Interview avec Serge P, ancien chef opérationnel du GIPN de Marseille

Fabien 9 mai 2013 0
Interview avec Serge P, ancien chef opérationnel du GIPN de Marseille

FIPN-SPHP : Peux tu te présenter s’il te plait ?
Serge P : Petit fils de légionnaire, j’ai toujours été respectueux de l’uniforme. Étant sportif (pratiquant de karaté et sports de combat), je me suis tourné vers les métiers des armes.
J’ai été engagé militaire à Saint Maixent, puis à 22 ans j’ai passé le concours de gardien de la paix.
J’ai ensuite passé le concours d’Officier de Police en 1987.

F-S : Quelles ont été tes premières affectations ?
S. P : J’ai commencé ma carrière aux UMS (Unités Mobiles de Sécurité) à Marseille de 1980 à 1982.
J’ai ensuite intégré le GIPN de Marseille sous les ordres de Nguyen Van Loc de 1982 à 1984, j’ai ensuite servi en BAC de Marseille de 1984 à 1987, puis j’ai réussi le concours d’Officier.
Lieutenant en CRS puis retour au GIPN comme Chef Opérationnel de 1990 à 1996..


F- S : A quel moment tu as intégré le GIPN de Marseille et pour quelles raisons ?

S. P : J’ai intégré le GIPN de Marseille en 1982, sélectionné par NGUYEN, par goût de l’aventure…..J’y ai découvert un univers d’hommes ayant une très forte personnalité (notamment Christian Battesti qui est un homme exceptionnel et bien d’autres collègues talentueux dans leurs domaines).


F- S : Quel patron était « Le Chinois » ?

S. P : Il a été le fondateur des GIPN. A cette époque, il a fait du GIPN de Marseille (le premier GIPN de France) un service prestigieux avec peu de moyens. C’était un homme courageux, proche de ses policiers  et qui aimait son travail. C’était un vrai « Homme ».

F-S : Van loc de son époque était respecté dans le milieu, est-ce toujours le cas aujourd’hui ?

S. P : Il y a beaucoup de fantasmes sur cela, les voyous te respectent tant que tu ne gênes pas trop leur business ;-), sinon ils te dénoncent (affaire BAC Marseille et autres…) ou te font un mauvais sort.

F-S : Que penses-tu des problèmes qu’il a eus avec sa hiérarchie ?
S.P : Georges N’GUYEN avait raison trop tôt et lorsque l’on est à la tête d’un groupe tel que le GIPN, on est la cible des jaloux et des incapables, qui voudraient votre place…..
La politique est aussi un « piège » dans lequel tombent beaucoup, oubliant leur neutralité… Georges N’Guyen Van Loc a été victime de tout cela en fin de carrière.


F –S : Ton remplaçant Didier Andrieu venait du RAID, que peux-tu en dire ?

S.P : Didier est un homme de valeur, intègre et courageux. J’ai beaucoup d’estime et de respect pour lui. Au cours d’une carrière on rencontre beaucoup d’hommes de grande valeur humaine.

F-S : Tu intégrais le premier groupe d’intervention créé en France, qu’as-tu ressenti ?
S. P : De la fierté personnelle, mais beaucoup d’humilité, surtout de 1990 à 1996, à la suite de NGUYEN en tant que Chef Opérationnel du GIPN de Marseille.

F-S : Le terrorisme explosait en France, quelle a été « ta feuille de route » ?
S .P : Nos missions consistaient essentiellement à assister des services spécialisés et nous passions beaucoup de temps en entrainement pour être prêts (Sports de combat, tir en situation à tous types d’armes, pénétration, progression en milieu hostile)


F.S : Peux-tu parler des hommes, de l’esprit de groupe, de la cohésion ?

S.P : Ce sont des flics, tous volontaires, avec de grandes qualités individuelles, la responsabilité du chef de groupe est de les faire travailler ensemble en utilisant leurs compétences individuelles dans l’intérêt de tous.

F-S : Comment choisissais tu tes hommes ?
S.P : Les hommes devaient tous avoir l’habilitation RAID obligatoire depuis 1985.


F-S : Chacun avait une spécialité (sniper, sport de combat, tir …), en tant que chef du GIPN, quel était ton rôle ?

S. P : Chef d’orchestre, Team Leader, être un exemple.

F-S : Quelles ont été les missions les plus difficiles auxquelles tu as participé au GIPN ?
S.P : Arrestations d’individus dangereux, de forcenés retranchés, de preneurs d’otages, protection de personnalités, toutes les missions sont importantes

F-S : Et les plus médiatiques auxquelles tu as participé ?
S.P : Je ne suis pas sensible à la presse et aux médias, qui sont manipulés et manipulent à leur tour. Les affaires sont nombreuses et toutes sensibles ou importantes, il n’y a pas de grandes ou petites missions de police, ce que je respecte avant tout c’est le professionnalisme, le métier de « police secours » au quotidien étant le plus dangereux à mes yeux.

F-S : Est-ce que le GIPN a les moyens financiers et matériels face à la montée du banditisme dans les Bouches du Rhône ?

S. P : Les moyens matériels sont bons, évidemment jamais assez suffisant en hommes, qu’il faut ensuite bien équiper. L’actuel chef du RAID a fait beaucoup pour les GIPN lorsqu’il était à la tête de la cellule GIPN de la DCSP.

F.S : Quelles différences notables constates-tu entre le GIPN de ton époque et celle d’aujourd’hui ?
S.P : Les matériels (techniques et d’intervention) ont évolué, pour le reste seul l’entraînement intensif avec les matériels et armes en dotation est un gage de réussite.

F. S : Marseille est une interface portuaire majeure. Est-ce que le GIPN s’entraîne dans le port marseillais ? Quels éventuels moyens et procédures particulières a-t-il développé ? (sans révéler des secrets de polichinelle bien sûr)
S. P : Il faut poser la question au chef de groupe actuel, mais quand on apprend à progresser et intervenir en milieu hostile, on peut intervenir presque n’importe où…

F-S : Comment se passait la collaboration avec le RAID ? Et le GIGN ?
S.P : Excellente avec le RAID, hélas pas de contacts avec nos collègues gendarmes à cette époque

F-S : Beaucoup de choses ont évolué depuis, la FIPN a été créée, qu’en penses-tu ?

S.P : C’est un superbe outil, à développer avec beaucoup d’entrainements.


F-S : Y a-t-il une  » cellule spéciale Corse  » permanente sur l’ile pour les zones en police d’Etat ?

S. P : Je n’ai pas connaissance de cela.

F-S : On constate, aujourd’hui, que les policiers sont la cible de la délinquance, qu’elle ne fait plus peur. Comment vois-tu l’avenir de la profession ?
S.P : Le métier est dur et passionnant, le métier de gardien de la paix est un des plus beaux à mes yeux, il demande beaucoup d’abnégation et de sacrifices, sans attendre de retour de la part de nos politiques ou de la hiérarchie.
La Police et les forces de sécurité sont le dernier rempart contre les délinquants, sans ses forces, les voyous prendront le pouvoir. Un pays est respectable lorsqu’il protège ceux qui le servent, il y a des progrès à faire.

F-S : Est-ce que le grand banditisme sanglant n’a pas été remplacé par la petite délinquance sans scrupules (aussi sanglant)
S. P : Peut-être, à mon sens les deux existent maintenant

F-S : Quel est ton poste aujourd’hui ?

S. P : Je suis consultant en sécurité à mon compte, surtout à l’étranger (as-888-consulting)

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