Interview Robert Paturel

Fabien 30 octobre 2016 0
Interview Robert Paturel

Après 30 ans dans la Police Nationale (dont 20 au RAID) comme intervenant, instructeur et négociateur,, boxeur de haut niveau, il a fait partie de la BAC (brigade anti-commando) puis moniteur de sport à l’ENPP avant de rejoindre le RAID, le GIPN de la Réunion puis un retour définitif  au RAID.

Policier dans les services spécialisés, il a été négociateur, formateur… Il a été un policier de l’ombre au mental aussi gros que le cœur.

FIPN-SDLP : Peux-tu te présenter succinctement ?

Robert Paturel : Je suis marié, j’ai 6 enfants (en plusieurs fois lol)

 

F-S : Tu as été un tireur (boxe française) au plus haut niveau, pionnier du tonfa en France, professeur de B.F pour la BRI avant de l’intégrer.

Quelles étaient tes motivations pour entrer dans la Police Nationale ?

R.P : Je ne pouvais bien pas m’entraîner en étant pâtissier et en travaillant 12 h par jour (à mi-temps, comme dirait Coluche), c’est la raison pour laquelle des policiers de mon club de boxe à Nanterre m’ont  poussé à entrer dans la grande maison. Je suis vraiment arrivé par hasard et je suis rentré uniquement pour être moniteur. Puis la vocation est venue toute seule et j’ai aimé ce métier qui est très beau quand on le fait bien.

 

LA BRI

F-S : Comment as-tu intégré le service ?

R.P : En fait la BAC brigade anti-commando (ancêtre du RAID) était composée de 20 « inspecteurs » de la BRI ( la fameuse « anti-gang » de Robert Broussard) et de 20 moniteurs (sports de combat et tir)  des inspecteurs de la BRI ont commencé par me demander de les entraîner en boxe , ce que j’ai accepté avec plaisir , puis j’ai intégré la BAC.

 

 

F-S : Tu as participé aux missions de la BRI rapidement ou tu as dû attendre quelque temps ?

R. P : Dès que j’ai intégré j’ai participé aux interventions de la BAC BRI. J’étais appelé , je partais avec ma voiture perso jusqu’au 36, je laissais ma voiture en double file avec les clefs dessus, et je fonçais rejoindre les collègues. On était en civil , on avait un gilet pour trois mais un cœur gros comme ça. On y croyait.

 

F-S : Comment s’articulait le travail de la BRI?

R.P : La BRI faisait son boulot de surveillances et filatures et du « saute-dessus » nous on faisait nos formations écoles , et quand on était appelé on se réunissait tous pour gérer une crise (forcené prise d’otage etc.)

 

F-S : Le travail était bien différent par rapport à aujourd’hui, vous étiez sollicités sur quels genres de missions ?

R.P : Prise d’otage, forcené, protection rapprochée…

 

F-S : Tu étais présent pendant l’affaire « des irakiens » ?

R.P : Non

  

 

LE RAID

F-S : Tu es resté combien de temps à la BRI avant de candidater au RAID

R.P : J’étais à la BRI de 1980 à 1988.

 

F-S : Quand et pour quelles raisons  es-tu entré au RAID ?

R.P : Logique, tous les cadres de la BAC BRI ont été aspirés au RAID pour la création, donc logiquement on m’a demandé de l’intégrer à la création, mais à l’époque j’avais beaucoup d’activités sportives : enseignant, manager de plusieurs grands champions, donc je me suis rendu disponible avant d’intégrer en 1988.

 

F-S : Les missions du RAID à ses débuts étaient très variées ; investigation, filatures, interpellations d’individus dangereux, grand banditisme, forcené retranché, protection rapprochée… les policiers se formaient eux-mêmes ? Comment s’est passé le début ?

R. P : Les policiers du RAID  s’auto-forment c’est-à-dire qu’il y a des spécialistes de très haut niveau dans toutes les disciplines.

Robert Broussard l’avait bien compris , sachant que les spécialités sportives venaient plutôt de la tenue, il a  récréé au RAID le mélange qu’il avait fait à la BAC (civiles et tenue).

 

F-S : Très vite, le RAID a fait parler de lui : l’affaire au Palais  de Justice de Nantes, l’arrestation des membres de « Action  Directe », la neutralisation de « H.B », le gang de Roubaix… Quelles affaires t’ont le  plus marquées ? Et quelles sont les plus connues auxquelles tu as participé ?

R.P : Je suis rentré juste après action directe et j’ai regretté de ne pas en être,  j’ai loupé Roubaix aussi et je l’ai regretté car mon meilleur ami y a été grièvement blessé et je m’en suis voulu de ne pas avoir été là pour lui. J’étais à Neuilly et ça reste un grand moment autant pour la durée que par le stress engendré.

 

F-S : Le RAID avait des équipes d’assaut et d’autres en filature et investigation. Ce n’était pas trop difficile de passer de l’arrestation de criminels et de faire des filatures la semaine suivante ?

R.P : Non c’était justement plaisant et passionnant pour tout le monde de « varier les plaisirs ».

 

F-S : Avais tu constaté au fur et  à mesure des années que la violence des individus que vous interpelliez augmentait ?

R.P : Oui ceci dit les interventions sur les islamistes ont commencé très tôt et je pense que ceux qui nous dirigent ont mis le temps à prendre la mesure du phénomène. J’entends encore Jean Louis Debré (alors ministre de l’intérieur) clamer haut et fort à Roubaix qu’il ne veut pas entendre parler de terroristes islamistes.

 

F-S : Pour quelles raisons es-tu parti au GIPN de la Réunion ?

R.P : J’avais dix ans de RAID , un besoin de tourner une page et envie de faire découvrir à ma famille cette magnifique île.

 

F-S : Comment as-tu vécu cette expérience ?

R.P : Ça restera une belle expérience pour tout le monde et une de mes périodes préférées en Police; bac de jour, saute dessus, opérations petit déjeuner, interpellations de toutes sortes, protection rapprochée et une bonne équipe avec moi.

 

F-S : Y avait-il des différences entre les missions d’un GIPN en outre-mer et celles en métropole ?

R.P : Oui, notamment le fait qu’on prenait des voitures et qu’on tournait en ville pour des rondes anti-criminalité.

F-S : Tu es revenu à Bièvres en tant que formateur, avec des anciens du service, comme toi.

Les formateurs participent-ils aussi aux interventions ?

R.P : Les patrons m’ont proposé de revenir, j’ai accepté. Au RAID les formateurs font partie du groupe d’intervention et interviennent comme les autres, j’avais un peu instauré ce système car au départ on m’avait proposé de ne faire que de la formation, mais on n’aurait pas été crédibles en restant  dans la salle de sport. La seule façon de rendre crédible une technique c’est de montrer aux autres qu’on l’applique et que ça marche.

 

F-S : Pourquoi avoir choisi la formation ?

R.P : C’est la formation qui m’a choisi , j’aime le partage des connaissances et j’aime aider mes collègues.

 

F-S : Selon toi, quelle est l’épreuve des tests du RAID qui montre la mieux « le profil du candidat » ?

R.P : Le combat bien sûr ; « dis-moi comment tu combats je te dirai qui tu es ».

 

F-S : C’est vous qui décidiez des tests ?

R.P : C’est toujours à peu près les mêmes, on va rechercher des gens en forme avec un bon esprit collectif et capable d’assurer une mission même en étant soumis à un stress intense.

 

F-S : Combien de temps durait la formation d’un policier du RAID ?

R.P : Elle dure trois  mois environ mais la formation reste continue pendant toute la durée de sa présence au RAID.

 

F-S : Un candidat qui échouait à une épreuve, pouvait-il se représenter aux tests ?

R.P : Ça dépendait de l’endroit ou il avait échoué et si il n’y avait pas de contre-indication (médicale ou psy).

F-S : A leur création, les négociateurs  semaient le doute;  comment s’est passée la relation « assaut/négo », tu as fini par le devenir d’ailleurs.

R.P : Je me suis toujours intéressé à la négociation et au départ ce sont qui s’intéressent à moi de par mon profil de vieux baroudeur pour faire l’inter face avec des « guerriers ».

F-S : L’affaire du gang de Roubaix a fait grand bruit, c’était les prémices de ce qu’il se passe aujourd’hui. Déjà à l’époque, les politiques ne voulaient pas parler de « terrorisme islamiste », c’est un terme que les politiques ont du mal à dire, encore aujourd’hui…

R.P :Oui comme je le disais plus haut, les politiques se voilent la face car ils sont tous un peu responsables de ce qui se passe…

 

F-S : Que peux tu dire des patrons de ce service ?

R.P : Il y en a eu d’excellents et des moins bons !!!mais j’ai toujours entretenu de bons rapports avec eux , je ne pense pas qu’un seul d’entre eux puisse me faire quelque reproche.

 

LA RETRAITE

F-S : A quel âge es-tu parti à la retraite ?

R.P : Je suis parti à l’âge de 55 ans.

 

F-S : Ton parcours est un modèle pour beaucoup de policiers, boxeur, sportif polyvalent, policier à la BRI, au GIPN et au RAID.

Tu ne restes pas inactif puisque tu as créé l’ADAC (Académie des Arts De Combat) et tu donnes des stages partout dans le monde.

En quoi consiste l’ADAC ?

R.P :  L’ADAC (académie des arts de combat) n’a pas été crée par moi mais par Eric Quequet un collègue, ancien du GSPR (Groupe de Sécurité de la Présidence de la République) , c’est une association qui met en place des techniques d’auto-défense réfléchies (comportemental, gestion du stress, gestion des conflits, mises en situation etc))

Il y a longtemps que nous sommes amis avec Eric et lorsque je me suis aperçu que mon système (boxe de rue) était très proche du sien (savate défense) nous avons décidé de fusionner.

 

F-S : En ayant participé à un de tes stages et en visionnant des vidéos, tu sembles utiliser plusieurs techniques  venant du kali, du wing chun… Quels arts martiaux as-tu pratiqués ?

R. P : J’ai survolé beaucoup de choses, et j’ai fait mes courses par ci par là, en adaptant des techniques existantes, en les simplifiant parfois pour les rendre plus « assimilables » par tout le monde. Mes sources : la boxe  (les percussions); l’aïkido,(les déplacements) le kali, (les armes blanches et bâtons)le penchack, (efficacité),le krav (simplicité), la lutte  etc…

F-S : Tu écris également des livres (L’esprit du combat, Tonfa sécurité, Les panthères noires de Bièvres, Mémoires du RAID, Boxe de rue – techniques et étude  comportementale,  le RAID à l’épreuve du feu, Boxe de rue 2 – sensibilisation et défense contre armes, participation au livre « Impact 357, avec Christophe Pourcelot, dédié à la préparation physique ) qu’est ce qui t’a donné envie de prendre la plume ?

R.P : Par hasard aussi, une immobilisation suite à une opération, je ne pouvais pas rester sans rien faire , alors j’ai commencé à écrire pour moi, pour mes enfants, pour mes élèves, puis mes écrits ont intéressé un éditeur(Chiron) puis je me suis pris au jeu.

 

F-S : Tu as accueilli Alain Figlarz, comédien et coordinateur de cascades, au RAID pour son émission « L’Insider ». Il a passé quelque temps au sein du service, pour s’entraîner avec vous sur des simulations de prise d’otages, au tir et en boxe.

Comment as-tu organisé ceci ?

R.P : En fait c’est lui et le metteur en scène qui ont choisi les morceau à tourner, moi je suis juste l’accompagnateur à la demande d’Alain qui voulait absolument que je sois avec lui pour tourner cet épisode, car c’est moi qui lui avais fais découvrir  le RAID quelque 20 ans plus tôt.

 

F-S : Nous avons vécu  depuis 2015 des attentats marquants, les assassinats de Charlie Hebdo, ceux du Bataclan, l’église du Rouvray, les policiers tués à Magnanville…

 Était-ce prévisible selon toi ?

R.P : Non seulement c’était prévisible car on a eu pas mal d’avertissements. Mais je crains que ça ne soit que le début d’une longue période de terreur. Il va vraiment falloir que nos politiques prennent la mesure de la catastrophe qui va se jouer !!

 

F-S : Depuis Viry Chatillon, on constate un mouvement considérable chez les policiers, qui revendiquent plus de moyens, humains et matériels ainsi qu’une révision de la loi.

Toi et Maître Liénard sont les portes paroles de ce mouvement.

Qu’est-ce que ça implique ?

R.P : Je tiens à préciser que nous sommes uniquement les porte –paroles, on n’est pas  meneurs ni organisateurs , nous sommes là en soutien et  j’ajouterai que nous le faisons gracieusement !!!

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