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Le RAID lors des attaques terroristes à Paris -RAIDS n°348

Fabien : 17 décembre 2015 16 h 02 min : ACTUALITES, FIPN - Articles

 

RAIDS : Dans quelle situation était le RAID le 7 janvier ?
Jean-Michel Fauvergue : Le RAID était en posture normale au moment où est intervenue l’attaque de Charlie Hebdo. La première alerte a sonné lors de l’entraînement. En apprenant cette attaque, on comprend que c’est du lourd et on se met en alerte immédiatement.
Le DGPN (Directeur Général de la Police Nationale) m’informe alors qu’il nous faut faire mouvement vers Reims, où nous serons placés en assistance de la SDAT (Sous-Direction Anti-Terroriste).

Depuis plusieurs mois, on travaillait avec la SDAT et la DGSI (Direction Générale de la Sécurité Intérieure), nous les connaissions donc très bien. Sur place, je me mets à disposition de mes collègues de la SDAT et j’apprends que nous devions intervenir sur trois points différents dans l’agglomération. J’ai à mes côtés deux colonnes du RAID et une autre du GIPN (Groupe d’Intervention de la Police Nationale) de Strasbourg. La SDAT nous confie aussi deux points supplémentaires à Charleville-Mézières, dont se charge le GIPN de Lille que l’on fait déplacer aussi. Une équipe de commandement du RAID sous l’autorité de mon adjoint est envoyée sur place.

RAIDS : C’est une première d’associer les GIPN et le RAID dans une opération multipoint de ce type ?
J-M F : Non, pas depuis que j’ai le contrôle opérationnel des GIPN (novembre 2013). On a déjà eu des opérations où le RAID renforçait les GIPN et vice versa.
Les personnels sont sélectionnés et entraînés ensemble pendant 16 semaines, ils sont donc réellement interopérables. On a commencé ce soir-là à travailler sous l’œil des médias, et c’est très compliqué. Les adresses étaient manifestement connues à l’avance. On sait que l’on trouvera très probablement des adresses sans les personnes qui y résident, ou qu’au contraire les personnes y seront, retranchées et prêtes à mourir. C’est quelque chose de très particulier et, pour tout dire, de nauséabond. On n’a pas eu d’esprit de responsabilité des médias. On est intervenus sur tous les points, et les opérations se sont poursuivies jusqu’au petit jour. Je laisse sur place deux colonnes du GIPN de Strasbourg et du RAID. Je laisse aussi mon adjoint sur Reims.

 

Ce jeudi-là, je suis appelé à la salle de gestion de crise du ministère, appelée le « fumoir «. Les deux DG police et gendarmerie) s’y trouvent déjà et j’apprends que les frères Kouachi ont été repérés vers Villers-Cotterêts, dans l’Aisne. En fait, il y a une grande zone triangulaire de recherches.
On m’informe aussi que je serai « concourant » du GIGN. Trois espaces de recherches sont définis, le mien touche celui du GIGN. Je prends mes instructions d’Hubert Bonneau, chef du GIGN, nous trouvant sur leur zone de compétence territoriale. Le terrain est ratissé. On inspecte quelques maisons suspectes. J’ai à mes côtés la colonne du RAID qui était à Reims, celle du GIPN de Lille que je fais descendre, et j’en fais monter une de la BRI-PP (Brigade de Recherche et d’Intervention de la Préfecture de Police).

 
La FIPN (Force d’Intervention de la Police Nationale) est déployée sous mon autorité.
Ce secteur est plutôt forestier, campagnard, avec quelques maisons isolées.
Le dispositif est levé en raison de la tombée de la nuit, une nuit très noire d’ailleurs. Je laisse une colonne du RAID à Soissons et je repars sur Paris.
Le GIPN de Lille et la BRI-PP rentrent chez eux.
Le lendemain, le vendredi, je me rends au salon « fumoir », place Beauvau, où on apprend que les deux frères Kouachi ont fait un car-jacking et qu’ils sont poursuivis par des hélicoptères de la gendarmerie, en direction de Paris.
Le DGPN me donne pour instruction de poursuivre l’opération comme « concourant » du GIGN, et je fais descendre ma colonne du RAID de Soissons, tandis que j’en fais monter une de la BRI-PP.
Elles arrivent à peu près en même temps à Dammartin.
A ce moment, deux de mes snipers vont opérer en observant à partir d’un hélicoptère EC145 de la gendarmerie. Une colonne du RAID part de Bièvres, avec 30 à 35 pax.

 

RAIDS : On a donc une centaine de policiers spécialisés en intervention sous l’égide de la FIPN, en « concourant » au GIGN, à Dammartin ?
J-M F : Oui, mais la colonne de la BRI-PP rentre sur Paris, car elle a des vérifications à faire dans le cadre de l’affaire Coulibaly. Vers 13 heures, des coups de feu sont signalés à la porte de Vincennes, il y a sans doute des morts et plusieurs otages. On apprend assez vite que cette attaque a un lien avec les frères Kouachi. Je laisse deux négociateurs sur place avec deux officiers de liaison, du RAID, et je prends la route vers Paris, ce qui n’est pas simple, car les routes sont assez encombrées. Je suis accompagné des deux groupes du RAID qui étaient restés sur place.
Je demande aussi à un groupe de partir de Bièvres et de se palcer en réserve porte des Lilas.

En parallèle, mon DGPN m’annonce que la FIPN est à nouveau engagée et que je prends en compte l’ensemble des forces. Quand j’arrive sur place, le préfet et le directeur de la PJ (Police Judiciaire), Bernard Petit, sont déjà sur place.
La BRI a placé les équipes d’urgence à proximité. Ses tireurs sont en place sur les points hauts. Je prends en compte ce dispositif, et je le double, que ce soit les snipers ou les colonnes d’intervention.
Tout de suite, on évacue un traiteur contigu à l’Hyper Cacher, où les occupants s’étaient calfeutrés. Et on réitère avec un autre commerce à proximité. A ce moment-là, on est une centaine entre la BRI et le RAID.

Tous les GIPN sont aussi mis en alerte sur le territoire national. A ce moment-là, l’antenne RAID de Marseille est d’ailleurs engagée sur une prise d’otages crapuleuse à Montpellier, qui sera résolue par la négociation.
Cela démontre aussi le bien-fondé de notre schéma d’implantation nationale, et du concept de la FIPN.

On monte le PC opérationnel. On récupère plusieurs personnes connaissant bien l’Hyper Cacher, ceux qui y travaillent, mais aussi un concierge et un ouvrier qui avait réalisé des travaux dans le magasin. Lui, il sait nous dire quels sont les murs en placo, quels sont les murs porteurs. L’officier renseignement se charge de collecter l’information sous la coordination du commandement opérationnel, qui répartit les tâches aux uns et aux autres. Il se fait aider par des officiers de la BRI.
Le propriétaire nous permet aussi de voir la vidéosurveillance du magasin, qu’il peut consulter sur son ordinateur portable, avant qu’elle ne fonctionne plus. On y voit Coulibaly, comment il est équipé, et les morts.

A ce moment-là, trois PC coexistent : le PC opérationnel du RAID, le PC négociation armé par la BRI renforcée par deux négociateurs du RAID et, enfin, le PC autorité.
Le lien entre le PCA et le PC OPS se fait par moi-même.
Le ministre arrive, avec la maire de Paris, le directeur PJ…. On lui confirme que l’on est face à Coulibaly, qui a tué la policière municipale et a tiré sur un jogger, et que nous avons vu deux personnes mortes sur la vidéosurveillance de l’Hyper Cacher.

On a aussi contact avec des personnes réfugiées dans le local réfrigéré du magasin, au sous-sol, où le téléphone fonctionne. Mais ils ne peuvent pas nous apporter de renseignements utilisables pour l’intervention. On ne sait d’ailleurs toujours pas à ce moment-là combien de preneurs d’otages sont présents.
On croira jusqu’au bout qu’ils pouvaient être deux.

 

Puis Coulibaly a un contact avec BFM TV, mais cela ne nous apporte pas de renseignements utiles pour l’intervention.
Mon travail consiste alors à rendre étanche le PC opérationnel, qui doit se concentrer sur les vraies informations opérationnelles.
Sur les deux seuls contacts qu’on aura par nos négociateurs avec Coulibaly, il expliquera qu’il ne veut pas que l’on touche aux frères Kouachi, et déroulera une logorrhée terroriste, livrera des justificatifs à son action, et demandera à ce que les troupes françaises au Mali se retirent. On se rend compte qu’on est face à une situation inextricable. Nous savons que ce type d’individu ne se rend pas et meurt les armes à la main. On pensait qu’on avait 10 à 20 otages (en fait, ils sont 19). On savait que les otages étaient libres et bougeaient, tout comme Coulibaly.

RAIDS : Cela ne vous simplifie pas l’intervention…
J-M F : Evidemment non, mais c’est un grand classique. Entre-temps, nous avons étudié les moyens d’action, avons récupérés les clés du volet roulant et le commandant opérationnel a dressé un plan d’action. Nous attendons alors le feu vert de l’autorité politique, à laquelle nous avons proposé des options, ou plutôt l’option, car il n’y en a qu’une. Ce feu vert arrive très rapidement.
Priorité est donnée à notre opération au regard du nombre élevé d’otages, et non à celle de Dammartin.
La suite, on la connaît : à 16h55, les frères Kouachi sortent de l’imprimerie de Dammartin, font feu sur les gendarmes qui ripostent. J’ai deux officiers du GIGN avec moi, ils m’informent rapidement de l’évolution de la situation là-bas, ce qui précipite notre assaut.
Nous étions quasiment prêts, mais on n’aurait pas refusé 10 minutes de plus.
Une colonne de la BRI est placée sur la porte arrière, et deux colonnes du RAID de part et d’autre du rideau de fer, sur l’entrée principale.
Le fait de mettre beaucoup d’intervenants permet de protéger rapidement les otages, et surtout de multiplier les cibles pour le ou les preneurs d’otages et d’attirer le feu.

 

C’est vrai, il y a un risque de tirs fratricides sur nos propres hommes. Mais c’est un risque calculé.
La porte arrière est ouverte par un élément d’effraction explosif du RAID. C’est une explosion assez impressionnante, et cela déclenche le début de l’intervention. Coulibaly commence à tirer sur la BRI, à travers des palettes et sacs de sucre qu’il a placés en travers de cette issue. Le RAID arrive par la porte principale et il reporte son feu sur mes hommes.

Il est neutralisé à ce moment-là. On progresse dans le magasin, on trouve les otages indemnes, et les quatre qui avaient été tués par Coulibaly au début de sa prise d’otages. Tous les otages sont dirigés vers un dispositif de recueil de la BRI de la DCPJ.
On les place derrière le blindé de la BRI positionné devant le magasin.
En explorant le magasin, on trouve vite des charges d’explosifs, des bâtons de dynamite, avec lesquelles Coulibaly avait piégé le magasin.
Je rends compte immédiatement par téléphone au DGPN, qui rend compte au ministre, qui lui-même informe le président de la république du succès de l’opération.

On a cinq blessés, quatre du RAID et un de la BRI. Ils sortiront de l’hôpital le lendemain, pour la plupart. Ils ont été blessés aux membres inférieurs, la partie du corps qui n’est pas protégée, ou ont été poly criblés.

 

RAIDS : Si on balaie les retex de cette crise, avez-vous eu suffisamment accès aux hélicoptères ?
J-M F : Aux hélicoptères du GIH, non, car ils étaient dédiés à juste titre au GIGN, mais nous avons placé un binôme de tireurs d’élite à bord d’un EC145 de la gendarmerie, à Dammartin-en-Goële.
Les deux types d’hélicoptères sont importants pour nous, le Puma du GIH permet de transporter une dizaine d’opérateurs en une seule fois, ce qui n’est pas possible avec les hélicoptères de la gendarmerie. Ces derniers sont plus utiles pour le transport rapide d’une équipe réduite, négociateurs ou tireurs d’élite, par exemple.

 

 

RAIDS : Quelles sont les leçons, pour la partie commandement ?
J-M F : Pour le commandement, on a travaillé très correctement. On n’a pas eu de pressions. Le RAID a eu la confiance du ministre de l’Intérieur, qui avait pu nous découvrir lors d’une visite au service, au printemps 2014.
Le ministre a senti que l’affaire était dure et que Coulibaly irait jusqu’au bout. Notre intervention serait donc le seul moyen de résoudre cette crise. Cela permet d’absorber le choc politique pour protéger mes opérateurs. Les deux postes les plus importants, outre évidemment, les opérateurs eux-mêmes ce sont le chef du RAID et le commandant opérationnel. Le premier protège le second.
RAIDS : Pour la FIPN, vous avez mobilisé tous les composantes. Avez-vous des choses à améliorer ?
J-M F : Oui, sur l’engagement de la FIPN avec la BAC, et la façon de mieux l’intégrer dans l’Etat-Major opérationnel.

 

 

RAIDS : Votre équipement est-il suffisamment bien taillé ?
J-M F : Cet équipement est, globalement satisfaisant. On parlait plus haut de protection des membres inférieurs, il faudrait qu’on s’y intéresse, évidemment.
De même, nos G36 doivent pouvoir être complétés, dans la colonne, par une arme plus lourde, fusil à pompe, Molot, HK 417…

 

RAIDS : Donc, ce n’est pas un manque d’équipement mais plutôt une utilisation différente de ce dont vous disposez…
J-M F : Oui, pour la partie armement. Pour la protection des membres, on sait qu’en protégeant mieux, on alourdira nos opérateurs. Or, si la rapidité de mise en œuvre est essentielle, comme ce fut le cas à Vincennes, qui s’est déroulée sur moins de quatre heures, on sait qu’on n’aura pas avec nous un bouclier Ramsès par exemple… Et la vie des otages était en jeu : il faut donc travailler de façon sacrificielle.

 

RAIDS : Quel bilan faites-vous de cette opération menée avec le GIGN ?
J-M F : C’est une première déjà ! On n’a eu aucun problème, et cela s’est avéré très intéressant.
On a travaillé en confiance, et la présence des officiers de liaison a permis de bien diffuser l’information. Franchement, je n’ai eu aucun problème à travailler en « concourant » pour Hubert Bonneau. Le relationnel avec lui est un véritable plaisir.

 

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RAIDS : Avez-vous des priorités d’équipement en 2015 ?
J-M F : Donc, ce sujet de la protection balistique des membres inférieurs. On a aussi reçu un premier PVP, et un deuxième sera livré d’ici six à sept mois, je pense.
Nous n’avions pas besoin d’un véhicule avec structures verticales comme le GIGN, nous en avons déjà un, d’ailleurs. Par contre, ce PVP nous permet des progressions de nos opérateurs protégés par le blindage.

Source : RAIDS n° 348 (avril 2015)  – article écrit par Jean-Marc Tanguy

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Arrêté du 05 Janvier 2011 relatifs aux missions et à l’organisation de la FIPN

Fabien : 22 décembre 2013 12 h 09 min : ACTUALITES, FIPN - Articles

« Arrêté du 5 janvier 2011 relatif aux missions et à l’organisation des services composant la force d’intervention de la police nationale et portant dispositions sur l’affectation et l’aptitude professionnelle de leurs agents.

NOR: IOCC1033820A
Version consolidée au 10 février 2011

Le ministre de l’intérieur, de l’outre-mer, des collectivités territoriales et de l’immigration,
Vu la loi n° 66-492 du 9 juillet 1966 portant organisation de la police nationale ;
Vu le décret n° 85-1057 du 2 octobre 1985 modifié relatif à l’organisation de l’administration centrale du ministère de l’intérieur et de la décentralisation, notamment son article 5 ;
Vu le décret n° 95-654 du 9 mai 1995 modifié fixant les dispositions communes applicables aux fonctionnaires actifs des services de la police nationale, notamment son article 26 ;
Vu le décret n° 2004-374 du 29 avril 2004 modifié relatif aux pouvoirs des préfets, à l’organisation et à l’action des services de l’Etat dans les régions et départements, notamment ses articles 1er, 11, 72 et 73 ;
Vu le décret n° 2008-633 du 27 juin 2008 modifié relatif à l’organisation déconcentrée de la direction centrale de la sécurité publique ;
Vu l’arrêté préfectoral du 3 décembre 1966 portant création de la brigade de recherche et d’intervention de la préfecture de police, notamment son article 1er ;
Vu l’avis du comité technique paritaire central de la police nationale du 23 novembre 2010 ;
Vu l’avis du comité technique paritaire interdépartemental des services de police de la préfecture de police du 17 novembre 2010 ;
Sur la proposition du directeur général de la police nationale et du préfet de police,
Arrête :

Article 1

La force d’intervention de la police nationale comprend l’unité de recherche, d’assistance, d’intervention et de dissuasion de la police nationale (RAID), les groupes d’intervention de la police nationale (GIPN) et la brigade anticommando de la préfecture de police, unités spécialisées d’intervention de la police nationale qui conservent leur rattachement organique.
Lorsqu’elle est constituée, le RAID assure la coordination opérationnelle des unités qui la composent et qui interviennent alors sous l’autorité des préfets de département ou, à Paris et dans les départements des Hauts-de-Seine, de la Seine-Saint-Denis et du Val-de-Marne, du préfet de police.

SECTION I : L’UNITE DE RECHERCHE, D’ASSISTANCE, D’INTERVENTION ET DE DISSUASION DE LA POLICE NATIONALE (RAID)
Article 2

Le RAID contribue, dans l’ensemble du territoire de la République, à la lutte contre toutes les formes de criminalité. A ce titre, il prête assistance aux services de police et il est notamment chargé :
― d’intervenir à l’occasion de troubles graves à l’ordre public nécessitant l’utilisation de techniques et de moyens spécifiques ;
― d’apporter son concours opérationnel aux services chargés de la prévention et de la répression de la criminalité organisée et du terrorisme ;
― d’assister le service de protection des hautes personnalités dans ses missions ;
― de mettre à la disposition des services de police des matériels spécialisés servis par le personnel de l’unité ;
― de contribuer, en collaboration notamment avec la direction des ressources et des compétences de la police nationale, à l’instruction des personnels de police en matière de lutte antiterroriste ;
― de procéder, en collaboration avec la direction des ressources et des compétences de la police nationale et la direction centrale de la police judiciaire, à des études et des essais de techniques et de matériels d’intervention ainsi qu’à la formation de fonctionnaires de police ou de services dans le cadre de ses activités.

Article 3

Le RAID, placé sous l’autorité du directeur général de la police nationale, est dirigé par un fonctionnaire du corps de conception et de direction de la police nationale.

Article 4

Le RAID ne peut être déplacé ou employé que sur ordre du directeur général de la police nationale. Il n’intervient que sous le commandement de sa hiérarchie. Il n’a pas compétence pour la suite judiciaire des faits sur lesquels il est intervenu.
Il peut être mis à la disposition des préfets et des procureurs de la République qui en font la demande. Dans ce cas, l’autorité requérante définit la mission générale assignée à ce service. Le chef de l’unité chargé de l’exécution de la mission demeure seul responsable des conditions et des modalités techniques de son exécution. Les chefs des services territoriaux de police lui apportent leur concours.

Article 5

Les fonctionnaires actifs de police habilités sont recrutés à l’issue d’une première sélection sur dossier puis d’épreuves de sélection dont le contenu est défini par une instruction du directeur général de la police nationale prise sur la proposition du chef du RAID.
Ces épreuves comprennent :
― des examens médicaux ;
― des épreuves physiques ;
― des épreuves psychologiques et psychotechniques ;
― des épreuves sportives et techniques ;
― un entretien individuel.
Ne peuvent se présenter aux épreuves de sélection que les fonctionnaires dont l’âge, au 31 décembre de l’année de constitution de la liste de candidats admissibles, est inférieur :
― à 40 ans pour le corps d’encadrement et d’application ;
― à 45 ans pour le corps de commandement.
Les fonctionnaires de police qui satisfont à ces épreuves sont inscrits pour deux ans sur une liste de candidats admissibles. Ils peuvent alors être affectés en fonction des besoins opérationnels et sous réserve de conserver les aptitudes requises.

Article 6

Les fonctionnaires actifs de police sont affectés pour cinq ans.
Cette affectation peut être renouvelée deux fois sur décision du chef de service, prise après avis d’une commission composée de cadres de l’unité et qui se prononce, lors de la dernière année de l’affectation, à partir de la manière de servir du fonctionnaire et des aptitudes constatées en service.
En cas d’inaptitude, il peut être mis fin à l’affectation par le chef de service après avis de la même commission.
Les fonctionnaires dont l’affectation prend fin sont réintégrés dans leur précédente direction ou service d’emploi dans un poste correspondant à leur ancienneté de grade.
Au cours de leur affectation, les fonctionnaires actifs de police sont tenus de suivre les séances d’entraînements individuel et collectif ainsi que la formation continue dispensée dans les domaines technique et professionnel.

Article 7

A l’issue d’une période probatoire de six mois à compter de la fin d’un cycle de formation initiale obligatoire, les fonctionnaires actifs de police ayant une ancienneté d’au moins trois ans et affectés au RAID peuvent être habilités par leur chef de service à des missions particulières. Le niveau d’habilitation détermine la nature des missions qui peuvent être confiées au fonctionnaire intéressé.
L’accès à un niveau d’habilitation et son maintien sont subordonnés à l’aptitude médicale du fonctionnaire et à la réussite à des épreuves physiques et professionnelles dont la nature et la fréquence sont définies par une instruction du directeur général de la police nationale prise sur la proposition du chef du RAID.
L’habilitation peut être retirée ou son niveau modifié par le chef de service.
Un fonctionnaire habilité quittant le RAID en raison d’une mutation, d’un détachement ou d’une période de disponibilité conserve le bénéfice de son habilitation un an à compter de son départ du service, sous réserve, à son retour, de la vérification de son aptitude médicale. Au-delà de cette période d’un an, l’ensemble des conditions définies par le présent article sont applicables.

SECTION II : LES GROUPES D’INTERVENTION DE LA POLICE NATIONALE
Article 8

Les groupes d’intervention de la police nationale sont créés, au sein des directions départementales de la sécurité publique, par circulaire du directeur général de la police nationale prise sur la proposition du directeur central de la sécurité publique.
Ils contribuent à la lutte contre toutes les formes de criminalité, y compris, lorsque la force d’intervention de la police nationale est constituée, en matière de terrorisme. A ce titre, ils prêtent assistance aux services de police et sont notamment chargés :
― d’intervenir à l’occasion de troubles graves à l’ordre public nécessitant l’utilisation de techniques et de moyens spécifiques ;
― d’intervenir à l’occasion d’opérations de maintien de l’ordre nécessitant l’utilisation de techniques et de moyens spécifiques ;
― de mettre à la disposition des services de police des matériels spécialisés servis par le personnel des groupes.

Article 9

Les fonctionnaires actifs de police affectés dans les groupes d’intervention de la police nationale sont soumis aux règles de sélection, d’affectation et d’entraînement définies aux articles 5 et 6 du présent arrêté.

SECTION III : LA BRIGADE ANTICOMMANDO DE LA PREFECTURE DE POLICE
Article 10

La brigade anticommando de la préfecture de police est placée sous l’autorité du chef de la brigade de recherche et d’intervention de la direction régionale de la police judiciaire de Paris.
Ses missions et son organisation sont définies par arrêté du préfet de police.
A la demande du directeur général de la police nationale, elle peut être appelée à intervenir dans l’ensemble du territoire national, sur décision du préfet de police.

Article 11

Ne peuvent se présenter aux épreuves de sélection, pour une affectation à un poste destiné aux interventions opérationnelles, que les fonctionnaires actifs de police dont l’ancienneté est d’au moins trois ans et dont l’âge, au 31 décembre de l’année en cours, est inférieur :
― à 38 ans pour le corps d’encadrement et d’application ;
― à 40 ans pour le corps de commandement.
Ces fonctionnaires sont recrutés à l’issue d’une première sélection sur dossier puis d’épreuves de sélection dont le contenu est défini par instruction du préfet de police prise sur la proposition du chef de service. Ces épreuves comprennent :
― des examens médicaux ;
― des épreuves physiques ;
― des épreuves sportives et techniques ;
― un entretien individuel.
Les fonctionnaires de police qui satisfont à ces épreuves sont inscrits pour trois ans sur une liste de candidats admissibles. Ils peuvent alors être affectés à la brigade anticommando en fonction de ses besoins opérationnels et sous réserve de conserver les aptitudes requises.

Article 12

Les fonctionnaires actifs de police sont affectés pour cinq ans.
Cette affectation peut être renouvelée une fois sur décision du chef de service, prise après avis d’une commission composée de cadres de la brigade et qui se prononce, lors de la dernière année de l’affectation, à partir de la manière de servir du fonctionnaire et des aptitudes constatées en service.
En cas d’inaptitude, il peut être mis fin à l’affectation par le chef de service après avis de la même commission.
Au cours de leur affectation, les fonctionnaires actifs de police sont tenus de suivre les séances d’entraînements individuel et collectif ainsi que la formation continue dispensée dans les domaines technique et professionnel.

SECTION IV : DISPOSITIONS FINALES
Article 13

L’arrêté du 23 octobre 1985 portant création du service de recherche, d’assistance, d’intervention et de dissuasion de la police nationale est abrogé.

Article 14

Le directeur général de la police nationale et le préfet de police sont chargés, chacun en ce qui le concerne, de l’exécution du présent arrêté, qui sera publié au Journal officiel de la République française.

Fait le 5 janvier 2011.

Brice Hortefeux

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Les négociateurs du ministère

Fabien : 24 mai 2013 17 h 21 min : FIPN - Articles

« Le GIGN et le RAID sont réputés pour l’efficacité de leurs groupes d’intervention. Or, dans quasiment huit cas sur dix, les situations se règlent pacifiquement, grâce au travail réalisé par leurs négociateurs.

Le GIGN (groupe d’intervention de la Gendarmerie nationale) et le RAID (recherche, assistance, intervention, dissuasion, de la Police nationale) sont sollicités pour régler des situations de crise majeure.

Systématiquement, les négociateurs interviennent en amont pour tenter de résoudre pacifiquement la crise. Mus par le même objectif – la libération des otages et la reddition du ou des auteurs –, gendarmes et policiers ont néanmoins deux organisations différentes dans leur appréhension de la négociation.

Au GIGN, la force d’intervention compte dans ses rangs douze négociateurs issus des sections opérationnelles. Après plusieurs années passées dans la colonne d’assaut, les volontaires, qui ont passé avec succès les épreuves et les entretiens de sélection, sont formés en interne et rejoignent ensuite l’une des quatre sections d’intervention. Laurent F., adjoint au chef de la force d’intervention du GIGN et officier en charge de la négociation, explique : « Nous connaissons très bien ces personnes, qui appartiennent toujours à leur section d’intervention mais quittent la colonne d’assaut lorsque le besoin de négociation se fait sentir. Ils passent alors à 100 % négociateur, ce qui représente une réelle plus value. Ils connaissent les rouages d’une intervention et le but d’une négociation. Un lien très fort se crée ainsi entre les deux pans, ce qui permet d’intégrer  totalement la négociation dans le processus de gestion de crise. » Trois gendarmes sont ainsi intégrés dans chaque section,
pour un total de douze négociateurs.

La cellule nationale de négociation, composée de quatre experts, négociateurs à temps complet, est également basée au GIGN. Outre les engagements opérationnels sur des crises dimensionnées, elle est en charge du recrutement et des formations des négociateurs du GIGN et des négociateurs régionaux, soit 296 gendarmes répartis sur l’ensemble du territoire, qui interviennent sur des situations de faible ou de moyenne intensité (individus suicidaires, conflits conjugaux, ou relations de voisinage dégradées…). À l’instar des négociateurs des sections d’intervention du GIGN, les négociateurs régionaux demeurent avant tout gendarmes et enfilent leur tenue de négociateur quand cela devient nécessaire.

La cellule négociation du RAID, cellule nationale pour la police, compte quant à elle un psychologue clinicien et quatre policiers, dont deux femmes, issus de divers horizons (BAC, police judiciaire ou encore sécurité publique). Une fois les tests de sélection passés avec succès, les candidats suivent une formation à la négociation et un diplôme universitaire de criminologie appliquée à l’expertise mentale. Ils sont ensuite formés en interne par les experts du RAID et mis en situation à l’occasion d’exercices avec l’ensemble de l’unité, afin d’intégrer la négociation dans le dispositif global de gestion de crise. « Avant d’être des négociateurs, nous sommes des policiers, souligne Fabrice C., chef de la cellule négociation du RAID et coordinateur national. J’ai personnellement vingt ans d’expérience de police judiciaire. Il faut bien avoir à l’esprit que le négociateur, sans le groupe d’intervention derrière lui, sans ces hommes en noir qui peuvent parfois impressionner, n’aurait pas les mêmes leviers pour négocier. » Les quatre négociateurs et le psychologue du RAID sont sollicités sur chaque intervention de l’unité. Par ailleurs, la cellule du RAID recrute et forme les négociateurs de la force d’intervention de la police nationale (FIPN). Quatre négociateurs de situation de crise sont ainsi présents dans chaque GIPN et à la brigade de recherche et d’intervention (BRI) de la préfecture de police, soit un maillage territorial de cinquante spécialistes exclusivement tournés vers la négociation.

Qu’ils soient du GIGN ou du RAID, dans un GIPN ou une brigade de gendarmerie, les négociateurs ont tous pour objectif de trouver une résolution pacifique à une crise, partageant une philosophie commune : sauver des vies, obtenir la libération des otages et la reddition de l’auteur. Pour y parvenir, le négociateur tente de dresser la « genèse » de la crise afin de connaître l’élément déclencheur du passage à l’acte. Une fois les informations obtenues et le dispositif en place, le négociateur décroche son téléphone, se saisit de son mégaphone ou s’approche de la porte pour entrer en relation avec la personne en crise. Dans près de 80 % des cas, le travail des négociateurs du GIGN et du RAID s’achève par une reddition volontaire de l’individu. »

Source : interieurgouv.fr

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RAID-GIPN : stage commun d’intervention – TCI

Fabien : 19 novembre 2012 20 h 10 min : FIPN - Articles

« Désormais, les policiers nouvellement affectés au RAID et aux GIPN suivent, durant un mois, un stage commun d’intervention. La poursuite d’ une logique visant à mieux coordonner l’activité, la formation et l’équipement de la filière intervention de la Police.
Fréderic Péchenard (Directeur Général de la Police Nationale) s’est déplacé en personne,
Le 04 Juillet 2008, pour remettre l’habilitation à 20 stagiaires du RAID (huit fonctionnaires dont deux lieutenants) et du GIPN (douze) formés ensemble durant un mois au sein d’un « tronc commun d’intervention » (TCI), à Bièvres, base du RAID.

En Octobre, c’est une promotion de futurs membres des GIPN qui a également été formée sur ces nouvelles bases, à Bièvres.

Désormais, tous les entrants de la filière intervention de la Police Nationale ( FIPN) franchiront ce passage obligé.
Cette nouvelle approche du domaine permettra de constituer « un réseau » à part entière, avec le RAID « en tête de réseau » et des irrigations dans la France entière (y compris en Outre-Mer) représentées par les GIPN.
« Une filière de 400 spécialistes garantissant la force de frappe nécessaire », a auguré Fréderic Péchenard, le 04 Juillet. L’idée est ancienne, mais sa concrétisation a régulièrement buté sur plusieurs obstacles. Notamment parce que le RAID dépend directement de la Direction Générale de la Police Nationale, alors que les GIPN sont placés sous la responsabilité de la Direction Centrale de la Sécurité Publique.
Il n’en sera désormais plus de même lors d’une opération de grande ampleur, le chef du RAID prenant la direction opérationnelle du tout. C’est, par exemple, ce qui a été effectué lors de l’exercice de prise d’otages massive (PROM) au Stade de France en Juin, mobilisant également le GIGN.
La possible mobilisation d’effectifs aussi importants, venus d’horizons aussi différents, permet de traiter des actions engageant un grand nombre de terroristes et/ou un grand nombre d’otages.
Ou encore, plusieurs actes terroristes (prises d’otages simultanées en différents lieux, chantages aux biens..).
Organiquement, chacun restera à sa place hors de ce créneau d’urgence, tout en recherchant les voies de synergies nouvelles.

Un modèle qui a le mérite de ne froisser personne, tout en augmentant l’efficacité de l’antiterrorisme français, objectif lancé par la ministre de l’intérieur et le Président de la République en personne. Depuis 2002, le RAID et dans une moindre mesure, les GIPN ont connu un renforcement (humain et matériel) sans précédent, même si cet effort doit être poursuivi en permanence, pour combler les lacunes capacitaires et s’adapter à la menace.
Formation initiale commune mais aussi équipement commun, et désormais fréquence intervention réservée sur Acropol pour le RAID et les GIPN, ce qui leur permet, en cas d’intervention commune, de pouvoir simplement… communiquer. C’est tellement simple que personne, semble-t-il , ne s’était penché sur le sujet.
L’équipement individuel est aussi important, car on sait que c’est depuis longtemps une des lacunes capacitaires des GIPN financés en partie sur les budgets des Directions Départementales de la Sécurité Publique dont ils dépendent – pour 30 000 euros par an.
Frédéric Péchenard était lui-même directement sensibilisé au problème, puisque prenant localement la température du nouveau GIPN « Antilles » (monté en Janvier 2008), il avait constaté avec effarement que les opérateurs ne disposaient « ni de gilets, ni de casques lourds ».
Et que l’effectif de quinze équipiers était , en réalité, réduit à onze fonctionnaires.
Message reçu, semble-t’-il, par le représentant du DCSP qui évoluait dans le sillage du DGPN, à Bièvres, le 04 Juillet.
Les dotations en matériel d’intervention- gilet pare-balles, tenues, armement sont désormais en voie d’uniformisation.

Ce premier stage a eu une suite immédiate, avec le déclenchement d’un deuxième, en Octobre, uniquement au profit, cette fois des GIPN. Cette deuxième édition a profité du retour d’expérience du premier, et à terme, le TCI pourrait comporter peut-être un peu plus d’escalade. Difficile cependant d’être très éclectique, vu la brièveté du TCI.
Le principe du TCI annuel, au minimum, est désormais acquis, selon le DGPN.

Cette évolution significative n’est pourtant qu’une première étape dans le tableau général, en matière de formation, mais pas exclusivement. La formation de 20 « négociateurs régionaux » (deux par GIPN) commencera à l’automne à Bièvres.
L’excellence de la filière du RAID est déjà reconnue, puisqu’elle rayonne même jusqu’au sein de certaines structures du ministère de la Défense. Le RAID, qui vient de recevoir du GIGN une nouvelle qualification à l’aérocordage, va également transmettre ce savoir-faire aux GIPN, à partir d’hélicoptères appartenant aux formations aériennes de la gendarmerie (FAG). Ce qui permettra aux GIPN, dans leur zone , d’avoir un accès récurrents à ces mêmes machines.

Alors que l’accès à ceux de la Sécurité Civile était notoirement insuffisant, et pour tout dire, plutôt imprévisible.
RAID et GIPN vont aussi prendre l’habitude d’entraînements communs . Le premier aurait dû avoir lieu dès cette année, dans la région de Strasbourg, mais il a dû être reporté, pour des raisons de calendrier.
Le programme du TCI a été concocté lors de réflexions communs entre les formateurs du RAID (logés au sein de la 3° section) et leurs homologues des différents GIPN. En l’état actuel, le stage est essentiellement limité à la bonne acquisition des bases de progression tactique et de tir.

C’est cependant une phase cruciale qui oblige souvent les fonctionnaires à remettre en cause leurs acquis précédents.
Pour l’essentiel, les stagiaires proviennent des BAC ou des CRS.
La première phase concerne principalement le maniement et le port e l’arme lors de progressions tactiques basiques, sans l’équipement tactique, dans le Close Quarter Battle (CQB) du RAID.
Cet espace est reconfigurable à l’ envi, par le déplacement de cloisons en bois portées sur des câbles en acier. En surplomb, et dans le CQB même, les instructeurs scrutent les évolutions de leurs élèves, avant de longuement « débriefer » chaque progression, en nourrissant la discussion d’anecdotes extraites de leur expérience de terrain.
Au fur et à mesure , les scénarios se corsent, le poids sur les épaules des stagiaires augmente, avec le port du gilet lourd.
Et quelques éléments puisés dans la célèbre loi de Murphy viennent agrémenter les phases tactiques.

Le 2 Juillet, les 20 stagiaires n’ont plus tout à fait la même tête, et leurs instructeurs les affranchissent sur leur exercice de synthèse.
Une héritière kidnappée, une traque sans précédent de tous les services de police, et une information fragmentaires, collectée mais pas vérifiée. La jeune femme pourrait être séquestrée dans l’ancien siège social d’une société à l’abandon depuis plusieurs mois.
Or, une oreille policière y a entendu des bruits. C’est léger mais c’est la seule piste viable, et l’ultimatum approche.
Après un briefing rapide, vers 21 heures, les deux officiers étudient les différents scénarios possibles et composent leur colonne d’intervention.
Sur le trajet, la fiction rejoint la réalité, quand, par l’autoradio, on apprend qu’à l’autre bout du monde, Ingrid Betancourt a retrouvé la liberté…

Au bout de 20km, la colonne se scinde en trois branches. En 15 minutes, le bâtiment est investi, méthodiquement. Des cris de femmes sont entendus : les trois colonnes convergent . Les trois chefs se concertent brièvement, à la lueur, étouffée d’une lampe. Nouvelle phase de cris. C’est le « go ».
Une porte vole en éclats, peut-être une flashbang. Dans une confusion apparente, un puis deux kidnappeurs sont interpellés, et la victime mise en sécurité.
Un criminel a pu s’échapper, et il se barricade avec soin, narguant les opérateurs.
La configuration des lieux pose problème aux impétrants, qui essuient des tirs de grenades (à plâtre) pendant plusieurs minutes.
Après une ultime concertation, et venus de trois axes différents, les policiers arrivent enfin à maîtriser le dernier criminel.
Il est 23 heures… »

 

 

Tiré de POLICE PRO n°12 – Novembre Décembre 2008

Texte et photos de Jean Marc Tanguy

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Les liens Police-Forces Spéciales

Fabien : 19 novembre 2012 20 h 06 min : FIPN - Articles

Les rapports entre la Défense et l’Intérieur ne sont pas toujours un long fleuve tranquille.
Parfois nourris de rivalités, aux plus hauts niveaux, ces rapports sont plus coopératifs dès que l’on se rapproche de l’opérationnel. Avec, forcément, des exceptions, et toujours quelques nuances.

Les GIPN ont signé, courant 2008, un protocole d’accord avec la Brigade de Forces Spéciales Terre (BFST) pour pouvoir utiliser le Complexe de Tir Adapté (CTA) de Pau.

Une première occasion de l’étrenner est intervenue à l’automne.

C’est une des premières (et dernière en date) passerelles officielles érigées entre la communauté des Forces Spéciales de la Défense et celle de la Police.
Le RAID devrait, pour sa part, intensifier et enrichir ses rapports avec les Commandos Marine.
Ces derniers profiteraient d’apport en matière de contre-terrorisme urbain et de négociation, tandis que les « RAIDmen » s’enrichiraient en matière de franchissement.

Le RAID avait déjà noué des partenariats avec le 1er RPIMA, basé à Bayonne, en matière de camouflage et d’enfouissement, et avec le CPA 10 pour l’appui feu tireur embarqué (AFTE).
La Police est également susceptible d’utiliser les Puma du Groupe Interarmées d’Hélicoptères (GIH), moyennant 10 000 euros l’heure de vol. Le RAID avait été associé très étroitement avec les armées lors de la traque du fantomatique groupe AZF, en 2005.
Le propre patron du RAID, Christian Lambert, s’était même installé dans la tour de contrôle de la base aérienne 107 de Villacoublay (Yvelines, en face de la base du RAID).
Deux puma du 6°RHC de Compiègne (ADC, ADI) avaient été réquisitionnés pour aérotransporter le RAID. Mais le bénéfice de ce type de moyens restait épisodique.
Le GIH a été mis en place au profit du GIGN, initialement pour pouvoir répondre dans les meilleurs délais aux impératifs du mandat Piratom (attaque sur centrale nucléaire) et Piratmer (détournement de navires) : il avait été créé dans la foulée des déboires de la génération de forces pour reprendre le ferry Pascal-Paoli.

La cellule négociation du RAID a également formé des spécialistes du ministère de la Défense.
D’autres, au sein des Forces Spéciales, ont bénéficié de sensibilisations.
Mais on se souvient que le RAID a été systématiquement exclu des négociations concernant les affaires de piraterie, particulièrement du Ponant.

Le RAID est partie prenante dans la Cellule Interministérielle de Négociation (CIN) avec le GIGN, avec pilotage du Quai d’Orsay, en cas d’enlèvement de ressortissants français à l’étranger.
Le cas relevant de zones à haut niveau de risque – parmi lesquelles figure la Somalie – est couvert par la DGSE.
Des échanges directs, plus ou moins formels, ont lieu également en matière de matériel.
C’est le cas, par exemple dans le domaine de l’effraction, où les matériels profitent des RETEX, des deux maisons. On imagine que les spécialistes ont aussi des choses à se dire en matière d’optronique, plus généralement d’électronique, de surveillance et de géolocalisation.
Pour preuve, Police et Forces Spéciales se partagent de nombreux fournisseurs, comme ESDT, TR-Equipement, USCMC…

Les théâtres sont aussi parfois les mêmes : en Afghanistan, le RAID et le SPHP ont formé la protection de la présidence afghane ; là où les Forces Spéciales françaises forment, depuis trois ans, les commandos afghans.
Ces croisements opérationnels sont plus courants qu’on ne le croit : c’est le RAID qui avait exfiltré Michel Aoun de Beyrouth en 1990, jusqu’à une plage où l’avaient recueilli les Commandos Marine.
Un sous-marin avait fait le reste : en France, c’est le RAID qui avait pris en compte le général libanais, assurant sa protection pendant une longue période.

En matière de PROM, les discussions restent aujourd’hui pour le moins parcellaires entre la Défense et l’Intérieur : c’est sans doute un tort.
Les rares points de concours concernent principalement les appuis, c’est le cas notamment en matière d’aéromobilité, via le GIH et les avions de l’armée de l’air.

Tiré de Police Pro n°18 Novembre-Décembre 2009

Article de Jean Marc Tanguy

Photo © DGPN-SICOP

 

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La protection rapprochée à l’étranger version police

Fabien : 13 novembre 2012 20 h 25 min : FIPN - Articles

« La Force d’Intervention de la Police Nationale (FIPN) a été envoyée en urgence en Syrie, pour renforcer la protection de l’ambassadeur de France à Damas. Déjà présente à Beyrouth et à Kaboul, la FIPN a mis en place un nouveau stage de protection. Une expertise qui monte.

Les événements en Syrie allant en s’aggravant, à l’automne, le ministère des Affaires étrangères a recouru à la Police Nationale pour renforcer en urgence la sécurité de son ambassadeur.

Le contexte environnemental et matériel  est très particulier, demandant une expertise intraitable… et réactive.

C’est la FIPN qui a répondu sur un très court délai à la demande du ministère. En décembre, le service organisait un stage de mise en condition avant déploiement, trois semaines avant le départ des personnels police.

Ce qui permet à ces derniers, issus d’horizons très divers,  de se connaitre, de travailler ensemble et de se plonger dans le bain, avant d’arriver sur place.

Le stage comprend du tir, de la conduite, et un volume de connaissances sur l’environnement, y compris la menace IED. Une instruction techniques est  aussi donnée sur des armements  courants (G36, lance-grenades 40 mm) dans certains  pays à risque comme l’Afghanistan, mais qui ne sont pas forcément  connus par tous les opérateurs.

Un ambassadeur liste les carences.

A l’origine, c’est la FIPN  qui a mis en place ce nouveau stage normé, dont c’était seulement la deuxième édition.

Tout serait parti d’un constat de carences effectué par le nouvel ambassadeur français  Bernard Bajolet, lors de son arrivée en poste,  en février, à Kaboul.

Le système était alors très différent, et le turnover, beaucoup plus important, ce qui nuisait sans doute à l’efficacité de l’ensemble.

Particularité locale : le chauffeur de l’ambassade était un autochtone  qui n’avait pas les rudiments de la conduite rapide dans un pays en guerre ;  et les personnels tournaient  entre la protection de l’ambassadeur et de l’ambassade, sans avoir forcément la formation idoine pour l’un et pour l’autre.

Dans sa carrière, le diplomate, ancien coordonnateur national du renseignement, est passé dans des villes un peu complexes (Sarajevo, Bagdad, Amman, Alger), il est donc parfaitement aguerri et averti des prérequis de sécurité en zone conflictuelle.

La FIPN s’est chargée d’auditer le dispositif policier alors en place, tout en proposant le stage de mise en condition, qui profite donc immédiatement aux partisans en Libye, ou vers d’autres destinations.

Parmi les mesures rapides, le mandat passe à trois mois, on harmonise l’armement  et les formations, et un chef de détachement, ancien des GIPN et du RAID, est arrivé en décembre, affecté pour quatre ans. Toutes les habitudes ont aussi été gommées.

La police avait senti ces besoins émergents, sans pour autant aller  au bout de la logique de formation et d’emploi, faute de tête de file.

En matière de matériel, la Direction Générale de la Police Nationale (DGPN) avait notamment fait acheter, dès  2009, des armements  dédiés à la protection en zone hostile : des gilets classe IV (Burgmann), des lance-grenades HK de 40mm  (munitions fumigènes et explosives), des fusils d’assaut SCAR et HK 417.

Le SCAR-H (heavy, en 7,62 x 51) avait été retenu dès 2009, avec son petit frère  (SCAR-L en 5,56 x45), pour une expérimentation visant à renforcer la sécurité des équipes œuvrant en Afghanistan et au Soudan, dans des ambassades jugées à risque.

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L’arme de référence reste le G36C ;

Certaines armes sont dotées de lanceur HK de 40mm. On a aussi évoqué, sans confirmation, le recours au MP7, déjà apprécié pour sa compacité par des opérateurs de la Direction Générale de la Sécurité Extérieure (DGSE).

Des tenues tactiques civiles ont aussi été acquises, et étrennées par le RAID en Libye.

Elles avaient été utilisées pour la première fois en Afghanistan  et au Soudan.

Le lot « opex » – la police emploie ce mot désormais,  comme l’armée  – comprend un casque balistique MSA V3 Swat, des lunettes balistiques ESS modèle ICE, des gilets pare-balles finlandais Verseidag classe NIJ IIIA avec plaques niveau IV.

Initialement, c’est le pistolet automatique Beretta 92 FS qui a été retenu, du fait de la bonne capacité de son chargeur (14 balles), mais, pour harmoniser les dotations, la FIPN a fait passer le détachement de Kaboul et de Damas en Glock  17, arme de référence  au RAID.

Les holsters sont fournis par GK.

Pour rendre le stage le plus réaliste possible, un célèbre fabricant de véhicules 4×4 prête deux engins de configuration assez proche de ceux que les protecteurs utiliseront sur place, à Kaboul.

Cela permet de bien adapter les modes opératoires aux dimensions de ces véhicules et de bien mesurer ce qu’on peut mettre à l’intérieur.

Avec de bonnes comme de mauvaises surprises, si un seul véhicule est employé en recueil de l’autre, en cas de panne ou d’attaque.

Comme on a déjà pu l’écrire, le RAID a aussi pris de l’importance dans le soutien aux protections présidentielles, en  appui du Groupe de Sécurité de la Présidence de la République (GSPR, émanation du Service de Protection des Hautes Personnalités  -SPHP).

C’est particulièrement  le cas avec des plongeurs, des tireurs points hauts, etc.

Le RAID a prêté son concours lors de la visite du Président à Tripoli et Benghazi, ainsi qu’en Côte d’Ivoire.

Les mandats des missions de protection sont passés à trois mois, à commencer par l’Afghanistan .

Ces prélèvements d’effectifs ne sont pas neutres sur les unités, d’où le fa que la ressource et les moyens de formation aient été mis à profit. Sur le stage de protection, on trouvait aussi bien des personnels du RAID (parmi les formateurs, des personnels qui reviennent des théâtres), des GIPN et du SPHP (Groupe d’Appui des Hautes Personnalités – GAHP).

En Afghanistan et en Libye.

En Afghanistan, la disponibilité est totale pour l’équipe présente sur place.

Le risque est partout, y compris dans l’ambassade : plusieurs ambassades ont été ciblées par des attentats à l’explosif, et il ne faut évidemment pas exclure les risques d’intrusion.

L’ambassadeur se déplace aussi régulièrement dans la capitale, et il ne refuse pas les sorties sur les FOB (comme le 31 décembre) ou dans les centres de formation où la France apporte sa contribution comme dans la province du Wardak.

« Rien ne se passe jamais comme prévu en Afghanistan », explique un des personnels du RAID qui a fait cette mission.

« C’est pour cela que les précurseurs sont essentiels ».

Le mode opératoire a été aussi changé pour « désilhouetter » le cortège traditionnel.

Les insurgés, qui en voient passer des centaines par jour, n’hésitent pas à cibler ceux qui leur semblent  les plus importants : vitesse excessive, véhicules facilement reconnaissables, antennes typiques.

La « protec » française a donc planché sur toutes ces questions, pour offrir un système plus pensé, plus discret et donc, de fait, plus efficace.

Des réflexions qui sont assez proches de celles que nous avions déjà évoquées en 2011, dans un article consacré au 1° RPIMA.

Toutes les problématiques de la protection rapprochée ont été concentrées lors de la visite du président de la république en Libye, un pays encore en guerre à l’époque. »

Article tiré du magazine RAIDS n° 309 – Février 2012

Texte de Yann Torebenn

Photo © Flashbang

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Les négociateurs de la FIPN

Fabien : 13 novembre 2012 19 h 47 min : FIPN - Articles

 

 « Les négociateurs sont à peine une cinquantaine dans la Police Nationale, si l’on compte le groupe du RAID, soit 18 personnels, et les 30 négociateurs régionaux des GIPN.

Eclairage sur une filière qui, à défaut de pouvoir toujours les ramener à la raison, doit composer avec les forcenés du quotidien, les kidnappeurs et , désormais, les terroristes.

« C’est bon, vous pouvez venir, je vous ouvre… » Banlieue est de Paris, 2005.
Après plusieurs heures de négociation, l’ex-gendarme revient à la raison, après un long travail de la négociatrice du RAID, T. est allée jusqu’à devant la porte, seulement séparée par quelques centimètres de bois.
Derrière elle, une « chenille » du RAID, prête à la protéger, et à faire le « saute-dessus », ce qui s’est donc avéré inutile.
80% des affaires de forcenés se terminent ainsi, grâce à la négociation, et sans l’usage de la force.
Parmi les centaines d’affaires traitées par le RAID, il y a eu des négociations emblématiques, comme celle qui permit de gagner des heures précieuses pendant la prise d’otages de la maternelle de Neuilly, en 1993.
Nicolas Sarkozy, alors ministre du budget et maire de Neuilly, participa à la négociation, en établissant une relation directe avec le preneur d’otages, HB (pour Human Bomb).

En ce sens, la participation d’un tiers non spécialiste, l’intensité de cette épreuve, et le nombre d’otages font de Neuilly un cas rarissime. Cette prise d’otages a aussi mis en lumière pour la première fois en France un négociateur, celui du service, Michel Marie.
Christophe Caupenne, le négociateur en chef actuel du RAID, a rejoint le service en 1999. Il a vu passer plus de 200 affaires. Toutes ont été dépiautées, analysées et ont fait l’objet d’un retour d’expérience.
C’est ce qui permet à ce commandant de police d’être aujourd’hui une des mémoires du domaine, qui échange avec ses homologues du monde entier, en Amérique du Nord, là où la négociation est née, mais aussi aux quatre coins du monde.

La qualité de la négociation à la française est devenue un vrai label, très couru, que les polices du monde entier s’arrachent. D’où les fréquents séjours à l’étranger, ou les séances de formation internationale que le « groupe négo » tient à Bièvres, à la base du RAID.
Dix groupes étrangers (Kirghizistan, Philippines…) sont formés chaque année par le RAID.
Cela facilite évidemment les rapports dès qu’il s’agit d’intervenir dans le pays dont on a formé les négociateurs… Et, déjà, de ne pas perdre de temps à trouver le bon interlocuteur.
C’est le cas quand le RAID forme, début 2008 , 18 négociateurs du DAS de Colombie, pays où le RAID a déjà opéré à de très nombreuses reprises.
Ce groupe de négociation, au RAID, mobilise six négociateurs, dont un psychologue, ainsi que huit assistants négociateurs et un technicien rattaché. Ce service est à la tête de ligne de la spécialité au sein de la Police Nationale ; c’est donc là, logiquement, que l’on a formé les 30 premiers négociateurs régionaux, implantés dans chacun des dix GIPN, à raison de trois personnels par groupe.

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La négociation du RAID a aussi formé une génération de spécialistes dans la police, à la DCPJ (OCLO notamment), à la BRI-PARIS, mais aussi, désormais, de plusieurs entités spécialisées du ministère de la Défense, régulièrement en prise avec des situations complexes lors de missions à l’étranger.
Le groupe négociation conduit par Christophe Caupenne est d’abord et avant tout dirigé vers l’alerte 24 heures sur 24, en appui de la section d’intervention et de recherche (SIR) du RAID.
Son travail consiste alors à évaluer la dangerosité de la situation et de son (ou ses) auteur(s) (preneur d’otages, kidnappeur, forcené, mutin) à stabiliser cette situation, et à y trouver une solution négociée.

Son deuxième domaine d’expertise réside dans l’appui du ministère des affaires étrangères, via la Cellule Interministérielle de Négociation (CIN).
Dix affaires ont été réglées dans le cadre de la CIN, mais il arrive que le RAID opère au profit du Quai d’Orsay à l’étranger sans activation de cette dernière.
Au total, depuis 2004, 23 affaires de kidnapping ont été résolues à l’étranger.
« Tous les otages ont été récupérés (sains et saufs) » constate Christophe Caupenne.

Ces affaires ont le caractère délicat de celles identiques traitées en France, auquel s’ajoutent, pêle-mêle, des implications diplomatiques, parfois sanitaires, et quasiment toujours un territoire et une culture inconnus dont il faut maîtriser les ressorts dans des temps records.

Des cas qui nécessitent donc un spectre très larde de qualités, par-delà ce qui semble l’évidence, à savoir une qualité d’écoute, un ton, forcément posé, et une connaissance parfaite de l’unité servie.
Par principe, un policier rejoignant la négociation doit donc disposer d’une expérience policière importante, avant même de se lancer dans le « cursus honorum « qui lui permettra , stage après stage, de pouvoir gérer une négociation de crise.
La cellule de négociation est aussi chargée de la coordination nationale du domaine.
A ce titre, elle a formé plusieurs dizaines de spécialistes, en France, mais aussi à l’étranger.
Dans ce même cadre, la « négo » alimente OEDIP (Outil d’Evaluation des Données d’Intervention Police), une sorte de RETEX (Retour d’Expérience) vivant des opérations.
Cet outil est fondamental à plus d’un titre, permettant à la fois un « rejeu » de certaines affaires sans forcément la présence de ses intervenants (même si cette dernière est évidemment un plus)mais aussi une diffusion des leçons tirées de chaque crise.
Sans compter la connaissance d’un très large panel de cas criminels : c’est une évidence de dire que chaque cas est unique, même si certains facteurs ressortent parfois.
Pour les forcenés, les phases de violence arrivent parfois, par l’alcool, et parfois en fin de semaine, au sein de familles séparées ou recomposées.
De même, il est difficile de comparer les modes opératoires de HB de ceux des terroristes du GIA qui se saisirent de l’Airbus, à Alger, en 2004, avant de le faire atterrir à Marignane.
Dans les deux cas, la négociation a joué un rôle important, mais l’usage de la force s’est avéré incontournable.

Tant le RAID que le GIGN, à un an d’intervalle, ont, par chance, pu mettre en œuvre des techniques de négociation qui ont permis, avant l’intervention, de gagner du temps et de préserver les otages.
On l’a vu, le groupe « négo » est responsable de la formation des négociateurs régionaux.

Le niveau nominal de 30 négociateurs étant atteint depuis l’an dernier, le RAID assure désormais des compléments de formation spécifiques, et, s’attache à diffuser le RETEX.

Concentrés, sur le traitement de la criminalité, ces négociateurs régionaux pourraient aussi, comme toute force de police, être mis à profit par un préfet dans des phases de gestion de crise qui ne demande pas forcément un déploiement de forces de sécurité.

L’autre axe d’évolution est lié à cette même FIPN.

Jusqu’alors, l’expérience des personnels étant fondée sur une pratique en PJ des dossiers de lutte contre le grand banditisme (profil de Christophe Caupenne), d’autres membres du groupe étant passés par l’intervention, profil par contre généralisé chez les assistants négociateurs.
Mais, dans les deux cas, les membres disposaient d’une faible connaissance directe des profils terroristes, puisque le RAID, service d’assistance, n’est pas un service de traitement judiciaire du terrorisme, comme peuvent l’être la DCPJ, la DCRI ou la section antiterroriste (SAT) de la PP.

Cette demi-carence est désormais en partie comblée avec le recrutement d’un négociateur supplémentaire, issu de la section antiterroriste du « 36 ».
Ce commandant, qui devient adjoint de Christophe Caupenne, dispose d’une forte expérience judiciaire du domaine, qui sera forcément mise à profit par le RAID et la FIPN. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Article de POLICE PRO n°21 Mai-Juin 2010

Texte de Jean Marc Tanguy

Photo © DGPN-SICOP

 

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EXERCICE FIPN EN OCTOBRE 2010

Fabien : 13 novembre 2012 19 h 36 min : FIPN - Articles

 

« Retour sur le premier exercice de crise en milieu portuaire organisé par la Force d’Intervention de la Police Nationale (FIPN), en Octobre 2010, avec un deuxième axe simultané à Pau, dans une installation des forces spéciales de l’armée.
L’objet de l’exercice consistait plus à tester de nouvelles capacités de gestion de crise qu’à effectuer un déploiement de masse. Ce troisième exercice de la FIPN a mobilisé 120 policiers (soit seulement un quart de la totalité de la FIPN) : 80 à Nice et 40 à Pau.

Le RAID a engagé une cinquantaine de ses personnels, les GIPN, une quarantaine, et la BRI, une trentaine fournissant donc le plus gros effort proportionnellement à son effectif.
Les policiers ont été acheminés par des aéronefs du ministère de l’intérieur.
Laser 1 (chef du RAID) et un groupe précurseur ont pu utiliser un EC145 de la gendarmerie pour un déploiement rapide. Un EC145 a ensuite été engagé dans l’opération elle-même.
Lors d’une crise normale, ce sont des avions de l’armée de l’air, placés en astreinte, qui seraient mis à profit.
Sept Transall avaient ainsi été requis par le GIGN et les CRS lors du détournement du ferry Pascal-Paoli, en Corse, en Septembre 2005.

Le RAID était alors, pour l’anecdote, en mesure d’intervenir, si la crise avait dérivé en milieu portuaire , dans lequel le service est fonctionnellement compétent.
Plus que le scénario- écrit par le chef de la négociation, qui s’est auto promu chef des terroristes- ou les moyens humains déployés, l’exercice visait à voir le comportement de la FIPN en milieu portuaire, un milieu qu’elle connaît peu.
Les plongeurs du RAID sont régulièrement employés, notamment pour la protection présidentielle de la République (GSPR).

L’opération a permis de tester un nouveau logiciel de gestion de crise développé par EADS-Cassidian, permettant à la fois de tenir une main courante numérique, de fusionner les données son, vidéo et fichiers, tout en les échangeant de façon sécurisée d’un site de la crise à un autre.
Et, plus que tout, l’offre Cassidian comprend des communications satellitaires.
Souvent, dans les situations de crise, les réseaux numériques terrestres – notamment le GSM classique- sont rapidement saturés, ou ils ne fonctionnent plus, car ils sont sabotés ou atteints par les actes de terroristes.

Un ingénieur de Dassault Système était également présent, la FIPN développant avec ce prestataire un logiciel de modélisation 3D pour préparer les interventions.

Les Forces Spéciales de l’armée utilisent couramment ce genre de procédé, pour leur rehearsal (répétition). Ils utilisent également le Centre de Tir Adapté (CTA) de Pau, une installation dépendant de la Brigade des Forces Spéciales Terre ( BFST).
Ce vaste parallélépipède héberge un petit village reconstitué, où l’on peut entrer par une opération héliportée, puisque différents types d’immeubles y sont reproduits, surmontés d’étages.
Le CTA constitue ainsi une pluralité de cibles, où il est possible de tirer à balles réelles, en toute sécurité.
Une kyrielle de caméras permettent de « monitorer » la progression des groupes dans l’ensemble.

Depuis 2008, la police dispose d’un protocole pour utiliser, une fois par an, cette installation très courue. Les GIPN en avaient été les premiers bénéficiaires (notamment le GIPN de Bordeaux).
Entre autres intérêts, il est possible d’y tirer au fusil de précision (tir simultané multi cible), mais aussi d’introduire des véhicules et, donc, de tirer en roulant.
Pau illustrer les échanges prolifiques qu’on peut développer, dans le futur, entre Forces Spéciales de l’armée et celles du ministère de l’intérieur.

Le RAID a déjà apporté sa contribution, en formant, par exemple, les Commandos Marine à des techniques de négociation.

Les marins apportant, eux, leur technique du franchissement. Le 13°RDP, régiment de l’armée de terre spécialisé dans le renseignement de niveau stratégique, a apporté des progrès considérables en matière de renseignement hors zone urbaine, tandis que le RAID a pu développer auprès de ces acteurs sa science du renseignement en zone urbaine et des techniques d’interpellation.

Il est évident que les crises futures, si elles arrivaient jusqu’à la France ou touchaient ses intérêts à l’étranger, pourraient s’avérer particulièrement cruelles pour nous, au vu des derniers événements.
Pouvoir y associer, sous une forme ou une autre, les expériences de toutes les forces spéciales est donc un gage d’efficacité : un fusil bien manié ne se refuse pas, tout comme une vision alternative des choses.
Un officier du GIGN a pu assister à l’exercice.
De son côté, un officier du RAID a pu, en Novembre dernier, assister à un exercice de contre-terrorisme maritime, en face de Perpignan, associant GIGN et Commandos Marine.

Tiré de POLICE PRO N°26 – Mars Avril 2011

Article de Jean Marc Tanguy

Photo GIPN ©Stéphane Bommert

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La Force d’Intervention de la Police Nationale – FIPN

Fabien : 11 novembre 2012 11 h 44 min : FIPN - Articles, Présentation FIPN-SDLP

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Les attaques de novembre 2008 à Bombay  ont vu  une série de dix attaques terroristes islamistes coordonnées qui ont eu lieu du 26 novembre au 29 novembre.

173 personnes, dont au moins 26 ressortissants étrangers ont été tuées  et 312 blessées. L’équipe terroriste était composée de 10 militants islamistes

Ces actes terroristes créent un électrochoc et dans les hautes sphères policières, on se demande de quel outil on dispose, en France,  si un tel drame se présentait chez nous.

C’est à la suite de cette Prise d’Otages Massives (PROM) que le projet FIPN refera parler de lui.

Christian Lambert  alors patron des CRS après avoir dirigé le RAID) est l’initiateur, en 2004, d’un projet pour mener à bien les premières bases de  la FIPN.

Le projet est reporté, Lambert quitte son poste à la Direction Centrale des Compagnies Républicaines de Sécurité et devient numéro 2  de la Préfecture de Police et la ministre de l’Intérieur Michèle Alliot-Marie n’en fait pas une priorité.

La RGPP, le livre blanc sur la défense et la sécurité, et à laquelle la Direction Générale de la Police Nationale est associée passent dessus.

Il sera décidé que le RAID, les GIPN et la BRI-BAC (et ses appuis : Cellule d’Appui Technique ( CAT), les embarcations de la brigade fluviale, des  hélicoptères EC145, un maître-chien, des véhicules spécialisés de la DOSTL…    ) seront regroupés en une seule unité  pouvant opérer simultanément si besoin et en plusieurs endroits en France, c’est ainsi que la FIPN voit le jour officiellement en Juillet 2009.

 

La FIPN sera inauguré par le ministre de l’Intérieur, Brice Hortefeux, le premier Décembre 2009 sur le site de Bièvres, base du RAID.

De nombreuses questions fusent, les problèmes géographiques séparant les GIPN du RAID et de la BRI-BAC poseront des problèmes d’entrainement de cette nouvelle unité, il faut uniformiser les services concernés, il manque des moyens…

De ce fait, pour se préparer à opérer avec les mêmes modes opératoires, un Tronc Commun d’Intervention (TCI) est mis en place au RAID, tout d’abord entre l’unité d’élite de la Police Nationale et les GIPN en 2008, rejoint en 2010 par la BRI-BAC.

Des moyens budgétaires sont débloqués, aussi bien par la DGPN que par la Direction Centrale de la Sécurité Publique (dont dépendent les GIPN)  et la Préfecture de Police (pour la BRI-BAC).

La circulaire créant la FIPN précise que les GIPN peuvent désormais opérer n’importe où en France, dans le cadre FIPN. C’était déjà le cas mais de façon ponctuelle, pour la protection de sommets comme le G8 ou les 60 ans du débarquement.

Le cadre FIPN retient d’ailleurs ces « grands événements » de portée internationale comme faisant partie de son périmètre.

 

C’est le RAID qui va piloter la FIPN en période de crise, c’est le numéro 2 du service qui va diriger l’état-major opérationnel de la structure. Chacune des unités contributrices y sera représentée.

Cet état-major de la FIPN a pour objectif de piloter la crise, de planifier les entraînements qui doivent « se banaliser », le plan d’équipement et d’investissement, l’exploitation des retex (retours d’expérience), générés, entre autres, dans une base de données mise au point par le CTSI.

Une base de données de ce type existe déjà dans la filière négociation, sous l’égide du RAID.

L’état-major  détermine également des cycles d’astreintes dans toutes les unités, avec différents niveaux de réaction, fonction du niveau d’alerte générale.

Le maillage territorial de la FIPN est considéré, finalement, comme un atout en cas de PROM, pour autant que des terroristes choisissent les villes où les GIPN sont implantés. Ce qui permettrait à ces premiers primo-intervenants de préparer le terrain une intervention collective.

Mais, cette dispersion géographique  est aussi, évidemment un frein à l’entraînement  régulier.

 

Les réunions des unités FIPN sont également difficiles à effectuer simplement du fait des astreintes tenues dans chaque zone par les unités.

Le premier défi est immédiat : il faut que les opérateurs puissent s’approprier la structure dans leurs spécialités (tireur, varappe, effractions …) sans avoir l’impression d’y perdre.

Plusieurs groupes thématiques ont été mis en place pour valoriser justement ces points de force en dépassant les frontières des unités, et régler les déficits capacitaires.

Un vaste programme qu’il faudra absorber avec motivation, car le quotidien  de ces unités lui, continue (forcenés, assistance aux services de police, formation à l’étranger, protection de personnalités…).

 

Des moyens supplémentaires ont été nécessaire comme, le rachat de 3 fourgons blindés de la Brink’s afin d’équiper les GIPN (celui de Lyon en a déjà un), la BRI dispose de son car et le RAID possède ses propres véhicules blindés.

Plusieurs entraînements ont déjà eu lieu, à Eurodisney, dans  un port à Nice (premier exercice de crise en milieu portuaire) et dans le métro parisien.

 

Photo © Stéphane Bommert

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Devenir un homme en noir, suite et fin

Fabien : 8 novembre 2012 18 h 37 min : FIPN - Articles

 

De septembre à décembre dernier, quatorze policiers ont suivi la formation de la Force d’intervention de la Police nationale (FIPN) pour le RAID, les GIPN et la BRI-PP.
Parcours de Bruno C., policier rhônalpin qui, après avoir passé avec succès les sélections, a été formé à ses nouvelles missions.

Quatre mois après avoir réussi les tests de sélection, quatorze stagiaires de la FIPN (RAID, GIPN et BRI-PP), dont Bruno C., sont convoqués début septembre 2011 pour quatorze semaines de formation. Le programme s’annonce chargé et le rythme soutenu : tir, GTPI, protection rapprochée, surveillance-filature, tir de haute précision, habilitations aux armes non létales (MBD, Taser), intervention…

 

Septembre 2011 – Yvelines

Après une semaine au centre national de tir de Montlignon, treize stagiaires sur quatorze ont été déclarés aptes au premier module de tireur qualifié à l’arme de poing. La suite des événements va vite les plonger dans l’inconnu avec une formation de quinze jours sur la surveillance-filature. « Les stagiaires étaient totalement novices en la matière, explique Gilles G., chef adjoint à la section appui opérationnel du RAID.
Ce fut pour eux la découverte progressive d’un nouveau métier, avec des techniques particulières et une attitude spécifique à tenir. Car la moindre faute d’inattention peut remettre en cause des mois de travail de plusieurs personnes. » Quatre jours de cas pratiques réglés au millimètre ont clôturé ce module au travers d’un scénario tout à fait crédible : sur la base d’une information d’un service de renseignement, un présumé terroriste a été localisé, identifié et surpris en plein repérage aux alentours de la tour Eiffel. La mission confiée au groupe est d’identifier ses éventuels complices, de vérifier la nature de son objectif et finalement de neutraliser le ou les protagonistes. « Cet exercice fait appel à leurs capacités de réflexion, d’organisation, de gestion du stress et d’adaptation, continue Gilles G. En “filoche”, c’est la loi du terrain qui va justifier notre engagement. »

Durant ce test, trois réservistes de la Police nationale, limiers de la police judiciaire rompus à la filature, ont joué les « plastrons », confrontant les stagiaires à tous types de situations : métro, voiture, train et à pied, de nuit comme de jour, de la banlieue parisienne à la place Vendôme. « En filature, il faut sans cesse improviser, s’adapter à l’environnement et rester le plus naturel possible, souligne un des « filochés » aux vingt ans de pratique. Ils s’en sont bien sortis, d’autant que nous ne leur avons fait aucun cadeau, comme de sortir précipitamment d’une rame de métro. C’est très important pour nous de transmettre notre expérience aux plus jeunes. »

L’objectif n’est pas de faire des hommes de la FIPN des professionnels de la filature, mais de leur faire maîtriser rapidement les bons gestes et acquérir une base technique qu’ils développeront ensuite dans leurs unités. À l’issue de la journée, le débriefing de Gilles G. met l’accent sur les défauts observés : « Profitez de la foule et de votre environnement. Donnez des indications précises en voiture. Évitez de dévisager votre cible, surtout avec un air patibulaire ! Pensez à ce que vous pouvez apporter au dispositif, arrangez les choses, complétez-vous ! »

Septembre 2011 – Région parisienne

Nouvelle découverte d’une mission des services d’intervention de la Police nationale : la protection rapprochée. Après un cours sur ses spécificités, le rôle de chacun dans la « bulle » de protection et du vocable adéquat (précurseur, flancs gauche et droit, élément avancé…), un test grandeur nature est organisé pour tester les stagiaires : gérer la protection de A à Z d’un VIP, en l’occurrence un homme du RAID qui ne se prive pas de tenter de déstabiliser les novices : jogging improvisé, rendez-vous impromptus qui s’éternisent, conduite rapide sur l’autoroute, fausse attaque au fusil d’assaut et à la grenade… « Ainsi, nous leur faisons toucher du doigt les difficultés de ce métier, déclare David S., formateur au RAID. Il n’existe pas d’équipe dédiée à cette spécialité au sein de l’unité, tous les membres du service sont susceptibles de protéger un jour ou l’autre un sportif, un chef d’État, une personnalité étrangère, un ambassadeur, un juge ou un témoin… » Les stagiaires se plient sans coup férir à l’exercice et suivent partout leur VIP, tout en restant le plus discret possible.

Pour Bruno C., ce premier mois de stage aura été riche d’enseignements : « Chaque semaine fait appel à des qualités différentes et bien précises. Il faut arriver comme une éponge, s’ouvrir aux formateurs pour prendre le maximum d’informations. Le plus difficile est de retranscrire ensuite l’enseignement sur le terrain en conditions réelles : se mettre dans la peau d’un tireur de haute précision, adapter son comportement à la filature, être aux aguets pour protéger un VIP. Il me faut parfois adopter des comportements aux antipodes de ce que j’ai pu pratiquer auparavant. »

Octobre-novembre 2011 – Saclay et Bruyères-le-Châtel (Essonne)

Le module le plus important de la formation, l’intervention, est aussi le plus long (quatre semaines). « Nous les préparons aux trois opérations de police que sont amenés à effectuer le RAID, les GIPN et la BRI : l’interpellation à domicile, la prise d’otages, la maîtrise d’individus retranchés ou forcenés, poursuit Philippe B. Chaque opération a ses propres mode opératoire et rythme, c’est sur ces bases qu’on essaie de les amener à un certain niveau. Par exemple, sur la prise d’otages, le mode opératoire peut être un assaut ou une intervention planifiée. Pour libérer des otages, on sait que le rythme est très soutenu, adapté de façon à libérer les otages le plus rapidement possible. »Une fois de plus, les formateurs de la FIPN confrontent leurs élèves à plusieurs cas pratiques pour les sensibiliser aux réalités du terrain et organiser leur colonne d’assaut dans des conditions difficiles. Un premier test est réalisé sur le site de la direction générale de l’armement de Saclay. Des terroristes retiennent en otage les deux enfants d’un riche industriel dans un endroit complexe, « un véritable labyrinthe » selon l’un des encadrants. Les « précurseurs » ouvrent le chemin de la colonne d’assaut dans ce site immense, idéal pour un guet-apens. Chacun tient sa place, joue son rôle. Une solide cohésion se dégage déjà de la colonne. L’assaut est donné dans un local plongé dans le noir, dans lequel de nombreux plastrons ont été disséminés.

Après plusieurs minutes vécues sur un rythme trépidant, Bruno revient sur ce baptême du feu fictif. « Entre les efforts de concentration et l’engagement physique, courir un marathon est de la rigolade à côté d’un assaut ! Il faut trouver un savant compromis entre la discrétion totale et le fait d’arriver à libérer les otages. Le secret est de communiquer sans cesse entre membres de la colonne. »

Une semaine plus tard, c’est au commissariat à l’énergie atomique (CEA), à Bruyères-le-Châtel, que les corps des stagiaires sont mis à contribution, avec le module intervention équipé d’un appareil respiratoire isolant (ARI). « Nous leur montrons que cet appareil sera leur seule protection possible contre un feu ou un incendie, déclare Philippe B., responsable intervention-incendie au CEA. Il leur permet de progresser là où l’air est vicié et de se protéger de toute explosion éventuelle. Nous en profitons également pour les sensibiliser aux risques liés aux feux. » La formation organisée avec le CEA découle de cas réels d’interventions auxquels le RAID a été confronté : en 2006, à Limay (Yvelines), un forcené avait mis le feu aux archives du bureau de Poste, menaçant la vie des cinq otages retenus ; en 2007 au Blanc-Mesnil (Seine-Saint-Denis), un individu suicidaire menaçait de faire exploser son pavillon avec du gaz en cas d’intrusion de la police. Pour Bruno, cette formation s’est révélée éprouvante : « Le plus dur est de rester concentré sur l’intervention tout en gérant son stress dans un espace pollué. En plus de notre équipement, il faut gérer les douze kilos supplémentaires de l’ARI. Il faut réussir à rythmer sa respiration, car l’autonomie de l’appareil est courte, ce qui accentue d’autant plus le facteur stress. »

Le module intervention est également l’occasion pour les formateurs d’insister sur l’importance vitale de l’esprit d’équipe dans ce type d’unités : « Comme ils interviennent en groupe, si un élément n’est pas “dans le match”, il met en péril non seulement sa propre sécurité en cas d’erreur, mais aussi celle de ses collègues et, le cas échéant, celles des otages, insiste Philippe B. Tous les exercices sont donc organisés en groupe pour créer une  complémentarité et acquérir des gestes réflexes. Ils doivent prendre conscience que seuls ils n’arriveront à rien

 

Novembre-décembre 2011 – Siège du RAID à Bièvres (Essonne)

Les stagiaires de la FIPN entament leur ultime mois de formation avec l’habilitation de technicien d’intervention en hauteur (TIH). Celle-ci est encadrée par trois CRS du centre national d’entraînement à l’alpinisme et au ski (CNEAS) de Chamonix. « Nous leur communiquons des techniques de cordes pour pouvoir se sécuriser lors d’interventions en milieu périlleux du type immeubles, antennes, ponts, monuments… Tous les supports où ils peuvent être amenés à intervenir dans le cadre de leurs missions, explique Éric D., l’un des CRS moniteurs. Nous avons clairement identifié leurs besoins et nous y répondons avec nos techniques issues du secours en montagne ou celles pratiquées en alpinisme, en escalade ou en accro branche. »

« La difficulté réside dans le cumul de deux techniques spécifiques : l’intervention d’un côté et l’escalade de l’autre, complète Frédéric G., l’un des membres du groupe franchissement du RAID. Nous apprenons aux stagiaires à gérer leur armement et leurs protections balistiques, le tout combiné au matériel de protection en hauteur (baudriers, cordes, casque…). »

Décembre 2011 – siège du RAID – Bièvres (Essonne)

Les stagiaires achèvent leur dernier jour de formation avec l’aérocordage depuis un hélicoptère piloté par un gendarme de la section aérienne de Villacoublay. « Nous leur enseignons les techniques de descente en rappel et de corde lisse depuis un hélicoptère, explique Loïc V., spécialiste au RAID du parachutisme et de la varappe. En intervention, cela permet de mettre le plus rapidement possible une équipe d’intervention sur des points hauts inaccessibles. »

Les quatorze semaines sont clôturées par la cérémonie officielle d’intégration. Sur les quatorze stagiaires, onze reçoivent leur habilitation. Trois d’entre eux ont échoué au module de tir de haute précision ; ils ont six mois pour repasser et obtenir cette spécialité s’ils veulent intégrer leur unité. Tous les membres du RAID viennent saluer et féliciter leurs nouveaux collègues, un moment fort d’intégration et de reconnaissance par les anciens. Les désormais néo-policiers d’élite vont maintenant vivre six mois d’observation au sein d’un groupe d’intervention avant de pouvoir éventuellement intégrer la colonne.

Bruno C. revient sur cette expérience unique, débutée il y a plus d’un an avec les tests de présélection : « J’ai le sentiment d’intégrer une famille, avec les obligations, les devoirs et les comportements que cela inclut. La formation nous a appris la polyvalence et l’ambivalence du métier. Je ne suis pas devenu en quatorze semaines un expert en escalade, en filature ou en intervention, mais je me suis rendu compte de l’intérêt primordial, voire vital, de travailler quotidiennement et de sans cesse m’entraîner. »

 


Source : http://www.police-nationale.interieur.gouv.fr/ – © Ministère de l’Intérieur – mars 2012

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