BRI-PP : soixante ans d’histoire, de la lutte antigang à l’antiterrorisme moderne

La Brigade de Recherche et d’Intervention de la Préfecture de police de Paris (BRI-PP) occupe une place singulière dans l’histoire policière française. Née dans les années 1960 pour répondre à l’explosion du grand banditisme, elle s’est progressivement transformée en une unité de pointe face aux formes les plus extrêmes de violence, jusqu’à devenir un acteur central de la lutte antiterroriste. Son évolution épouse, décennie après décennie, les mutations profondes des menaces pesant sur la capitale.

1964 : une création dictée par l’urgence sécuritaire

Au début des années 1960, Paris est confrontée à une criminalité en pleine mutation. Les braquages à main armée se multiplient, souvent commis par des équipes structurées, lourdement armées, capables de disparaître en quelques minutes dans le tissu urbain. Les dispositifs policiers traditionnels, visibles et cloisonnés entre enquête et intervention, montrent leurs limites.

C’est dans ce contexte que le commissaire divisionnaire François Le Mouël, alors directeur de la Police judiciaire de la Préfecture de police, impulse la création d’une unité nouvelle. Le 2 septembre 1964, la Brigade de Recherche et d’Intervention est officiellement créée. Son principe fondateur est révolutionnaire pour l’époque : réunir au sein d’une même structure des policiers capables de mener une enquête complète et d’intervenir armés, sans rupture entre renseignement et action.

Le commissaire François Le Mouel

Une doctrine innovante et une identité forte

Dès l’origine, la BRI se distingue par son mode opératoire. Les policiers travaillent en civil, pratiquent filatures, surveillances prolongées et exploitation fine du renseignement judiciaire. L’intervention n’est envisagée qu’au moment jugé le plus favorable, afin de neutraliser les suspects avec un maximum d’efficacité et un minimum de risques pour la population.

Cette approche tranche avec les pratiques existantes. Elle donne rapidement des résultats, au point que la brigade se forge une réputation d’efficacité et hérite de son surnom devenu mythique : « l’Antigang ».

1968–1982 : Robert Broussard, l’homme qui incarne la BRI

La trajectoire de la BRI-PP est indissociable de Robert Broussard, qui prend la tête de la brigade à la fin des années 1960. Ancien résistant, policier charismatique, il impose une vision stratégique qui marque durablement l’unité.

Sous son commandement, la BRI s’attaque aux figures majeures du grand banditisme français. Broussard privilégie la patience, l’observation et la connaissance approfondie des milieux criminels. Les opérations menées entre la fin des années 1960 et le début des années 1980 deviennent emblématiques et contribuent à la légende de la brigade.

Cette période constitue l’âge d’or de l’Antigang. La BRI devient un modèle d’unité spécialisée, étudiée et parfois imitée, tout en conservant une culture du secret et de la discrétion.

Le commissaire Robert Broussard prendra le commandement de la BRI de 1972 à 1982

Années 1980-1990 : adaptation à de nouvelles menaces

Après le départ de Robert Broussard, la BRI-PP poursuit sa mission contre le grand banditisme, mais le contexte évolue. La criminalité se mondialise, les trafics se structurent à l’échelle internationale et la menace terroriste s’installe durablement en France, notamment à partir des années 1980.

La brigade adapte progressivement ses méthodes. L’entraînement s’intensifie, l’armement évolue, et la coopération avec d’autres unités spécialisées se renforce. Sans abandonner son ADN judiciaire, la BRI développe une capacité d’intervention face à des scénarios de plus en plus violents.

2009 : la création de la FIPN

Une étape majeure est franchie en 2009 avec la création de la Force d’Intervention de la Police Nationale (FIPN). Cette structure regroupe le RAID, les GIPN, la BRI-PP et la Brigade d’Intervention (B.I) , afin de coordonner la réponse de l’État face aux attaques terroristes de grande ampleur.

La BRI-PP conserve toutefois sa spécificité : son ancrage parisien et son rôle de force de première intention dans la capitale. Elle demeure souvent la première unité engagée lorsqu’une situation critique éclate à Paris ou en petite couronne.

2015 : l’année du basculement

Les attentats de janvier 2015 (Charlie Hebdo et Hyper Cacher), puis surtout ceux du 13 novembre 2015, marquent un tournant décisif. La BRI-PP est engagée dans plusieurs opérations majeures, dont l’assaut contre le Bataclan le soir du 13 novembre.

Cette intervention, menée dans des conditions extrêmes, met fin à l’attaque et sauve de nombreuses vies. Elle révèle au grand public le rôle central de la BRI-PP, jusque-là peu connue en dehors des cercles spécialisés. Elle consacre aussi le bien-fondé du modèle imaginé plus de cinquante ans plus tôt : une unité capable de passer instantanément du renseignement à l’action.

Au 36 quai des Orfèvres, les hommes de Christophe Molmy, chef de la BRI, posent derrière le bouclier Ramsès, marqué de 27 impacts lors de l’attaque du Bataclan le vendredi 13 novembre 2015.

Depuis 2015 : vigilance permanente et modernisation

Depuis les attentats de 2015, la BRI-PP évolue dans un contexte de menace terroriste durable. Les modes opératoires des assaillants se diversifient, les attaques sont parfois isolées, parfois coordonnées, et peuvent survenir sans signe précurseur.

Face à cette réalité, la brigade renforce la formation continue de ses effectifs, développe les entraînements conjoints au sein de la FIPN et modernise ses équipements. Elle demeure également engagée dans la lutte contre le grand banditisme, rappelant que terrorisme et criminalité organisée peuvent parfois se rejoindre.

Une continuité dans l’exigence

Plus de soixante ans après sa création, la BRI-PP reste fidèle à l’esprit voulu par François Le Mouël et incarné par Robert Broussard : une unité d’élite fondée sur l’anticipation, le renseignement et l’intervention maîtrisée. De la lutte contre les braqueurs des années 1960 aux attaques terroristes du XXIᵉ siècle, la brigade a su évoluer sans se renier.

Une histoire faite de discrétion, de rigueur et d’engagement, au service de la sécurité de Paris et de ses habitants.

Organisation

La BRI PP est dirigée par un chef de service (commissaire divisionnaire) et son adjoint (commissaire divisionnaire également).

  • L’Etat-Major
  • La Section de Recherches et d’Intervention (SRI) commandé par un commissaire et son adjoint (commandant divisionnaire) avec 4 groupes opérationnels pluridisciplinaires (chaque groupe opérationnel compte 16 opérateurs et assure l’ensemble des missions dévolues à la BRI)
  • La Section d’Appui Opérationnel (SAO) dirigée par un commandant divisionnaire et deux commandant.

Le Groupe de Recherche et Documentation Opérationnelle

Le Groupe Formation

Le Groupe Audits et Planification

La Cellule Technique

La Cellule Transmissions

La Cellule Armurerie et Logistique

Le Pool Médical (composé des médecins de la BSPP)

Le Groupe Dépiégeage d’assaut (4 dépiégeurs d’assaut ou DAS du LCPP)

La Cellule Cynophile (DSPAP)

Le groupe Varappe – Ce groupe compte 30 opérateurs au sein du service. Ces derniers font tous partie intégrante des groupes opérationnels de la BRI. Les spécialistes dîts “des cordes” ont la possibilité de passer trois niveaux d’habilitation (TIH(1) 1,2 et 3)

Le groupe effraction – Tous les opérateurs de la SRI sont formés à l’utilisation des matériels d’effraction que possède l’unité, avec la spécificité de l’effraction dite « chaude » réservée aux dépiégeurs d’assaut.

Les depiégeurs d’assaut -Au nombre de quatre, ces derniers ont été recrutés au sein du laboratoire central de la préfecture de Police de Paris. Capacité de dépiègeage et d’effraction chaude. Recueil du renseignement en profondeur, expertise E.O.D.(2) Neutralisation I.E.D.(3) Action de formation à

 La détection auprès des opérateurs de groupe.

Les tireurs de haute précision – Opérationnels à part entière, 20 membres de l’unité sont spécialisés dans le domaine du tir à longue distance. Les policiers de la BRI utilisent un fusil Ultima-ratio PGM, calibre 762×51, à vision optique, permettant des tirs, de jour comme de nuit, à des distances allantes

Jusqu’à 1 000 mètres. Chaque tireur possède son armement individualisé.

Le groupe cynophile – Les maîtres- chiens appartiennent à la direction de la sécurité de proximité de l’agglomération parisienne. Ils participent aux entraînements de la brigade et rejoignent les colonnes d’assaut lorsque la BRI est engagée sur une crise.

Le groupe négociation – Composé de deux psychologues et de huit policiers expérimentés et formés à cette spécialité.

Après évaluation de la dangerosité de la situation, il participe à la résolution de la crise.

Le groupe NRBC – Les opérateurs de ce groupe sont chargés de mettre en application les protocoles d’équipement et d’intervention spécifiques à la menace NRBC. Ils sont formés à sa détection ainsi qu’aux interventions en milieu pollué.

Le pool Médical – Composé de huit médecins de la Brigade de sapeurs-pompiers de Paris. Chacun d’eux intègre, lorsqu’il est de permanence, une colonne d’assaut de la BRI. Outre sa mission première qui est de porter les premiers soins aux opérateurs de la BRI, le médecin dispense à ces derniers une formation de sauvetage au combat.

Cellule transmissions – Sa mission est de mettre en œuvre, tant en matière judiciaire que dans le domaine de l’intervention, l’ensemble des modes de transmissions de données (communication radio, flux vidéo, transferts de fichiers, cartographie, etc.) au profit des opérateurs de la brigade. Elle participe de la composition des postes de commandement BRI en cas de crise.

Source : Prefecture de police

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