
Les GIPN : de la naissance d’une force d’élite à son intégration au RAID

Les Groupes d’Intervention de la Police Nationale (GIPN) ont marqué l’histoire des unités d’intervention françaises. Créés au début des années 1970 dans un contexte de montée de la violence et de menace terroriste, ces groupes ont constitué pendant plus de quatre décennies une réponse territorialisée et spécialisée aux crises graves.
Un contexte international bouleversé : l’origine de la création
L’origine des GIPN s’enracine dans un événement tragique mais déterminant pour les politiques de sécurité en Europe : la prise d’otages et l’assassinat de la délégation israélienne lors des Jeux Olympiques de Munich en 1972. Ce drame révéla l’absence, à l’époque, de moyens spécialisés dans la gestion de situations extrêmes comme les prises d’otages ou les attaques terroristes.
Face à ce constat, le gouvernement français décide de doter la Police nationale d’unités capables d’intervenir rapidement et efficacement en situation de crise. Ainsi naissent, le 27 octobre 1972, les premiers Groupes d’Intervention de la Police Nationale.

Le premier GIPN : Marseille, pionnier de l’intervention spécialisée
Le premier GIPN est créé à Marseille, sous l’impulsion du commissaire divisionnaire Georges Nguyen Van Loc, figure emblématique de la Police nationale. Composé d’une dizaine d’hommes, ce groupe est pensé comme une force anti-commando capable d’intervenir sur des missions à haut risque à la demande des autorités judiciaires.
Rapidement, l’organisation s’étend avec la constitution de onze groupes régionaux répartis sur le territoire métropolitain, chacun placé au service des préfets et conçu pour intervenir en moins de trente minutes, 24 h/24 et 365 jours par an.

Territorialisation et missions des GIPN
Les GIPN sont, dès leur création, caractérisés par une implantation régionale. Leur mission : gérer les crises graves là où elles surviennent, qu’il s’agisse de prises d’otages, d’assauts contre des forcenés, de mutineries en milieu carcéral, d’actes terroristes ou d’appuis d’interpellations sensibles.
Leur compétence géographique couvre plusieurs départements autour de leur ville d’implantation, mais sur ordre du directeur général de la Police nationale, ils peuvent être engagés sur l’ensemble du territoire métropolitain ou outre-mer.

Évolution des effectifs et des implantations
Dans les années 1980, le dispositif évolue. Alors que onze GIPN existaient à l’origine, le nombre est réduit à sept en 1985 pour s’ajuster aux besoins opérationnels.
Deux unités d’outre-mer voient ensuite le jour : la Réunion en 1992 et la Nouvelle-Calédonie en 1993, portant le total à neuf. Un dixième groupe est créé en 2007 pour couvrir le vaste territoire Antilles-Guyane.

Vers une structuration nationale : la Force d’Intervention de la Police Nationale
Le paysage des unités spécialisées de la Police nationale connaît une transformation majeure au tournant des années 2000. En effet, en décembre 2009 est créée la Force d’Intervention de la Police Nationale (FIPN), qui rassemble le RAID, la BRI-BAC de Paris, la Brigade d’Intervention et les GIPN sous une coordination commune. L’objectif : mutualiser les moyens, harmoniser les formations et renforcer l’efficacité face aux menaces contemporaines, notamment le terrorisme.
Dans cette architecture, le RAID prend le rôle de centre opérationnel national, coordonnant les interventions des GIPN et des autres unités spécialisées.

La fin d’une identité autonome : intégration au RAID
ILa réforme la plus décisive intervient au milieu des années 2010. En avril 2015, les sept GIPN métropolitains sont officiellement intégrés au RAID, devenant ses antennes territoriales. Ce changement s’inscrit dans une logique d’unification des forces d’intervention autour d’un commandement centralisé et d’un standard d’opérations homogène.
Les unités ultra-marines suivent ce mouvement : après la transformation du GIPN de Nouméa en antenne RAID en 2018, celles de Pointe-à-Pitre (Guadeloupe) et de Saint-Denis (Réunion) sont intégrées en 2019.
Ainsi s’achève l’histoire institutionnelle des GIPN en tant qu’entités autonomes, tout en préservant leurs compétences au sein d’un RAID renforcé et régionalisé à travers toute la France et ses territoires.

Un héritage opérationnel durable
Les GIPN ont marqué durablement l’histoire des forces d’intervention françaises. De leur création en réaction à un traumatisme international à leur intégration dans une force unifiée, ils incarnent l’évolution des doctrines de sécurité intérieure face à un environnement où les crises sont de plus en plus complexes. Leur héritage perdure aujourd’hui à travers les antennes RAID, qui continuent de porter l’esprit d’engagement, de professionnalisme et de réactivité qui faisait la force des GIPN.
Les GIPN sont en alerte 24 heures sur 24, 365 jours par an.

Organisation :
Chaque GIPN est commandé par un Capitaine de Police ou commandant, secondé par un Major.
Sur le territoire métropolitain, il y a 7 GIPN : Bordeaux, Lille, Lyon, Marseille, Nice, Rennes, Strasbourg et 3 en outre-mer, la Réunion, la Guadeloupe et la Nouvelle-Calédonie.
Chaque GIPN est composé entre 20 et 24 policiers.

Zone de compétence :
Si la zone de compétence d’un GIPN s’étend sur plusieurs départements autour de la ville où il est basé, il peut intervenir, sur instruction du directeur général de la police nationale, sur l’ensemble du territoire métropolitain et d’outre-mer.
* GIPN de Bordeaux (19 départements) : l’Ariège, la Charente, la Charente-Maritime, la Creuse, la Corrèze, les Deux-Sèvres, la Dordogne, le Gers, la Gironde, la Haute-Garonne, la Haute-Vienne, les Hautes-Pyrénées, les Landes, le Lot, le Lot-et-Garonne, les Pyrénées-Atlantiques, le Tarn, le Tarn-et-Garonne et la Vienne ;
* GIPN de Lille (5 départements) : l’Aisne, les Ardennes, le Nord, le Pas-de-Calais et la Somme
* GIPN de Lyon (15 départements) : l’Ain, l’Allier, l’Ardèche, le Cantal, la Côte-d’Or, la Drôme, la Haute-Loire, la Haute-Savoie, l’Isère, le Jura, la Loire, le Puy-de-Dôme, les Bouches-du-Rhône, la Saône-et-Loire et la Savoie
* GIPN de Marseille (8 départements) : l’Aude, l’Aveyron, les Bouches-du-Rhône, le Gard, l’Hérault, la Lozère, les Pyrénées-Orientales et le Vaucluse
* GIPN de Nice (6 départements) : les Alpes-de-Haute-Provence, les Alpes-Maritimes, la Corse-du-Sud, la Haute-Corse, les Hautes-Alpes et le Var
* GIPN de Rennes (9 départements) : les Côtes-d’Armor, le Finistère, l’Ille-et-Vilaine, la Loire-Atlantique, la Manche, le Maine-et-Loire, la Mayenne, le Morbihan et la Vendée
* GIPN de Strasbourg (10 départements) : le Bas-Rhin, le Doubs, la Haute-Marne, la Haute-Saône, le Haut-Rhin, la Meurthe-et-Moselle, la Meuse, la Moselle, le Territoire de Belfort et les Vosges
* GIPN de Nouméa (Nouvelle-Calédonie)
* GIPN de Saint-Denis (La Réunion).
*GIPN de Pointe-à-Pitre (Guadeloupe).

Une semaine type :
Lundi : contrôle du matériel, footing et musculation durant 2 heures. L’après-midi est consacrée à la mise en situation sur des thèmes et exercices de progression en milieu urbain, seul et en groupe.
Mardi : séances de tir de rapidité et de précision le matin. Pour les heures suivantes, les fonctionnaires pratiquent la boxe, le judo ou la self-défense.
Mercredi : la matinée voit les policiers s’adonner au footing et à la musculation. La seconde partie de la journée est exclusivement réservée aux techniques de corde. Si souvent utilisée lors d’interventions, cette spécialité présente différentes faces. Techniques de descentes de corde, en rappel, en hélitreuillage, exercices d’héliportage et de bien d’autres situations.
Jeudi : c’est le tir aux armes longues qui occupe la matinée. Les sports de combat, boxe, judo et self-défense prennent la relève.
Vendredi : la journée sera entièrement consacrée à l’entretien du matériel et des armes.
Pour le weekend, repos pour une partie du groupe, astreinte pour l’autre. Quelques hommes du groupe, sont affectés à la protection de personnalités.
L’unité a fêté ses 40 ans d’existence le 27 Octobre 2012. Une cérémonie était organisée à l’hôtel de police à Saint-Cyr-au-Mont-d’Or en présence de Manuel Valls.

Trois nouvelles antennes RAID voient le jour pour « quadriller » le territoire hexagonal ; Montpellier et Toulouse en 2016 et Nancy en 2017.
La dernière antenne RAID est créée en Guyane en 2023.

Chaque antenne RAID, perçoit les équipements du RAID central ; tenue, armement, véhicules (PVP)…
Tous les policiers du RAID et antennes sont formés au TCI (Tronc Commun d’Intervention) et peuvent être amenés à demander une mutation dans n’importe quelle antenne ou au siège.
Photos © Stephane Bommert et Ouest-France
