Interview de Christophe Caupenne

Fabien 27 mars 2015 0
Interview de Christophe Caupenne

Chef du pool négociation du RAID pendant 11ans et après 25 ans de police, le Commandant de police Christophe Caupenne a quitté l’institution police en septembre 2011.
Il a depuis ouvert son propre cabinet (Caupenne Conseil) et propose ses services pour des administrations et de grands groupes industriels Français et étrangers.

Le début

FIPN-SDLP : Quelles étaient vos motivations pour entrer dans la police nationale ?
Christophe Caupenne : J’avais vocation à être militaire de carrière, mais mon épouse ne le voyait pas de cet angle-là et donc, je me suis rabattu sur le métier qui permettait d’avoir de l’adrénaline et de remplir une fonction utile à mes concitoyens. C’était la police. J’ai décidé d’embrasser la carrière d’inspecteur de police, donc en civil, et de travailler dans le grand banditisme, en police Judiciaire.

 

F-S : Dans quels services avez-vous travaillé avant de rejoindre le RAID ?

C.C : J’ai exercé au SRPJ de Versailles, antenne d’EVRY, en groupe de répression du Banditisme, puis en groupe Criminel.

 

Le RAID
F-S : Quelles sont les raisons qui vous ont incité à postuler au RAID ?
C.C : Un ami qui était dans mon groupe PJ m’a parlé du RAID et de la négociation… une destinée se mettait en place.
F-S : Avant de rejoindre le pool négociation, quelles étaient vos fonctions au sein du service ?
C.C : Je suis arrivé immédiatement comme officier dans le groupe négociation, afin d’en prendre le commandement. C’était un véritable challenge, car il fallait y formaliser les connaissances et le savoir, afin d’en faire une vraie science.

 

F-S : C’est en apprenant le départ du Commandant Michel Marie (créateur du pool négociation) que vous avez postulé pour le remplacer.
C.C : C’est exact. J’ai remplacé Michel à son poste.
F-S : De qui était composé le pool négociation au complet – et en intervention ?
C.C : L’équipe était constituée d’un binôme garçon et fille, ainsi que d’un psychologue clinicien. C’était une équipe réduite, mais pleine de potentiel et d’enthousiasme.

 

F-S : Quelle est la formation propre aux négociateurs ?
C.C : J’ai mis en place une longue formation de 3 ans et 5 ans, qui est validée par un diplôme de type Licence professionnelle et Master 2, reconnus au RNCP. Cette formation de très haut niveau nécessite de travailler sur l’ensemble des sciences humaines.
F-S : Laurent Combalbert a suivi le stage du FBI, est-il le seul à y être allé ?
C.C : Laurent a été suivre 2 semaines de stage à Quantico. D’autres sont allés à Scotland Yard, d’autres à Johannesbourg… toujours pour suivre la formation de base de négociateur. C’était vital de faire ses premières pratiques, pour connaître et comprendre comment les autres collègues étrangers pratiquaient leur art. Je suis allé moi aussi à Quantico pour travailler dans le cadre du regroupement des « chefs négociation de groupes d’intervention ». Toujours les échanges et les bonnes pratiques en point de mire.
F-S : Y a-t-il un bagage nécessaire pour devenir négociateur , comme un diplôme universitaire.
C.C : Actuellement oui : licence pro et master 2 pro, délivrés au sein du RAID et du GIGN. C’est un cursus que nous avons monté ensemble, avec mes homologues gendarmes.
F-SUne personne qui présenterait des diplômes et une grande expérience en psychologie ou psychiatrie, criminologie peut-elle être « absorbée » par le RAID ou serait-elle obligée de passer les tests ?
C.C : Nul ne rentre au RAID sans être policier, hormis pour les médecins urgentistes ou pour le psychologue clinicien. On « absorbe » personne, même avec une multitude de talents et de diplômes.
F-S : De quoi se composent les différents ateliers des sélections du pool négo ?
C.C : Cela reste un sujet qui ne doit pas être dévoilé. Pardonnez-moi cette discrétion sur le sujet.
F-S : Lors d’une intervention, par quoi commencent les négociateurs et comment vous préparez-vous ?
C.C : Il convient de valider les paramètres de la crise, savoir si ce sur quoi nous arrivons correspond bien à l’objet de notre saisine, car parfois, on vous dit qu’un type retient sa femme et ses enfants en otage et qu’il est fou, alors qu’en fait, il est désespéré et ne menace personne chez lui.
Puis nous devons comprendre parfaitement quelle dynamique est en jeu et trouver le bon angle pour restaurer une communication avec la personne.
Enfin, nous tentons d’obtenir, par la négociation, une résolution pacifique à la crise.

 

F-S : Contrairement aux américains, le pool négociateur et le groupe d’assaut travaillent ensemble. Quels en sont les avantages ?
C.C :  Nous sommes dans un système coopératif, où tout le monde se met au service de la résolution de la crise. A la différence des USA, où il y a une compétition entre les unités.

 

F-S : Quelle est la durée moyenne d’une intervention réglée par la négociation et combien d’interventions se concluent par la négociation ?
C.C : 80 % des opérations sont résolues par la négociation ; c’est un chiffre très important, qui vous fait comprendre l’importance de cette technicité.
En moyenne, une négociation avec un forcené dure environ quatre heures et une prise d’otage, en moyenne une dizaine d’heures. C’est très variable en fonction du profil de l’auteur.
F-S : Sur quels types de profil une négociation est-elle plus difficile ?
C.C : Avec les malades mentaux, car la plupart d’entre eux sont dans un état délirant, qui réduit nos capacités d’influence par la négociation, notamment avec les psychotiques.

 

F-S : Y avait-il des échanges avec les négociateurs du GIGN ?
C.C : Oui, notamment parce que nous avions mis en place un groupe opérationnel afin de résoudre les prises d’otages à l’étranger (la CIN : cellule interministérielle de négociation), RAID-GIGN.

 

F-SVous vous occupiez des formations initiales et complémentaires des négociateurs régionaux des GIPN et ceux de la BRI-PP. En quoi cela consiste-t-il?
C.C : Former des collègues au plus près des affaires régionales, afin que ces unités puissent être autonomes pour intervenir, avec des négociateurs formés.

 

F-SVous avez formé certaines unités des forces spéciales ainsi que d’autres services à l’étranger ?
C.C : Oui, environ 6 à 8 par an, durant 12 ans. Cela m’a permis d’avoir des relais de négociateurs partout dans le monde.
F-S : Pour quelles raisons avez-vous quitté le RAID ?
C.C : Je voulais devenir indépendant, faire de la recherche, former des dirigeants… J’ai donc, après avoir bien servi pendant toutes ces années, après avoir risqué ma vie régulièrement, et après avoir complètement formalisé les connaissances et le savoir-faire sur la négociation, voulu connaître le plaisir de la vie de chef d’entreprise.

 

L’après RAID
F-S : Qu’avez-vous fait après avoir quitté la police nationale ?
C.C : J’ai ouvert un cabinet privé, qui aujourd’hui s’est diversifié dans un nombre important de secteurs d’activités liés à la sécurité et au management.
F-S : Vous collaborez pour plusieurs Ministères et institutions ainsi que des grands groupes, pouvez-vous en parler ?

C.C :  C’est vrai. Mes collaborateurs et moi-même travaillons pour les dirigeants et pour de grands groupes. Les missions sont très variées et nécessitent de rester confidentielles, hormis pour ce qui concerne les formations de managers en matière de négociation, de gestion des conflits, de gestion de crise…

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