Le 27 mars, une Peugeot 205 est volée à Villeneuve d’Ascq au matin.
Toute la journée, les policiers vont suivre la 205.
Le lendemain, un passager de la 205 va s’apercevoir de la présence de policiers, ils profitent des embouteillages et parviennent à prendre la fuite.
Ils abandonneront le véhicule.
La dangerosité des individus qui n’hésitent pas à tirer sur des policiers avec des armes de guerre, des bombes installées dans des voitures et la proximité du G7 qui se tiendra à Lille dans les prochains jours incitent l’État-major de la DCPJ à solliciter l’intervention du RAID le 28 mars 1996 vers 22 heures.
La DGPN (Direction Générale de la Police Nationale) donne son feu vert vers 23heures.
Les hommes du RAID quittent Bièvres moins d’une heure plus tard et prennent la direction de Roubaix.
Il y a deux objectifs, le premier rue Léon Blum et le deuxième rue Henri Carette au domicile de Zemiri.
Le lendemain matin, aux heures légales, les interventions commencent.
Rue Léon Blum, l’intervention a lieu sans difficulté.
Il en va autrement rue Henri Carette.
Les équipes sont constituées. Un petit groupe « Omega « (quatre moniteurs de tir / THP) se positionne à l’arrière de la maison. Mis en place avant l’assaut, ils devaient empêcher la fuite du groupe par l’arrière de la maison. Ils sont équipés de Glock et de pistolets mitrailleurs HK MP5.
L’explosion de la porte de la maison cible permet aux premiers policiers d’entrer dans la maison. Ils sont pris sous le feu immédiatement. Les individus tirent de partout, c’est la guerre.
Les tirs de AK 47 n’arrêtent pas, des grenades sont lancées.
Des policiers du RAID, dont Patrick L. et son chien d’attaque, Philippe V., Louis G. se réfugient dans des pièces de la maison pour se protéger et voir précisément d’où les tirs viennent.
Alain M. est blessé tout de suite par le tir d’une kalachnikov. Il est évacué.
Une balle lui a détruit la mâchoire et une partie du palais, une autre balle est entrée sur le côté du gilet sous le bras et s’est arrêtée près du cœur.
Il est pris en charge par le médecin du RAID, Didier J. aidé de Michel M. négociateur du service.
Patrick L. est touché, blessé, il trouve la force de se relever protégé par les tirs de couverture de Philippe V.
Philippe V. et Louis G. doivent sortir rapidement, le salon brûle et l’air commence à manquer. Ils essaient de se dégager mais un individu caché au premier étage fait feu sur eux. Philippe V. sort sous la protection de Louis G. qui garde sa position. Au moment où il tente de quitter l’endroit où il se trouve, une grenade est lancée près de lui. Il se protège comme il peut, il ressent le souffle de l’explosion mais il n’est pas blessé.
Les individus tirent par toutes les ouvertures possibles, ils s’encouragent à plusieurs reprises : « Allahu akbar !!! »
A 07h00, le groupe intervenu rue Léon Blum renforce le groupe rue Henri Carette.
R., J. et A. pénètrent sous un feu de couverture et évacuent Louis G. qui commençait à suffoquer.
Les policiers du RAID reprennent leur souffle, réapprovisionnent les chargeurs des armes, nettoient les visières avant de repartir à l’assaut.
Les policiers demandent à plusieurs reprises aux individus de se rendre. Les réponses sont toutes les mêmes : « Allahu akbar » et des rafales de tir.
Vincent G. du groupe Omega (les Tireurs de Haute Précision) du RAID, voit la situation durée (une heure de fusillade) et décide de récupérer son fusil de précision PGM Ultima Ratio. Il se positionne à même le sol avec son fusil. Il est à 70 mètres. Il voit rapidement un individu qui tient un AK 47 et l’abat de suite.
Un grand bruit se fait entendre dans la maison, le premier étage s’effondre, la maison est ravagée par le feu.
Les policiers constatent qu’il n’y a plus de bruit venant de la maison et procèdent à la sécurisation des lieux avant que les Sapeurs-Pompiers n’éteignent le feu. Dans leurs fouilles, ils voient plusieurs corans et des armes brûlés ainsi que les corps calcinés des individus qui ont préféré mourir que de se rendre.
Le bilan est lourd, Alain M. est dans un état critique, il a été opéré à plusieurs reprises mais reprendra sa place au service.
Les échanges radio n’ont jamais pu être opérationnelles à 100%, la proximité avec la Belgique et la faible qualité du réseau professionnel seraient l’explication.
Il s’agissait de terroristes islamistes et non de banditisme, malgré les déclarations du Ministre de l’Intérieur de l’époque.
Le groupe s’était rassemblé pour prier avant d’effectuer un autre braquage. Chacun des terroristes devait se trouver à son domicile, d’où la division en quatre des effectifs du RAID.
C’est la première fois que le RAID se confronte à des terroristes qui préfèrent la mort à la justice.