RAID – Articles


Quelques interventions du RAID

Fabien : 30 décembre 2012 22 h 02 min : RAID - Articles

1985

Décembre : Prise d’otages à la cour d’assises de Nantes. Trois hommes armés ont retenu pendant plus de 36 heures une trentaine d’otages. La négociation et la pression des groupes d’intervention ont entrainé la reddition de ces trois personnes et la libération de tous les otages.

1986

Décembre : Prise d’otages à Perpignan. Interpellation de trois casseurs en possession d’armes de poing ont retenu trois otages pendant huit heures, à la suite d’une tentative de vol à main armée. La libération des otages est intervenue après l’interception du véhicule – où étaient retranchés les preneurs d’otages et les victimes – et la neutralisation physique des trois truands.
Interpellation de malfaiteurs retranchés dans un pavillon à Yerres (91). Ils s’étaient évadés d’une prison italienne quelques jours auparavant au moyen d’un hélicoptère.

 

1987

Février : Arrestations pour actes de terrorisme et assassinats des chefs historiques du groupe terroriste Action Directe (Jean-Marc Rouillan, Nathalie Ménigon, Georges Cipriani et Joelle Aubron) dans une ferme du Loiret.

Décembre : Mutinerie avec prise d’otages à la maison d’arrêt de Besançon.
Interpellation au Havre de deux individus particulièrement dangereux.

 

1988

Février : Interpellation à Ajaccio de chefs militaires du FLNC (Front de Libération National de la Corse).

Juillet : Interpellation d’un membre de l’ETA.

 

1989

Août : Interpellation à Ris-Orangis d’un forcené retranché et armé qui avait blessé deux policiers. Au cours de l’intervention, deux policiers du RAID sont tués par balle (Christian Caron et Fernand Seither), un troisième est gravement blessé.

 

1990

Mai : Interpellation d’un forcené armé retranché dans son appartement. Lors de l’assaut, quatre policiers du RAID ont été blessés au niveau des membres inférieurs.

Septembre : Interpellation à Biarritz du numéro deux de l’ETA, armé d’un pistolet automatique, dans son véhicule.
Mutinerie et prise d’otages à la prison de Fresnes.
Interpellation de José Zabaleta –Elosegui alias Waldo , numéro 2 de l’ETA-militaire.

Novembre : Deux policiers du RAID, Rémy M. et Lucien C. sont blessés par balles à Beyrouth (Liban).

 

1991

Avril : Interpellation d’un commando d’Iparretarrak, organisation séparatiste basque, surpris en flagrant délit d’attentat à l’explosif au moment où il dépose un colis piégé devant une agence immobilière à Biarritz.

Mai : Interpellation d’un forcené armé retranché dans son appartement.

Juin : Interpellation de deux membres de l’ETA-militaire

Juillet : Interpellation d’un membre du MPA.

Aout : Mutinerie et prise d’otages à la prison de Fresnes par deux détenus extrêmement dangereux. L’intervention du RAID permet leur arrestation et la libération des otages.

Octobre : Arrestation d’un individu armé s’opposant à une mesure d’expulsion.

Novembre : Récupération d’un détenu sur le toit de la maison d’arrêt de Fresnes.

Décembre : Interpellation à Chartres d’un forcené retranché dans son appartement. Il tirait dans la rue sur les passants avec son fusil de chasse.

 

1992

Janvier : Forcené armé, retranché dans son appartement à Savigny-le-Temple (77).
Interpellation de deux membres d’ETA dans une ferme de Saint-Pee-sur-Nivelle.

Mars : Interpellation d’un forcené armé, retranché dans son domicile à La Garenne –Colombes (92).
Arrestation de Francisco Mugica Garmendia, di Paco, chef de l’ETA dans une résidence de Bidart (Pyrénées Atlantiques).

Avril : Interpellation d’un forcené armé dans son appartement à Châteauroux.

Mai : Interpellation d’un forcené armé retranché au lycée du Sacré-Cœur à Amiens.

Août : Forcené armé, retranché dans son domicile à Rambouillet (78).
Forcené armé retranché à son domicile à Bois-d’Arcy (78).

Octobre : Arrestation d’un individu évadé d’un centre pénitentiaire à Marseille.

 

1993

Avril : Interpellation d’un forcené retranché dans son pavillon à Houilles.
Interpellation d’un commando d’Iparetarrak à la suite d’une conférence de presse clandestine.

Mai : Interpellation d’un forcené retranché dans son domicile à Montereau (77)
Intervention dans une école maternelle de Neuilly-Sur-Seine où un forcené bardé d’explosifs et se faisant appeler « HB » (pour Human Bomb) retient vingt-trois très jeunes enfants en otage. L’action du RAID permettra la neutralisation définitive de l’individu et la libération de tous les enfants, sains et saufs.

Juin: Forcené retranché dans son appartement.

 

1994

Mars : Forcené retranché dans l’appartement de sa concubine à Trappes.
Interpellation d’un commando FLNC en flagrant délit à Sperone (Corse).

Avril : Intervention sur deux enfants de 10 et 14 ans retranchés avec armes. Ils sont interpellés sans violence.

Septembre : Intervention sur forcené armé retenant sa concubine en otage à Créteil (94).

25-26 Décembre : Mise en alerte du RAID suite au détournement de l’airbus A320 détourné d’Alger.

 

1995

Une année marquée par les affaires des réseaux islamistes, avec des arrestations multiples d’individus appartenant à la mouvance extrémiste à Carpentras, Sisteron, Marseille. D’autres interpellations ont lieu à Villeneuve-d’Ascq et à Vaulx-en- Velin. Arrestation de Bensaid dit « Mehdi » et Omar Allaoui (membres de la cellule responsables des attentats du RER à Saint-Michel à Paris ). Résolution de plusieurs révoltes à la maison d’arrêt de Ploemeur, arrestation d’un forcené à Stains.

 

1996

Les opérations du RAID contre le GIA s’intensifient. Elles se déroulent à Saint-Maur, à Chalon-sur-Saône et au Creusot. Suivent une série d’interpellations en région parisienne, à Saint-Denis, L’Haye-les-Roses, Provins, Meudon et Paris.

Janvier : Mission protection des obsèques de François Mitterrand.

Mars : Assaut à Roubaix dans une maison qui abrite le « gang de Roubaix », les quatre membres se battront jusqu’à la mort et se laisseront périr dans l’incendie de la maison. Le RAID aura à déplorer trois blessés dont deux graves.

Avril : Intervention en Corse dans un contexte local très difficile. Le RAID interpelle plusieurs autonomistes en flagrant délit dans une tentative d’attentat. Mais le capitaine de police René Canto est tué, un autre grièvement blessé et l’un des deux nationalistes est mortellement touché.

 

1997

Les opérations continuent dans l’île de Beauté et en Bretagne, visant les autonomistes corses et ceux de l’ETA.

Novembre : Protection du p ape Jean-Paul II lors de son voyage en France.
Protection de Maurice Papon, ancien ministre, lors de son procès à Bordeaux pour crimes contre l’humanité sous l’occupation allemande.

 

1998
Février : Assassinat du préfet de Corse, Claude Erignac. Depuis, le RAID assure une présence constante sur l’île.

Juillet: Protection de l’écrivain Salman Rushdie, menacé de mort par les fondamentalistes musulmans pour son livre « Les Versets Sataniques ».
Protection de l’équipe de France pendant le mondial de football.

 

2000
Un forcené ayant pris sa conjointe en otage se rend au RAID. Un policier sera blessé.

 

2001
Janvier : Le RAID cerne Albert Foulcher qui préfère se suicider que de se rendre.

Mai : Prise d’otages à la maison d’arrêt de Fresnes. Après 21 heures de négociation, les gardiens seront libérés et les preneurs d’otages se rendront.

Juin: Prise d’otage d’une femme par son conjoint à Veneux-les-Sablons (77). L’otage est libéré et le forcené interpellé.

Août : Braquage d’une Caisse d’Epargne à Cergy Pontoise. Le RAID est appelé trop tard et ne peut interpeller le malfaiteur Habib Mezzaoui. Bilan : trois morts et de nombreux blessés.

Octobre: Arrestation de six terroristes présumés en Seine-Saint-Denis.

 

2002
Mars : Exercice de grande ampleur avec la Sécurité Civile : Excom 2002

Septembre : Le RAID interpelle un forcené dans un centre-ville.

Novembre: Arrestation de six terroristes potentiels.

 

2003

Février : Arrestation d’un malfaiteur.

Juin : Protection des chefs d’Etat et hautes personnalités lors du sommet du G8 à Evian.
Arrestation par des hommes du RAID, GIPN et du GIGN de plusieurs individus soupçonnés d’appartenir au mouvement des Moudjahidines du peuple. Plus de 1200 policiers et 80 gendarmes du GIGN opéreront dans les départements des Yvelines (78), le Val-d’Oise (95), notamment à Auvers-sur-Oise. Il y sera procédé à plus de 160 arrestations.

Juillet : Arrestation d’Yvan Colonna dans le maquis corse.

Octobre : Arrestation d’un forcené armé qui retient en otages pendant plusieurs heures trois personnes d’une même famille dans un pavillon d’Ivry-sur-Seine, avant d’être interpellé sans heurts par les policiers.

Novembre : Le RAID maîtrise un forcené à Montreuil (93).

 

2004

Février à Mars : Un mystérieux groupe du nom d’AZF menace de faire sauter une dizaine de charges placées sur le réseau SNCF. Ce groupe exige une rançon de plusieurs millions d’euros en échange de la carte indiquant les emplacements des explosifs. Un important dispositif policier et de gendarmerie est mis en place. Le RAID est chargé de l’interpellation du groupe AZF durant la remise de la rançon. Devant l’ampleur des moyens mis en œuvre, les auteurs de ce groupe décident de « suspendre les menaces ».

Avril : Opération de police dans les milieux islamistes avec l’appui du RAID.

Juin : Protection des cortèges des chefs d’Etat lors des cérémonies de commémoration du débarquement de Normandie.

Aout : Protection des athlètes français lors des Jeux Olympiques d’Athènes.

Octobre : Opération historique contre le terrorisme basque avec l’arrestation de 17 membres d’ETA et la découverte d’une immense cache d’armes et de plusieurs kilos d’explosifs.

 

2005

Février : Interpellation de deux ressortissants tchétchènes au profit de la DDSP.

Mars : Interpellation d’un forcené qui avait étranglé sa concubine à Bobigny.

Avril : Des éléments du pool « plongeurs » du service partent en Thaïlande pour aider les sinistrés suite au passage du tsunami. Le même jour, une vaste opération du GRI autour de Nîmes et dans la région parisienne est réalisée avec le concours du RAID.

Juin: Vaste opération de différents services de police dont le RAID à la cité des 4 000 à La Courneuve.

Septembre : Opération du RAID contre des trafiquants de drogue.
Opération antiterroriste contre un groupe d’islamistes présumés.

Octobre : Nouvelle opération antiterroriste de la DST avec le concours du RAID dans les Yvelines et dans l’Eure.
Anniversaire des 20 ans du RAID.

Novembre : Interpellation de six islamistes radicaux, dont deux aumôniers et un surveillant de prison dans l’ouest et le centre de la France.

Décembre : Intervention particulièrement périlleuse du RAID pour déloger les manifestants de l’organisation écologique Greenpeace qui bloquent le port du Havre et se sont perchés sur des grues. L’utilisation du groupe « varappe » fut nécessaire pour récupérer les manifestants.
Escorte du RAID lors de l’extradition de Grande-Bretagne de Ramda, alias Abou Farès, impliqué dans les attentats de 1995 à Paris.
Opération antiterroriste dans la région parisienne.

 

2006
Janvier : Vaste opération de police, avec le concours du RAID, à La Cité des 4 00.

Avril : Arrestation d’un forcené souffrant de troubles psychologiques et armé de plusieurs fusils. Il retient sa fille en otage dans l’appartement familial à Rouen. Après neuf heures de négociation, l’homme est finalement maitrisé par les policiers du RAID.

Septembre : Intervention lors d’une prise d’otages, dans un bureau de poste à Limay dans les Yvelines et libération des cinq otages menacés d’asphyxie par le feu allumé par le preneur d’otages.

 

2007

Janvier : Intervention à L’Isle-Adam (Val d’Oise) où un adolescent de 15 ans souffrant d’importants troubles psychologiques et d’une situation familiale très difficile s’est retranché dans son appartement. Le jeune garçon, en crise, possédait des poignards et des sabres japonais, et expliquait qu’il voulait mettre fin à ses jours.

 

2009
Octobre : Participation du RAID à l’ « Urban Shield » aux Etats-Unis. L’unité termine 5° sur 27.

Novembre : Interpellation à Melun (77) de Jean-Pierre Treiber.

 

2010

Octobre : Interpellation d’un forcené à Evreux, un policier du RAID est atteint d’un tir aux jambes, son chien Frax est grièvement blessé.

 

2012

Mars : Interpellation d’un preneur d’otages à Rosny-sous-Bois

Intervention du RAID à Toulouse. Neutralisation physique de Mohamed Merah.

Mai : Mission de protection du G8.

Juillet-Août : Protection des athlètes français pendant les Jeux Olympiques de Londres.
 

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Robert Paturel, le Bruce Lee du RAID

Fabien : 22 décembre 2012 23 h 21 min : RAID - Articles

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« Il a commencé comme apprenti pâtissier mais c’est sur les rings qu’il va distribuer les tartes. Immense champion de boxe française, il va devenir un expert des opérations coups de poing au sein des unités d’élite de la police : l’antigang, le GIPN et, surtout, pendant près de 20 ans, le RAID. Personnage haut en couleur, Robert Paturel est aussi connu pour avoir introduit le tonfa en France et créé la Boxe de rue. Retour sur un parcours hors du commun.

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« Patu ? C’est notre Bruce Lee national ! Ce qui m’a toujours  le plus étonné chez lui, c’est sa faculté à remettre en question ses acquis alors qu’il a un p…. de CV ! En fait, c’est un chercheur. Il essaie toujours de s’enrichir en testant diverses pratiques.

Puis il réfléchit pour mieux s’approprier la technique.

C’est une légende des rings et de la police.

Et il l’était dans les années 80 ! ».

Eric Quéquet maîtrise le sujet. Lui-même  ancien policier d’élite (au GSPR), le fondateur de l’ADAC (Académie des Arts de Combat) l’a rencontré à la fin des années 80. « Je pratiquais le Karaté et il m’a fait découvrir la Boxe Française (BF). A l’époque, il était au top du top. Je voyais de grandes affiches sur ses combats dans le métro (…). Il m’a fait passer mes examens. J’étais très intimidé et, en fait, j’ai découvert un mec super sympa, très à l’écoute de ses élèves ».

Pourtant Robert Paturel, dit « Patu », n’était pas prédestiné  à une carrière au firmament  de l’action. Né dans une famille modeste, il quitte l’école à 14 ans et devient apprenti pâtissier. Puis il découvre la BF.

« J’ai toujours été attiré par cette discipline que je trouvais mystérieuse car elle était pratiquée par les héros de mon enfance : le Comte Rodolphe dans les Mystères de Paris, Rouletabille, Arsène Lupin, Tintin. Même Jules Vernes  en parle », se souvient-il .  « Je trouvais la gestuelle élégante. »

« C’était du combat total »

Un club s’ouvre près de chez lui, à Nanterre. Il s’inscrit chez Richard Gneaudeau. Nous sommes en 1968. « J’ai tout de suite mordu. Au bout de quatre mois, je faisais mon premier combat.

A l’époque, l’assaut à la touche n’existait pas ; c’était du combat total. Les propositions se sont multipliées. Il m’est arrivé de combattre trois fois dans un weekend end ! »Rigole-t-il aujourd’hui.

Son chemin va le mener au sommet de la BF. Il obtient  le premier de ses six titres de champion de France en 1976. Il décide alors de quitter son emploi de pâtissier. « Je travaillais 12 heures par jour et mon patron ne me donnait pas mes weekends. Je choisis la police ».

« Le commissaire Broussard adorait la boxe »

L’objectif ?  Intégrer la compagnie sportive, ce qu’il fera à la fin des années 70. « Je m’intéressais à toutes les formes de combat. Dans mes cours, il y avait des champions de toutes les disciplines. Mais je me suis aperçu  que les policiers ne connaissaient  qu’une vingtaine de prises, surtout issues du judo, et elles n’étaient pas forcément adaptées au métier. J’ai commencé à réfléchir  à une méthode de self défense plus adaptée à la rue ».

Son poste de moniteur de sports de combat va lui permettre de côtoyer  nombre de policiers.

Contacté par la BRI (la célèbre Brigade antigang), il rejoint  l’équipe du fameux commissaire Broussard (Ndlr : celui qui mit fin à la cavale de Mesrine) à la BAC. « Il adorait la Boxe. Il venait  me voir à tous mes combats. Il n’hésitait pas à mettre les gants pour régler des comptes sur le ring avec ses hommes. C’était un très grand flic. Il prenait des risques ».

En parallèle, Robert Paturel poursuit sa carrière sur les rings. En 1984, il est sacré champion d’Europe, deux ans après une première tentative infructueuse face à Fred Royers. «  Le seul boxeur qui m’ait vraiment emmerdé. C’est peut-être  pour cela que nous sommes devenu amis », rigole-t-il.

C’est d’ailleurs face au Néerlandais qu’il disputera son jubilé  à Bercy en 1985, pour une… deuxième défaite. « Patu » conclut sa carrière après 103 combats (88 victoires, 4 nuls, 11 défaites).

D’autres challenges vont l’attendre. En 1985, un nouveau service est créé : le RAID  (Recherche Assistance Intervention Dissuasion), constitué d’anciens de la BRI et de la BAC.

« Je rejoins les copains en 1988 avec la double casquette d’intervenant  et de formateur en combat et au tir. L’aventure va durer 20 ans avec des moments parfois tragiques, comme la disparition d’amis très chers et les blessures graves de certains autres, mais aussi des moments d’intenses émotions et d’autres de…. Franche rigolade. »

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Fan des « Tontons flingueurs »

Sous des airs parfois austères, se cache en fait un sacré gai luron. L’homme a la répartie facile et n’est jamais à court d’idées quand il s’agit de faire des blagues. Fan patenté des « Tontons flingueurs », qu’il aime à paraphraser, Patu se mue en animateur de soirée. « C’est un showman. Il a toujours des histoires, des anecdotes… Tu pleures de rire. C’est super pour les stages ! » Sourit Eric Quéquet.

« C’est quelqu’un de très facétieux mais jamais au détriment de la personne », renchérit Christian Battesti, le quadruple champion du monde ( et neuf fois champion d’Europe) de full-contact qui l’a croisé au RAID. Aujourd’hui en poste dans le sud de la France, le capitaine Battesti, un ancien du GIPN de Marseille (avec le « chinois », N’Guyen Van Loc) et donc aussi du RAID, avoue énormément de respect pour Robert Paturel.

« Vous voulez des mecs qui ont des c…. ? »

« Au RAID, tout le monde parle de lui tout le temps. Je n’ai pas eu l’occasion de partir en intervention avec lui mais j’y serais allé les yeux fermés. Avec un mec comme Patu, tu n’as aucun souci à te faire », assure Christian Battesti, qui poursuit : « Il est droit et juste. Pour l’anecdote, quand j’ai passé les tests d’entrée au RAD, le psy a déclaré  que je pouvais poser problème ; que certains ne pourraient pas me commander – je suis un électron libre-. Lors de la délibération des grands pontes, voyant que j’allais être refusé, Patu a tapé du poing sur la table, en leur disant : « Vous voulez des mecs qui ont des c…. ? Quand il faut ouvrir et franchir les portes, si on ne prend pas Battesti, qui va-t-on prendre ?

Il trouvait la situation injuste. »

Professeur de Dan Inosanto

Robert Paturel a toujours été un homme écouté et respecté. Déjà, il met en pratique ses idées.

Il possède aussi un sens de la pédagogie assez poussé, sans pour autant se prendre pour un Grand Maitre. Foutaises… Patu possède dans son répertoire un florilège de phrases qu’il adore. Exemples : « Il n’y a pas plus con que celui qui croit tout savoir », « On ne peut pas tout savoir mais on doit savoir qu’on ne sait pas tout », ou encore « Celui qui croit être son propre maitre est l’élève d’un imbécile ».

« J’aime partager » affirme t’il. « La  pédagogie c’est aimer les gens, aimer enseigner et aimer ce que l’on enseigne. Il faut aussi se remettre tout le temps en question. J’ai toujours considéré  que je devais aller voir ailleurs . Ce qui se passait. De même pour mes élèves. Je les envoyais dans d’autres salles pour qu’ils voient. J’ai toujours eu soif d’apprendre ».

Cette soif va l’amener à côtoyer notamment Lee Kwan Young (qui fut aussi son élève), Charles Joussot et Dan Inosanto, qui comptent parmi ses proches amis. « Dan  a dit un jour : « En France, certains se vantent d’être mes élèves. Il y en a un qui a été mon professeur et il ne le dit pas », sourit Patu.

Le tonfa, c’est lui !

« En fait, je lui ai enseigné la BF et lui le Kali. C’était en 1983. C’est cette année-là que j’ai découvert le tonfa à l’école de police de Los Angeles. Le responsable, Bob Jarvis, me regarde  un peu de  haut. Puis, je vois des cadets s’entrainer au tonfa. Je commence à filmer avec ma Super 8. Au bout de trois minutes, plus de bobine… Je ne dis rien pour ne pas passer pour un con. Je repars avec deux tonfas et des livres.

J’y retourne l’année suivante. Quand Bob voit mon travail, il est interloqué. Il m’explique sa méthode. »  Et c’est le début du tonfa dans la police française. Robert Paturel va mettre au point une méthode spécifique, avec Alain Formaggio, en prenant des techniques dans la BF, le Kali, la canne de combat et l’Aïkido. « Je trouvais leurs déplacements pas adaptés.  Ils étaient trop statiques et restaient dans l’axe. J’ai introduit des notions de Tai Sabaki. J’ai prôné l’utilisation de la main libre. Il faudra dix ans pour que le tonfa soit adopté (1993)… »

Négociateur au RAID, conseiller au cinéma

Au début des années 2000, Robert Paturel développe la « Boxe de rue », sa grande œuvre.

« Ce n’est pas un nouveau style de combat. C’est mon style d’enseignement  basé sur le respect et le parler vrai et, aussi, bien sûr, sur mes expériences réelles.

Plus on avance, plus on se rend compte du chemin qu’il reste à parcourir pour devenir invincible, jusqu’au jour où l’on s’aperçoit que c’est impossible. Je me fais encore surprendre par un débutant ». En clair, arrêtons les foutaises.

« Cela étant, la meilleure self défense, c’est éviter l’affrontement, donc développer la négociation. J’ai travaillé comme portier dans les années 70 et quand vous faites 1,70m pour 74 kg, il est parfois important de trouver les bons mots pour éviter les pires maux ! ».

C’est d’ailleurs comme  « négociateur » qu’il finira sa carrière au RAID. Retraité depuis 2008, il peut être rassuré. La relève est assurée, notamment à travers ses deux fils qui sont l’un au GIPN, l’autre au RAID et tous les deux chantres  de la BF. Et contrairement  à leur père, que l’on a pu apercevoir dans « Les Brigades du Tigre », « La Môme », « Go Fast » ou encore « Braquo », eux ne sont pas encore passés au cinéma. »

Tiré de Karaté Bushido n°391 – Septembre 2011

Texte de Ludovic Mauchien

 

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Le RAID prépare ses missions à haut risque avec 3DVIA

Fabien : 8 décembre 2012 18 h 01 min : RAID - Articles

 

« Le RAID*, unité d’élite de la police nationale, a récemment établi un partenariat avec Dassault Systèmes en choisissant la technologie 3DVIA Studio Pro pour s’entraîner aux missions dangereuses, telles que des prises d’otages ou l’arrestation de dangereux criminels. Avec pour objectif la réduction des risques pour la police et la population, les membres du RAID se familiarisent virtuellement aux situations et environnements qu’ils pourront rencontrer, leur permettant de prendre des décisions tactiques en connaissance de cause, avant de lancer une intervention.

« Servir, sans faillir » est le slogan du RAID, unité d’élite composée de 175 policiers dédiés à la résolution de situations de crise sur le territoire national. Le RAID est l’unité centrale d’une force de 500 policiers spécialistes. Créé en 1985, le RAID est appelé pour intervenir dans des situations de prises d’otages, la traque et l’arrestation de dangereux criminels, ou pour neutraliser des hommes armés à travers la négociation ou la force. Le RAID intervient également dans des situations d’impasse domestique. Les hommes et les femmes du RAID constituent une force aux multiples talents et compétences, pouvant agir rapidement et efficacement dans de nombreuses situations.

Le RAID est l’échelon central de la FIPN*, qui inclut la BRI/BAC* et les GIPN*. Intervenant en cas de crise majeure, la FIPN est une force de 500 spécialistes de l’intervention, sous le commandement unique du chef du RAID.

Un double défi

Amaury de Hauteclocque, commandant du RAID, comprend les défis inhérents à cette double responsabilité : « D’une part, nous devons faire face à des individus qui ne sont pas des criminels et dont le comportement peut être erratique et imprévisible. De l’autre, nous pouvons être appelés pour résoudre des situations plus complexes et dangereuses, comme libérer des otages ou empêcher une attaque terroriste. Mon travail est de diriger une équipe prête à tout moment pour intervenir sur ces deux types de situations et réagir de manière performante, adéquate et coordonnée ».

L’unité d’élite s’entraîne régulièrement pour parfaire ses techniques d’intervention, au moyen de simulations répétées adaptées à un grand nombre de situations et d’environnements. Lorsque les officiers ou équipes du RAID sont appelés pour gérer une situation, ils sont tenus d’obtenir des résultats. « Nous sommes la seule unité appelée en dernier ressort », déclare le commandant de Hauteclocque. « Nous n’avons pas droit à l’erreur. »

Le RAID intervient à travers toute la France sur plus de 200 sites considérés à haut risque, soit parce qu’ils sont fortement peuplés, soit parce que leur attaque peut entraîner des dégâts matériels très importants. Ces sites peuvent être des ambassades, consulats, bâtiments gouvernementaux, aéroports, gares, installations nucléaires et musées. « La difficulté est d’évaluer rapidement la situation et d’être aussi informés que possible de la configuration de l’édifice et de la position des personnes à l’intérieur », précise le commandant.

Bien que les officiers du RAID s’entraînent régulièrement pour améliorer leurs techniques d’intervention, il n’est pas toujours possible d’obtenir des accès illimités à certains sites (par exemple une usine nucléaire ou une gare). « Les gens ont besoin de vaquer à leurs obligations normalement et ne peuvent s’arrêter pour nous donner l’accès nécessaire à notre entraînement et à la simulation », explique-t-il. « Ces sites restent cependant sous notre surveillance et plus nous possédons d’informations, plus notre réaction sera performante. »

De tels problèmes d’accès, ajoutés à la difficulté, voire l’impossibilité, de connaître la configuration exacte d’un bâtiment et ses contenus (moyens d’accès, obstacles, portes, canalisations, environnement extérieur), ont incité le RAID à se tourner vers Dassault Systèmes pour développer une solution d’entraînement innovante et collaborative à partir de 3DVIA Studio Pro et CATIA. Les sites sont modélisés numériquement en 3D, avec une grande exactitude via CATIA, puis les modèles sont utilisés dans 3DVIA Studio Pro pour créer des simulations immersives de scénarios d’intervention en 3D. Ces simulations s’apparentent à un jeu vidéo et l’application est connue sous le nom de Serious Gaming. Les environnements virtuels offrent un contexte d’entraînement réaliste mais sans risques, proposant une nouvelle approche de la préparation des missions et augmentant les chances de succès de chaque intervention. L’environnement 3D de développement d’expériences réalistes interactives 3DVIA Studio Pro est utilisé dans tous les types d’applications métier et pour un grand nombre de secteurs, dont la défense et la sécurité.

Voir et comprendre avant d’agir

La représentation numérique d’un site en 3D permet à l’équipe du commandant de Hauteclocque de mieux appréhender la zone où elle doit travailler. Elle gagne ainsi un temps précieux durant une mission. « Le succès d’une opération dépend en partie du temps que nous gagnons lors de la préparation », déclare-t-il. « Plus nous appréhendons ce qui nous attend, plus vite nous pouvons nous engager et réaliser le travail. La simulation virtuelle réduit considérablement les risques pour notre équipe et les personnes que nous devons sauver. »

Avec 3DVIA Studio Pro, les membres du RAID peuvent réaliser des opérations d’entraînement dans un environnement virtuel, jouer différents scénarios et tactiques, corriger les erreurs pouvant être fatales dans le monde réel et mieux coordonner leurs efforts avant l’intervention concrète. Une crise n’arrivant pas toujours dans les conditions les plus propices, 3DVIA Studio Pro permet au RAID de simuler une intervention dans différentes conditions climatiques et de luminosité. Ainsi, les officiers pourront, par exemple, identifier les difficultés nocturnes qu’ils ne remarqueraient pas la journée. « S’entraîner dans toutes les configurations possibles nous permet de mieux nous préparer à toutes les possibilités et de renforcer la sécurité », déclare le commandant de Hauteclocque.

Prise d’otage dans le port de Nice

Le RAID a récemment simulé une prise d’otage sur un voilier à Nice. Parmi les technologies à sa disposition, il a choisi CATIA pour modéliser l’intérieur du bateau et le cadre environnant. Ces modèles ont ensuite été utilisés pour créer un environnement virtuel réaliste en 3D sur 3DVIA Studio Pro, offrant à l’équipe un outil tactique de prise de décision précieux.

« Dans le futur, nous pouvons envisager de mettre à niveau la représentation numérique en 3D au fur et à mesure que la situation évolue (par exemple, un terroriste quitte la pièce ou des otages sont déplacés), nous permettant de modifier notre stratégie en temps réel », explique le commandant de Hauteclocque. Les retours sur la simulation ont confirmé la validité de 3DVIA Studio Pro pour les opérations du RAID : « Les membres de l’équipe ont tous confirmé que lorsqu’ils sont entrés dans le bateau, c’était comme s’ils y étaient déjà venus. C’est la meilleure preuve possible ».

3DVIA Studio Pro peut être utilisé pour proposer différentes options aux autorités politiques avant une décision finale GO/ NO GO. « Chaque solution comporte des risques », fait remarquer le commandant de Hauteclocque. « Mais au moins, les avantages et les inconvénients de chaque option sont visibles et compréhensibles grâce à la 3D. »

Un partenariat, une vision

L’équipe d’Amaury de Hauteclocque et Alain Dugousset, responsable de l’industrie Défense & Sécurité pour Dassault Systèmes, travaillent main dans la main pour numériser les 200 sites dont est responsable le RAID, afin d’obtenir un maximum d’informations et de réduire le temps de préparation d’une potentielle mission future. L’autre objectif est d’être en mesure de préparer une intervention, en utilisant le modèle 3D existant d’un bâtiment avec une mise à jour en temps réel, au fil de l’évolution de la situation. « Nous pouvons envisager de communiquer à nos collaborateurs déjà sur le site la situation mise à jour, permettant de définir la meilleure façon de procéder au regard des derniers développements », conclut le commandant de Hauteclocque.

Le partenariat avec Dassault Systèmes donnera lieu à un nouvel outil 3D d’aide à la prise de décision, répondant aux besoins spécifiques du RAID. Le fondement de ce partenariat est de fournir au RAID une technologie qui lui permettra de réduire les risques auxquels il doit faire face.

Amaury de Hauteclocque

Après avoir servi dans les fusiliers marins durant son service militaire, Amaury de Hauteclocque a poursuivi l’essentiel de sa carrière au sein de la Police Judicaire – Préfecture de Police (PJ-PP) et a gravi tous les échelons : commissariat, division de Police Judiciaire, chef de section à la brigade des stupéfiants puis de la section antiterroriste de la brigade criminelle de Paris. Adjoint à l’unité de coordination de la lutte antiterroriste en France, rattaché au Ministère de l’Intérieur, il prend le commandement du RAID* en octobre 2007 devenant le 7ème patron de cette unité d’élite fondée en 1985. Amaury de Hauteclocque est aujourd’hui à la direction de la FIPN* regroupant le RAID , la BRI/BAC* et les GIPN* depuis sa création en juillet 2009. »

Source : http://www.3ds.com

Photo © Sandra Chenu Godefroy

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L’intuition dans le quotidien des négociateurs du RAID

Fabien : 8 décembre 2012 17 h 41 min : RAID - Articles

« A l’occasion de la publication dans le magazine Inexploré du dossier spécial « Intuition : retrouvez votre 6e sens », l’INREES vous propose d’aller plus loin dans l’exploration de ce sujet, avec plusieurs intervenants de premier plan, des personnes qui, chacune dans leur domaine, se passionnent pour cette capacité de l’esprit. Une voyante, un psychiatre, un chef d’entreprise, un policier d’élite, et un médecin hypno-thérapeute.

Ces capacités universelles parfois appelées « Intuition » ou « 6e sens » sont désignées sous le terme « capacités PSI » ou « perceptions extra-sensorielles ». Il s’agit de la télépathie (échange d’information à distance), de la clairvoyance (vision à distance) ou de la précognition (connaissance d’information sur un événement avant qu’il ne se produise). Dans notre culture, la télépathie, la clairvoyance et la précognition ne sont pas supposées exister en tant que telles. Aussi, nous avons produit des dispositifs intellectuels destinés à réduire ces capacités psychiques non conventionnelles à ce qu’elle ne sont pas : une comédie, des coïncidences, de simples effets de sens, des symptômes de pathologie psychiatrique, etc. Pourtant, chacun de nous en est capable, de manière latente. Des cultures favorisent l’emploi de ces capacités, et d’autres le stérilisent, ce qui est le cas de la nôtre. Aussi, la plupart des individus sont absolument convaincus de ne pas posséder ces capacités. Pourtant, nous avons tous un 6e sens, mais comment apprendre en en connaître les limites, comment le développer ? Comment faire preuve de discernement — en d’autres termes, comment « rationaliser » notre rapport à cette capacité d’hyper-perception ?

Maud Kristen, voyante, nous parlera de la manière dont elle a appris à connaître ses capacités extrasensorielles. Le psychiatre, et membre de l’IMI, Paul-Louis Rabeyron nous fera découvrir ce que les recherches scientifiques nous permettent de dire sur le sujet. Le chef d’entreprise Thierry Boiron livrera quant à lui sa vision intuitive du management. Le policier d’élite, Christophe Caupenne, ancien chef des négociateurs du RAID témoignera de l’importance du 6e sens dans la gestion des situations de crise, et le Dr Becchio, médecin hypno-thérapeute, nous parlera de cet état du cerveau qui favorise ces états de conscience hyper-perceptifs.

Biographie de Christophe Caupenne

Policier depuis 25 ans, Christophe Caupenne était inspecteur en Police judiciaire, en Groupe de répression du Banditisme, puis en Groupe Criminel, avant de rejoindre, durant 12 ans le RAID en qualité de Commandant, Chef du groupe Gestion de crise et Négociation. Il a réalisé plus de 350 opérations de forcenés, prises d’otages, mutineries, kdinappings à l’étranger. Il est aujourd’hui à la tête d’un cabinet privé de consultant. »

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Un mental de héros – interview de Robert Paturel

Fabien : 1 décembre 2012 10 h 33 min : RAID - Articles

« Qu’il s’agisse du RAID, des sapeurs-pompiers de Paris ou de la BRI, ces unités d’intervention ne comprennent que des hommes d’exception au mental faisant référence. Ils témoignent.

Robert P., instructeur au RAID

« Le test du combat est le plus révélateur »

Robert P. appartient au RAID depuis 17 ans. Pratiquant de sports de combat de haut niveau, il est devenu l’un des intervenants et instructeur de cette fameuse unité d’élite de la police nationale dont les missions sont très dangereuses et nécessitent un mental hors norme.

Il nous définit le mental d’un homme d’élite.

 

 

Karaté Bushido : Comment appréciez-vous le mental des candidats lors des tests d’entrée au RAID (Recherche Assistance Intervention Dissuasion) ?

Robert P. : D’abord, il faut savoir  que ce sont des volontaires qui se présentent aux tests. Ils savent que par la suite, ils vont devoir aller au charbon et prendre des risques. Ils sont donc motivés. Mais ils ne sont pourtant pas tous aptes à supporter un stress intense. On en sélectionne une cinquantaine sur dossier.

Pendant une semaine, ils vont devoir subir toute une batterie de tests (psychologiques, médicaux, sportifs). Selon moi, le test de combat est toujours le plus révélateur et les psy partagent  souvent mon avis : « dis-moi comment tu combats et je te dirai qui tu es ». On en garde en moyenne cinq sur les cinquante.

K.B : Comment juge-t-on le mental d’un combattant  en quelques mouvements ?

R.P : Par sa façon de faire front à l’adversité. Va-t-il abandonner  tout de suite,  se cacher, ou au contraire, encaisser  en « resserrant les boulons » ?  Comment va-t-il  répondre ? On ne cherche  pas des mecs agressifs mais posés. Il ne faut pas confondre agressivité et combativité. L’agressivité est négative. On juge à l’attitude par rapport  à un profil que l’on recherche : dur au mal, rustique, frais, sain, pas forcément champion. Souvent le champion est « égocentrique ». Il accepte mal de ne pas dormir ou de ne pas manger à heure fixe ; il est parfois fragile et est réceptif aux changements climatiques.

K.B : Quelles autres épreuves leur faites-vous subir ?

R.P : Des exercices de mise en situation. Aucun d’entre eux ne doit avoir de phobies. Il faut donc les détecter. Par exemple, ils sautent dans une piscine avec leur casque lourd, leur gilet pare -balles et un fusil. Ils sont obligés de se déséquiper pour ressortir. Ils doivent aussi remonter avec le fusil. On « corse » quelques fois le test avec un exercice de mentalisation : la restitution d’un texte lu au fond de l’eau. On voit tout de suite si le gars est capable de discernement en situation de stress intense.

K.B : Quelles techniques utilisez-vous pour augmenter la force mentale de ces policiers d’élite ?

R.P : Le mental, cela ne s’apprend pas. On « détecte » un bon élément  puis on lui donne les moyens d’intervenir. Après avoir passé avec succès  les épreuves, le gars sait qu’il peut. C’est cette prise de confiance qui évitera la crise de conscience  et lui donnera les moyens d’être plus fort à l’heure H.

C’est comme un boxeur. Une fois que celui-ci a compris qu’il a une bonne droite, il faut lui donner les moyens de l’utiliser à bon escient.

A nous de faire ressortir sa bonne condition physique, sa technicité, son sens tactique, donc de lui faire prendre encore plus confiance en lui tout en l’habituant à être vigilant en respectant tous les principes de sécurité. Puis il y a aussi le phénomène de groupe, son émulation, qui joue un rôle.

K.B : Utilisez-vous des techniques particulières ?

R. P : La visualisation en est une. Le principe est de chasser les idées noires et de relativiser. Derrière la porte, s’il y a un homme armé, il faut avoir une bonne dose d’optimisme pour vouloir entrer quand même. On sait tous qu’on peut mourir (nous ne sommes pas fous).

On va donc vite chasser les idées noires et se retrancher derrière un schéma tactique : visualiser la pièce, vérifier son arme, se remémorer le plan des lieux… Ca occupe l’esprit. Malgré tout, il faut se préparer au pire. Si un boxeur pense qu’il va descendre du ring aussi bien peigné qu’il y est monté, il risque d’avoir des surprises dès les premiers échanges. Il faut qu’il se prépare mentalement à l’épreuve.

K.B : Quelles techniques utilisez-vous pour augmenter la force mentale de ces policiers d’élite ?

R. P : Encore une fois, ils se renforceront grâce aux entrainements spécifiques à notre métier. A nous, formateurs, de leur donner les moyens en essayant de ne rien laisser au hasard. J’ajoute que l’on teste en permanence leur degré de motivation car c’est un service qui fatigue et le « potentiel  courage » finit par s’émousser avec le temps, comme le potentiel physique.

K. B : La condition physique est-elle un élément clé pour posséder un mental fort ?

R. P : Elle prend une part prépondérante. On fait donc du renforcement musculaire. On s’entraine en boxe. Le sport collectif de prédilection au RAID, en ce moment, c’est le rugby. Un sport où on ne peut rien faire tout seul et, donc, une discipline qui renforce l’esprit collectif. Mais le plus important, c’est la détermination. Vous pouvez être le meilleur technicien du monde, si vous n’êtes pas déterminé, vous serez un bâton de dynamite sans détonateur.

Par contre, il est inéluctable que le sujet déterminé sera d’autant plus fort s’il est prêt physiquement. Il aura cette confiance qui permettra de repousser encore plus loin les limites du supportable, l’atteinte de ce fameux « seuil de panique » où toute organisation défensive est impossible.

K.B : Quelle importance prennent les arts martiaux dans votre travail ?

R. P : Leur pratique est incontournable. Même si on travaille beaucoup avec les armes et que l’on est très rarement amené à faire le coup de poing, tous les hommes travaillent différentes techniques pour être meilleur dans leur travail (techniques de police, tonfa, bâton, défenses sur couteau, clefs…). Et puis, la pratique des arts martiaux amène la sérénité, une certaine aisance, l’habitude de prendre des coups, la vigilance… et l’humilité. La compétition est intéressante pour cela. Quand on a appris à gérer le stress d’un combat, on peut le refaire avant une intervention même si les risques encourus ne sont pas tout à fait les mêmes.

Article extrait de Karaté Bushido n°341  – janvier 2006

Texte de Ludovic Mauchien

 

 

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Un challenge d’appui feu tireur embarqué à la BFST

Fabien : 28 novembre 2012 11 h 21 min : RAID - Articles

« C’est le 1er RPIMA qui a remporté le challenge d’appui feu tireur embarqué  (AFTE) organisé par la Brigade des Forces Spéciales Terre (BFST) à Caylus, qui a vu aussi la participation d’une équipe du commando de Montfort, deux du CPA 10, une du GIGN, et une du RAID.

Le COMBFST, le général Didier Brousse, a remis le trophée au 1er RPIMA, qui place deux équipes dans le trio de tête, avec le RAD intercalé en numéro deux.

Les épreuves comprenaient des tirs en statique, en mouvement, de jour, de nuit, en ascensionnel, en translation.

Cette confrontation spécifique et riche d’enseignements a permis de mesurer aussi la montée en puissance du HK 417 qui équipe l’essentiel des cellules de tireurs, y compris dans la police, les différences restant marquées en matière d’organes de visée.

Il a notamment supplanté la génération précédente qui était encore largement utilisée il y a quelques années, comme l’AR-10 (au CPA 10 notamment), le G3 (commandos Marine, GIGN)…

L’AFTE est régulièrement employé en opérations, particulièrement par les commandos Marine qui l’utilisent pour la lutte contre le narcotrafic mais aussi en lutte contre la piraterie.

Rappelons que c’est un fusil de précision de la marine embarquée à bord d’un Panther de la 36F qui avait stoppé le 4×4 des fuyards, après la prise d’otage du Ponant, en avril 2008.

L’AFTE est aussi pratiqué en Guyane, il a notamment servi lors d’une attaque contre une patrouille de reconnaissance CRAJ/GPIOM.

 

Article tiré de RAIDS n°316 – septembre 2012

Texte de Jean-Marc Tanguy

Photo © DGPN-SICOP

 

 

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Challenge Atlas organisé par le RAID

Fabien : 26 novembre 2012 21 h 02 min : RAID - Articles

« Le RAID a organisé du 08 au 19 octobre 2012 sur le camp militaire de Souge, à proximité de Bordeaux, un regroupement de spécialistes du tir de haute précision affectés dans les unités d’intervention européennes composantes de l’organisation ATLAS.

Cette organisation a été créée en 2001 suite aux attentats du 11 septembre. Elle est financée par l’Union Européenne et rassemble trente six unités de contre terrorisme, issues des vingt-sept états membres de l’Union Européenne, auxquels s’ajoutent la Suisse et la Norvège.

Le fonctionnement d’ATLAS s’articule autour de groupes de travail, parmi lesquels un forum tireur de haute précision.

Dans le cadre de l’activité de ces groupes il est prévu des échanges réguliers. Le RAID était chargé cette année de recevoir et d’organiser cet échange dans la perspective de la préparation d’un exercice majeur qui se déroulera en 2013.

Les unités d’ATLAS auront à leur charge la gestion de crises multiples, simultanées touchant plusieurs pays de l’union européenne.
Vingt six spécialistes de l’intervention ont répondu présent pour ce regroupement, ce qui montre l’intérêt des partenaires étrangers à participer à ce stage organisé en France par le RAID.
Cet événement a été préparé par les policiers du RAID qui ont bénéficié de l’expertise technique du BAMT (Bureau de l’armement et des matériels techniques) afin d’offrir un programme de haute qualité sur un site de l’armée, mis à la disposition du RAID dans le cadre du partenariat et des échanges que cette unité entretient avec les militaires des forces spéciales. »


Source : http://www.police-nationale.interieur.gouv.fr/ – octobre 2012

Photo © Fréderic Coune

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Avec le RAID contre un forcené

Fabien : 18 novembre 2012 22 h 45 min : RAID - Articles

 « Alerte forcené à Chartres ». Pas de klaxon d’alerte, comme dans les films, mais une vingtaine d’équipiers du RAID qui se harnachent, rassemblent des informations. Les premiers partis sont ceux de la « négo » : l’adjoint de la cellule, une négociatrice et le psychologue. Dans la même voiture, qui ne tarde pas à partir, l’officier de renseignement  dont la tâche  est de préparer l’arrivée du dispositif qui suit, à quelques minutes, mais à une allure nettement modérée. Il faut, entre autres, prendre contacts sur place, récolter tous les documents nécessaires et prendre les premières décisions urgentes.

C’est Laser 3 (le troisième commissaire du RAID), de retour d’une réunion à Paris, qui prend le dispositif en charge. Après  les vérifications d’usage par l’armurier d’astreinte, le convoi  d’une dizaine de véhicules prend l’A10 et, bientôt, l’A11. De prime abord, l’affaire n’a pas l’air très compliqué, mais au RAID on se rappelle que  les deux premiers  policiers du service tués en opération, Christian Caron et Fernand Seither, l’avaient été  devant un forcené armé à Ris-Orangis, en 1989.

Impossible de l’oublier : les véhicules chargent leur matériel sur la place d’armes, là où a été érigée une stèle en mémoire des morts.

Dans la voiture de Laser 3, le chef de groupe de la première alerte converse avec le dispositif via Acropol, tout en répondant sur son téléphone portable et en passant ses appels pour faciliter le passage du dispositif  aux barrières de péage. Laser 3, à l’avant,  passe les siens, recueillant notamment les renseignements des précurseurs, qui eux, aussi travaillent en roulant.

On en sait déjà un peu plus sur le forcené. Le service de traitement des infractions constatées (STIC) a parlé, le CV judiciaire de l’homme  s’étale sur plusieurs feuillets. Les premiers renseignements en provenance de Chartres sont mitigés. Un policier local qui connait le forcené a engagé  un dialogue constructif avec l’homme, qui s’est retranché chez lui. Mais il n’y  a pas de gaz de ville dans cet immeuble de quelques étages : le risque de  faire détoner  la  bouteille de gaz est donc réel.

Déjà, par téléphone, Laser 3  fait examiner les possibilités de postes de tir pour les snipers, il fait rassembler tous les plans disponibles et demande d’en établir des copies pour que tous les secteurs  du dispositif puissent en bénéficier. Sur l’A11, le dispositif du RAID a fière allure, constitué de monospaces banalisés et de véhicules utilitaires. Il y a l’armurerie, l’effraction, et, désormais, même le service médical  dispose  de son véhicule. La pièce la plus visible est le PCO, ou PC  opérationnel, un véhicule développé  au profit de la FIPN, qui permet la gestion de crise sous abri et en discrétion.

La « négo » a déjà pris ses quartiers dans l’immeuble, et rapporte  à Laser 3 les éléments au fur et à mesure. Les deux négociateurs ont une solide expérience des opérations de police : le premier, à la brigade criminelle, la seconde au groupe de recherche et d’information (GRI, désormais dissout).

Un dispositif de la police de Chartres boucle le quartier, et a déjà trouvé une zone pour faire stationner le cortège, dans une allée à l’écart. Mais, sous les toits de la cité : pas forcément l’endroit idéal, d’autant plus que le PCO est trop loin des lieux de l’action… Arrivé dans la cité, le dispositif  passe rapidement  en habit de lumière.

Les « effracteurs » prennent  leur matériel, notamment  le Door-Raider, le célèbre  effracteur hydraulique développé par Libervit sur cahier de charges du RAID.

L’officier Rens livre son briefing, avec Laurent, le chef de groupe.

« On sait faire », assure un des hommes cagoulés. Arrivé au RAID depuis trois semaines, c’est déjà sa troisième sortie…Ce jour-là, la première alerte a déployé deux maître-chien, quatre « varapistes », deux « effracteurs », trois tireurs d’élite (les célèbres Omégas) et deux équipes d’intervention, soit  avec la négociatrice et le « Doc », une grosse vingtaine d’hommes et deux femmes.

Une dernière consultation du plan de l’appartement, et la colonne du RAID prend la direction de l’immeuble, d’un pas décidé, sous l’œil goguenard, craintif ou amusé des inévitables badauds.

Il est 12h30 et l’irruption du service d’élite déclenche une forte curiosité.

La cage d’escalier, quelques étages, et la porte. Derrière laquelle se trouvent le forcené, une bouteille de gaz, et peut-être, un chien.

Un binôme cynophile du RAID est engagé dans la cage d’escalier, et un maitre-chien en renfort s’apprête à aller contrôler la bête située dans l’appartement.

La chenille  est postée derrière la porte , prête à investir les lieux si le Door-Raider la faisait céder en quelques secondes. Ou si le forcené l’ouvrait par lui-même, direction que semble prendre la discussion avec le policier local qui parle avec lui au téléphone.

Les « varapistes », sur le toit, ont pris toutes les dispositions pour éviter que le forcené se suicide en sautant par la fenêtre.

Sur des lignes de visée, les snipers ont eux aussi pris position.

Tous ces « capteurs » rapportent en permanence leurs données au PC opérationnel, et le réseau radio en livre l’essentiel. Seulement, les minutes s’égrènent, et le forcené ne tient pas sa promesse de sortir.

Les négociateurs tiennent un conciliabule avec Laser 3, venu s’enquérir  de la progression de l’affaire. Le préfet et le DDSP sont arrivés assez vite sur place, et ont écouté ses explications, les options possibles.

Puis, alors qu’on semble devoir s’inscrire dans la durée, on entend la clef tourner dans la serrure.

En un éclair, les « Raidmen » aspirent le forcené et le collent au sol en douceur, tandis qu’un effectif s’engouffre dans l’appartement pour visiter toutes les pièces, prendre en charge d’éventuelles victimes et pour vérifier qu’aucun dispositif de mise à feu n’est enclenché.

Le rapport radio est aussitôt émis et la tension baisse d’un cran. Le « Doc » du RAID est déjà là, auscultant  l’homme, qui réclame  une cigarette qu’on lui allume.

Avant qu’il soit confié à la sécurité départementale, il pourra rencontrer son frère, puis sa famille.

On lui dissimule le visage pour qu’il ne puisse pas être reconnu, car plusieurs journalistes locaux sont déjà disposés devant l’immeuble. Deux policiers en civil l’envoient dans une voiture banalisée, qui disparait aussitôt pour l’hopital de Chartres, où l’homme doit subir des examens médicaux.

Déjà, les « Raidmen » plient bagage.

« Une de plus » glisse un policier. Laser 3 fait son compte rendu  à Laser  1 et 2, ainsi qu’au service de veille opérationnelle de la police nationale (SVOPN). »

 

 

Tiré de Police Pro n°26 – Mars Avril 2011
Texte de Jean-Marc Tanguy

 

 

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Christophe Caupenne, profession : négociateur au RAID

Fabien : 13 novembre 2012 21 h 28 min : RAID - Articles

« Chef du groupe « négo » au RAID pendant 11 ans, le commandant Christophe Caupenne a quitté la Police Nationale en Septembre 2011, après plus de 20 ans de service.

Toutefois, pour beaucoup, il reste la référence en matière de gestion de crise et de négociation, au regard de son expérience considérable et de son approche très « humaine » des situations.
« Aimer la vie, la respecter, au point que vous allez tout mettre en œuvre pour sauver la suicidaire, pour raisonner le forcené, ou pour libérer un innocent otage, c’est faire en sorte que la mort ne s’impose pas comme la grande gagnante de la tragédie qui se joue (…)
Voilà ce qu’est le combat du négociateur, qui, tel un démiurge, aurait ce pouvoir d’octroyer une nouvelle chance, ou une nouvelle existence, à celui qui vient de mettre le genou à terre et qui s’est résigné à se perdre dans son propre désespoir ».

C’est en ces termes que Christophe Caupenne résume dans un livre passionnant, « Négociateur au RAID » (paru aux éditions du Cherche-Midi), la mission qui fut la sienne pendant 10 ans au sein de cette unité d’élite.
A écouter cet homme, altruiste, équilibré et à la voix rassurante, on pense que la négociation, c’est sa seconde nature ; mais à l’en croire, c’est le hasard qui l’a conduit sur cette voie.

Entré dans la Police Nationale en 1990, après une année de scolarité à l’Ecole Supérieure des Inspecteurs de la Police Nationale (ESIPN) à Cannes-Ecluse (Seine et Marne), Christophe Caupenne est affecté à l’antenne de Police Judiciaire d’Evry (SRPJ de Versailles).
Il œuvre pendant 6 ans au sein d’un groupe criminel, puis 4 ans au Groupe de Répression du Banditisme (GRB), avant de rejoindre le RAID en 2000.

Lorsqu’il apprend que le commandant Michel Marie, fondateur du groupe « gestion de crise et négociation » du RAID, et précurseur dans ce domaine, envisage de quitter cette unité emblématique, Christophe Caupenne, encouragé par plusieurs collègues, décide de postuler pour cet emploi.

Après les différents tests et entretiens, il est reconnu comme ayant le meilleur profil parmi les candidats et prend ainsi la responsabilité de cette spécialité.

Créée en 1995, la cellule négociation du RAID tient une place très importante dans la gestion de chaque affaire traitée par cette unité d’élite.
Sa mission fondamentale consiste à définir des paramètres de dangerosité et à chercher une solution négociée dans chaque opération menée.

Le nouveau chef des négociateurs, et futur coordinateur national des négociateurs de la Police Nationale (2008), a pour objectif d’améliorer les connaissances sur le sujet, de parfaire les pratiques et d’officialiser le métier.
Lequel sera reconnu par arrêté ministériel du 14 Juin 2006 ; une certification sera délivrée aux unités d’intervention, après trois années de formation et de pratique, sanctionnée par un examen professionnel.

Pendant son passage au RAID, le commandant de Police Caupenne a participé à environ 350 opérations, sans connaître un seul échec ; même si 20% d’entre elles ont nécessité l’engagement des groupes d’assaut.
Il n’en demeure pas moins que la négociation a permis la résolution de 80% de ces interventions.

Selon Christophe Caupenne, toutes les affaires avaient leur importance « en raison de l’énorme charge émotionnelle qu’elles induisent », plus considérable encore quand il s’agit d’une prise d’otages d’enfants.

Cependant, il nous avoue que l’affaire de la maison d’arrêt de Fresnes, les 27 et 28 Mai 2001, l’a marqué tout particulièrement.
Cette prise d’otages en milieu carcéral présentait tous les critères de dangerosité : après une tentative d’évasion par hélicoptère, suivie d’une fusillade sur le toit de la prison, au cours de laquelle un surveillant est gravement blessé, deux détenus particulièrement surveillé (DPS), Christophe Khider et Mounir Benbouabdellah, prennent trois gardiens en otages, sur fond de tentative de mutinerie, d’incendie de cellules…
La quasi-totalité du RAID est déployée sur place, sous les ordres du commissaire Jean-Gustave Paulmier.
Après plus de 20 heures, la négociation a permis d’obtenir la reddition des deux détenus et la libération des otages, sans plus d’effusion de sang.

Lorsqu’il s’est lancé dans la rédaction de son livre témoignage, Christophe Caupenne s’est inscrit dans une logique passionnelle : faire connaître ce métier captivant de « négociateur de crise » qui se pratique dans la Police.

Cet ouvrage permet également de montrer ce que sont les réalités des interventions sur des « individus en crise », qu’il s’agisse de criminels retranchés, de malades mentaux, ou de simples citoyens submergés par un accident de la vie.
Il liste également pour le lecteur les qualités idéales d’un bon négociateur de Police : la capacité d’écoute, qui se révèle comme l’atout majeur, l’optimisme, l’empathie naturelle, la volonté d’aide sincère, mais également la stabilité et le calme, le contrôle de sa personne, l’intuition et la sensibilité, l’esprit logique, de synthèse et de déduction, la communication aisée, la persévérance et la pugnacité ; complétés par l’esprit d’équipe, bien sûr, et une grande disponibilité.

Mais parfois il arrive que, malgré toutes ses qualités et son savoir-faire, le négociateur n’obtienne pas de reddition.
Pour mettre fin à la situation de crise, les unités d’intervention, des forces de Police ou de Gendarmerie n’ont pas d’autre choix que de lancer l’assaut.
La situation est encore plus délicate quand il s’agit d’un malfaiteur puissamment armé et retranché, doublé d’un terroriste fanatique.

Comme ce fut le cas, récemment à Toulouse, lors de l’affaire Mohamed Merah, qui s’est achevée, le 22 Mars 2012, par la mort du terroriste, après plus de 30 heures de siège et de négociations menées par le RAID.
Faut-il pour autant remettre en cause le travail difficile des négociateurs face à un individu déterminé et guidé par le fanatisme religieux ?

« Dans cette affaire, on se trouve face à un profil criminel relativement méconnu dans notre pays, reconnaît Christophe Caupenne, et cela nous conduit à nous interroger sur nos méthodes. Est-ce que les négociations « traditionnelles » sont à utiliser dans cette circonstance ? Je n’en suis pas sûr : la négociation a ses limites. A un moment donné, face à ce genre de terroriste fanatique, peut-être faut-il d’entrée de jeu lui mettre le marché en mains, c’est-à-dire la reddition immédiate ou l’assaut en force.

Vouloir prendre un tel individu vivant est très louable, mais ça comporte des risques énormes en raison du fanatisme guidant ses actes et du sens symbolique qu’il donne à sa mort…

L’affaire de Toulouse va nécessiter d’effectuer un retour d’expérience très important, secteur par secteur, au niveau de la stratégie, du rapport à l’Etat, des moyens utilisés, de l’emploi des moyens spéciaux…
Quant à moi, parce qu’il n’y a pas eu de mort chez nous, j’estime qu’il s’agit néanmoins d’une affaire réussie.
Avec l’affaire de Roubaix, il s’agit là de l’une des interventions les plus difficiles que le RAID ait eu à traiter sur des profils terroristes-combattants ».

Il dit encore « chez nous », pourtant en Septembre 2011, après 20 ans de service, Christophe Caupenne a quitté la Police Nationale.
Il a créé la société Caupenne Conseil, spécialisée dans l’assistance, la formation, le conseil et le coaching, au profit d’entreprises privées ou partenaires de l’Etat, de dirigeants, Comex ou équipes managériales, ainsi que dans la recherche et l’enseignement.
A 45 ans, il bénéficie alors d’une expérience redoutable dans sa spécialité.
Il a en outre, participé à de nombreuses missions d’audits et d’évaluation des risques pour la Direction Générale de la Police Nationale et le ministère des Affaires Etrangères, en France et à l’étranger.

Ses qualités professionnelles lui ont permis d’accéder aux fonctions d’expert référent auprès d’Europol et du groupe Atlas (entité regroupant toutes les unités d’intervention européennes) ; auprès du pôle santé du médiateur de la République, puis du défenseur des droits ; auprès du CEA, de l’Institut des Hautes Etudes et de la Sécurité (INHES), d’expert « négociation et kidnapping » auprès du ministère des Affaires Etrangères, et auprès de l’International Work Group of Negotiation (INWG), dont il est membre fondateur.
C’est encore lui qui a été chargé de la formation initiale et complémentaire des négociateurs régionaux GIPN et des négociateurs de la BRI-PP.

Il a participé également aux stages de formation des négociateurs de la Police Judiciaire, spécialisés dans les enlèvements et extorsions de fonds.

Il a dispensé une formation « négociation » à certaines unités d’élite des Forces Spéciales françaises, mais aussi à de nombreux groupes de négociateurs étrangers en Macédoine, en Serbie, en Hongrie, en Suisse, au Cambodge, en Roumanie, en Pologne, au Canada, au Liban, en Indonésie, et dans plusieurs pays d’Amérique latine.

Enfin, son savoir-faire l’a conduit à devenir formateur en gestion de crise auprès de plusieurs groupes industriels et de grandes sociétés, tels que Air France, Aéroports De Paris, Civipol, Ikea, la Lyonnaise des eaux, BNP-Paribas…

En 2011 donc, Christophe Caupenne a décidé de quitter le RAID, c’était pour lui « une nécessité ».
« Toute unité d’élite se doit d’accueillir sans cesse du sang neuf afin de maintenir au plus haut niveau l’investissement de ses cadres », nous confie-t-il.

Dans cette logique élitiste, il a décidé qu’il était temps de partir vers de nouveaux horizons.

Désireux de continuer dans sa spécialité et son domaine d’expertise, il s’est donc orienté vers le privé afin de créer son propre cabinet de conseil-formation et de continuer à travailler dans le domaine des sciences humaines, de la négociation complexe et de la gestion des crises.

Nul doute que ces 11 années passées au sein de l’unité d’élite de la Police Nationale resteront à jamais marquées dans la mémoire de cet officier de valeur, animé par la passion du métier, qu’il décrit ainsi dans la conclusion de son livre : « Aider son prochain et rétablir la paix publique : c’est tout le sens que je donne à cette nation de service public. C’est le moteur de mes vingt années passées dans la profession (…) et c’est l’une des valeurs nobles de notre société. Dans ce domaine-là, nulle triche, nul calcul (…), juste un élan altruiste, au service de l’autre, quel qu’il soit ».

Tiré de POLICE PRO n°34 Juillet-Aout 201
Texte de Dominique Noel

 

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RAID – 1°RPIMA : la rencontre choc

Fabien : 13 novembre 2012 20 h 45 min : RAID - Articles

« Deux écoles de l’intervention, issues de la Police et des Forces Spéciales, se sont confrontées, fin Septembre, lors d’une semaine d’échanges prolifiques en région parisienne.

Dans un craquement sinistre, la porte métallique cède, sous la poussée des vérins hydrauliques du Libervit.

Le temps de la tirer, et une horde en kaki et en noir s’engouffre dans une enfilade de galeries pour libérer les « otages » et neutraliser les « terroristes ».

C’est le résultat d’années d’entraînent et, dans ce dédale de souterrains, d’une infiltration commencée trois heures plus tôt par trois snipers du RAID, sous l’œil observateur d’un des membres de la cellule formation du RAID, Y., un ancien commando Marine qui a servi chez Penfentenyo.

Les modes de travail sont radicalement différents d’une unité à l’autre, mais les deux entité ont en commun des compétences en matière d’acquisition du renseignement, d’intervention, et la même  passion de l’expérimentation.

Les paras sont venus à huit : sept d’un groupe de chuteurs opérationnels de la 1° compagnie SAS, et un personnel de l’instruction spécialisée.

A huit, ils dégagent  une impression de puissance, bien qu’ils soient venus sans leurs propres armes ( le RAID leur a prêté des Glock et HK G36C transformés pour le tir de Simunition) : ils n’ont que leur casque, leur pare-balle, et un lourd bouclier spécialement conçu pour l’invex.

Félins, souples et manœuvriers, comme dit l’adage militaire, mais il s’y prête : les paras sont en mouvement permanent, couvrant tous les secteurs dans le dédale de couloirs et de souterrains, jusqu’à leur objectif.

Pour les policiers, la conception de l’approche est assez différente, car en milieu urbain, et de surcroît en France, l’appui est permanent, et les types de danger connus.

Evoluant en territoire adverse, les Forces Spéciales sont formées à gérer les approches en s’auto-appuyant.

Les interventions du RAID sont majoritairement réalisées en milieu urbain, mais deux ans après leur création, les « Raidmen » ont effectué en 1987 une le leurs plus belles opérations au cœur de la compagne du Loiret, pour interpeller les quatre dirigeants de Action Directe, vivants.

Depuis, régulièrement, l’appel de la forêt –ou du maquis- les prend.

Les modes opératoires doivent s’adapter. Le premier signal est venu en  2003 avec les opérations pour retrouver Yvan Colonna, en Corse, puis un autre fugitif Jean –Pierre Treiber.

Régulièrement, les policiers sont requis pour s’enfouir et … observer pendant plusieurs jours.

Ils l’ont fait en Auvergne à 1200m d’altitude sur une équipe de l’ETA logée dans deux chalets postés en zone boisée, en Octobre-Novembre 2010 dans la région d’Epinal, en Décembre 2010 en Corse.

Du maquis au métro

Les hommes en noir ont pu bénéficier des techniques du 13°RDP en matière d’enfouissement, mais aussi du 1°RPIMA en matière de tir à longue distance : le tir police, qui initialement ne portait qu’à quelques dizaines de mètres (25-120 m), a dû s’adapter avec le terrorisme.

Amaury de Hautecloque, le contrôleur général qui dirige le RAID, a fixé à son service, fort de 160 hommes et femmes, un cahier des charges particulièrement exigeant.

Il faut notamment diversifier les environnements, travailler sur les structures tubulaires.

Le RAID a en charge, directement ou indirectement, le tunnel sous la Manche, les métros des grandes métropoles, et : des cibles rêvées pour les terroristes.

Laser 1 (indicatif du patron du RAID) a confié la construction d’une cellule de tir  renforcée à un capitaine de police (M.) qui a fait ses classes au  13°RDP, puis dans l’appui opérationnel, au RAD, M.  a déjà quasiment amené ses tireurs d’élite à la moitié de leur progression.

Certains sont déjà très aguerris comme P.P, un des piliers  de la communauté des snipers, et armurier de son état. Il y a aussi J., un ancien sous-officier de la Légion.

Et des jeunes, qui sont devenus des adeptes du HK417, livré il y a quelques mois, pour assurer les missions à l’étranger, notamment en Afghanistan.

Les policiers viennent aussi d’étrenner le SCAR, lors d’une mission de protection présidentielle en Libye dans laquelle ils ont d’ailleurs croisé des personnels du régiment.

Le chef de la cellule snipers du RAID a emmené ses ouailles faire un tour de France, pour emprunter  les meilleures pratiques là où elles existent, y compris dans sa première, à Dieuze.

Les snipers de la police sont aussi en cours d’acquisition d’une compétence en appui feu tireur embarqué (AFTE).

Et l’analyse de la menace y est beaucoup plus fine : la culture de l’expérimentation se développe de plus en plus.

Il faut désormais que les balles puissent traverser plusieurs couches successives après avoir parcouru éventuellement  plusieurs centaines de mètres.

Et ceci, sans se disperser et sans toucher les otages à proximité.

Il faut donc aussi expérimenter  in vivo une pratique  qui s’est développée au RAID, comme cette campagne sur des métros réalisés dans l’Est, il y a seulement quelques semaines.

Tous les calibres et types de munitions ont été testés sur une rame de métro, avec minutie.

Les résultats de l’étude, menée par le pilier de la cellule de tir, sont présentés  à l’équipe  du 1°RPIMA, dans un centre de formation de la RATP.

Comme ils le font régulièrement dans d’autres milieux, les commandos du  1°RPIMA doivent être  accoutumés aux environnements  tubulaires, y compris en zone urbaine, d’autant plus que plusieurs pays dans le monde utilisent des métros  français.

Ce milieu est très particulier, avec une kyrielle de véhicules différents,  dont la neutralisation peut changer du tout au tout d’un modèle à l’autre.

Certains métros on, en plus, des portes palières.

L’usage des explosifs dans le milieu aussi confiné, et pourvu de grosses surfaces vitrées, n’est pas non plus neutre.

Pour couronner le tout, du 750 volts règne à côté des rails.

Bref,  les parachutistes découvrent  l’immensité du sujet, captivés par l’étude de la Police.

Le chef des snipers du RAID explique aux Bayonnais tous les ressorts de ce milieu, présente brièvement les études, en promettant de transmettre.

Les cheminots expliquent  aux commandos les différents ressorts d’action, présentent même un de leurs véhicules techniques qui pourrait être  utilisé pour l’intervention.

Puis c’est le passage au concret.

Le sniper du RAID se place en appui à plusieurs centaines de mètres, avec son HK417 pourvu d’une puissante lunette de vision nocturne  arrivée la veille au service.

Cette  NSV-600  de NSOLT est couplée à un illuminateur désignateur  ANPQ-2 et une lunette claire NightForce (x 3,5 –x15).

L’occasion de constater que la lumière des tunnels parisiens n’apprécie pas forcément les réglages d’une nuit étoilée à Beynes, où les policiers vont souvent s’entraîner.

A l’autre bout du tunnel, les paras progressent  dans le noir complet, sans générer un décibel de bruit, alors que les cailloux qui forment le ballast n’attendent que ça.

Un signal signifiant  la mort d’un des preneurs d’otages sans la cabine de conduite… Puis les huit paras pénètrent comme un seul homme dans la rame. Terroristes neutralisés, otages saufs : mission accomplie.

Le RAID en pleine évolution

Cette semaine d’échanges est à l’image du virage pris par le RAID ces dernières années, suivant en cela l’évolution du terrorisme de masse.

Le RAID a totalement mué, sans changer d’effectif (160 policiers).

Il est aujourd’hui la tête de ligne de la Force d’Intervention de la Police Nationale (FIPN), créée à l’initiative du DGPN Frédéric Péchenard (comme le numéro deux de la BRI-BAC, il est passé par le 1er RCP étant jeune, Amaury de Hautecloque, descendant du Maréchal Leclerc, a effectué son service national chez les commandos Marine, à Lorient) et de ses 422 membres, issus aussi des GIPN et de la  BRI-BAC parisienne.

Cette FIPN bénéficie de moyens d’appui diversifiés, de hors-bord fluviaux, de tracteurs anti-émeutes, de bulldozers de force et même de minidrones à voilure tournante.

Depuis quelques mois, il est aussi abonné aux hélicoptères du Groupe Interarmées d’Hélicoptères (GIH), initialement créé en 2006 par le COS pour les seuls besoins du GIGN.

Plusieurs centaines heures sont aussi consacrées, sur les hélicoptères de la Gendarmerie, à l’entraînement  à l’aérocordage et à l’AFTE (une séance par semaine avec la section aérienne de gendarmerie de Villacoublay).

Les échanges peuvent être qualifiés de prolifiques avec le COS et ne sont pas à sens unique, puisque chacun apporte ses points de force.

Les tireurs du RAID ont bénéficié d’échanges avec le Commando Montfort, le 1°RPIMA (il y a aussi eu des rencontres sur le Nedex et les explosifs) et le 13°RDP (ainsi qu’avec le 3°RPIMA).

Le RAID a aussi fourni au 13°RDP une équipe pour l’exercice Eugénie, cette année.

Plusieurs séjours réciproques ont déjà été organisés par les deux unités depuis 2009.

Une bulle tactique radio est aussi développée par EADS avec les Commando Marine.

Cette association permet de mieux répartir  les coûts de développement  (700 000  euros).

Si chacun reste dans sa sphère opérationnelle, ces échanges permettent de mieux appréhender les réalités de demain, qu’elles soient tactiques… ou budgétaires, tout en permettant  aux hommes, fondement de l’efficacité de ces unités, d’être encore plus performants. »

Article tiré du mensuel RAIDS n°306 – Novembre 2011
Texte et photos de Jean-Marc Tanguy
Photo © Sandra Chenu Godefroy

 

 

 

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