont été formés sur les mêmes critères que le RAID. Toutes les composantes de la FIPN sont en cours de mise à niveau, sur l’équipement.

Même si chaque entité conserve ses points de force d’interventions spécialisées, le déploiement d’un premier rideau territorial permet de prendre la crise à bras-le-corps le plus vite.

Exemple : une crise sur une centrale nucléaire dans le Sud-Est, plutôt dans la gamelle opérationnelle du GIGN, doit pouvoir être prise en compte initialement par le GIPN de Lyon.

Peut-on se priver de deux assurances-vie ? Non, bien sûr. L’expérience démontre qu’en matière d’assurance, on paie le prix fort et les dégats le jour ou on ne paie plus sa prime.
C’est vrai pour les voitures tout comme pour la sécurité du pays.

Jusqu’à maintenant, les unités contre-terroristes françaises, parmi les plus anciennes dans le monde, n’ont jamais été prises en défaut. Le collectif fort de ces unités a permis de faire front contre des terroristes résolus, préparés, puissamment armés, et qui, souvent, avaient le lieu avec eux (leur refuge ou un avion) et un plan préparé de longue date.

Mais, si l’on prend l’exemple de Marignane, le GIGN s’était longuement entrainé à une intervention sur avion, qui représentait le scénario le plus évident à l’époque.

Depuis, le risque terroriste est moins bien identifié. On sait moins comment et quand il frappera. On le sait, le risque de prise d’otages de masse bouleverse encore le spectre de situations potentielles.

Le GIGN ne communique pas sur son entrainement. On sait seulement qu’il a participé à un exercice récurrent de contre-terrorisme, dans la deuxième quinzaine de novembre, avec les Commandos Marine, en Méditerranée.

La FIPN a réalisé plusieurs exercices depuis sa création, en juillet 2009. D’abord à Eurodisney, puis en région parisienne, sur trois sites (dont deux souterrains), et encore, en milieu portuaire et milieu clos, en octobre. Plusieurs entrainements du même type sont d’ores et déjà prévus.
Mais de nombreux défis restent sur la table, dont l’évolution du GIH, qui doit être tranchée d’ici l’été, mais pas seulement. La question risque aussi de se présenter sur certaines compétences critiques complexes à entretenir, comme la compétence para. Traditionnellement, le RAID a toujours entretenu cette compétence, car elle permet de constituer une possibilité de mise en place ; jamais utilisée cependant. Elle avait été envisagée, toutefois, pour surprendre le groupe AZF, lors d’une hypothétique remise de rançon.

La problématique est aussi la même pour les plongeurs. Le RAID dispose de plongeurs à l’air, qui doivent être prochainement formés en secteur gendarmerie, à Antibes.
La certitude d’accéder à des circuits de projection rapide doit aussi être sécurisée. C’est le cas , par exemple, dans le cadre du plan Piratair. Initialement, le GIGN avait prévu de prépositionner des véhicules SWATEC en province, mais le contrat s’est finalement limité à quatre véhicules, qu’il va falloir bientôt remplacer.

La FIPN, de son coté, multiplie l’équipement de ses bases en province. Trois fourgons blindés ont été récupérés de la Brink’s ; s’ajoutant au blindé du RAID, à celui du GIPN de Lyon (utilisé en juillet à Grenoble) et au car BAC de la préfecture de police. Le RAID devait également investir dans un véhicule pourvu d’échelles.

 

Le RAID, pour ses interventions à répétition en Corse, comme le GIGN, a régulièrement eu accès aux avions de l’armée de l’air. C’est un Falcon qui ramena Yvan Colonna, capturé par le groupe de Bièvres. Mais lors du dernier exercice d’ampleur de la FIPN, il a fallu faire avec les avions du ministère de l’Intérieur ; ceux de l’armée n’étaient pas disponibles.

 

Le GIGN a été conçu à l’origine, comme une unité d’intervention. Il a d’ailleurs, très tôt, démontré sa capacité à le faire à l’étranger, comme à Djibouti, sur une prise d’otages de ressortissants français (1976), mais aussi dans les Balkans, dans la recherche de criminels de guerre. Il s’est déployé pour des missions de protection de sites ou de personnalités sensibles en Côte d’Ivoire (2004), Haïti (2004), en Afghanistan … Et en Irak.

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Le RAID reprenait, quant à lui, sur un plan national, le concept de BRI-BAC développé à Paris, mêlant le travail de « PJiste » et d’intervention. Au fil des ans, ces deux unités se sont développés, faisant gonfler leur territoire opérationnel l’une vers l’autre. Ce sont ces points de concours qui aujourd’hui posent souvent des problèmes relationnels, pour ne pas dire de fortes tensions qui remontent parfois jusqu’aux directeurs généraux.

Le RAID avait développé en 1996 une composante d’observation recherche (GRI), assez proche de celle tenue par le GOR (Groupe d’Observation Recherche) de l’EPIGN. Le GRI a été dissous et ses effectifs sont allés renforcer l’intervention.
Deux philosophies différentes président à la FIPN et au GIGN. Ce dernier est concentré sur une base unique à Satory, qui vient d’être agrandie pour accueillir tout le personnel. L’effectif du groupe avait été multiplié par presque quatre ! Le GIGN agglomère, depuis 2007, deux composantes aux cultures très différentes, le GIGN et l’EPIGN, mais dans une structure organique unique. Tous les opérateurs ont désormais une qualification de base à l’intervention.

La FIPN agrège des composantes éparses géographiquement, mais à la culture relativement proche. C’est d’ailleurs e qui a permis de mettre en place aussi rapidement et sereinement, un tronc commun d’intervention (TCI) entre le RAID et le GIPN, désormais, intègre aussi la BAC-BRI.

Cependant, ces différentes unités restent, hors période de crise, « dans la main » de leurs directions respectives, qui continuent à noter les effectifs, et à les équiper. La gestion de carrière peut en être compliquée. Même si les trois entités dépendent de directions différentes (DGPN, DCSP, PP), de larges passerelles existaient par exemple, entre le RAID et le GIPN, tant au niveau des opérateurs que, parfois, des chefs. L’activité opérationnelle est urbaine, dans la quasi-totalité des cas. Ce qui donc, très souvent, permet de bénéficier de la logistique de la police nationale en tenue, de moyens de secours, etc.

Le 30 juin 2009, le général Favier déclarait devant nous, à l’Assemblée nationale (colloque défense et stratégie) : « Il y a nécessité absolue à regrouper nos compétences (…) Considérer qu’on peut gérer les prises d’otages massives avec les seules unités spécialisées, c’est courir à l’échec. » A peine un an plus tard, alors que la défiance était à son comble entre le RAID et le GIGN, le ministre de l’Intérieur confessait, à Satory, lors de l’inauguration de la nouvelle caserne Pasquier : « Les deux grandes forces ont chacune leur légitimité (…) elles ont vocation à coopérer (…)Il faut additionner et pas diviser ». Brice Hortefeux avait aussi appelé à une « meilleure synergie » entre les forces spéciales relevant du ministère de l’Intérieur. « Il n’est pas question de les bousculer (…) cette coopération (doit se faire) dans le respect de compétences de chacun ». Plaidant pour la poursuite d’exercices communs et de formations mutualisées, le ministre de l’Intérieur souhaite que les forces de la gendarmerie et de la police puissent « s’appuyer mutuellement dans des situations d’engagement extrême ».
Ce qui, dans la configuration actuelle, serait très difficile vu leur méconnaissance réciproque. »

 

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Tiré de Police Pro n°25 – Janvier Février 2011
Texte de Jean-Marc Tanguy

 

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