Interviews


Interview Michel Marie, premier négociateur du RAID

Fabien : 13 octobre 2017 13 h 04 min : ACTUALITES, interviews

FIPN-SDLP : Bonjour Michel, une petite présentation s’impose.

Michel Marie : Je suis entré dans la Police Nationale par hasard, je n’avais pas d’à priori, ni dans un sens ni dans l’autre. Je n’avais pas de vocation particulière. Mais j’y suis resté par passion.

J’ai travaillé dans un petit commissariat de Meurthe et Moselle, par la suite, j’ai intégré très vite la Brigade Criminelle de Metz.

Comme disait Ange mancini, « le pénal de la joie ».

C’est une expérience énorme que la police urbaine, on est au contact des réalités, on a peu de moyens, c’est une formidable école de la vie et d’humilité.

 

 

F-S : Aviez-vous une spécificité qui pouvait intéresser  le RAID ?

M-M : Oui, j’étais passionné de son et d’images. J’avais de réelles compétences dans ce domaine (études et diplômes).

Arrivé au RAID, j’ai tout simplement basculé dans un domaine voisin, l’observation et la prise de son mais appliquées aux missions du service.

C’est ainsi que j’ai été nommé tout de suite en 1985, chef de la section technique.

J’ai appris l’existence du RAID lorsque le télégramme de création est sorti et j’ai eu la chance d’être dans le tout premier wagon en 1985.

 

 

F-S : Comment s’articulait le service ?

M-M : Ange Mancini était le patron, il y avait trois sections.

Une d’intervention proprement dite, une de filature et surveillance et une section technique (radio communication, son, photos, vidéo, explosif, armement, cynophile).

 

 

F-S : Quel était votre rôle en intervention ?

M-M : En tant que chef de la section technique, je participais  systématiquement  aux interventions.

Notre rôle  était d’assurer  la qualité des radios transmissions, sans oublier la mise en œuvre des moyens techniques qui permettaient, sur des situations de siège, de placer des micros et caméras pour prendre la « température » en situation.

Ces informations  étaient fondamentales quant à la prise de décision des responsables de l’époque car elles renseignaient sur le niveau réel de danger sur les lieux de la crise.

 

 

F-S : La volonté de créer le groupe de négociation venait-elle de vous ou de votre hiérarchie ?

M-M : Au tout début du RAID, la négociation était menée par le chef de service.

Après l’affaire tragique de Ris Orangis en 1989, j’ai eu l’opportunité de partir à Quantico (FBI Academy) où l’on m’a  proposé de participer à la formation des «crisis negociator ».

A mon retour en France, j’ai pensé que les méthodes américaines ne pouvaient pas exactement s’appliquer à la mentalité française et qu’il fallait les adapter.

Dans cette perspective, j’ai alors entamé un parcours universitaire (criminologie avec psycho criminelle, diplôme universitaire  du 3° cycle en psychiatrie criminelle, une année de victimologie et une année de psychiatrie).

Je me suis dit que la connaissance de la psychologie criminelle  et des troubles de l’humeur et du comportement  sans oublier les psychotiques  pouvait nous être d’un grand secours.

F-S : Pour quelles raisons ce groupe a-t-il été créé ?

M-M : Afin d’apporter une réponse concertée aux situations de crise, créer une structure « tampon » qui vu de concert avec les décideurs pour tenter d’apporter une solution « soft » à la crise.

 

 

F-S : Tout était à faire, comment avez-vous procédé ?

M.M : Il a d’abord fallu que je me rende crédible aux yeux de ma hiérarchie d’où ce cycle d’études  en cours du soir sur une période de quatre ans.

Pour finir, mon chef de service de l’époque, m’a proposé d’abandonner la technique  au profit de la négociation.

Avec le temps et la patience, j’ai réussi à fédérer des compétences complémentaires y compris les médecins du RAID et créer la section « gestion de crise / négociation ».

Les choses se sont articulées naturellement.

Je n’avais pas un projet particulier, je  me suis mis à étudier parce que je pensais que c’était bien et utile.

 

 

F-S : De qui était composé le groupe ?

M.M : Le groupe était composé de un psychologue, un policier assistant, quatre médecins et moi.

 

F-S : Dans les années 90, aux Etats-Unis, la négociation était un service à part de l’intervention.

Selon vous, la négociation et l’intervention devaient d’être complémentaires.

M.M : Effectivement, je pense malheureusement que cette configuration est toujours à l’ordre du jour de beaucoup de pays.

Le grand principe à l’époque comme disait les américains était « stall for time », ça veut dire « gagner du temps » pour favoriser l’intervention.

La plus belle illustration de cette dichotomie est l’affaire de Waco au Texas.

Le ranch en état de siège, les forces d’intervention d’un côté, le groupe de négociateurs de l’autre, et au final, les américains ont déploré plus de 70 morts…

 

 

F-S : En combien de temps avez-vous été opérationnel ?

M.M : Je ne veux pas passer pour un fanfaron mais je pense que cela s’est fait assez vite.

La raison est qu’au départ, il faut une belle expérience de la vie et des hommes, une capacité à écouter et à communiquer … et ça on l’a ou on ne l’a pas.

Après se rajoutent  des techniques, des combines, beaucoup de psychologie et de tact, et une très bonne connaissance des pathologies mentales et des comportements extrêmes en situation de crise.

 

 

F.S : Comment la négociation a-t-elle été perçue par les fonctionnaires du service ?

M.M : Au départ avec un sourire qui s’est transformé par une moue dubitative, emprunte d’amertume voire de frustration, jusqu’au moment où mes collègues ont compris que c’était incontournable même si cela leur enlevait la possibilité de monter à l’assaut, ce qui est, je dois l’avouer, un moment très excitant.

Michel Marie en plein travail sur la première valise de négociation

F.S : Quelle a été la première mission du groupe ?

M.M : Franchement, je ne m’en souviens pas, il y en a eu beaucoup.

Il faut savoir qu’à l’époque où j’étais au RAID, sur trois affaires, deux se réglaient par l’assaut et une par la négociation.

En fait il y a eu la prise d’otages de Nantes alors que le RAID venait juste d’être mis en place, et la négociation a été menée par Robert Broussard.

Mais c’était bien avant la création de la cellule de négociation du RAID.

 

 

F.S : Quels étaient les profils d’individus les plus complexes ?

M.M : Les plus dangereux étaient probablement les paranoïaques car la marge de négociation était très faible et les malades mentaux avérés (schizophrènes par exemple) en raison de leur côté « passage à l’acte » imprédictible..

C’est pourquoi il était très important  de comprendre ces mécanismes de passage à l’acte pour réduire l’incertitude et anticiper dans la mesure du possible.

 

 

F.S : Quels sont les points- clés d’une négociation ?

M.M : Je suis partisan de la réduire au minimum mais c’est variable en fonction des situations et du niveau de dangerosité.

 

 

F.S : Que considériez-vous comme un échec ? Comment le viviez-vous ?

M.M : La mort du forcené ou du preneur d’otages.

Je me disais toujours qu’on aurait pu s’y prendre autrement pour éviter cela.

A titre personnel,  j’avais cette faculté de prendre de la distance par rapport aux événements, même si j’étais contrarié ou peiné, la vie continuait et l’actualité se chargeait de nous faire penser à autre chose.

 

 

 

F.S : Vous avez participé à combien de missions en tant que négociateur ?

M.M : Difficile à dire, je n’ai jamais tenu de comptabilité des interventions.

Certaines interventions étaient médiatisées et d’autres pas du tout.

Il m’arrivait  de me rendre sur les lieux d’un fort chabrol avec un collègue du RAID, à charge pour moi d’évaluer la situation pour faire ou non intervenir mes collègues du service.

Si je pensais que l’affaire pouvait se régler en souplesse sans la grosse artillerie, je me débrouillais et rendais compte à mon patron de la situation.

J’avais un rôle important en matière d’évaluation.

J’avais mis au point avec deux informaticiens, un logiciel basé sur l’intelligence artificielle qui pouvait précisément définir le degré réel de danger et surtout nous donner un aperçu du profil psycho-pathologique du forcené / preneur d’otages.

 

 

F.S : Pourquoi avoir quitté le service ?

M.M : Une évolution de carrière qui tendait vers zéro et proche de l’infini…

Un nouveau chef de service qui n’avait guère de considération pour moi, et quinze ans au RAID, il faut bien l’avouer, ça use.

Il faut savoir décrocher un jour et je suis parti en 2000.

Le moins que l’on puisse dire c’est que je n’ai pas été beaucoup aidé par ma hiérarchie, je me suis débrouillé seul et j’ai trouvé un poste très intéressant pour le compte de la Commission Européenne dans les pays de l’Est.

En fait, j’ai terminé ma carrière à la Commission.

 

 

F.S : Comment voyez-vous la négociation aujourd’hui ?

M.M : Difficile d’en parler vu que je ne suis plus dans la course.

Je sais simplement qu’au sein du RAID, la négociation est devenue un service majeur dont l’utilité n’est plus mise en doute.

 

 

 

F.S : La France comme d’autres pays, a été victime d’attaques terroristes.

Comment négocier avec un ou plusieurs individus qui ont assassiné lâchement des gens sans défense ?

M.M : Ca a déjà été dit mais que faire devant des gens qui ont la conviction inébranlable de détenir la vérité, qui n’ont pas peur de la mort… ou qui la cherche pour devenir martyr.

La négociation en tant que telle, on laisse tomber.

En revanche, l’équipe de négociation comme cellule de réflexion, d’aide à la prise de décision, de prise en charge des victimes, d’outil de communication, cela reste très important.

 

F.S : Comment voyez-vous l’avenir ?

M.M : Ce serait un peu long à expliquer dans le cadre de cet article.

Disons que je le vois sombre, et que rien ne semble infléchir la courbe ascendante de la violence.

Le RAID n’a pas fini d’intervenir.

Laisser une réponse»


Interview Robert Paturel

Fabien : 30 octobre 2016 9 h 57 min : ACTUALITES, interviews

Après 30 ans dans la Police Nationale (dont 20 au RAID) comme intervenant, instructeur et négociateur,, boxeur de haut niveau, il a fait partie de la BAC (brigade anti-commando) puis moniteur de sport à l’ENPP avant de rejoindre le RAID, le GIPN de la Réunion puis un retour définitif  au RAID.

Policier dans les services spécialisés, il a été négociateur, formateur… Il a été un policier de l’ombre au mental aussi gros que le cœur.

FIPN-SDLP : Peux-tu te présenter succinctement ?

Robert Paturel : Je suis marié, j’ai 6 enfants (en plusieurs fois lol)

 

F-S : Tu as été un tireur (boxe française) au plus haut niveau, pionnier du tonfa en France, professeur de B.F pour la BRI avant de l’intégrer.

Quelles étaient tes motivations pour entrer dans la Police Nationale ?

R.P : Je ne pouvais bien pas m’entraîner en étant pâtissier et en travaillant 12 h par jour (à mi-temps, comme dirait Coluche), c’est la raison pour laquelle des policiers de mon club de boxe à Nanterre m’ont  poussé à entrer dans la grande maison. Je suis vraiment arrivé par hasard et je suis rentré uniquement pour être moniteur. Puis la vocation est venue toute seule et j’ai aimé ce métier qui est très beau quand on le fait bien.

 

LA BRI

F-S : Comment as-tu intégré le service ?

R.P : En fait la BAC brigade anti-commando (ancêtre du RAID) était composée de 20 « inspecteurs » de la BRI ( la fameuse « anti-gang » de Robert Broussard) et de 20 moniteurs (sports de combat et tir)  des inspecteurs de la BRI ont commencé par me demander de les entraîner en boxe , ce que j’ai accepté avec plaisir , puis j’ai intégré la BAC.

 

 

F-S : Tu as participé aux missions de la BRI rapidement ou tu as dû attendre quelque temps ?

R. P : Dès que j’ai intégré j’ai participé aux interventions de la BAC BRI. J’étais appelé , je partais avec ma voiture perso jusqu’au 36, je laissais ma voiture en double file avec les clefs dessus, et je fonçais rejoindre les collègues. On était en civil , on avait un gilet pour trois mais un cœur gros comme ça. On y croyait.

 

F-S : Comment s’articulait le travail de la BRI?

R.P : La BRI faisait son boulot de surveillances et filatures et du « saute-dessus » nous on faisait nos formations écoles , et quand on était appelé on se réunissait tous pour gérer une crise (forcené prise d’otage etc.)

 

F-S : Le travail était bien différent par rapport à aujourd’hui, vous étiez sollicités sur quels genres de missions ?

R.P : Prise d’otage, forcené, protection rapprochée…

 

F-S : Tu étais présent pendant l’affaire « des irakiens » ?

R.P : Non

  

 

LE RAID

F-S : Tu es resté combien de temps à la BRI avant de candidater au RAID

R.P : J’étais à la BRI de 1980 à 1988.

 

F-S : Quand et pour quelles raisons  es-tu entré au RAID ?

R.P : Logique, tous les cadres de la BAC BRI ont été aspirés au RAID pour la création, donc logiquement on m’a demandé de l’intégrer à la création, mais à l’époque j’avais beaucoup d’activités sportives : enseignant, manager de plusieurs grands champions, donc je me suis rendu disponible avant d’intégrer en 1988.

 

F-S : Les missions du RAID à ses débuts étaient très variées ; investigation, filatures, interpellations d’individus dangereux, grand banditisme, forcené retranché, protection rapprochée… les policiers se formaient eux-mêmes ? Comment s’est passé le début ?

R. P : Les policiers du RAID  s’auto-forment c’est-à-dire qu’il y a des spécialistes de très haut niveau dans toutes les disciplines.

Robert Broussard l’avait bien compris , sachant que les spécialités sportives venaient plutôt de la tenue, il a  récréé au RAID le mélange qu’il avait fait à la BAC (civiles et tenue).

 

F-S : Très vite, le RAID a fait parler de lui : l’affaire au Palais  de Justice de Nantes, l’arrestation des membres de « Action  Directe », la neutralisation de « H.B », le gang de Roubaix… Quelles affaires t’ont le  plus marquées ? Et quelles sont les plus connues auxquelles tu as participé ?

R.P : Je suis rentré juste après action directe et j’ai regretté de ne pas en être,  j’ai loupé Roubaix aussi et je l’ai regretté car mon meilleur ami y a été grièvement blessé et je m’en suis voulu de ne pas avoir été là pour lui. J’étais à Neuilly et ça reste un grand moment autant pour la durée que par le stress engendré.

 

F-S : Le RAID avait des équipes d’assaut et d’autres en filature et investigation. Ce n’était pas trop difficile de passer de l’arrestation de criminels et de faire des filatures la semaine suivante ?

R.P : Non c’était justement plaisant et passionnant pour tout le monde de « varier les plaisirs ».

 

F-S : Avais tu constaté au fur et  à mesure des années que la violence des individus que vous interpelliez augmentait ?

R.P : Oui ceci dit les interventions sur les islamistes ont commencé très tôt et je pense que ceux qui nous dirigent ont mis le temps à prendre la mesure du phénomène. J’entends encore Jean Louis Debré (alors ministre de l’intérieur) clamer haut et fort à Roubaix qu’il ne veut pas entendre parler de terroristes islamistes.

 

F-S : Pour quelles raisons es-tu parti au GIPN de la Réunion ?

R.P : J’avais dix ans de RAID , un besoin de tourner une page et envie de faire découvrir à ma famille cette magnifique île.

 

F-S : Comment as-tu vécu cette expérience ?

R.P : Ça restera une belle expérience pour tout le monde et une de mes périodes préférées en Police; bac de jour, saute dessus, opérations petit déjeuner, interpellations de toutes sortes, protection rapprochée et une bonne équipe avec moi.

 

F-S : Y avait-il des différences entre les missions d’un GIPN en outre-mer et celles en métropole ?

R.P : Oui, notamment le fait qu’on prenait des voitures et qu’on tournait en ville pour des rondes anti-criminalité.

F-S : Tu es revenu à Bièvres en tant que formateur, avec des anciens du service, comme toi.

Les formateurs participent-ils aussi aux interventions ?

R.P : Les patrons m’ont proposé de revenir, j’ai accepté. Au RAID les formateurs font partie du groupe d’intervention et interviennent comme les autres, j’avais un peu instauré ce système car au départ on m’avait proposé de ne faire que de la formation, mais on n’aurait pas été crédibles en restant  dans la salle de sport. La seule façon de rendre crédible une technique c’est de montrer aux autres qu’on l’applique et que ça marche.

 

F-S : Pourquoi avoir choisi la formation ?

R.P : C’est la formation qui m’a choisi , j’aime le partage des connaissances et j’aime aider mes collègues.

 

F-S : Selon toi, quelle est l’épreuve des tests du RAID qui montre la mieux « le profil du candidat » ?

R.P : Le combat bien sûr ; « dis-moi comment tu combats je te dirai qui tu es ».

 

F-S : C’est vous qui décidiez des tests ?

R.P : C’est toujours à peu près les mêmes, on va rechercher des gens en forme avec un bon esprit collectif et capable d’assurer une mission même en étant soumis à un stress intense.

 

F-S : Combien de temps durait la formation d’un policier du RAID ?

R.P : Elle dure trois  mois environ mais la formation reste continue pendant toute la durée de sa présence au RAID.

 

F-S : Un candidat qui échouait à une épreuve, pouvait-il se représenter aux tests ?

R.P : Ça dépendait de l’endroit ou il avait échoué et si il n’y avait pas de contre-indication (médicale ou psy).

F-S : A leur création, les négociateurs  semaient le doute;  comment s’est passée la relation « assaut/négo », tu as fini par le devenir d’ailleurs.

R.P : Je me suis toujours intéressé à la négociation et au départ ce sont qui s’intéressent à moi de par mon profil de vieux baroudeur pour faire l’inter face avec des « guerriers ».

F-S : L’affaire du gang de Roubaix a fait grand bruit, c’était les prémices de ce qu’il se passe aujourd’hui. Déjà à l’époque, les politiques ne voulaient pas parler de « terrorisme islamiste », c’est un terme que les politiques ont du mal à dire, encore aujourd’hui…

R.P :Oui comme je le disais plus haut, les politiques se voilent la face car ils sont tous un peu responsables de ce qui se passe…

 

F-S : Que peux tu dire des patrons de ce service ?

R.P : Il y en a eu d’excellents et des moins bons !!!mais j’ai toujours entretenu de bons rapports avec eux , je ne pense pas qu’un seul d’entre eux puisse me faire quelque reproche.

 

LA RETRAITE

F-S : A quel âge es-tu parti à la retraite ?

R.P : Je suis parti à l’âge de 55 ans.

 

F-S : Ton parcours est un modèle pour beaucoup de policiers, boxeur, sportif polyvalent, policier à la BRI, au GIPN et au RAID.

Tu ne restes pas inactif puisque tu as créé l’ADAC (Académie des Arts De Combat) et tu donnes des stages partout dans le monde.

En quoi consiste l’ADAC ?

R.P :  L’ADAC (académie des arts de combat) n’a pas été crée par moi mais par Eric Quequet un collègue, ancien du GSPR (Groupe de Sécurité de la Présidence de la République) , c’est une association qui met en place des techniques d’auto-défense réfléchies (comportemental, gestion du stress, gestion des conflits, mises en situation etc))

Il y a longtemps que nous sommes amis avec Eric et lorsque je me suis aperçu que mon système (boxe de rue) était très proche du sien (savate défense) nous avons décidé de fusionner.

 

F-S : En ayant participé à un de tes stages et en visionnant des vidéos, tu sembles utiliser plusieurs techniques  venant du kali, du wing chun… Quels arts martiaux as-tu pratiqués ?

R. P : J’ai survolé beaucoup de choses, et j’ai fait mes courses par ci par là, en adaptant des techniques existantes, en les simplifiant parfois pour les rendre plus « assimilables » par tout le monde. Mes sources : la boxe  (les percussions); l’aïkido,(les déplacements) le kali, (les armes blanches et bâtons)le penchack, (efficacité),le krav (simplicité), la lutte  etc…

F-S : Tu écris également des livres (L’esprit du combat, Tonfa sécurité, Les panthères noires de Bièvres, Mémoires du RAID, Boxe de rue – techniques et étude  comportementale,  le RAID à l’épreuve du feu, Boxe de rue 2 – sensibilisation et défense contre armes, participation au livre « Impact 357, avec Christophe Pourcelot, dédié à la préparation physique ) qu’est ce qui t’a donné envie de prendre la plume ?

R.P : Par hasard aussi, une immobilisation suite à une opération, je ne pouvais pas rester sans rien faire , alors j’ai commencé à écrire pour moi, pour mes enfants, pour mes élèves, puis mes écrits ont intéressé un éditeur(Chiron) puis je me suis pris au jeu.

 

F-S : Tu as accueilli Alain Figlarz, comédien et coordinateur de cascades, au RAID pour son émission « L’Insider ». Il a passé quelque temps au sein du service, pour s’entraîner avec vous sur des simulations de prise d’otages, au tir et en boxe.

Comment as-tu organisé ceci ?

R.P : En fait c’est lui et le metteur en scène qui ont choisi les morceau à tourner, moi je suis juste l’accompagnateur à la demande d’Alain qui voulait absolument que je sois avec lui pour tourner cet épisode, car c’est moi qui lui avais fais découvrir  le RAID quelque 20 ans plus tôt.

 

F-S : Nous avons vécu  depuis 2015 des attentats marquants, les assassinats de Charlie Hebdo, ceux du Bataclan, l’église du Rouvray, les policiers tués à Magnanville…

 Était-ce prévisible selon toi ?

R.P : Non seulement c’était prévisible car on a eu pas mal d’avertissements. Mais je crains que ça ne soit que le début d’une longue période de terreur. Il va vraiment falloir que nos politiques prennent la mesure de la catastrophe qui va se jouer !!

 

F-S : Depuis Viry Chatillon, on constate un mouvement considérable chez les policiers, qui revendiquent plus de moyens, humains et matériels ainsi qu’une révision de la loi.

Toi et Maître Liénard sont les portes paroles de ce mouvement.

Qu’est-ce que ça implique ?

R.P : Je tiens à préciser que nous sommes uniquement les porte –paroles, on n’est pas  meneurs ni organisateurs , nous sommes là en soutien et  j’ajouterai que nous le faisons gracieusement !!!

Laisser une réponse»


Interview de Christophe H. ancien Major du GIPN de Lyon

Fabien : 3 mai 2016 21 h 07 min : interviews

Le premier magazine « RAIDS » que j’ai acheté était le n°148, avec en couverture le GIPN de Lyon.  C’était en septembre 1998, aujourd’hui, l’ancien numéro 2 du service a accepté que je l’interviewe

FIPN-SDLP : Quelles ont été tes motivations pour entrer dans la Police Nationale ?

Christophe H. : J’ai eu la chance de découvrir le métier de policier très jeune grâce à mon père qui était lui-même policier. Et quel plus beau métier existe-t-il que celui qui peut vous permettre de combattre le mal en protégeant les justes…

F-S : Dans quels services as-tu travaillé avant d’intégrer le GIPN ?

C.H : J’étais à la brigade de nuit du 11eme arrondissement de Paris, la BAC 75 N et la BAC de Lyon.

L’habilitation GIPN

F-S : Comment as-tu connu le GIPN ?

C.H : j’en avais entendu parler par  l’intermédiaire de mon gradé lorsque j’étais à la BAC de Paris.

F-S : Quels étaient tes points forts et tes points faibles ?

C.H : Mes points forts étaient  l’esprit de groupe, les sports de combat, le tir, les activités aquatiques et les techniques d’intervention.

Mes points faibles,  la course à pied, l’escalade et la descente en rappel (je n’en avais jamais fait…)

F-S : Te souviens-tu du nombre de policiers  que vous étiez au début et du nombre de retenus ?

C.H: J’ai passé l’habilitation GIPN en 1996.

Il y a eu 600 dossiers reçus par la cellule de coordination des GIPN,  70 candidats ont été convoqués pour 10 habilités.

 

F-S : Comment s’est déroulée l’habilitation GIPN ?

C.H: L’habilitation s’étendait sur dix jours de tests physiques et psychologiques  en étant observé  constamment par des policiers du GIPN et  des psychologues  à  l’École de Police de Saint-Malo.

On avait des tests écrits qui déterminaient notre profil et notre rapidité de réaction, des simulations de débats en groupe sur des sujets sensibles.

Des tests de résistance (test Cooper, parcours GIPN avec obstacles), boxe anglaise, pied poing, sol. Tir de précision, tir de combat, tests de cran (progression en hauteur, descente en rappel, passage dans des trous étroits avec de l’eau) simulation d’intervention de police en équipe…plus des footings de nuit…

A l’époque, les tests n’étaient pas mixtes avec le RAID. C’était organisé par la cellule de coordination des  GIPN, mais un commandant du RAID, négociateur, était venu me demander, à l’issue des tests d’intégrer le RAID.

Les tests étaient encadrés par des instructeurs et des champions des GIPN.

 

F-S : Quelles étaient les épreuves que tu redoutais ?

C.H : Principalement les tests de vertige et le Cooper.

F-S : L’épreuve la plus redoutée par les candidats est celle des sports de  combat, comment l’as-tu vécu ?

C.H: Je l’appréhendais effectivement, même si j’aimais ça, car avant de passer notre tour, on voyait les copains se faire ouvrir par les instructeurs… Nez cassé, KO, visage en sang…

F-S : Au final, le candidat sélectionné  pouvait-il choisir le GIPN de son choix ou ça lui était imposé ?

C.H: Il pouvait choisir le GIPN de son choix, bien sûr, en fonction des places disponibles.

 

 

Le GIPN

F-S : Pourquoi avoir choisi le GIPN de Lyon ?

C.H : J’ai choisi celui de Lyon parce qu’il il y avait une place disponible pour moi immédiatement.

 

F-S : Comment s’est passée ton intégration au sein du GIPN ?

C.H: Les mentalités étaient différentes à l’ époque. Je suis arrivé en même temps que deux autres copains, et nous avons dû faire nos preuves avant d’être vraiment acceptés.

 

 

F-S : Combien d’années faut-il pour qu’un policer du GIPN soit parfaitement opérationnel ?

C.H: Il faut à peu près trois ans pour qu’une recrue soit opérationnelle.

 

 

F-S : Quelles formations et habilitations tu as du passées ?

C.H: Explosifs, protection rapprochée, techniques d’intervention en hauteur, tir de haute précision, moniteur de tir, instructeur en technique d’intervention, négociation  en interne….

F-S : Contrairement au RAID, les policiers des GIPN se doivent d’être polyvalents, avais-tu une préférence dans un domaine ?

C.H: Oui, j’avais une préférence pour l’assaut, le commandement du groupe, la négociation et les techniques d’effraction.

 

F-S : De combien de policiers le GIPN de Lyon était composé ?

C.H: Nous étions vingt-quatre policiers.

 

 

F-S : De quoi était composée l’armurerie et de quel matériel disposiez-vous ?

C.H: Tu comprendras que je ne peux pas répondre à cette question…. On disposait de matériel de pointe.

F-S : Sur quel type de missions vous travailliez le plus ?

C.H: A l’époque, nous étions régulièrement appelés pour des interpellations à domicile de dangereux individus armés, les forcenés armés retranchés, et les protections rapprochées.

F-S : As-tu fait des formations à l’étranger ? Si oui, tu peux nous dire dans quel pays ?

C.H : Oui, en Afghanistan, au Liban, à Haïti, au Nicaragua, au Cambodge.

F-S : Y avait-il des échanges avec des services français et étrangers ?

C.H: Il y en avait très peu à l’époque, il y en a bien plus aujourd’hui.

F-S : Contrairement à certains GIPN (Nice, Marseille, Bordeaux), le GIPN de Lyon n’est pas médiatisé, est-ce une volonté du service ?

C.H: Non, nous avons une tranquillité toute relative vis-à-vis des médias…

F-S : Lyon et sa banlieue sont réputés par leur dangerosité, Khaled Kelkal s’y était caché et y a été neutralisé.  Vous avez travaillé sur le terrorisme à l’époque ?

C.H: J’ai effectivement participé à des opérations mais là également je ne pourrai pas t’en dire d’avantage.

F-S : En quoi consistait les échanges inter GIPN ?

C.H: On s’entraînait sur des formations tactiques, diffusion de formations au profit de groupe d’interventions étrangers et missions opérationnels…

Nous nous retrouvions sur des formations diffusées aux polices étrangères, sur les tests GIPN,  les formations spécifiques ( TIH, Explosifs,  avec les militaires) ou avant certains événements important pour réviser nos gammes, et les chefs de groupe se réunissaient deux fois par an…

F-S : Y avait-il des échanges avec le RAID, entrainement ou missions conjointes ?

C.H: Pratiquement toutes nos formations se faisaient avec des collègues du RAID, certaines se faisaient même à Bièvres.

Nous étions régulièrement mixés sur les grosses missions en France et à l’étranger :  coupe du monde de football, de rugby, protection de personnalité, extraction de détenus dangereux, procès à risque, grosses interventions…

 

F-S : Quelle est la mission que tu gardes en mémoire ?

C.H: Ma première intervention, le 24 décembre 1996, au Puy-en-Velay, un homme lourdement armé s’était retranché au palais de justice après avoir tiré sur les policiers… Je m’étais fait tirer dessus à la chevrotine à travers le sas d’accueil… Je n’avais été touché que légèrement.

 

 

F-S : L’année dernière, les GIPN de métropole perdaient leur nom au détriment d’« antenne RAID», qu’est-ce que ça t’inspire ?

C.H: Cela m’a un peu attristé car j’y ai passé 17 ans. L’écusson du GIPN représentait des valeurs, qui à mon sens étaient importantes. C’est le premier  groupe d’intervention  Français. Créé en 1972, avant le GIGN et le RAID.  Les GIPN intervenaient beaucoup et avaient une rigueur collective très spécifique…

 

 

F-S : Quand et pourquoi as-tu quitté le service ?

C.H: J’ai quitté le GIPN parce que  je commençais  à être usé physiquement ( blessures et usures des articulations), mais également pour me rapprocher de mes filles qui vivaient avec leur mère dans le sud.

 

Aujourd’hui

F-S : Tu as créé l’Académie GI, peux-tu nous en parler ?

C.H: C’est une activité extra professionnelle que j’ai montée avec des copains dont un ancien des forces spéciales, tous pointus dans leur domaine. Nous proposons des stages de cohésion intégrant des activités un peu fun en rapport avec la formation d’un GIPMAN. Tout ça à destination des particuliers et des entreprises…

 

F-S : Tu penses ouvrir d’autres académies GI ailleurs en France ?

C.H: Pour le moment non. Lorsque j’ai réfléchi à ce concept, j’ai voulu me démarquer de ce qui se faisait  par nos copains militaires, mais j’ai également voulu partager la beauté de l’environnement dans lequel je vis aujourd’hui,  et qui est juste magnifique!! Le secteur du Pic saint loup â côté de Montpellier.

F-S : Quelles sont le profil de personnes qui viennent à l’académie ?

C.H: Toutes sortes de profils : hommes, femmes, sportifs, sédentaires souhaitant se dépasser et travailler la confiance en soi, groupes d’entreprises, équipes de sport recherchant la cohésion, curieux, personnes fascinées par nos profils voulant échanger….

F-S : Que propose l’académie ?

C.H: Nous proposons des stages inédits accessibles à tous, permettant de participer à des activités hors normes, ludiques, un peu sportives, et qui permettent de développer la cohésion, la confiance en soi, la gestion du stress, de mieux se connaître, d’échanger avec des ex membres d’unités d’élite, ou tout simplement de vivre un tripe sympa pendant 60 heures…

 

 

F-S : Qui sont les encadrants ?

C.H: Ce sont des spécialistes diplômés en fonction dans certaines unités de la police, des pompiers formateurs, coach sportif, une infirmière diplômée d’État.

 

 

F-S : De quoi se compose le stage ?

C.H: Je ne peux pas trop rentrer dans les détails mais nous proposons un enchaînement d’activités tel que de la descente en rappel, des progressions simulées en binôme avec réplique d’airsoft, une opération spéciale d’extraction d’otage, des tyroliennes façon test de cran,  une via ferata super sympa, et plusieurs surprise….Le tout accessible par tous de 16 à 70 ans.

 

 

F-S : Comment se comportent les stagiaires ?

C.H: Ils sont très réceptifs, très concentrés. Ce qui m’a marqué à plusieurs reprises, c’est la joie excessive exprimée par certains après avoir réussi à passer une épreuve qu’ils redoutaient!!! Que du plaisir pour les instructeurs…

 

F-S : Une fois le stage terminé, qu’ont-ils préféré et quel est leur ressenti ?

C.H: Cela sera plus simple d’aller visionner leur réaction sur notre site academiegi-gi.fr

Mais cela dépend des personnes, ils apprécient généralement bien les tyroliennes,  les opérations spéciales, et le parcours stress avec réplique d’airsoft…et certaines surprises du chef……

 

 

F-S : Tu peux vivre de l’Académie ou tu exerces encore aujourd’hui ?

C.H: Non, pas pour l’instant. L’objectif est juste de partager des moments sympas avec les copains et des nouvelles personnes, tout en profitant d’un environnement hors norme… Mais qui sait?

 

 

F-S : En 2015, la France a été marquée par le terrorisme. Selon toi, cela était-il inévitable ?

C.H: Oui, et malheureusement ce n’est pas fini… La menace est très importante. Notre pays sera à nouveau frappé par des attaques structurées ou isolées c’est certain. Mais on ne sait pas où ni quand même si nous avons des idées….

Tous les Français vont devoir nous aider à combattre ces individus… Ils vont devoir apprendre à regarder au lieu de voir ce qui les entoure et surtout à réagir vite en cas d’attaque!

Beaucoup d’attentats ont été déjoués sur le territoire national, on le sait.

 

F-S : Qu’as-tu pensé des interventions de tes « frères d’armes » ?

C.H: Je pense qu’ils ont fait le job, et qu’ils ont sauvé des vies. Maintenant il est très facile de commenter, de critiquer quelque chose qui n’a pas été vécu… Mais que ceux qui se permettent de dénigrer aillent progresser face à des individus suicidaires qui vous tirent dessus à l’arme lourde  et nous verrons ce qu’ils feront…

N’oublions qu’un homme reste un homme. Les hommes qui composent les groupes d’inter sont tous des mecs qui tiennent la route et qui sont entraînés mais ce ne sont pas des robots ! »

 

Photos © Christophe H.

 

 

Laisser une réponse»


Interview de « La Hyène »

Fabien : 4 avril 2015 8 h 46 min : interviews

Présentation

FIPN-SDLP : Peux-tu te présenter ?
La Hyène : J’ai 46 ans, marié, j’ai deux enfants une fille de 22 ans et un garçon de 21 ans.
je suis démineur depuis cinq ans à la Sécurité Civile.

F-S : Quel est ton parcours de policier ?
L H : Je suis entré dans la Police Nationale à vingt-trois ans en septembre 1991 après avoir passé cinq ans dans les chasseurs alpins au 13 ème BCA à Chambéry.
J’ai fait mon école de police à Saint Malo et à l’issue j’ai intégré la CRS 51 à Saran en septembre 1992. J’y suis resté 5 ans. J’ai postulé au RAID en février 1998 et j’ai intégré le service le 6 avril 1998.
J’y ai passé 12 ans de ma vie avant de partir au déminage.

Le RAID

F-S : Quelles ont été tes motivations pour intégrer le RAID ?
L H : Je pensais que ce n’était pas pour moi car le RAID paraît souvent inaccessible. C’est un ami qui s’était inscrit pour les sélections et qui m’a dit de tenter ma chance. J’ai réussi et lui non comme quoi la vie  réserve parfois  des surprises…C’est un beau service.
Pour les motivations ce n’est pas toujours facile à exprimer, on a envie d’action, de se perfectionner dans de multiples domaines et surtout de faire un autre métier.
C’est un service qui fait rêver, du moins à mon époque et j’espère qu’aujourd’hui il en est de même.

F-S : Quelles ont été les épreuves de sélections les plus difficiles pour toi ?
L H : Toutes les épreuves sont difficiles. Le plus dur est de gérer la durée des tests, il faut être constant, mais je crois que l’épreuve la plus redoutée est celle des combats.

F-S : Pourquoi ce surnom ?
L H : On ne choisit jamais son surnom celui-là c’est un formateur du RAID très connu qui me l’a donné
Et du coup je l’ai gardé même après être parti du RAID.

F-S : Aujourd’hui, le futur policier du RAID ou du GIPN passent l’habilitation FIPN ; formation où ils apprennent les filatures, la protection rapprochée, les interventions… comment s’était passée ta formation ?
L H : Un peu sur le même principe mais la formation était surtout ciblée sur l’intervention et le tir. Durant cette période j’ai vécu des moments fabuleux voire les meilleurs…

Le pool Omega

P1000870
F-S : Au sein du RAID tu étais tireur d’élite, pourquoi avoir choisi le pool Omega et comment s’est passée là aussi, ta formation ?
L H : Je suis d’abord passé en groupe d’assaut pendant 4 ou 5 ans et j’ai décidé de prendre un fusil puisque c’était déjà ma spécialité dans les chasseurs alpins.
Le chef du groupe Oméga m’avait déjà sollicité mais j’avais refusé.
J’ai donc pris un fusil et renoué avec cette belle spécialité.
En ce qui concerne ma formation j’ai tout repris à zéro et passé le THP 1, THP2, THP3 (tireur haute précision)

F-S : As-tu passé des tests pour intégrer le pool Omega ?
L H : Je n’ai pas passé de tests pour le groupe Omega, la sélection est basé sur le volontariat, c’est une spécialité qui demande du travail et de l’investissement.

F-S : Quelle a été la durée de ta formation ?
L H : Tu as une formation de base qui peut aller jusqu’à un an mais l’expérience se fait sur le terrain alors ta formation peut durer deux ou trois ans avant d’être bon car être sniper ne se résume pas à se mettre derrière une lunette et « faire du trou dans trou à 100 mètres ».
Il y a d’autres paramètres à prendre en compte et ils sont nombreux.

F-S : Au bout de combien de temps un fonctionnaire du RAID peut-il intégrer un pool spécialisé ?
L H : Il n’y a pas de règles mais je pense qu’avant d’intégrer un pool il vaut mieux passer dans le groupe d’assaut pendant un certain temps pour comprendre le fonctionnement du groupe sur une intervention et par la suite choisir sa spécialité.

P1000897

F-S : Y a-t-il une préparation physique propre aux THP ?
L H : Il n’y a pas de préparation physique propre aux THP il faut simplement aimer le tir dans toutes ses variantes, aimer la spécialité et s’investir à fond.

F-S : Quels sont les différents stages et formations que tu as pu faire dans ta spécialité ?

L H : Comme je le disais juste au-dessus une formation te prépare à ton futur job mais rien ne remplace le terrain alors il faut se mettre en difficulté et te remettre en cause à chaque tir et chaque exercice. Il est important aussi d’aller se confronter aux snipers étrangers pour voir si tu progresses ou pour apprendre d’autres techniques de tir, rien ne remplace le terrain et le vécu.

F-S : Quel armement est utilisé et pourquoi ?
L H : Le fusil utilisé et la PGM en 7.62 c’est un fusil qui a fait ses preuves. C’est une arme très fiable et très précise, je pense qu’aujourd’hui d’autres calibres sont très bons et très intéressants comme le 300 win magnum et le 338.

F-S : Sur quel type de mission les THP sont-ils appelés à l’étranger ?
L H : A l’étranger les missions sont souvent des points hauts ou des échanges entre snipers ou de la formation de tireur.

F-S : Est-il parfois difficile de trouver le bon poste de tir en intervention et quelles sont les difficultés que tu peux rencontrer ?
L H : Choisir un poste de tir n’est pas si simple que cela car au-delà d’avoir un bon visuel il faut pouvoir faire feu et prendre en compte la pénétration de ton projectile.
La plus grosse difficulté ou plutôt la plus grosse frustration est de ne pas pouvoir renseigner le groupe d’assaut.

F-S : Quel est ton regard sur le fait d’avoir quelqu’un en ligne de mire ?
L H : Cela ne me pose pas de soucis particuliers, c’est un objectif qu’il faudra neutraliser si nécessaire. Ce qui compte c’est de protéger tes potes qui sont à la porte ou qui donnent l’assaut sans oublier d’éventuels otages.

F-S : Connais-tu ton record de distance sur un tir en intervention et à l’entrainement ?
L H : L’important  n’est pas de dire « j’ai fait un tir a X mètres, je suis le plus fort » je pense qu’un sniper longue distance n’est rien sans son spotter car c’est lui qui donne les distances et les corrections de tir au tireur.
Le tir plus éloigné que j’ai pu faire à l’entrainement est de 2100 mètre environ.
Concernant l’opérationnel, tu comprendras que je ne peux en parler.

P1000871

F-S : Si c’était à refaire, reprendrais-tu le même poste au sein du RAID ?
L H : Oui plus que jamais c’est une spécialité que j’aime et je continue à pratiquer sur mon temps libre. Quand je le peux, je partage mon savoir.

F-S : Le pool Omega est désormais ouvert aux femmes, qu’en penses-tu ?
L H : Le problème n’est pas que l’on soit homme ou femme pour la petite histoire en 39/45 les meilleurs snipers russes étaient des femmes car elles n’avaient ni pitié ni remords aujourd’hui c’est différent cela ne change rien si la personne est compétente et surtout si elle a conscience de ce qu’elle doit faire pour atteindre son objectif, on ne prend pas un fusil parce que c’est la mode ou pour une histoire de parité.

 

F-S : Tu as participé à l’Urban Shield, comment cela s’est fait, et quels souvenirs en gardes-tu ?

(L’Urban Shield  est une compétition  américaine qui a lieu chaque année, et qui regroupe différents SWATS américains. Les équipes interviennent sur plusieurs scénarios d’interventions qu’ils peuvent rencontrer dans leur vie professionnelle. Cette compétition dure 48 heures. En 2009, le RAID est invité à se mesurer aux américains et termine à la cinquième place).

L H : Un groupe a été constitué de plusieurs spécialités puisqu’à la base nous avons tous le module intervention j’ai donc fait partie du groupe avec la casquette sniper. Mon plus beau souvenir reste la cohésion au sein de ce groupe durant toute la compétition et pour moi la plus belle sera celle où j’ai pu m’exprimer en tant que sniper.

F-S : Étais tu au RAID lors de la création du groupe ATLAS, tu as pu échanger avec quelles unités étrangères ?
L H : A l’époque où le groupe atlas a été créé il n’y avait pas d’échange avec les snipers.
Mais nous n’avons pas attendu la création de ce groupe pour faire des échanges. Nous en faisions souvent avec de nombreux services spécialisés étrangers.

F-S : Y avait-il des échanges avec les THP du GIGN ?
L H : J’ai pu faire des compétitions avec le GIGN mais jamais d’échange en service, à mon époque.

F-S : Quelles ont été les missions les plus marquantes ?
L H : La prise d’otage à la prison de Fresnes, c’était ma première intervention de ce genre, trop top.

P1000897

Aujourd’hui

F-S : Que fais-tu aujourd’hui ?
L H : Aujourd’hui je suis démineur à la sécurité Civile, je voulais une reconversion où je pourrais de nouveau apprendre et évoluer.

F-S : Après les attentats qui ont secoué la France en janvier et la neutralisation physique des terroristes, qu’as-tu pensé des assauts du GIGN et de la FIPN ?
L H : Je ne dirais jamais de mal ou de critiques envers mes frères d’armes. Je pense que seul ceux qui ont fait l’intervention peuvent aujourd’hui en parler ; je pense qu’ils ont fait leur devoir et ils l’ont bien fait que ce soit le GIGN ou la FIPN.

F-S : Selon toi, les différentes mentalités et « la compétition voulue par certains » peuvent-elles être un frein à l’entente nécessaire entre le GIGN et la FIPN ?
L H : Je pense qu’aujourd’hui ces deux entités ont prouvé qu’elles pouvaient travailler ensemble et sur plusieurs points de crise, créer un climat de compétition n’est pas une bonne chose et ne peut apporter que des choses malsaines.

Laisser une réponse»


Interview de Christophe Caupenne

Fabien : 27 mars 2015 14 h 00 min : interviews

Chef du pool négociation du RAID pendant 11ans et après 25 ans de police, le Commandant de police Christophe Caupenne a quitté l’institution police en septembre 2011.
Il a depuis ouvert son propre cabinet (Caupenne Conseil) et propose ses services pour des administrations et de grands groupes industriels Français et étrangers.

Le début

FIPN-SDLP : Quelles étaient vos motivations pour entrer dans la police nationale ?
Christophe Caupenne : J’avais vocation à être militaire de carrière, mais mon épouse ne le voyait pas de cet angle-là et donc, je me suis rabattu sur le métier qui permettait d’avoir de l’adrénaline et de remplir une fonction utile à mes concitoyens. C’était la police. J’ai décidé d’embrasser la carrière d’inspecteur de police, donc en civil, et de travailler dans le grand banditisme, en police Judiciaire.

 

F-S : Dans quels services avez-vous travaillé avant de rejoindre le RAID ?

C.C : J’ai exercé au SRPJ de Versailles, antenne d’EVRY, en groupe de répression du Banditisme, puis en groupe Criminel.

 

Le RAID
F-S : Quelles sont les raisons qui vous ont incité à postuler au RAID ?
C.C : Un ami qui était dans mon groupe PJ m’a parlé du RAID et de la négociation… une destinée se mettait en place.
F-S : Avant de rejoindre le pool négociation, quelles étaient vos fonctions au sein du service ?
C.C : Je suis arrivé immédiatement comme officier dans le groupe négociation, afin d’en prendre le commandement. C’était un véritable challenge, car il fallait y formaliser les connaissances et le savoir, afin d’en faire une vraie science.

 

F-S : C’est en apprenant le départ du Commandant Michel Marie (créateur du pool négociation) que vous avez postulé pour le remplacer.
C.C : C’est exact. J’ai remplacé Michel à son poste.
F-S : De qui était composé le pool négociation au complet – et en intervention ?
C.C : L’équipe était constituée d’un binôme garçon et fille, ainsi que d’un psychologue clinicien. C’était une équipe réduite, mais pleine de potentiel et d’enthousiasme.

 

F-S : Quelle est la formation propre aux négociateurs ?
C.C : J’ai mis en place une longue formation de 3 ans et 5 ans, qui est validée par un diplôme de type Licence professionnelle et Master 2, reconnus au RNCP. Cette formation de très haut niveau nécessite de travailler sur l’ensemble des sciences humaines.
F-S : Laurent Combalbert a suivi le stage du FBI, est-il le seul à y être allé ?
C.C : Laurent a été suivre 2 semaines de stage à Quantico. D’autres sont allés à Scotland Yard, d’autres à Johannesbourg… toujours pour suivre la formation de base de négociateur. C’était vital de faire ses premières pratiques, pour connaître et comprendre comment les autres collègues étrangers pratiquaient leur art. Je suis allé moi aussi à Quantico pour travailler dans le cadre du regroupement des « chefs négociation de groupes d’intervention ». Toujours les échanges et les bonnes pratiques en point de mire.
F-S : Y a-t-il un bagage nécessaire pour devenir négociateur , comme un diplôme universitaire.
C.C : Actuellement oui : licence pro et master 2 pro, délivrés au sein du RAID et du GIGN. C’est un cursus que nous avons monté ensemble, avec mes homologues gendarmes.
F-SUne personne qui présenterait des diplômes et une grande expérience en psychologie ou psychiatrie, criminologie peut-elle être « absorbée » par le RAID ou serait-elle obligée de passer les tests ?
C.C : Nul ne rentre au RAID sans être policier, hormis pour les médecins urgentistes ou pour le psychologue clinicien. On « absorbe » personne, même avec une multitude de talents et de diplômes.
F-S : De quoi se composent les différents ateliers des sélections du pool négo ?
C.C : Cela reste un sujet qui ne doit pas être dévoilé. Pardonnez-moi cette discrétion sur le sujet.
F-S : Lors d’une intervention, par quoi commencent les négociateurs et comment vous préparez-vous ?
C.C : Il convient de valider les paramètres de la crise, savoir si ce sur quoi nous arrivons correspond bien à l’objet de notre saisine, car parfois, on vous dit qu’un type retient sa femme et ses enfants en otage et qu’il est fou, alors qu’en fait, il est désespéré et ne menace personne chez lui.
Puis nous devons comprendre parfaitement quelle dynamique est en jeu et trouver le bon angle pour restaurer une communication avec la personne.
Enfin, nous tentons d’obtenir, par la négociation, une résolution pacifique à la crise.

 

F-S : Contrairement aux américains, le pool négociateur et le groupe d’assaut travaillent ensemble. Quels en sont les avantages ?
C.C :  Nous sommes dans un système coopératif, où tout le monde se met au service de la résolution de la crise. A la différence des USA, où il y a une compétition entre les unités.

 

F-S : Quelle est la durée moyenne d’une intervention réglée par la négociation et combien d’interventions se concluent par la négociation ?
C.C : 80 % des opérations sont résolues par la négociation ; c’est un chiffre très important, qui vous fait comprendre l’importance de cette technicité.
En moyenne, une négociation avec un forcené dure environ quatre heures et une prise d’otage, en moyenne une dizaine d’heures. C’est très variable en fonction du profil de l’auteur.
F-S : Sur quels types de profil une négociation est-elle plus difficile ?
C.C : Avec les malades mentaux, car la plupart d’entre eux sont dans un état délirant, qui réduit nos capacités d’influence par la négociation, notamment avec les psychotiques.

 

F-S : Y avait-il des échanges avec les négociateurs du GIGN ?
C.C : Oui, notamment parce que nous avions mis en place un groupe opérationnel afin de résoudre les prises d’otages à l’étranger (la CIN : cellule interministérielle de négociation), RAID-GIGN.

 

F-SVous vous occupiez des formations initiales et complémentaires des négociateurs régionaux des GIPN et ceux de la BRI-PP. En quoi cela consiste-t-il?
C.C : Former des collègues au plus près des affaires régionales, afin que ces unités puissent être autonomes pour intervenir, avec des négociateurs formés.

 

F-SVous avez formé certaines unités des forces spéciales ainsi que d’autres services à l’étranger ?
C.C : Oui, environ 6 à 8 par an, durant 12 ans. Cela m’a permis d’avoir des relais de négociateurs partout dans le monde.
F-S : Pour quelles raisons avez-vous quitté le RAID ?
C.C : Je voulais devenir indépendant, faire de la recherche, former des dirigeants… J’ai donc, après avoir bien servi pendant toutes ces années, après avoir risqué ma vie régulièrement, et après avoir complètement formalisé les connaissances et le savoir-faire sur la négociation, voulu connaître le plaisir de la vie de chef d’entreprise.

 

L’après RAID
F-S : Qu’avez-vous fait après avoir quitté la police nationale ?
C.C : J’ai ouvert un cabinet privé, qui aujourd’hui s’est diversifié dans un nombre important de secteurs d’activités liés à la sécurité et au management.
F-S : Vous collaborez pour plusieurs Ministères et institutions ainsi que des grands groupes, pouvez-vous en parler ?

C.C :  C’est vrai. Mes collaborateurs et moi-même travaillons pour les dirigeants et pour de grands groupes. Les missions sont très variées et nécessitent de rester confidentielles, hormis pour ce qui concerne les formations de managers en matière de négociation, de gestion des conflits, de gestion de crise…

Laisser une réponse»


interview de Jean Pierre Diot, ancien membre du GAHP

Fabien : 1 décembre 2014 19 h 43 min : interviews

Le début de policier

FIPN-SDLP : Bonjour Jean-Pierre, pour celles et ceux qui ne te connaissent pas, peux-tu te présenter ?

Jean-Pierre Diot : J’ai 59 ans, policier pendant 35 ans et retraité depuis 7 ans.

Je suis issu d’une famille nombreuse.

Plus jeune, j’ai travaillé comme tourneur fraiseur dans une usine métallurgique dans l’est de la France.

Les conditions de travail, le maigre salaire, les nombreuses heures de travail, m’ont motivé à ne pas faire ce métier toute ma vie.

J’avais un oncle dans la police (motard à Matignon) et comme j’ai toujours été quelqu’un de sportif, j’ai décidé de passer le concours de gardien de la paix après avoir fait mon service militaire (94° RI).

J’étais scolarisé à l’ENP de Reims. Mon parcours sportif  et l’habitude de travailler en usine dans des conditions difficiles m’ont aidé et je me suis vite rendu compte  que je n’étais pas fatigué contrairement aux autres élèves gardiens de la paix.

F-S : Quels ont été vos premiers postes dans la police ?

J-P D : Sorti d’école et affectation à Maisons-Laffitte, j’y ai appris les missions de la Police Secours : vols, cambriolages, agressions, accidents mortels, braquages, découvertes de cadavres… puis affectation à la BSVP (Brigade de Sûreté de Voie Publique – avant les bacs) puis Brigade Anti-Criminalité.

Après 5 ans à Maisons-Laffitte, j’ai candidaté pour être moniteur départemental  de sport et de tir à la Direction Départementale des Polices Urbaines  ; j’ai ainsi formé des gardiens de la paix pendant 15 ans.

A cette époque (1980), les moniteurs de la Police Nationale sont appelés à effectuer des missions  délicates : forcenés, prise d’otages… le RAID n’existait pas encore.

Le SPHP

F-S :  Christian Prouteau, fondateur du GIGN,  a créé le GSPR ( Groupe de Sécurité de la Présidence de la République) sous François Mitterrand. Il est considéré comme u  novateur en matière de protection rapprochée ( comme le fait d’avoir intégré un binôme de motard dans le cortège).

Partagez-vous ce concept ?

 J-P D : Il faut reconnaitre que les Voyages Officielles  étaient composés de policiers « civils » (inspecteurs, enquêteurs et commissaires de police et  les gardiens de la paix n’étaient utilisés que pour des missions de conducteur.)

A partir de l’arrivée de Christian Prouteau, il a institué des choses favorables à la protection rapprochée.

Il n’a pu faire que des choses positives par rapport à ce que faisait le service des  Voyages Officiels.

Petit à petit, il a créé une unité fiable. Il a fait avancer les choses dans la protection rapprochée.

Il faut rappeler que la protection rapprochée parfaite n’existe pas, il faut être en perpétuelle évolution (technologie, armement, véhicule, logistique, organisation humaine…).

Aussi bien du côté des forces de l’ordre que du côté des « méchants ».

F-S : Le concept populaire du garde du corps le représente musculeux, avec un costume sombre et des lunettes de soleil.

Qu’en est-il réellement ?

J-P D : Pour avoir travaillé dans beaucoup de pays, on constate plusieurs types de gardes du corps.

Certains adhèrent pour une protection visuelle, où les gardes du corps massifs seront privilégiés. Dans le jargon on appelle ça un abri visuel (protection devant un objectif par exemple).

Le garde du corps comme on l’entend est quelqu’un de réfléchi, réactif, avec de la réflexion, du bon sens et de a méthode. Il doit être instruit, intelligent, faire preuve de répartie, sportif.

F-S : A quel moment intégrez-vous le SPHP ?

J-P D : En 1994, les VO changent d’appellation et deviennent le SPHP, ouvert aux gardiens de la paix.

Le tg demandait des moniteurs APP pour la structure de formation au sein du Service de Protection des Hautes Personnalités,  on était 18 au total, 9 ont été retenu, puis 3.

Tous les 3 avons travaillé sur le contenu de structure et modalités de recrutement.

J’avais constaté que les personnes massives, avec une force musculaire importante avaient du mal à utiliser leur corps, ils avaient des difficultés à passer au-dessus d’une table, dégager rapidement d’une pièce…  j’ai donc décidé d’intégrer un parcours d’habilité motrice dans les sélections et nous avons eu des surprises. Les résultats concordaient avec ce que j’avais déjà constaté, les individus très musculeux rencontraient des problèmes dans ce parcours.

Le petit tonique était plus véloce et efficace que le massif. Mais dans une équipe, il faut tous les gabarits, en fonction des missions.

F-S : Quels étaient les prérequis pour intégrer le SPHP ?

J-P D :  Il fallait  que la hiérarchie laisse partir le fonctionnaire qui voulait candidater.

Remplir un dossier administratif, passer les tests (entretiens avec chef de service ou commandant, tester la répartie, tests physiques : parcours, sports de combat, natation, conduite, montées de cordes, le tir…)

Cinq années de service en actif étaient conseillées. Le travail de voie publique est une excellente école.

F-S : Comment se déroule la formation ?

J-P D :  La formation commençait par 3 semaines  à Saint Malo,

Après la réussite et la formation, le policier  débutait par le poste de conducteur pendant un an (s’habituer à la conduite spécifique de la Protection Rapprochée avec la  S1 s2, bien connaitre Paris et voir les différents dispositifs) mais  pour celles et ceux qui sortaient du lot étaient intégrés au pool piéton.

Dans quel service as-tu travaillé au sein du SPHP ?

J’étais au groupe formation et il y avait une ambiguïté  avec le Groupe d’Appui Protection, formation en France et à l’étranger.

A l’époque des VO, les renforts de mission  étaient composés par les moniteurs du Centre National de Tir.

Le Groupe Appui et la formation ont fusionné avec le commandant Jo Tallman qui a créé le groupe pour devenir le   GAHP (Groupe d’Appui des Hautes Personnalités).

On s’est entrainé très durement

F-S : Le policier du SPHP peut-il faire toute sa carrière au sein de la même sous-direction ?

J-P D : Franchement, je ne suis pas sûr que ça soit bon pour le policier. Il arrive parfois que le policier qui soit affecté aux côtés d’un ministre ou d’un président le reste toute sa carrière et même après…

Il faut évoluer et avoir envie de bouger. Généralement, les policiers cherchent à partir aux Hautes Personnalités Françaises.

F-S : Comment se déroule l’organisation du planning des fonctionnaires ?

J-P D : Orange en astreinte, verte en repos et rouge en mission.

Il arrive que lors de grands évènements, tous les personnels soient engagés.

F-S : Y a-t-il des hommes spécialisés dans tous les domaines ou vous êtes tous polyvalents ?

J-P D :  Nous sommes tous polyvalents, cependant, on préfère mettre des gens qui sont bons dans leurs domaines (conducteur S1 S2, flanc gauche…)

F-S : Quelles habilitations as-tu passées ?

J-P D :  Moniteur de sport de combat, moniteur de tir, moniteur de self défense, tonfa, moniteur d’éducation physique…

F-S : Quels sont les arts martiaux et sports de combat que vous utilisez ?

J-P D :  J’insisterai d’abord sur le fait que quelle que soit la pratique utilisée, il faut l’adapter à notre métier en vertu des lois et règlements.

Pour répondre à ta question, les pratiquants de sports de combat et d’arts martiaux du SPHP ou du GAHP entrainent les collègues, kravmaga, boxe (toutes)

Au GAHP, tous les jours nous pratiquions un sport de combat différend. Chacun apportait  son univers sportif, boxe, judo, karaté, lutte, kravmaga…. Il faut inclure dans l’entrainement une résistance, d’économie d’énergie. Dans une bagarre, c’est celui qui s’est économisé et celui qui a observé qui a le plus de chance de l’emporter.

Le GAHP

F-S : Quelles sont les missions du GAHP ?

J-P D : Le GAHP est chargé de protéger des personnalités à risques. Le risque est évalué par l’UCLAT (Unité de Coordination de Lutte Anti-Terroriste). Nous avons des missions de formation en France et à l’étranger, nous testons les nouveaux matériels en armement et matériels.

F-S : Qui sont les policiers du GAHP ?

J-P D : Le policier du GAHP est tout d’abord un policier du SPHP qui aime le sport. Chez nous, la pratique du sport est quotidienne. Il faut avoir un minimum d’années de service au sein du SPHP. Excepté lorsque les collègues venaient d’un GIPN ou du RAID.

Le GAHP est composé d’une vingtaine de fonctionnaires.

F-S : Y a -t-il des éventuels échanges entre policiers et gendarmes ?

J-P D : Nous avions fait des échanges avec les GIPN, le RAID à la protection rapprochée, les retours ont toujours été bons.

Jamais d’échanges avec les gendarmes.

C’est le Ministère des Affaires Étrangères qui sollicitait des formations du GAHP auprès du Ministère de l’Intérieur.

Nous  sommes intervenus dans plus de 24 pays pour des missions de formation de protection rapprochée (Afrique, Mexique, Guatemala, Dubaï, Abu D’Abi, Bolivie, Indonésie…)

C’est très formateur, en Afrique, il faut faire avec les moyens du bord, rien n’est fourni, il faut s’adapter. Alors qu’à Dubaï, tout est fourni et nous ne manquions de rien.

F-S : Quel est le matériel utilisé par le policier du GAHP ?

J-P D : Je ne m’étendrais pas trop sur le sujet pour les collègues qui sont sur le terrain. Mais je dirai qu’il dispose d’une grosse puissance de feu. En fonction de la mission, on adapte l’armement aux lieux et aux déplacements.

F-S : Le GAHP dispose d’un appui lourd, l’ EST (Equipe de Soutien Tactique) de quoi s’agit-il  ?

J-P D :  Dans les gros dispositifs, le degré des menaces est évalué et en fonction du code déterminé, le dispositif est adapté. Plus la menace est élevée et plus le nombre de policiers sera élevé (avec le matériel et armement adaptés).

F-S : Quelles sont les personnalités que tu as protégées et laquelle t’a la plus marquée?

J-P D :  Nicolas Sarkozy, le pape Jean-Paul II, Vladimir Poutine…. Mais celui qui ’a le plus marqué est Arafat (en faisant abstraction de toute idée politique), ce dernier avait toujours une parole gentille à notre égard, il était content de te voir quand il te reconnaissait. Toujours un sourire et s’inquiétait de notre état, si on avait mangé…. Leïla Shahid, la porte-parole en France de la Palestine,  nous avait laissé sa suite de façon à ce que l’équipe puisse se reposer.

D’autres ne nous prêtent aucune intention, c’est différent mais on fait notre travail comme on en a l’habitude.

F-S : Quels sont les avantages et inconvénients d’un policier du SPHP ?

J-P D : Les avantages sont de vivre des moments forts, intenses, de voyager , de travailler avec des gens qui ont les mêmes idées que toi et qui vont dans le même sens que toi.

Le plus gros inconvénient est la vie de famille, les horaires sont compliqués. Notre travail nécessite de vivre à proximité de Paris et d’être disponible rapidement. Ma femme l’a supporté pendant toute ma carrière et nous sommes toujours mariés.

F-S : D’où est venue ton idée de faire ton livre ?

J-P D : C’est lors d’une formation à Saint-Malo, une équipe de M6 est venue nous filmer.

On a eu des bons rapports avec l’équipe, on a eu accès aux rushs et le contact s’est très bien passé.

Après la diffusion, le reportage a eu un bon chiffre d’audience, on m’a proposé de faire un livre sur un homme qui travaille au SPHP.

Aujourd’hui

F-S : Que fais-tu maintenant ?

J-P D :  J’ai quitté la Police il y a 7 ans, comme je suis entré jeune  j’ai pu partir tôt, je suis réserviste de la Police Nationale  pour le SDLP.

J’ai tout arrêté mais j’ai gardé un œil sur ce qu’il se faisait dans le privé. Je me suis inscrit sur plusieurs forums et ai pu discuter avec plusieurs personnes qui se plaignaient de leur vécu.

J’ai continué les formations pour les sociétés privées, en France et dans le monde entier ainsi que pour des institutions comme l’UNESCO.

Le CNAPS a mis au point des structures pour suivre des formations permettant d’obtenir  une carte professionnelle (carte d’état)  mais le problème est que les différents centres agrées n’ont pas le même contenu de formation.

Depuis ma retraite, j’ai créé la Fédération Française de la Protection Rapprochée avec deux amis suite à des questions sur l’organisation de la protection rapprochée en France pour les privés.

J’ai été contacté par le CNAPS pour participer aux thématiques de l’A3P (Agent de Protection des Personnes Physiques).

Le livre de Jean-Pierre Diot est toujours disponible, si vous voulez en savoir plus sur sa carrière et le métier d’officier de sécurité, n’hésitez pas.

9782749114293

Laisser une réponse»


Interview de Gérald, ancien Major du GIPN 13

Fabien : 11 juin 2014 21 h 05 min : interviews

Au début des années 2000, France 3 avait diffusé un reportage, le premier documentaire sur le GIPN, celui de Marseille, intitulé « COBRA 13 ».

Les journalistes avaient suivi les fonctionnaires de ce service pendant des entraînements au tir, en sport de combat aussi bien qu’en intervention.

Lors de ce reportage, Gérald était au GIPN de Marseille. Et aujourd’hui j’ai le privilège de l’interviewer.

J’ai eu la chance d’obtenir beaucoup d’informations, et de discuter avec un homme riche en expérience de la vie ainsi que celle de policier du GIPN.

Toujours humble et disponible, je tiens à remercier Gérald et ses amis pour leur dévouement et je terminerai cette introduction en rendant hommage à

Didier Ranganayaguy dit « Christian », policier au GIPN de la Réunion, décédé lors d’un exercice le 05 juin dernier.

FIPN-SP.FR : Bonjour Gérald, quel est votre âge et êtes-vous toujours dans la Police Nationale aujourd’hui ?

Gérald : Bonjour Fabien, j’ai 52 ans et ne fais plus partie de la Police Nationale depuis le 31 décembre 2013.
J’ai sollicité un départ anticipé à la retraite.

 

0011_###

 F.S  : A quel moment de votre vie avez-vous décidé d’intégrer la Police ?

G : J’ai décidé d’intégrer la Police depuis l’enfance pour l’incorporer à l’âge de 20 ans.

F.S : Quelles ont été vos motivations pour exercer ce métier ?

G : Mes motivations étaient simples et encore d’actualité, tout simplement basées sur le principe de servir  » la veuve et l’orphelin… »

F.S  : Quels services et dans quelles villes avez-vous exercé avant d’entrer au GIPN de Marseille ?

G : Après un bref passage à la CRS 52 de Sancerre, j’ai servi au commissariat du 2ème arrondissement de Marseille durant deux années pour ensuite intégrer le GIPN de Marseille en 1986.

F.S : Dans quels services avez-vous œuvré au 2° arrondissement de Marseille ?

G : J’assurais Police Secours de jour comme de nuit dans un fourgon composé d’un équipage de 3 Policiers.
La véritable école de Police et certainement la plus dangereuse avec les Services de BAC.

Années 1987-88

 

F.S : Le GIPN a été la première unité d’intervention créée en France, avant le GIGN et le RAID. Beaucoup semble l’oublier ou l’ignorer mais c’est à Marseille que le premier GIPN a été créé. Quelles étaient vos motivations pour rejoindre ce premier service anti-terroriste ?

G : J’ai découvert cette Unité et son chef mythique en 1981, lors d’une conférence de présentation du GIPN à l’École de Police de Fos sur Mer.
Alors que j’effectuais ma scolarité de Gardien de la Paix, le Commissaire N’Guyen Van Loc invitait tout policier désirant intégrer son Groupe à venir se présenter à lui le moment venu.
Je découvrais un aspect de la Police que je ne connaissais pas, des policiers pour des situations de crise. J’ambitionnais alors de les rejoindre un jour.

F.S : Comment êtes-vous entré au GIPN 13? Et quand ?

G :Comme l’avait suggéré le Commissaire N’GUYEN quelques années auparavant, je me suis présenté à son service pour postuler en 1984, alors âgé de 23 ans.
Après un refus de sa part et une invitation à reconduire ma demande deux  ans plus tard, je me suis effectivement représenté à lui en 1986, âgé de 25 ans.
Cette fois-ci, il m’était précisé que je serai appelé dans l’année pour des tests de sélections.

F.S : Quelles étaient les raisons du refus ?

G : Je manquais d’expérience, de terrain. Le Commissaire l’avait senti, à juste titre d’ailleurs, en me renvoyant dans les cordes et en m’invitant à poursuivre mon apprentissage en commissariat.

F.S : Y avait-il à ce moment des tests de sélections ? Et quels étaient-ils ?

G : Oui, il y avait des tests, beaucoup moins poussés que ne le sont ceux actuels ou ceux mis en place quelques années après mon intégration.
Les tests auxquels j’ai participé en 1986 se sont déroulés à Marseille.
Si mes souvenirs sont exacts, il y avait un test cooper, un parcours d’habileté motrice, un grimpé de corde, des tractions, dips, abdos… (bref, divers exercices de culture physique avec le poids du corps).

Il y avait également 3 mises de gants contre 3 éléments du GIPN ainsi que du sol en judo. Pour tout vous dire, pour 26 postulants, il y avait 2 places à pourvoir et j’ai fini 3ème. J’ai eu la chance que le premier appelé ne puisse pas intégrer le GIPN, et de troisième, je suis passé second pour finalement intégrer le Groupe en 1986.

 

F.S : Sous les ordres de quel officier avez-vous exercé ?

G : Entre le commandement du Commissaire N’Guyen et le Chef de Groupe actuel, Nicolas Battesti, le groupe a été dirigé par 4 autres Chefs de groupe.
J’ai donc servi au GIPN sous les ordres du Commissaire N’Guyen Van Loc puis de l’officier Serge Prygoski, du Chef Quiriconi, des officiers Serge Popoff et Didier Andrieux.

MISE EN PLACE AVANT ASSAUT SIMULTANE SUR PRISE OTAGE ENFANT MARS 001

 

INTER MARSEILLE 1992 PAS ENCORE DE COMBI NI EQUIPEMENT LOURD 001

F.S : Comment était composé le GIPN de Marseille ?

G : Le GIPN 13 était composé de 24 éléments opérationnels, renforcés par deux policiers chargés du secrétariat et de l’armurerie.

cérémonie HP site

 

F.S : Ces policiers chargés du secrétariat et de l’armurerie sont-ils d’anciens policiers du GIPN (comme ce fut le cas au GIPN de Bordeaux ) ?

G: Non, les premiers collègues concernés pour le secrétariat étaient des policiers qui bénéficiaient d’un emploi aménagé pour des raisons de santé ou autres.
Pour l’armurerie, nous avons eu la chance durant quelques années de bénéficier du concours d’un policier diplômé armurier, recruté par Serge Popoff. Il était chargé de l’entretien de nos armes individuelles, collectives ainsi que des montages d’accessoires d’aide à la visée sur ces dernières.
Ces camarades ont toujours été considérés des nôtres, ils faisaient partie intégrante du Groupe.

 

F.S  : Quel était le parc automobile et de quoi se composait l’armurerie au début du GIPN ?

G : Durant ces nombreuses années passées au Groupe, j’ai connu une évolution considérable du parc automobile, ainsi que des armes composant notre armurerie.
Pour exemple, à mon arrivée au Groupe, il n’y avait pas de fourgon d’intervention, nous disposions d’une Peugeot 505 break, d’une Citroën CX sérigraphiée break et d’une Renault 20 banalisée. J’imagine votre réaction, mais il faut remettre les choses dans leur contexte et se rappeler que si les forcenés étaient les mêmes, nous n’avions pas de matériel individuel d’intervention et donc les voitures servaient à nous transporter. Les seuls matériels à charger étaient les 2 armes des snipers des  » Steyr Malinncher » et quelques armes collectives  » HK MP5″  » PM USI ».
Individuellement, nous étions dotés de revolver RMR 73, cal. 357. Les premiers PA, Beretta 92F et FS, sont arrivés au compte-goutte à compter des années 90, puis avons vu l’arrivée des PA Glock.

F.S : Vous avez servi combien de temps au sein de cette unité ?

G : J’ai servi au sein du GIPN durant 22 années, de 1986 à 2008.

F.S : Quels sont vos meilleurs et pires souvenirs ?

G : Mes meilleurs souvenirs resteront ces nombreuses rencontres avec des copains du Groupe qui ont donné de merveilleuses histoires d’amitiés. Une amitié qui dure toujours. Nous évoquons encore certaines interventions autour d’une bière ou d’un repas.

Mon meilleur souvenir d’intervention restera la résolution d’une prise d’otage dans une école maternelle par un individu armé d’un fusil à pompe, retenant un groupe d’adultes du corps enseignant et d’une trentaine d’enfants. C’était le 4mars 1996 à Marseille, trois ans après une affaire beaucoup plus médiatisée à Neuilly-sur-Seine…

Mon pire souvenir restera une intervention pour laquelle nous avons été mis en alerte beaucoup trop tardivement et pour laquelle nous n’avons pu que constater le décès d’une enfant de deux ans et de son père désemparé. Il avait décidé que tout devait s’arrêter là. La maman de la petite Noémie l’attendait quelques étages en dessous…

 

PLUS MAUVAIS SOUVENIR GIPN 13 001

 

PRISE OTAGE ECOLE 1996 001

 

 

PRISE OTAGE ECOLE MATERNELLE MARSEILLE 1996 001

 

F. S : De nombreux policiers ont servi au GIPN puis au RAID, je pense à Christian Battesti et à D. Andrieu, cette passerelle existait déjà. Intégrer le RAID ne vous a jamais tenté ?

G : Dire que je n’ai jamais été tenté serait faux.
De plus dans les années 90, après à un événement partagé lors d’un stage avec Philippe V. chef d’Equipe au RAID, celui ci me proposait alors d’intégrer son Unité.
Divorcé, j’aurais donc dû m’éloigner de mes enfants, j’ai fais le juste choix de la Famille et du GIPN.

F.S : Quelle était une semaine type au sein du GIPN ?

G : Évoquer une semaine type est difficile car selon le roulement, vous étiez soit de permanence, soit de mission locale, soit de mission extérieure.
Je ne trahirai pas de secrets en vous indiquant de nombreuses séances de tir, de sports de combat, et d’entraînements spécifiques, cordes situations de crise…

 

F.S : Quelle(s) étai(en)t votre-vos spécialité(s) ?

G : Ma première spécialité me suivait de l’armée où j’étais tireur d’élite sur FRF1, spécialité confirmée au Groupe par un stage Police à L’E.A.I de Montpellier.
Puis, je me suis spécialisé en corde dans les années 90 en me formant auprès du Club Alpin Français, nous commencions à recevoir alors du matériel d’escalade mais cela sans formation adéquate, il fallait bien se débrouiller et avancer.

F.S : Les policiers des GIPN sont amenés à entraîner mais qui vous entraînait ?

G : Auparavant, les spécialistes de certains domaines prenaient en charge la formation des autres, pour exemple si vous aviez la chance d’avoir parmi les vôtres un Prof de Boxe Anglaise, il était logique que ce dernier dispense son savoir aux autres.
Durant de nombreuses années, seul les moniteurs APP de la Police Nationale étaient habilités à enseigner dans notre institution, mais au sein des Groupes, les exigences étaient tout autre et nous devions soit penser à un recrutement intelligent pour combler les manques, soit prendre du temps sur les repos pour nous former à certaines disciplines.
Puis les choses se sont mises en place et les Groupes ont compté de véritables spécialistes dans leurs rangs.

F.S : Les unités d’intervention sont réputées pour avoir dans leurs rangs des combattants de haut niveau, était-ce le cas à Marseille ?

G : Oui, c’était le cas à Marseille, puisque nous avons eu la chance de connaître comme l’on dit chez nous de sacrés « clients ».
Après le passage de Christian B., titré en Boxe américaine et rapidement attiré vers d’autres cieux que le GIPN, nous avons eu la chance de voir arriver Fred B., spécialiste en Boxe Anglaise, pourvu d’un diplôme d’état, qui a passé 11 années au Groupe.

Nous avons également eu la présence de Bruno L., encore un « client » de haute volée pratiquant et titré en Boxe Française.

Un autre Fred B., pratiquant-titré en Boxe Thaï, faisait aussi partie de nos rangs.
Les deux Fred B. ne partageaient d’ailleurs pas que leurs initiales, leurs qualités pédagogiques à l’entraînement et leur simplicité les réunissaient également.
Je n’ai cité que les plus emblématiques, mais il n’est pas question d’oublier les judokas, les rugbymans ou les non-spécialistes qui allaient sur le ring sans rechigner, échanger quelques points de vue.

Fabio-Pat-Fred

 

F.S : Des membres du GIPN de Lyon ont dessiné et fait valider la conception d’une combinaison au camouflage dit urbain (qui est aussi portée par les policiers du RAID), pourquoi a-t-elle été conçue ?

G : Celle-ci a été conçue pour bénéficier d’un réel camouflage en milieu urbain, la combinaison noire ou bleu marine n’était pas toujours adaptée…et puis il était également sympa se différencier un peu du RAID et du GIGN, qui à l’époque, prenaient tous les faits d’armes des GIPN à leur compte…par la faute des médias sans doute…
De plus, leurs propres bilans suffisaient à leur reconnaissance amplement méritée.

F.S : La cellule de coordination des GIPN organisait des entraînements inter-GIPN, quels étaient vos sujets d’entraînements et combien de policiers y participaient ?

G : Les sujets d’entraînement variaient mais restaient évidemment liés aux missions ou entraînements spécifiques. Pour exemple, je me souviens m’être rendu avec Marc à Strasbourg pour une semaine basée sur l’intervention, les différents types d’assaut. Chaque groupe envoyait deux hommes qui travaillaient et échangeaient sur un thème précis avec l’effectif complet du Groupe qui organisait et recevait.

F.S : Contrairement au RAID, les policiers, vu leur nombre, doivent être polyvalents (cordes, sniping, conduite automobile, arts martiaux…), peut-on dire que les policiers des GIPN sont plus spécialisés que ceux du RAID ?

G : La réponse est dans ta question, le mot polyvalent définit totalement et par nécessité un élément du GIPN.

0036_11A

F.S : Je me souviens de cet individu que le GIPN de Marseille avait neutralisé à Béziers, pouvez-vous en parler ?

G : Je ne préfère pas trop détailler cet événement dans le contexte présent. Toutefois, j’ajouterai que nous avions touché du doigt les prémices d’un problème que notre société a rencontré à Toulouse, Bruxelles ou ailleurs dernièrement.
Quant à sa neutralisation, il l’a choisie.

F.S : Un tronc commun d’intervention (TCI) a été créé par le RAID pour que les nouveaux membres de ces services aient les mêmes modes opératoires, qu’en pensez-vous ?Les deux services passent les mêmes tests de sélection, ce qui n’était pas le cas au début de leur histoire.

G : Je redoute toujours de m’exprimer sur un sujet que je n’ai pas connu (TCI), mais à partir du moment où ces Unités sont appelées à œuvrer ensemble cette formule me paraît adaptée.

F.S : Certains ont vu la FIPN comme une réponse apportée au nouveau GIGN (qui a vu la fusion entre le GIGN « historique », l’EPIGN et le GSPR), quel est votre ressenti ?

Là encore, la réserve sera de mise. Si les échanges entre ces Unités d’intervention sont fréquents, mon ressenti est positif.
S’il s’agit d’une rivalité Police-Gendarmerie et distribution d’effectifs dans le seul but de satisfaire des promotions individuelles au sommet de ces deux corps respectifs, alors je reste dubitatif.

 

F.S : Que faites-vous aujourd’hui ?

G : Après l’obtention d’une licence par la voie d’une VAE auprès du GRETA de Montpellier, j’ai ouvert une agence d’enquêteur de recherches privées dans le sud de la France.

 

 

Policiers du GIPN en formation à l’étranger

altAglaWJa1vGV_3eT1qvRBgdZjDCGO0LU1YyK-S9PBlv8T

altAvaDOrxmwGZsFvzO3uZFCL_4wbXn9XbV6d5ztokmODWK

 

altAiWEhnDj6cUPi2H4UpsPYKTnm_By9VQZsaSEMPU_ojGJ

altAnY9_XghJ8yGopzn45g_pEIKIijONxjUosDoEmJo1j0J

 

Les photos sont issues de la collection privée de Gérald.
Les fonctionnaires dont les visages apparaissent non floutées le sont avec leur accord direct via Gérald.

Laisser une réponse»


Entretien avec « Kato »

Fabien : 19 juillet 2013 14 h 43 min : interviews

 

FIPN-SP.FR : Bonjour Kato et merci de me recevoir. Question classique : quel est ton parcours de policier ?
Kato : J’ai passé le concours de Gardien de la Paix en 1993, j’ai commencé à travailler dans le département des Hauts-de-Seine en brigade de nuit en en bac. En 1998, j’ai passé l’habilitation GIPN et j’ai choisi de rejoindre le GIPN de Nice. J’ai passé le concours d’officier en 2004 et ai été affecté à la CRS 8 à Bièvres.
J’ai quitté la CRS 8 deux ans après mon arrivée pour rejoindre le RAID que j’ai quitté il y a deux ans.
Je suis donc à la B.I depuis 2011.

F-S : Quelles ont été tes motivations pour rejoindre le GIPN ?
K : C’est une volonté extérieure, dès mon plus jeune âge, j’ai toujours admiré les policiers du GIPN, les interventions qu’ils résolvaient, le mental extraordinaire qu’ils avaient pour gérer le stress de leur travail.
J’ai passé le concours de Gardien de la Paix pour devenir un membre des GIPN.

F-S : Le GIPN de Nice était dirigé par le commandant Vito, lui-même venait du SPHP, comment était-il ?
K : Vito était un très bon chef de groupe, il avait un gros sens de l’humour et il était très bon combattant.
Mais j’ai une pensée particulière pour le chef que j’avais à mon arrivée ; Freddy Fabre qui a été blessé gravement en service. Freddy était au RAID avant d’aller au GIPN de Nice.

F-S : Quelles ont été tes spécialités au sein de ce groupe ?
K: Tout policier qui est au GIPN se doit d’être polyvalent. Les GIPN les plus nombreux sont au nombre de 24 policiers, il est impossible d’avoir plusieurs pools de spécialités comme les grands services (RAID ou GIGN). Chaque policier doit exceller dans une matière (THP, Sports de combat, conduite anti-agression, cordes…) mais doit être bon dans les autres au cas où..
Mais j’avais une préférence pour le tir de haute précision.

F-S : Quelles missions t’ont le plus « marqué » ?
K : La mission qui m’a le plus marqué de façon dramatique est l’opération durant laquelle Freddy Fabre a été blessé. (Lors de quelle mission ?)
A contrario, celle qui me laisse le meilleur souvenir s’est déroulée en 1999 quand 13 membres du GIPN de Nice ont maté une mutinerie à la prison de Grasse.

F-S : Tu as ensuite postulé pour le RAID, pour quelles raisons ?
K : Après des années au GIPN, j’ai passé mon concours d’officier. J’ai passé les tests d’habilitation RAID que j’ai réussis.
Cependant, c’est une énorme « usine », une unité aux moyens humains et matériels conséquent mais qui subit une pression médiatique et politique importantes.

F-S : Quelles grandes différences as-tu constaté entre les GIPN et le RAID. Toi qui as travaillé au sein des deux services, comment les vois-tu aujourd’hui ?
K : La cohésion y est importante mais, pour ma part, je l’ai trouvé moins forte qu’au GIPN.
Les missions sont similaires au GIPN mais il y a plus d’opérations à l’étranger (formations).
C’est un service où il y a des fortes personnalités, les interventions et missions diverses ne sont pas quotidiennes, il faut occuper les hommes.
Ange Mancini, le premier patron du RAID disait : « le plus dur n’est pas de gérer l’exceptionnel mais le quotidien »…

F-S : En décembre 2000 était créée la FIPN, qu’en penses-tu ?
K : C’est un projet très intéressant et qui mérite d’être soutenu. La difficulté réside dans les différentes identités ( le RAID et les GIPN ont des missions d’intervention depuis leur début, la BRI a un rôle premier de Police Judiciaire mais peut aussi intervenir en équipement et armement lourd -pour intervenir sur des interpellations de malfaiteurs armés ou forcenés ou terroristes via la B.A.C avec la B.I).

F-S : Beaucoup s’accordent à dire que tu as transformé la B.I
K : Non, je ne l’ai pas transformé, j’ai apporté mon expérience de l’intervention avec mon vécu au GIPN et au RAID mais je n’ai rien changé.

F-S : Qui sont les médecins qui suivent les groupes d’intervention de la police nationale ?
K : Les médecins qui suivent les groupes d’assaut du RAID sont des médecins d’urgence (SMUR) affectés au service, ils s’occupent des policiers au quotidien et en intervention.
Aux GIPN, il existe des conventions avec les urgentistes locaux.
Les interventions de la B.A.C sont suivies « médicalement » par le Professeur Safran , bien connu dans le domaine médical.

F-S : Comment la B.I se positionne aujourd’hui entre le RAID, les GIPN et la BRI ?
K : C’est une unité émergente, le « petit poucet » de la FIPN. Elle commence à prendre sa place tout doucement mais n’a pas l’expérience du feu des services de la FIPN.
Il manque une grosse intervention à la B.I pour lui faire prendre de l’ampleur , une intervention difficile.
La B.I fait des échanges avec la BRI, les GIPN. Le dernier en date voyait la B.I s’entraînait avec le GIPN de Lille. Et je ne parle pas des échanges pendant les stages de cordes à Chamonix, THP, NRBC, stages explo… Nous faisons des expertises et formations avec des services de polices demandeurs type GAHP (Groupe d’Appui des Hautes Personnalités – SPHP).
La reconnaissance du service a été une formation du groupe d’intervention au Burundi avec des policiers de la B.I et de la B.R.I.

F-S : Comment se passe une semaine type ?
K : Nous organisons les semaines en fonction des missions prioritaires ; les matinées sont réservées aux entraînements physiques : footing, piscine, musculation.. et les après-midi aux entraînements tactiques : tirs, progressions, manœuvres de cordes..

F-S : Quels sont les sports de combat que vous pratiquez ?
K : Nous pratiquons essentiellement le grappling et les boxes. Nous accons moins sur la self défense. En équipement lourd, il est impossible d’être aussi mobile qu’en tenue civile…
En lourd, en poussant le bouclier sur l’individu ou en mettant un coup de casque, ça suffit à mettre hors d’état de nuire la personne à interpeller qui résisterait à son interpellation.

F-S : Quelles sont les affectations que demandent les opérateurs de la B.I après leur passage au sein du service ?
K : Nous avons un policier qui part au GIPN (c’est le troisième dans ce cas), certains retournent chez eux, en province et d’autres vont au déminage.

Laisser une réponse»
Top