Le gang de Roubaix – Mars 1996

Fabien 24 septembre 2020 0
Le gang de Roubaix – Mars 1996
Le 27 janvier1996, vers 19h, une patrouille de la BAC (Brigade Anticriminalité) de Roubaix repère une Audi 90 déclarée volée le jour même à Mouvaux.
Le véhicule est stationné sur un parking. Son propriétaire, agressé et roué de coups, a malgré le traumatisme, pu donner un signalement sur les auteurs du car-jacking.
Les policiers de la BAC restent en surveillance et repèrent une Peugeot 505 qui se gare à proximité de l’Audi. Les occupants semblent chercher la présence de policiers. Trois occupants descendent de la voiture laissant le conducteur au volant, moteur tournant. Les fonctionnaires de la BAC décident de contrôler les individus mais le temps leur manque et un des malfaiteurs lâche une rafale d’un pistolet mitrailleur type Scorpio. Les individus s’enfuient à bord de la 505 mais laisse sur place un sac de documents.
Le 27 janvier 1996, une patrouille de la BAC (Brigade Anticriminalité) de Roubaix est la cible de truands auteurs d’un car jacking qui a eu lieu la veille.
Les voleurs font feu sur les policiers pour protéger leur fuite à l’aide de pistolet mitrailleur Scorpio et de Kalachnikov.
Devant la gravité des faits, le SRPJ (Service Régional de la Police Judiciaire) de Lille est renforcé par l’OCRB (Office Central de la Répression du Banditisme).
Le 08 février, le magasin Aldi de Croix fait l’objet d’un braquage. Des gens cagoulés sont entrés dans le magasin et ont tiré plusieurs rafales sur le plafond, dans les rayons et vitrines.
Ils sont repartis avec le contenu des caisses.
En sortant du magasin, les braqueurs tombent nez à nez avec des policiers appelés pour le braquage.
S’ensuit un nouvel échange de tirs, les braqueurs s’enfuient à bord de leur voiture mais percute une Mercedes dans leur fuite. Les voleurs braquent le conducteur de la Mercedes mais ce dernier refuse de leur laisser sa voiture. Il est abattu. Ils parviennent à s’enfuir une nouvelle fois.

Les investigations menées sur la voiture des voleurs, une Renault 25, munie de fausses plaques, permettent de trouver des douilles qui correspondent à l’attaque commise sur le parking du 27 janvier et celle du magasin Aldi. Les policiers trouvent dans la voiture un pistolet mitrailleur HK et un pistolet automatique tchèque CZ.
L’enquête permet d’identifier la provenance des fausses plaques d’immatriculation ; elles proviennent d’un garage à Roulers en Belgique. Les enquêteurs se rendent au garage. C’est un certain « Ali B. » qui a acheté le véhicule en donnant une adresse à Lille. Méfiant, le garagiste a relevé la plaque de la Peugeot 505 avec laquelle il est venu. Après recherche, l’adresse n’existe pas.
Les policiers remontent au propriétaire de la 505, « Rachid Souimidi », 25 ans, de nationalité marocaine, il habite rue du Duc à Roubaix.
Les filatures et surveillances débutent.
Le 25 mars au matin, un fourgon de la société Brink’s est attaqué à la kalachnikov et au lance-roquette, par miracle, il n’y a qu’un seul blessé léger.
La surveillance de Souimidi livre à la Police Judiciaire un renseignement important, il rend visite à plusieurs reprises à « Omar Zemmiri », âgé d’une trentaine d’années, il vit à Roubaix dans le quartier de l’Alma, où règnent la violence, la drogue et le chômage.
Le 27 mars, une Peugeot 205 est volée à Villeneuve d’Ascq au matin.
Toute la journée, les policiers vont suivre la 205.
Le lendemain, un passager de la 205 va s’apercevoir de la présence de policiers, ils profitent des embouteillages et parviennent à prendre la fuite.
Ils abandonneront le véhicule.
Furieux de s’être fait filocher, ils vont installer trois bouteilles de gaz de 13 kilos dans une Peugeot 205 volée à proximité du commissariat central de Lille.
Fort heureusement, la voiture n’a pas explosé et seule une « petite » déflagration se fait entendre. Les policiers sortent et constatent qu’une voiture fume encore et qu’une forte odeur de gaz s’en échappe. Les artificiers sont appelés en urgence et neutralisent la bombe. Le système de mise à feu est rudimentaire, ce qui a évité une explosion qui aurait fait de nombreux morts.
La dangerosité des individus qui n’hésitent pas à tirer sur des policiers avec des armes de guerre, des bombes installées dans des voitures et la proximité du G7 qui se tiendra à Lille dans les prochains jours incitent l’État-major de la DCPJ à solliciter l’intervention du RAID le 28 mars 1996 vers 22 heures.
La DGPN (Direction Générale de la Police Nationale) donne son feu vert vers 23heures.
Les hommes du RAID quittent Bièvres moins d’une heure plus tard et prennent la direction de Roubaix.
Il y a deux objectifs, le premier rue Léon Blum et le deuxième rue Henri Carette au domicile de Zemiri.
Le lendemain matin, aux heures légales, les interventions commencent.
Rue Léon Blum, l’intervention a lieu sans difficulté.
Il en va autrement rue Henri Carette.
Les équipes sont constituées. Un petit groupe « Omega « (quatre moniteurs de tir / THP) se positionne à l’arrière de la maison. Mis en place avant l’assaut, ils devaient empêcher la fuite du groupe par l’arrière de la maison. Ils sont équipés de Glock et de pistolets mitrailleurs HK MP5.
L’explosion de la porte de la maison cible permet aux premiers policiers d’entrer dans la maison. Ils sont pris sous le feu immédiatement. Les individus tirent de partout, c’est la guerre.
Les tirs de AK 47 n’arrêtent pas, des grenades sont lancées.
Des policiers du RAID, dont Patrick L. et son chien d’attaque, Philippe V., Louis G. se réfugient dans des pièces de la maison pour se protéger et voir précisément d’où les tirs viennent.
Alain M. est blessé tout de suite par le tir d’une kalachnikov. Il est évacué.
Une balle lui a détruit la mâchoire et une partie du palais, une autre balle est entrée sur le côté du gilet sous le bras et s’est arrêtée près du cœur.
Il est pris en charge par le médecin du RAID, Didier J. aidé de Michel M. négociateur du service.
Patrick L. est touché, blessé, il trouve la force de se relever protégé par les tirs de couverture de Philippe V.
Philippe V. et Louis G. doivent sortir rapidement, le salon brûle et l’air commence à manquer. Ils essaient de se dégager mais un individu caché au premier étage fait feu sur eux. Philippe V. sort sous la protection de Louis G. qui garde sa position. Au moment où il tente de quitter l’endroit où il se trouve, une grenade est lancée près de lui. Il se protège comme il peut, il ressent le souffle de l’explosion mais il n’est pas blessé.
Les individus tirent par toutes les ouvertures possibles, ils s’encouragent à plusieurs reprises : « Allahu akbar !!! »
A 07h00, le groupe intervenu rue Léon Blum renforce le groupe rue Henri Carette.
R., J. et A. pénètrent sous un feu de couverture et évacuent Louis G. qui commençait à suffoquer.
Les policiers du RAID reprennent leur souffle, réapprovisionnent les chargeurs des armes, nettoient les visières avant de repartir à l’assaut.
Les policiers demandent à plusieurs reprises aux individus de se rendre. Les réponses sont toutes les mêmes : « Allahu akbar » et des rafales de tir.
Vincent G. du groupe Omega (les Tireurs de Haute Précision) du RAID, voit la situation durée (une heure de fusillade) et décide de récupérer son fusil de précision PGM Ultima Ratio. Il se positionne à même le sol avec son fusil. Il est à 70 mètres. Il voit rapidement un individu qui tient un AK 47 et l’abat de suite.
Un grand bruit se fait entendre dans la maison, le premier étage s’effondre, la maison est ravagée par le feu.
Les policiers constatent qu’il n’y a plus de bruit venant de la maison et procèdent à la sécurisation des lieux avant que les Sapeurs-Pompiers n’éteignent le feu. Dans leurs fouilles, ils voient plusieurs corans et des armes brûlés ainsi que les corps calcinés des individus qui ont préféré mourir que de se rendre.
Le bilan est lourd, Alain M. est dans un état critique, il a été opéré à plusieurs reprises mais reprendra sa place au service.
Les échanges radio n’ont jamais pu être opérationnelles à 100%, la proximité avec la Belgique et la faible qualité du réseau professionnel seraient l’explication.
Il s’agissait de terroristes islamistes et non de banditisme, malgré les déclarations du Ministre de l’Intérieur de l’époque.
Le groupe s’était rassemblé pour prier avant d’effectuer un autre braquage. Chacun des terroristes devait se trouver à son domicile, d’où la division en quatre des effectifs du RAID.
C’est la première fois que le RAID se confronte à des terroristes qui préfèrent la mort à la justice.

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