RAID : L'histoire d'une unité d'exception
Créé en 1985, le RAID est devenu l'une des unités les plus emblématiques de la Police nationale. Retour sur quarante années d'interventions, d'évolution tactique et d'engagement au service de la France.
CONTEXTE
- CRÉATION23 octobre 1985
- STATUTUnité d'élite de la Police nationale
- EFFECTIFEnviron 450 opérateurs
- BASEBièvres (Essonne)
- MISSIONSLibération d'otages, Anti-terrorisme, Surveillance sensible, Appuis spécialisés
01. CRÉATION ET ORGANISATION
La genèse du RAID : répondre à une nouvelle menace
Le RAID (Recherche, Assistance, Intervention, Dissuasion) est officiellement créé le 23 octobre 1985 par le ministre de l'Intérieur, Pierre Joxe. La France traverse alors une période de forte instabilité sécuritaire. Attentats, prises d'otages et actions terroristes se multiplient sur le territoire national, révélant les limites des dispositifs policiers traditionnels face à des situations de crise extrême.

Jusqu'à cette date, la lutte antiterroriste repose en grande partie sur le GIGN, unité de la Gendarmerie nationale. Les autorités politiques et policières souhaitent toutefois doter la Police nationale de sa propre force d'intervention spécialisée, capable d'agir rapidement en milieu urbain dense et dans un cadre judiciaire strict.
La création du RAID est confiée au commissaire Robert Broussard, figure majeure de la lutte antiterroriste française. Il imagine une unité à la fois opérationnelle et réflexive, combinant l'usage de la force armée à une culture affirmée de la négociation et de la gestion de crise.

Une fois les premiers candidats sélectionnés, le site de Bièvres, où est toujours basée la CRS8, a été retenu pour accueillir l'unité. Ce choix stratégique plaçait le service à proximité de l'aéroport militaire de Villacoublay et d'un réseau autoroutier important.
Le RAID a été engagé sur des missions de police pointues, on lui doit notamment l'interpellation de Georges Courtois et de son comparse Abdelkarim Khalki lors de la prise d'otages à la cour d'assise de Nantes le 19 décembre 1985, la première opération du RAID.
L'arrestation des membres d'Action Directe, des chefs militaires du FLNC, de membres de l'ETA, l'interpellation d'un commando d'Iparretarrak, la résolution de plusieurs révoltes en milieu carcéral, diverses missions de protection rapprochée (Salman Rushdie, personnalités politiques, équipes de football lors de la coupe du monde en 1998 et protection des athlètes français aux Jeux Olympiques, différents sommets G8-G20), la neutralisation physique et définitive de Human Bomb dans une école maternelle à Neuilly. Sans oublier l'intervention difficile à Roubaix pendant laquelle une figure du service sera durement blessée.
À noter l'interpellation d'Yvan Colonna en juillet 2003, de Jean-Pierre Treiber en novembre 2009. Sans compter les arrestations de forcenés, de preneurs d'otages, de surveillance de terroristes…
Années 1990-2000 : diversification des missions
Au fil des années, le champ d'action du RAID s'élargit. Si la lutte antiterroriste demeure au cœur de sa mission, l'unité est de plus en plus sollicitée pour faire face au grand banditisme, aux forcenés lourdement armés et aux individus retranchés présentant un danger immédiat.
Cette diversification entraîne une évolution des méthodes et des équipements. Le RAID investit dans de nouveaux moyens balistiques, des techniques de franchissement plus sophistiquées et des entraînements inspirés de scénarios réels. La professionnalisation s'accentue, tout comme la spécialisation interne des opérateurs.
Parallèlement, le RAID développe une culture du retour d'expérience, intégrant chaque opération comme un enseignement destiné à améliorer les pratiques futures.
Le RAID a malheureusement subi des pertes en opérations : Christian Caron et Fernand Seither ont été tués à Ris-Orangis face à un forcené, interpellé par le RAID quelques minutes après le drame. En mission sur l'île de Beauté, le capitaine René Canto est assassiné par un nationaliste corse.

Le tournant des années 2010 : terrorisme et hyperviolence
La décennie 2010 marque une rupture. En 2012, l'affaire Mohamed Merah révèle une nouvelle forme de terrorisme, incarnée par des individus radicalisés agissant seuls, capables de passer rapidement à l'acte.
Les attentats de 2015, à Paris et à Saint-Denis, constituent un choc sans précédent. Le RAID est engagé sur plusieurs fronts, dans un contexte d'attaques coordonnées et de guerre urbaine. Ces événements mettent en lumière la nécessité d'une réponse encore plus rapide, plus mobile et mieux coordonnée entre les forces d'intervention.
En réponse, l'État renforce la coopération entre le RAID, les GIPN, la BRI PP et la Brigade d'Intervention à travers la création de la Force d'intervention de la Police nationale (FIPN). Cette structure vise à mutualiser les moyens et à garantir une capacité d'intervention immédiate sur l'ensemble du territoire.
Une évolution structurelle et technologique
Aujourd'hui, le RAID peut s'appuyer sur des antennes régionales, permettant une projection rapide et adaptée aux réalités locales.
Les moyens technologiques ont profondément évolué : équipements de protection renforcés, armement modulable, véhicules blindés, drones, moyens de communication sécurisés et outils de renseignement avancés. L'entraînement intègre désormais des scénarios complexes, inspirés des attentats récents et des menaces émergentes.
L'unité accorde également une place croissante à la dimension psychologique : gestion du stress, négociation avec des profils radicalisés, prise en compte de la médiatisation et de l'impact émotionnel des crises.

Le RAID aujourd'hui : une force d'élite au service de l'État
Quarante ans après sa création, le RAID n'est plus seulement une unité d'assaut. Il est devenu un outil stratégique, capable d'anticiper, de dissuader et d'intervenir face aux menaces les plus graves pesant sur la société française.
Discret par nature, rarement exposé en dehors des crises majeures, le RAID incarne une approche moderne de la sécurité intérieure : rigueur opérationnelle, adaptation permanente et respect strict du cadre légal.
Né dans les années 1980, le RAID s'est transformé au fil des crises pour répondre aux défis du terrorisme contemporain. Une évolution constante, guidée par une même exigence : protéger les citoyens, même dans les situations les plus extrêmes.
« Le RAID n'est pas une unité comme les autres. C'est une doctrine, un état d'esprit, une exigence. »
ANCIEN COMMANDANT DU RAID
02. RECRUTEMENT
Intégrer le RAID ne repose pas uniquement sur la motivation ou l'expérience professionnelle. Les épreuves de sélection répondent à une logique technique précise, directement issue des contraintes opérationnelles rencontrées sur le terrain. Chaque test vise à mesurer une compétence clé indispensable à l'intervention de haute intensité.
Des tests physiques calibrés pour l'intervention
Les épreuves physiques du RAID ne cherchent pas la performance sportive pure, mais la capacité fonctionnelle du candidat. L'effort demandé reproduit les conditions d'une mission réelle : charge, répétition, stress et manque de récupération.
Parmi les épreuves généralement rencontrées :
- Course d'endurance : réalisée sur distance moyenne ou longue, elle permet d'évaluer la capacité cardio-respiratoire et la gestion de l'effort dans la durée, indispensable lors de bouclages ou d'assauts prolongés.
- Parcours d'obstacles chronométré : conçu pour tester l'agilité, la coordination et la prise de décision rapide en mouvement, souvent avec équipement.
- Tractions, pompes, gainage : ces exercices évaluent la force fonctionnelle du haut du corps, essentielle pour la progression en milieu clos, le port de matériel lourd ou l'extraction de personnes.
- Natation utilitaire : parfois réalisée habillée, elle mesure l'aisance aquatique et la capacité à évoluer dans un environnement contraint, notamment lors d'opérations fluviales ou portuaires.
L'enchaînement des tests, avec peu de temps de récupération, est volontaire : le RAID privilégie les profils capables de maintenir un niveau opérationnel malgré la fatigue.

Une résistance au stress mesurée
Les sélections intègrent des facteurs de stress volontairement induits : pression temporelle, fatigue accumulée, incertitude sur les consignes. L'objectif est d'observer la capacité du candidat à conserver une exécution propre et conforme aux procédures.
Les évaluateurs analysent notamment :
- la gestion des priorités,
- la lucidité sous contrainte,
- la capacité à recevoir et appliquer un ordre sans hésitation excessive.
Une erreur technique due à la précipitation est souvent plus pénalisante qu'un manque de vitesse.
Des mises en situation tactiques encadrées
Les candidats sont confrontés à des scénarios simulés, proches des configurations réelles d'intervention : progression en couloir, sécurisation de pièce, réaction face à une menace armée.
Ces exercices ne visent pas à piéger, mais à observer des réflexes fondamentaux. Les points clés évalués incluent :
- respect des règles de sécurité,
- positionnement corporel et déplacements,
- communication verbale et gestuelle,
- capacité à travailler en binôme ou en groupe restreint.
La dimension collective est centrale : un candidat techniquement solide mais incapable de s'intégrer au dispositif est systématiquement écarté.
Une sélection psychologique à forte valeur éliminatoire
Sur le plan mental, les tests psychotechniques et les entretiens permettent de détecter les facteurs d'incompatibilité opérationnelle : impulsivité excessive, rigidité comportementale, difficulté à accepter la hiérarchie ou à fonctionner dans le secret.
Les psychologues et cadres du RAID recherchent des profils capables de :
- contrôler leurs émotions,
- prendre des décisions rationnelles sous stress,
- maintenir une stabilité comportementale sur le long terme.
La fiabilité prime sur l'ego ou la recherche de reconnaissance.
Une évaluation continue, sans seuil unique
Contrairement à certains concours classiques, les sélections du RAID reposent sur une évaluation globale et progressive. Il n'existe pas un seul test décisif, mais une accumulation d'observations techniques et comportementales.
Un candidat peut être éliminé à tout moment s'il présente :
- une faille de sécurité,
- un comportement à risque,
- une incapacité à évoluer dans un cadre collectif strict.
Une logique opérationnelle avant tout
Chaque épreuve de sélection répond à une réalité du terrain : progresser vite mais proprement, réfléchir sous pression, agir sans se mettre en danger ni exposer ses équipiers. Les sélections du RAID ne cherchent pas des athlètes ou des profils spectaculaires, mais des opérateurs fiables, endurants et techniquement maîtrisés.
C'est cette exigence, dès la phase de recrutement, qui garantit le niveau opérationnel de l'unité lors des interventions les plus critiques.
03. MISSIONS
Créé en 1985, le RAID — Recherche, Assistance, Intervention, Dissuasion — incarne l'excellence opérationnelle de la Police nationale française. Longtemps discret, ce service d'élite est aujourd'hui identifié par le grand public comme un rempart face aux formes les plus extrêmes de violence et de criminalité. Mais ses missions vont bien au-delà des interventions spectaculaires relayées par les médias.

Intervenir face aux menaces majeures
La mission la plus connue du RAID reste l'intervention armée à haut risque. Prises d'otages, actions terroristes, forcenés retranchés ou individus lourdement armés : l'unité est engagée lorsque la situation dépasse les capacités des forces de police classiques.
Chaque opération repose sur une préparation minutieuse, une collecte de renseignement approfondie, des schémas tactiques et une coordination étroite avec les autorités judiciaires. L'objectif est constant : neutraliser la menace tout en préservant au maximum les vies humaines, y compris celles des auteurs lorsque cela est possible.
Négocier pour éviter l'irréversible
Moins visible mais tout aussi essentielle, la négociation constitue un pilier des missions du RAID. Des négociateurs spécialement formés interviennent pour établir un dialogue avec des individus en crise type forcenés, preneurs d'otages ou personnes suicidaires.
Dans de nombreux cas, cette approche permet de résoudre la situation sans recours à la force. Cette capacité de désescalade illustre la doctrine du RAID : la force armée n'est jamais une fin en soi, mais un dernier recours.

Protéger les intérêts stratégiques de l'État
Le RAID participe également à la protection de sites sensibles et à la sécurisation d'événements exposés à des risques majeurs (sommets G8, G20, coupe du monde, Jeux Olympiques, commémorations à portée internationale). En appui des dispositifs de sécurité classiques, ses équipes peuvent être déployées pour faire face à une menace terroriste identifiée ou potentielle.
À l'international, l'unité peut aussi être sollicitée pour former des forces étrangères ou apporter une expertise technique dans le cadre de coopérations policières.
Le RAID assure des missions de protection rapprochée des ambassades françaises et des autorités diplomatiques dans des contextes sensibles ou dégradés. Il garantit la sécurité des personnels, des installations et des informations stratégiques, en prévenant et neutralisant toute menace terroriste ou criminelle. Ces missions incluent l'analyse du risque, la sécurisation des déplacements, la gestion de situations de crise et, si nécessaire, l'intervention armée. Par son expertise tactique et sa capacité d'adaptation, le RAID contribue directement à la continuité de l'action diplomatique française à l'étranger, comme la mission au Liban ou en Afghanistan (terminée en août 2021).
Former et innover en permanence
Pour maintenir un niveau d'exigence extrême, le RAID consacre une part importante de son activité à l'entraînement et à l'innovation. Tir sous toutes ses formes, combat rapproché, entraînements tactiques, explosifs, cynophiles, techniques… Les opérateurs s'entraînent quotidiennement et adaptent leurs méthodes à l'évolution des modes opératoires criminels. Cette culture de l'excellence fait du RAID une unité de référence, régulièrement consultée pour son expertise.
Une unité d'élite au service de la population
Derrière l'image de force spéciale se dessine une mission fondamentale : protéger les citoyens et défendre l'État de droit face aux menaces les plus graves. Discrétion, professionnalisme et maîtrise de la violence caractérisent l'action du RAID, dont l'engagement s'inscrit toujours dans un cadre légal strict. À l'heure où les risques sécuritaires évoluent sans cesse, le RAID demeure l'un des piliers de la réponse de l'État, prêt à intervenir lorsque toutes les autres options ont été épuisées.
04. LA S.I — SECTION D'INTERVENTION
Quand on évoque le RAID, on imagine une colonne d'assaut avec des hommes surprotégés, armés, cagoulés, casqués, attendant des heures derrière une porte avant de pouvoir intervenir… Ce sont les hommes de la Section d'Intervention.
Appartements, maisons, entrepôts, avions, bateaux, trains, tramways, bus… ils savent intervenir dans tous les environnements.
Avec un matériel avoisinant les 40 kilos de protection balistique (gilet et casque avec visiere pare-balles), les poches accrochées sur le gilet (chargeurs supplémentaires, premiers soins, radio…), les deux armes de poing, l'arme longue (fusil d'assaut ou autre), ces policiers doivent savoir intervenir rapidement même après plusieurs heures d'attente, souvent dans des endroits inconfortables, pour interpeller des individus ou neutraliser physiquement dans le cadre de la légitime défense. À la tête de la colonne, un ou plusieurs hommes portent un bouclier.
Ces rippers, comme on les surnomme, font du sport pour pouvoir supporter le volume important des entraînements tactiques ou des missions : boxe, Mixed Martial Arts, judo, ju-jutsu, musculation…
En tenue lourde, en costume pour une mission de protection rapprochée ou en CPT (Close Protection Team) — protection rapprochée d'ambassadeur dans des pays à risques — les hommes du RAID s'adaptent à toutes les situations. Les schémas tactiques appris à l'entraînement leur permettent de répondre à toutes les menaces.

Les Sections d'Intervention sont activées pour
- Interpeller des individus dangereux liés au grand banditisme, au terrorisme ou individus dangereux.
- Interpeller des preneurs d'otages ou forcenés.
- Mettre fin à des tueries de masse.
- Assurer des missions de protection rapprochée, parfois avec le SDLP (Service de la Protection).
- Sécuriser un grand événement type G8, commémorations importantes où plusieurs chefs d'État seraient présents.
Plusieurs fois par semaine, ces hommes entretiennent leurs réflexes et automatismes lors d'entraînements tactiques dans leur CQB (Close Quarter Battle) ou dans des sites à l'extérieur de leur base. Ils sont d'excellents tireurs, des deux mains, et les armes n'ont pas de secrets pour eux.
Les Sections d'Intervention tournent par roulement, et chacune son tour, elle prend la permanence pour 7 jours.
La Section d'Intervention : la pointe opérationnelle
Unité d'élite de la Police nationale, le RAID incarne depuis près de quarante ans la capacité de l'État à faire face aux crises les plus extrêmes. Au cœur de ce dispositif, la Section d'Intervention constitue la pointe opérationnelle, engagée lorsque toutes les autres réponses atteignent leurs limites.
Créée en 1985, la Section d'Intervention du RAID est spécialisée dans les situations à très haut risque : prises d'otages, actions terroristes, forcenés lourdement armés, protection rapprochée et sécurisation de grands événements ou encore arrestations de criminels particulièrement dangereux. Elle agit sur l'ensemble du territoire national, en métropole comme en outre-mer, sur décision de l'autorité judiciaire ou administrative.

Composée de policiers rigoureusement sélectionnés, la Section d'Intervention se distingue par un niveau d'entraînement exceptionnel. Les opérateurs maîtrisent le tir de combat, le combat rapproché, les techniques d'assaut en milieu clos, l'intervention en hauteur ou en milieu confiné, la varappe, l'effraction ainsi que la gestion du stress en situation extrême. Cette polyvalence permet au RAID d'adapter ses modes d'action à des contextes toujours imprévisibles.
Les policiers du RAID peuvent être amenés à intervenir à l'étranger, notamment dans des ambassades à risque (Liban ou Afghanistan jusqu'en août 2021) ou sur des territoires où leur présence est requise, comme à Mayotte dernièrement.

La doctrine d'intervention repose sur un principe fondamental : sauver des vies. Chaque opération est préparée avec une précision quasi chirurgicale, intégrant renseignement, négociation, observation et, en dernier recours, action armée. La Section d'Intervention travaille en étroite coordination avec la SAO du service, afin de privilégier la résolution pacifique des crises lorsque cela est possible.
Effraction
Les spécialistes de l'effraction du RAID sont chargés d'ouvrir la voie lors des interventions. Leur rôle est de permettre l'entrée rapide et discrète des équipes d'assaut dans tout type d'environnement : portes blindées, vitrages, murs, véhicules… Maîtrise des explosifs, outillage mécanique et techniques d'ouverture discrète font partie de leur expertise.
Nautique — Plongeurs
Le pool plongeurs a été créé peu de temps après la création de l'unité. Une dizaine d'effectifs compose ce pool de spécialistes avec un officier chef de groupe. Ils sont tous issus de la Section d'Intervention.
Le niveau demandé est de niveau 4, initiateur classe 2B (E2). Les policiers plongeurs sont requis sur les moyens nautiques lors de leurs missions : protection du convoi nautique, approche d'embarcation, missions de recherches et de sécurisation.
En 2005, après le tsunami qui a traumatisé l'Asie, une dizaine de policiers du pool ont embarqué une tonne de fret pour la Thaïlande. Sur place, ils ont dépollué la baie de Ton Sai sur l'île de Kho Phi Phi. Les policiers ont pris sur leurs congés pour se rendre en Thaïlande.
Varappe
Les varappeurs du RAID sont des spécialistes de la progression en hauteur et de l'intervention sur des façades, des toitures ou des structures verticales. Issue de la Section d'Intervention, cette expertise permet à l'unité d'aborder des environnements complexes : immeubles, ponts, falaises ou chantiers. Maîtrise des cordes, du descente-rappel, de l'escalade et des techniques de franchissement vertical font partie de leur savoir-faire.
05. LA SAO — SECTION D'APPUI OPÉRATIONNELLE
Au sein du RAID, certaines missions se jouent loin des projecteurs et bien avant l'assaut. La SAO, pour Section d'Appui Opérationnel, occupe une place stratégique dans l'architecture de l'unité d'élite de la Police nationale. Discrète mais essentielle, elle constitue un maillon déterminant dans la réussite des opérations les plus sensibles.
La SAO intervient en amont et en soutien direct de la Section d'Intervention. Sa mission principale : collecter, analyser et exploiter les informations indispensables à la prise de décision opérationnelle. Observation, surveillance, appui technique et renseignement tactique font partie de son champ d'action, toujours dans un cadre strictement maîtrisé.
Composée de policiers hautement qualifiés, la SAO se distingue par des compétences spécifiques, à la croisée du renseignement et de l'opérationnel. Ses membres sont formés aux techniques d'observation discrète, à l'utilisation de moyens technologiques avancés, ainsi qu'à l'analyse rapide de situations complexes. Leur travail permet de dresser une cartographie précise des lieux, d'identifier les menaces potentielles et d'anticiper les comportements adverses. Qu'ils soient tireurs d'élite (Omega), cynophiles, à la Tec ou au GOST ou négociateur, la cohésion du groupe est une force.
Dans les situations de crise — prises d'otages, forcenés retranchés ou menaces terroristes — la SAO fournit à la chaîne de commandement une vision claire et actualisée du terrain. Ces éléments sont déterminants pour orienter la stratégie, adapter les modes d'action et, lorsque cela est possible, favoriser une résolution sans recours à la force.
La SAO agit également en coordination étroite avec les autres composantes du RAID : la SI et le commandement. Cette complémentarité illustre la philosophie de l'unité : chaque spécialité contribue à un objectif commun, la protection des vies humaines.
Peu connue du grand public, la Section d'Appui Opérationnel incarne pourtant l'une des forces silencieuses du RAID. Sans elle, aucune intervention ne pourrait atteindre le niveau de précision et de maîtrise exigé par les situations les plus extrêmes. À l'ombre de l'action, la SAO demeure un pilier indispensable de l'efficacité opérationnelle du RAID, garantissant que chaque décision repose sur une connaissance fine et fiable du terrain.
La cynophile
Le groupe cynophile constitue, depuis l'origine, une composante à part entière du RAID. Au fil des années, plusieurs races de chiens ont été évaluées afin de répondre aux exigences opérationnelles les plus élevées. Les maîtres-chiens du RAID ont ainsi travaillé avec différentes races, notamment le Berger Allemand, le Berger Belge Malinois, le Berger Hollandais et l'American Staffordshire Terrier. À l'issue de ces expérimentations, le Berger Belge Malinois s'est imposé comme la race de référence.
Le Malinois demeure aujourd'hui le chien le plus adapté aux deux spécialités cynophiles du RAID : la détection d'explosifs (« explo ») et l'intervention d'assaut. Sa polyvalence, ses capacités physiques et son aptitude au travail en milieu contraint en font un atout opérationnel majeur.

En 2019, le groupe cynophile du RAID comptait huit maîtres-chiens, accompagnés de huit chiens spécialisés en détection d'explosifs et de quatre chiens dédiés à l'assaut. Les huit maîtres-chiens sont formés et engagés dans les deux spécialités. La capacité « chien d'assaut », unique en France, n'existe qu'au sein du RAID et repose sur un cahier des charges classifié.
Les chiens sont acquis entre l'âge de douze et vingt-quatre mois. Lorsqu'ils présentent les prédispositions requises, ils sont conservés et intégrés au parcours de formation. Leur carrière opérationnelle s'achève en moyenne à l'âge de huit ans, selon des conditions identiques à celles applicables aux chiens de police conventionnels.
La formation en détection d'explosifs s'étend sur quatorze semaines et se déroule à Cannes-Écluse, complétée par trois mois de formation spécifique au RAID. Elle est prolongée par un entraînement continu tout au long de la carrière opérationnelle du chien.
La formation « assaut » est exclusivement dispensée au sein du RAID et s'étale sur une durée de douze à quinze mois. Lors de chaque intervention, un dispositif cynophile est engagé de manière systématique sous forme de binôme, soit deux opérateurs et deux chiens.

Par ailleurs, deux maîtres-chiens et deux chiens spécialisés en détection d'explosifs sont régulièrement mobilisés au profit du Groupe de Sécurité de la Présidence de la République (GSPR), en France comme à l'étranger. Ces missions représentent environ 98 % de leur temps de service.
Lors d'une opération du RAID, le commandant opérationnel choisit les moyens à engager en fonction de la situation, qu'il s'agisse de la colonne d'assaut ou du binôme cynophile. À la Sélection et à l'Orientation Opérationnelle (SAO), les candidats du groupe cynophile, au même titre que ceux des autres composantes telles qu'OMEGA ou la TECH, sont soumis à des tests identiques : claustrophobie, vertige, milieu aquatique, tirs et épreuves physiques. Les niveaux d'exigence sont ensuite ajustés selon les spécialités, afin de répondre précisément aux besoins opérationnels de chaque groupe.
GOST — Groupe Opérationnel de Soutien Technique
Le GOST est un groupe opérationnel composé de policiers ayant une compétence pour la technique au service de l'intervention.
Les policiers du groupe assurent l'appui technique lors des interventions du RAID. Ils doivent être en mesure de choisir et de proposer le matériel technique adéquat face à la crise en cours (drones intérieurs ou extérieurs, robots, micros, endoscope…).
Les informations recueillies par le GOST permettent d'établir le nombre d'otages et de preneurs d'otages, la configuration des lieux et l'environnement. Ces renseignements permettent d'agir avec un maximum d'informations pour optimiser l'intervention.
Le rôle primordial du GOST est d'apporter l'information à la colonne d'assaut et aux autorités dans le but de prendre la meilleure décision sur le schéma d'intervention, dans le seul but de préserver la vie humaine, celles des otages et des preneurs d'otages.
Les policiers qui candidatent au GOST participent aux mêmes sélections que la S.I (Section d'Intervention). En fonction de la spécialité choisie, le candidat a des épreuves techniques spécifiques GOST à réussir.
Une fois les sélections réussies, le policier devra donner satisfaction aux cinq semaines du TCI (Tronc Commun d'Intervention) comme tout policier du RAID. Un policier du GOST doit être calme, rigoureux, il doit avoir une connaissance parfaite de son matériel pour l'utiliser dans des situations de stress importantes.
Le groupe est autonome sur la recherche et le matériel technique qu'il utilise. Aujourd'hui, le GOST est un appui technique indispensable pour préparer un assaut.
OMEGA — Tireurs de Haute Précision
En 2014, la spécialité des Tireurs de Haute Précision connaît un tournant décisif. Face à l'évolution des menaces, à la diversité croissante des distances d'engagement et aux moyens humains et matériels importants nécessaires à cette discipline, une remise en question s'impose. L'objectif est clair : rationaliser, spécialiser et renforcer l'efficacité opérationnelle.
De cette réflexion naît une décision structurante : la création d'un groupe exclusivement dédié à la haute précision. Baptisée OMEGA, cette entité rassemble une dizaine de policiers sélectionnés pour leur niveau technique, leur rigueur et leur capacité à opérer dans des contextes à forte intensité. Leur organisation repose sur un système d'alertes hebdomadaires, assurées par équipes d'opérateurs, garantissant une disponibilité constante et une projection rapide sur les missions les plus sensibles.

La mission principale du groupe OMEGA est l'appui opérationnel lors des interventions. Cet appui s'exerce aussi bien à très courte distance, de 15 à 60 mètres, qu'à longue distance, jusqu'à 200 mètres. Les tireurs assurent également le renseignement et la couverture de la colonne d'assaut, en utilisant des armements adaptés aux situations rencontrées, tels que le PGM ou le HK 417. Selon les scénarios, ils peuvent être amenés à réaliser des diversions à l'aide de lanceurs de 40 mm ou à recourir à l'Hécate II pour des missions spécifiques nécessitant une capacité de tir à très longue distance.
L'accès au groupe OMEGA est soumis à une sélection rigoureuse. Les candidats doivent réussir des tests désormais communs avec la Section d'Intervention, incluant un tronc commun physique et psychologique complété par des ateliers spécifiques. Le niveau d'exigence est élevé : la validation de la formation impose notamment la réalisation d'un tir à 500 mètres, seuil minimal attestant de la maîtrise technique requise.
Une fois déclarés aptes, les policiers suivent un parcours de formation structuré. Ils débutent par les habilitations THP en formation initiale, obtiennent ensuite l'habilitation de Tireur Qualifié aux armes de poing, avant de poursuivre une formation interne au RAID. L'entraînement est permanent et se nourrit d'échanges réguliers avec des groupes des Forces spéciales. Les membres d'OMEGA participent également à la formation de services étrangers, contribuant ainsi au rayonnement et au partage du savoir-faire français à l'international.

Au-delà de la technicité, le groupe OMEGA se distingue par une culture de l'échange et de la transmission. Ces policiers, animés par la volonté de perfectionnement continu, aiment partager leur expérience autant qu'apprendre de nouvelles méthodes au contact d'autres unités d'élite. Une dynamique essentielle pour rester au plus haut niveau dans un domaine où la précision, la discrétion et la maîtrise font la différence.
Négociation
Le groupe « Négociation » existe depuis 1997. Créé sous l'impulsion du Commandant de Police Michel Marie, certains des membres précurseurs ont suivi la formation de « négociateur » à l'académie du FBI à Quantico (Virginie).
Le groupe est composé de négociateurs formés en étroite collaboration avec plusieurs unités étrangères (Afrique du Sud, Angleterre…) qui ont adapté les méthodes de négociation aux situations qu'elles pouvaient rencontrer sur le territoire national en tenant compte notamment des psychopathologies.
Les personnels sont aidés dans leur travail par un/une psychologue pour l'unité centrale du RAID basée à Bièvres. Concernant les antennes RAID, ils n'ont pas de psy sur place mais sont en étroite relation avec celui de Bièvres si nécessaire, Bièvres assurant une « base arrière » dès lors que les négociateurs des antennes ont une opération.

Un binôme de négociateurs est d'alerte toutes les semaines, avec un psychologue. Pour les antennes, un négociateur est d'alerte, il peut être renforcé par d'autres négociateurs des autres antennes si besoin.
Ainsi, pendant le trajet qui amène le groupe sur le lieu de crise, l'équipe recueille un maximum d'informations sur le ou les personnes, les raisons qui ont poussé l'individu à commettre un acte (la plupart du temps prise d'otage ou forcené, suicidaire).
L'objectif de la négociation est d'obtenir une reddition dans le calme sans usage d'une force nécessaire. La base de toute négociation reste l'écoute, qu'elle dure des minutes ou des heures, le chef de crise privilégie toujours la négociation. « Le temps joue en notre faveur. »
Les sélections pour accéder au groupe se font sur deux à trois jours (pour les candidats policiers hors RAID), les tests sont axés sur le psychique et des mises en situation permettent de voir le profil des candidats dans des situations poussées à l'extrême. Les délibérations se font entre le patron, un chef de groupe, le chef de la cellule négo et un psychologue de la Police Nationale.

La formation initiale se déroule sur quatre semaines en interne, soumise à examen validant. Les policiers du RAID qui souhaitent obtenir l'habilitation « Négociateur de crise » font la même formation initiale de quatre semaines, ils ne passent pas de sélections. Ils procèdent par le volontariat et une validation par leur chef de groupe.
À l'issue de cette formation, les personnels seront habilités et certifiés « négociateur de crise » au bout d'une année et après avoir mené leur première négociation encadré par un plus ancien. Le niveau 2 de la formation est orienté sur le terrorisme, les demandes de rançons suite à enlèvements à l'étranger.
06. ÉCUSSONS
