|

Un médecin au cœur de l’action avec le RAID

« Le médecin qui a créé le pool médical de l’antenne nancéienne du RAID, va quitter l’unité d’élite de la police après près de 10 ans d’exercice. Retour en arrière sur une expérience unique au cœur des interventions les plus risquées.

Les super flics du RAID ont beau être costauds, ils ne sont pas à l’épreuve des balles.
Eux aussi ont besoin d’avoir quelqu’un pour veiller sur eux.
Ces « anges gardiens », comme ils les appellent, ce sont les médecins attachés à l’unité.
A Nancy, au sein de l’antenne créée il y a 10 ans dans la foulée des attentats de Charlie Hebdo et du Bataclan, ils sont huit à assurer des permanences en plus de leur travail quotidien dans divers services hospitaliers.

Parmi eux : Eric C., 55 ans. Ce Nancéien originaire des Vosges est le premier toubib à avoir rejoint l’antenne de Nancy à l’été 2017.
Il a essuyé les plâtres. C’est lui qui a organisé le pool médical, qui a recruté des confrères ou consœurs et qui s’est débrouillé pour récupérer du matériel. Avec un coup de pouce de son employeur, le Centre hospitalier de Nancy.

« Être le plus près possible de la zone de combat »

Il avait déjà, à ce moment-là, plus d’une quinzaine d’années d’expérience comme urgentiste.
De quoi avoir largement sa dose d’adrénaline et de blessures en tout genre.
Pourquoi avoir dit oui lorsqu’on lui a proposé d’intégrer une des unités les plus prestigieuses et les plus exigeantes de la police ?
« C’était un défi à la fois humain et professionnel », lâche sobrement Eric.

Un défi psychologique et physique aussi. Car le médecin ne reste pas au chaud, à l’arrière.
« Il doit être le plus près possible de la zone de combat. Sans être directement exposé » pour pouvoir apporter des soins le plus vite possible (en priorité aux hommes du RAID).
Il est donc tout proche de la colonne qui monte à l’assaut pour déloger un forcené, neutraliser un terroriste ou arrêter un délinquant dangereux.

Il a un casque sur la tête, est protégé par un gilet pare-balles qui pèse une bonne vingtaine de kilos et doit porter un sac médical qui fait dans les dix kilos.
« Nous n’avons pas le même niveau physique que les opérateurs du RAID qui sont des sportifs de haut niveau mais il faut avancer sans se plaindre et ne pas être un poids pour eux », résume l’ex triathlète qui s’entraine régulièrement pour garder la forme.

« Au service d’un collectif »

Il n’a pas pour autant la carrure d’un héros de film d’action à la Jason Statham avec lequel il ne partage que la coupe de cheveux.
Sa principale qualité est ailleurs. « C’est son humilité qui m’a frappé, son aptitude à se mettre au service d’un collectif. C’est ce que je recherchais », raconte « Chris », le chef de l’antenne nancéienne du RAID qui l’a recruté.

Le médecin est également d’un calme olympien.
Rien ne semble pouvoir le déstabiliser. Un atout lorsqu’il s’agit de soigner un blessé au milieu des coups de feu.
Pour être prêt, Eric s’entraine encore et encore et répète à l’infini les bons gestes lors d’exercice de mise en situation.
Dans la réalité, il n’a eu à soigner une blessure par balles qu’une seule fois.

Tirs et « montée de stress »

C’était en novembre 2017 du coté de Saint-Dizier pour l’interpellation d’un gang de motards.
Ce dernier a ouvert le feu lorsque la colonne du RAID a pénétré dans sa maison.
« Je m’en souviens comme si c’était hier. Je peux encore ressentir le froid qu’il faisait ce jour-là. Lorsque j’ai entendu les tirs, je me suis demandé qui allait être blessé. J’ai eu une montée de stress positif. J’avais tous les sens en éveil », raconte le médecin.

Une balle est passée très prés de la tête d’un opérateur du RAID mais c’est finalement, le membre du gang de motard qui a été blessé au bras et qu’il a dû soigner.
Tout cela appartiendra bientôt définitivement au passé. Eric C. va en effet arrêter sa collaboration avec le RAID dans quelques semaines.
Rattrapé par l’âge et l’usure du boulot.

Il aura droit à la médaille de la sécurité intérieure. Mais la récompense la plus précieuse, ce sont les liens amicaux noués au fil du temps avec les opérateurs : « C’est devenu une deuxième famille ». »

Source : Estrépublicain.fr – article écrit le 27 octobre 2026 par Christophe Gobin
Photo @ Alexandre Marchi


PARTAGER

Publications similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *