« Le danger serait de se croire invincible » : le premier patron du RAID, Ange Mancini, se confie dans un livre

Fabien 4 août 2020 0
« Le danger serait de se croire invincible » : le premier patron du RAID, Ange Mancini, se confie dans un livre

« Ange Mancini a été le premier patron du RAID, au sein de la police nationale.

Ce grand “flic” sort un livre sur l’histoire de cette unité d’élite qui fête ses 35 ans . L’ouvrage propose des photos, des témoignages et des documents inédits.   

 

Le divisionnaire Ange Mancini (75 ans), qui a été préfet et coordinateur national du renseignement, a célébré les 35 ans du RAID (Recherche Assistance Intervention Dissuasion), en sortant un livre co-écrit avec l’historien, et ancien commissaire général, Charles Diaz.

 

Comment avez-vous été choisi pour être le premier patron du RAID ?
Pierre Joxe, alors Ministre de l’Intérieur, à qui j’ai demandé d’écrire la préface de mon livre, avait six prétendants quand il a eu cette initiative de créer le RAID. J’étais le candidat du commissaire Robert Broussard (patron de l’anti-gang qui a arrêté Mesrine en 1979). Durant une heure, en marchant dans les jardins du Ministère, j’ai exposé à Joxe ma vision de cette future unité. J’ai été le pionnier et j’en suis fier.

Et il fallut trouver un nom, un symbole et un slogan. 
En France, les appellations ont souvent été imprononçables. Nous voulions quelque chose de court et mémorisable. Nous l’avons trouvé lors d’une bouffe après avoir buté sur le D. Pour le sigle, je ne voulais pas d’arme ni un animal en pose agressif. Nous avons vu une panthère, la patte tombante, incrustée sur un vase. Elle représente la force tranquille. C’était parfait. Et le slogan “servir sans faillir” parle de lui-même.

 

« Pas le meilleur tireur ou négociateur, mais le meilleur pour le faire travailler ensemble »

 

Quels ont été les critères de recrutement ?
Nous avons eu 1.200 candidatures pour 80 places. En plus des tests psychologiques et des épreuves physiques, il nous fallait des profils de personnes qui gèrent leur stress, qui ont l’esprit de groupe, la maîtrise de soi, du bon sens, de l’audace, de l’humilité, malin et observateur. Je voulais de la complémentarité. Mais aussi des policiers qui ne sont pas affectés par la peur de leur famille à chaque départ en mission. Les recrues ont été formées et nous avons donné une âme à ce groupe disparate, composé de caractériels. Je n’étais pas le meilleur tireur ni le meilleur négociateur, mais le meilleur pour les faire travailler ensemble. (Parmi les 80 premiers, il y avait Philippe, un Rambolitain)

 

Quels ont été les faits marquants ?
En 1985, la prise d’otage à la Cours d’Assise de Nantes par trois malfaiteurs qui a nécessité 37 heures de négociation. En 1987, l’arrestation des quatre leaders du groupe d’extrême gauche “Action Directe” dans le Loiret. En 1989, j’ai été marqué par la mort de deux inspecteurs du Raid dont mon ami Christian Caron, tués par un forcené retranché. J’étais présent. Après mon départ, le Raid a interpellé un homme qui avait pris en otage une école (1993), le gang de Roubaix (1996), Yvon Colonna en cavale (2003), neutralisé Mohammed Merah (2012) et donné l’assaut dans l’Hyper Cacher de Paris où était retranché un terroriste avec dix-sept otages (2015).

 

Ne pas se croire invincible 

Avez-vous connu des échecs ?
Au début, à Marseille, où l’on s’est fait avoir. Nous étions trop sûrs de nous. Des braqueurs de banques se sont enfuis par les égouts. Cet échec, et nos erreurs, nous ont beaucoup servi pour la suite. Mais même dans les interventions à succès, nous avons mis en place des retours d’expérience interne. Le danger serait de se croire invincible.

Après les dernières attaques terroristes gérées par le RAID, la BRI et le GIGN, il a été question de créer une unité spécialisée autour des trois. Qu’en pensez-vous ?
Il serait difficile de mélanger les doctrines de chacun. Elles sont très différentes. Ce serait dangereux et compliqué. La gendarmerie, qui est certes compétente, ne gère que 15 % de la criminalité et la police 85 %. La police intervient plus souvent et elle est forcément bien rôdée d’autant que pour marquer l’opinion, les malfaiteurs ou les terroristes agissent majoritairement en zone urbaine. La création d’une unité nationale peut s’avérer intéressante mais ce n’est pas une nécessité absolue aujourd’hui.

 

Un ancien commissaire de Chartres n°3 du RAID

Quel regard portez-vous sur ce RAID, 35 ans après ?
Tout a radicalement changé : les techniques, les stratégies, les moyens, les équipements… Mais l’ADN est toujours là, l’efficacité, la passion, et cette faculté d’adaptation à son époque pour être opérationnel. Je n’aime pas le mot élite, les policiers du RAID s’entraînèrent et se perfectionnent pour empêcher des personnes de nuire aux autres. Ils arrivent, ils remplissent leur mission et ils repartent. L’humilité est toujours présente, aucun policier du Raid ne parade devant les micros. Et il ne faut pas oublier que dans le mot RAID, il y a le mot recherche, afin de s’améliorer, constamment, aussi bien dans le matériel que dans les doctrines d’interventions.

 

Les missions ont également évolué.
A mes débuts, nous intervenions contre le banditisme, puis très vite contre le terrorisme. Et le spectre des missions s’est étoffé avec les prises d’otages, les mutineries en prison, les arrestations de chefs du FLNC, les protections de cérémonies, de chefs de l’État en déplacement, de procès de détenus dangereux, de sportifs lors d’événements mondiaux, du sommet G8, d’interpellations de trafiquants… Aujourd’hui, le Raid, c’est plus de 400 interventions annuelles, treize antennes en France et 450 policiers et policières.

A l’image de Jean-Louis Fiamenghi, ancien patron du RAID qui exerce comme directeur de sûreté à Véolia, vous vous êtes reconverti dans le privé.
Je suis effectivement conseiller du président du groupe Bolloré, notamment sur le plan stratégique et la réflexion sur la sûreté du groupe dans le monde. Je suis aussi président de l’éthique du groupe et du mécénat. Je leur fait profiter de mon expérience.

 

Êtes-vous intervenu en Eure-et-Loir ?
Je ne peux pas me souvenirs de toutes les interventions mais je sais que le RAID y est déjà venu de nombreuses fois. Et puis le numéro 3 du RAID actuel est un ancien commissaire de Chartres, Sylvain Joly (2003- 2006). C’est un homme formidable. Je l’ai observé, et j’apprécie son comportement avec les policiers. »

 

 

Source : lechorepublicain.fr – article écrit le 30 juillet 2020

Photo © BestImage, Didier Sabardin

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