LES GIPN

DOSSIER

GIPN : De l'élite régionale aux antennes RAID

Créés en 1972 en réponse à la montée de la violence et de la menace terroriste, les Groupes d'Intervention de la Police Nationale ont constitué pendant plus de quatre décennies une réponse territorialisée et spécialisée aux crises graves, avant leur intégration au RAID en 2015.

2 NOVEMBRE 2021

CONTEXTE

  • CRÉATION27 octobre 1972
  • PREMIER GIPNMarseille (Georges Nguyen Van Loc)
  • STATUTIntégrés au RAID en avril 2015
  • EFFECTIF20 à 24 policiers par GIPN
  • MISSIONSPrises d'otages, forcenés, grand banditisme, antiterrorisme

01. CRÉATION ET ORGANISATION

Un contexte international bouleversé : l'origine de la création

L'origine des GIPN s'enracine dans un événement tragique mais déterminant pour les politiques de sécurité en Europe : la prise d'otages et l'assassinat de la délégation israélienne lors des Jeux Olympiques de Munich en 1972. Ce drame révéla l'absence, à l'époque, de moyens spécialisés dans la gestion de situations extrêmes comme les prises d'otages ou les attaques terroristes.

Face à ce constat, le gouvernement français décide de doter la Police nationale d'unités capables d'intervenir rapidement et efficacement en situation de crise. Ainsi naissent, le 27 octobre 1972, les premiers Groupes d'Intervention de la Police Nationale.

Le premier GIPN : Marseille, pionnier de l'intervention spécialisée

Le premier GIPN est créé à Marseille, sous l'impulsion du commissaire divisionnaire Georges Nguyen Van Loc, figure emblématique de la Police nationale. Composé d'une dizaine d'hommes, ce groupe est pensé comme une force anti-commando capable d'intervenir sur des missions à haut risque à la demande des autorités judiciaires.

Rapidement, l'organisation s'étend avec la constitution de onze groupes régionaux répartis sur le territoire métropolitain, chacun placé au service des préfets et conçu pour intervenir en moins de trente minutes, 24h/24 et 365 jours par an.

Territorialisation et missions des GIPN

Les GIPN sont, dès leur création, caractérisés par une implantation régionale. Leur mission : gérer les crises graves là où elles surviennent, qu'il s'agisse de prises d'otages, d'assauts contre des forcenés, de mutineries en milieu carcéral, d'actes terroristes ou d'appuis d'interpellations sensibles.

Leur compétence géographique couvre plusieurs départements autour de leur ville d'implantation, mais sur ordre du directeur général de la Police nationale, ils peuvent être engagés sur l'ensemble du territoire métropolitain ou outre-mer.

Évolution des effectifs et des implantations

Dans les années 1980, le dispositif évolue. Alors que onze GIPN existaient à l'origine, le nombre est réduit à sept en 1985 pour s'ajuster aux besoins opérationnels.

Deux unités d'outre-mer voient ensuite le jour : la Réunion en 1992 et la Nouvelle-Calédonie en 1993, portant le total à neuf. Un dixième groupe est créé en 2007 pour couvrir le vaste territoire Antilles-Guyane.

Vers une structuration nationale : la Force d'Intervention de la Police Nationale

Le paysage des unités spécialisées de la Police nationale connaît une transformation majeure au tournant des années 2000. En effet, en décembre 2009 est créée la Force d'Intervention de la Police Nationale (FIPN), qui rassemble le RAID, la BRI-BAC de Paris, la Brigade d'Intervention et les GIPN sous une coordination commune. L'objectif : mutualiser les moyens, harmoniser les formations et renforcer l'efficacité face aux menaces contemporaines, notamment le terrorisme.

Dans cette architecture, le RAID prend le rôle de centre opérationnel national, coordonnant les interventions des GIPN et des autres unités spécialisées.

La fin d'une identité autonome : intégration au RAID

La réforme la plus décisive intervient au milieu des années 2010. En avril 2015, les sept GIPN métropolitains sont officiellement intégrés au RAID, devenant ses antennes territoriales. Ce changement s'inscrit dans une logique d'unification des forces d'intervention autour d'un commandement centralisé et d'un standard d'opérations homogène.

Les unités ultra-marines suivent ce mouvement : après la transformation du GIPN de Nouméa en antenne RAID en 2018, celles de Pointe-à-Pitre (Guadeloupe) et de Saint-Denis (Réunion) sont intégrées en 2019.

Ainsi s'achève l'histoire institutionnelle des GIPN en tant qu'entités autonomes, tout en préservant leurs compétences au sein d'un RAID renforcé et régionalisé à travers toute la France et ses territoires.

Un héritage opérationnel durable

Les GIPN ont marqué durablement l'histoire des forces d'intervention françaises. De leur création en réaction à un traumatisme international à leur intégration dans une force unifiée, ils incarnent l'évolution des doctrines de sécurité intérieure face à un environnement où les crises sont de plus en plus complexes. Leur héritage perdure aujourd'hui à travers les antennes RAID, qui continuent de porter l'esprit d'engagement, de professionnalisme et de réactivité qui faisait la force des GIPN.

Les GIPN sont en alerte 24 heures sur 24, 365 jours par an.

Organisation

Chaque GIPN est commandé par un Capitaine de Police ou commandant, secondé par un Major.

Sur le territoire métropolitain, il y a 7 GIPN : Bordeaux, Lille, Lyon, Marseille, Nice, Rennes, Strasbourg et 3 en outre-mer : la Réunion, la Guadeloupe et la Nouvelle-Calédonie.

Chaque GIPN est composé entre 20 et 24 policiers.

Zone de compétence

Si la zone de compétence d'un GIPN s'étend sur plusieurs départements autour de la ville où il est basé, il peut intervenir, sur instruction du directeur général de la police nationale, sur l'ensemble du territoire métropolitain et d'outre-mer.

  • GIPN de Bordeaux (19 départements) : l'Ariège, la Charente, la Charente-Maritime, la Creuse, la Corrèze, les Deux-Sèvres, la Dordogne, le Gers, la Gironde, la Haute-Garonne, la Haute-Vienne, les Hautes-Pyrénées, les Landes, le Lot, le Lot-et-Garonne, les Pyrénées-Atlantiques, le Tarn, le Tarn-et-Garonne et la Vienne
  • GIPN de Lille (5 départements) : l'Aisne, les Ardennes, le Nord, le Pas-de-Calais et la Somme
  • GIPN de Lyon (15 départements) : l'Ain, l'Allier, l'Ardèche, le Cantal, la Côte-d'Or, la Drôme, la Haute-Loire, la Haute-Savoie, l'Isère, le Jura, la Loire, le Puy-de-Dôme, les Bouches-du-Rhône, la Saône-et-Loire et la Savoie
  • GIPN de Marseille (8 départements) : l'Aude, l'Aveyron, les Bouches-du-Rhône, le Gard, l'Hérault, la Lozère, les Pyrénées-Orientales et le Vaucluse
  • GIPN de Nice (6 départements) : les Alpes-de-Haute-Provence, les Alpes-Maritimes, la Corse-du-Sud, la Haute-Corse, les Hautes-Alpes et le Var
  • GIPN de Rennes (9 départements) : les Côtes-d'Armor, le Finistère, l'Ille-et-Vilaine, la Loire-Atlantique, la Manche, le Maine-et-Loire, la Mayenne, le Morbihan et la Vendée
  • GIPN de Strasbourg (10 départements) : le Bas-Rhin, le Doubs, la Haute-Marne, la Haute-Saône, le Haut-Rhin, la Meurthe-et-Moselle, la Meuse, la Moselle, le Territoire de Belfort et les Vosges
  • GIPN de Nouméa (Nouvelle-Calédonie)
  • GIPN de Saint-Denis (La Réunion)
  • GIPN de Pointe-à-Pitre (Guadeloupe)
Opérateur du GIPN @ Stéphane Bommert

Une semaine type

Lundi : contrôle du matériel, footing et musculation durant 2 heures. L'après-midi est consacrée à la mise en situation sur des thèmes et exercices de progression en milieu urbain, seul et en groupe.

Mardi : séances de tir de rapidité et de précision le matin. Pour les heures suivantes, les fonctionnaires pratiquent la boxe, le judo ou la self-défense.

Mercredi : la matinée voit les policiers s'adonner au footing et à la musculation. La seconde partie de la journée est exclusivement réservée aux techniques de corde. Si souvent utilisée lors d'interventions, cette spécialité présente différentes faces : techniques de descentes de corde, en rappel, en hélitreuillage, exercices d'héliportage et de bien d'autres situations.

Jeudi : c'est le tir aux armes longues qui occupe la matinée. Les sports de combat, boxe, judo et self-défense prennent la relève.

Vendredi : la journée sera entièrement consacrée à l'entretien du matériel et des armes.

Pour le weekend, repos pour une partie du groupe, astreinte pour l'autre. Quelques hommes du groupe sont affectés à la protection de personnalités.

Antennes RAID

L'unité a fêté ses 40 ans d'existence le 27 octobre 2012. Une cérémonie était organisée à l'hôtel de police à Saint-Cyr-au-Mont-d'Or en présence de Manuel Valls.

Trois nouvelles antennes RAID voient le jour pour « quadriller » le territoire hexagonal : Montpellier et Toulouse en 2016 et Nancy en 2017. La dernière antenne RAID est créée en Guyane en 2023.

Chaque antenne RAID perçoit les équipements du RAID central : tenue, armement, véhicules (PVP)… Tous les policiers du RAID et antennes sont formés au TCI (Tronc Commun d'Intervention) et peuvent être amenés à demander une mutation dans n'importe quelle antenne ou au siège.

02. RECRUTEMENT

Longtemps entourés de discrétion, les Groupes d'intervention de la Police nationale (GIPN) ont incarné, jusqu'à leur intégration au RAID, l'élite opérationnelle de la police française. Si leurs interventions spectaculaires ont marqué l'opinion publique, le processus de sélection de leurs membres reste, lui, moins connu. Pourtant, ces tests constituent l'un des filtres les plus rigoureux des forces de sécurité intérieure.

Une sélection réservée à des policiers expérimentés

Contrairement à certaines idées reçues, les candidats au GIPN n'étaient pas de jeunes recrues fraîchement sorties d'école. La sélection s'adressait exclusivement à des policiers déjà en poste, forts de plusieurs années d'expérience sur le terrain. Cette exigence préalable visait à garantir une parfaite connaissance du métier, du cadre légal et de la réalité des interventions à risque.

La candidature ne reposait donc pas uniquement sur la condition physique, mais aussi sur un parcours professionnel solide, des états de service reconnus et une motivation sans faille.

L'épreuve du corps : endurance, force et résistance

Les tests physiques constituaient la première barrière, et souvent la plus redoutée. Ils évaluaient l'endurance cardiovasculaire, la force musculaire et la capacité à maintenir un effort intense dans la durée. Courses chronométrées, enchaînements d'exercices, parcours d'obstacles : chaque épreuve avait pour objectif de placer le candidat dans un état de fatigue avancée.

Mais au-delà des performances chiffrées, les instructeurs observaient surtout le comportement : gestion de l'effort, détermination, capacité à aller au bout malgré l'épuisement. L'abandon volontaire était généralement éliminatoire.

Le mental au cœur de la sélection

La dimension psychologique occupait une place centrale. Les tests visaient à mesurer la résistance au stress, la stabilité émotionnelle et la capacité à prendre des décisions rapides dans des situations dégradées. Entretiens approfondis, mises en situation et évaluations psychotechniques permettaient de cerner la personnalité du candidat.

L'objectif était clair : recruter des policiers capables de garder leur sang-froid face à des menaces extrêmes, sans perdre le sens de la hiérarchie ni celui de la mission collective.

Esprit d'équipe et discipline

Le GIPN n'était pas une addition d'individualités performantes, mais un groupe soudé. Les épreuves collectives jouaient donc un rôle déterminant. Elles permettaient d'évaluer l'esprit d'équipe, la communication, l'aptitude à obéir comme à commander, et la capacité à s'intégrer dans une structure très hiérarchisée.

Un excellent profil physique ou technique pouvait ainsi être écarté s'il ne démontrait pas une loyauté totale envers le groupe ou une discipline irréprochable.

Une sélection, pas une fin en soi

Réussir les tests de sélection ne signifiait pas devenir immédiatement opérationnel. Les candidats retenus entamaient ensuite une formation longue et éprouvante, destinée à les spécialiser dans les interventions à haut risque : arrestations de forcenés, libérations d'otages, neutralisation de criminels lourdement armés.

Les tests de sélection du GIPN n'étaient donc qu'un prélude, un sas d'entrée vers un univers où l'excellence était une obligation quotidienne.

L'héritage du GIPN

Depuis la réorganisation des forces d'intervention, l'esprit et les exigences du GIPN perdurent au sein des unités actuelles.
Leur processus de sélection reste une référence en matière de rigueur et d'exigence, rappelant que l'accès à l'élite policière ne repose ni sur le hasard ni sur la seule bravoure, mais sur un équilibre rare entre force physique, solidité mentale et engagement total au service de l'État.

03. MISSIONS

Pendant près de quarante ans, les Groupes d'intervention de la Police nationale (GIPN) ont constitué l'un des piliers de la lutte contre le grand banditisme et les prises d'otages en France. Créés pour répondre à une montée de la violence armée, ces policiers d'élite ont longtemps opéré dans l'ombre, avant d'être intégrés à une structure nationale unique.

La naissance des GIPN : répondre à une violence nouvelle

Les GIPN sont créés dans un contexte de criminalité armée en forte progression. À l'époque, la police nationale ne dispose pas, en région, d'unités capables d'intervenir rapidement face à des preneurs d'otages lourdement armés.

Le premier GIPN voit le jour à Marseille le 27 octobre 1972, rapidement suivi par d'autres groupes implantés dans les grandes zones urbaines comme Nice, Lyon, Lille, Bordeaux, Strasbourg, Rennes. Leur objectif est clair : intervenir vite, fort et avec précision, là où les services classiques ne le peuvent plus.

À titre d'information, le RAID sera créé le 23 octobre 1985 et le GIGN en mars 1974.

Des missions centrées sur la gestion des crises majeures

Les GIPN sont spécialisés dans les situations dites « à haut risque ». Leurs missions principales sont :

Prises d'otages et forcenés armés

Cœur historique de leur action, les GIPN interviennent lors de prises d'otages criminelles ou familiales, forcenés retranchés et individus radicalisés ou psychologiquement instables et arrestations de criminels dangereux. Leur rôle combine négociation, pression tactique et, si nécessaire, assaut armé.

Les GIPN sont régulièrement mobilisés pour interpeller des braqueurs multirécidivistes, des membres du grand banditisme ou des individus soupçonnés de terrorisme. Ces opérations ont lieu le plus souvent à l'aube, afin de limiter les risques pour la population.

Sécurisation d'événements sensibles

Lors de certains événements à risque (visites officielles, procès sensibles, transfèrements), les GIPN assurent la protection rapprochée de personnalités politiques menacées en renfort du SDLP, la sécurisation lors d'événements importants (G7, G8, coupe du monde…).

Appui aux forces locales

Les GIPN prêtent assistance aux services enquêteurs pour des interpellations à domicile (IAD).

Montée en puissance et coordination nationale (années 1990-2000)

Dans les années 1990, les GIPN montent en compétence face à une criminalité de plus en plus mobile et organisée. Leur équipement et leur entraînement évoluent : armes longues, protections balistiques lourdes, techniques d'assaut en milieu clos.

2009 : une étape majeure

Le RAID, les GIPN, la BRI PP et la Brigade d'Intervention sont placés sous une coordination nationale, la FIPN, afin d'améliorer la réponse de l'État lors des crises majeures. Cette réforme marque la reconnaissance officielle du rôle stratégique des GIPN au même niveau que les unités nationales.

Les GIPN face à la menace terroriste (2012-2015)

Lors des attentats de janvier 2015, les GIPN ont été mobilisés en appui opérationnel avec les autres unités nationales d'élite ; police (avec le déclenchement de la FIPN) et le GIGN. Présents en région, ils ont assuré la traque des frères Kouachi et d'éventuels complices.

Leur action a permis de renforcer rapidement le dispositif antiterroriste sur l'ensemble du territoire, à un moment clé de la transition vers une structure unifiée sous l'autorité du RAID. Le GIPN de Marseille avait neutralisé, en mars 2001, le terroriste Saphir Bghioua à Béziers.

La fin des GIPN et leur intégration au RAID (2015)

Le 1er janvier 2015, les GIPN sont officiellement dissous. Leurs effectifs, leurs compétences et leurs implantations sont intégrés au RAID, qui devient l'unité d'intervention de la police nationale sur l'ensemble du territoire.

Cette réforme vise à unifier le commandement, garantir une doctrine d'intervention unique et maintenir une capacité de réponse immédiate partout en France. Les anciens GIPN deviennent ainsi des antennes RAID régionales, perpétuant leur savoir-faire sous une nouvelle bannière.

Un héritage toujours bien vivant

Si le sigle GIPN a disparu, son héritage opérationnel demeure. Les méthodes, l'expérience et la culture de ces groupes continuent de structurer l'intervention policière de haut niveau en France. Discrets, rarement médiatisés, les GIPN ont pourtant joué un rôle déterminant pendant près de quatre décennies.

04. ÉCUSSONS

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05. LIVRES

06. VIDÉOS