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Interview « Plastick », officier à la BRI PP

Fabien : 20 mars 2021 15 h 51 min : interviews

FIPN-SDLP : Bonjour Plastick, peux-tu te présenter s’il te plaît ?

Plastick : Bonjour Fabien, je précise que « Plastick » est évidemment un sobriquet, mon surnom.

J’ai 53 ans. Je suis né au Niger et ai vécu de nombreuses années à l’étranger, en particulier sur le continent africain, au fil des mutations professionnelles de mon père qui a servi dans la « Coloniale » toute sa vie.

Je suis issu d’une famille traditionnellement, et depuis plusieurs générations, engagée dans nos armées pour la défense de notre Patrie.

Je te dis cela car, alors que j’étais en quatrième année de droit, je me préparais tout naturellement à passer le concours d’officier des armées.

C’est alors qu’un jour j’ouvre un « Paris Match » consacré à la BRI. J’ai eu le déclic. Finalement, moi, qui souhaitais devenir commando marine comme mon père, je deviendrai membre de la brigade Anti-Commando de la BRI.

J’ai toujours pleinement ressenti qu’il y avait de la grandeur dans le service de son pays parce qu’il y a, en arrière-plan, l’acceptation de nombreux sacrifices.

Et, plus qu’à une personne, à un chef, nous sommes au service d’un pays, à travers la difficile mission qui nous a été collectivement confiée de la protéger.

Que nous soyons un militaire ou un flic. ! Voila l’honorable raison qui m’a décidé d’embrasser cette profession de policier. Je me suis ainsi inscrit au concours d’inspecteur.

J’ai poussé la porte de cette belle et grande Maison qu’est la Police Nationale en 1993.

Le concours dans la poche, la porte d’entrée principale de la Préfecture de Police de Paris franchie, d’autres portes m’ont été offertes « d’enfoncer » dont celle de la BRI.

 

 

F-S : Pour quelles raisons as-tu intégré la Police Nationale ?

P : Je viens d’y répondre dans ta première question.

Je souhaitais servir mon pays d’une manière ou d’une autre. Comme soldat ou comme officier de policier. J’ai choisi de le faire au sein des forces de sécurité intérieure, même si mon premier souhait était l’armée.

Au fil des années, il s’est avéré que le métier de policier était pour moi une vocation quasi sacerdotale. L’on n’exerce pas cette profession par pur hasard car elle requière un haut niveau de conviction et d’abnégation.

J’ai, depuis le premier jour, pour passion mon métier, et je suis convaincu qu’on ne l’exerce pas pleinement et plaisamment sans un sentiment aussi intense.

 

 

F-S : Dans quels services as-tu travaillé ?

P : Mon parcours professionnel est des plus simplistes.

En sortie d’école, j’ai été affecté dans une direction centrale du Ministère de l’Intérieur chargée historiquement du contre-espionnage en France : la DST (Direction de la Surveillance du Territoire), devenue en 2014 la DGSI.

L’académie du renseignement n’était pas ma tasse de thé pour parler trivialement.

Je n’y suis resté que quelques mois pour rejoindre les rangs de la PJ parisienne au Groupe de Répression du Banditisme du SDPJ 92 (Service Départemental de la Police Judiciaire des Hauts de Seine) où j’ai fait mes classes en tentant de triompher des subtilités de la procédure policière.

C’est à cette période que je réalise alors que ce n’est pas à l’école que l’on apprend les ficelles du métier de flic.

J’ai rapidement eu la conviction que le vice indispensable à l’exercice d’un tel métier ne se transmet pas dans des cours polycopiés, ni sur le tableau noir de l’amphithéâtre de l’Ecole Supérieur des Inspecteurs de la Police Nationale.

L’école n’était pour moi qu’un grenier à bavardages.  En cinq années au GRB de Nanterre j’ai assimilé les bases du travail de « péjiste ».

C’était en outre un préalable indispensable pour servir dans une brigade centrale de la Direction Régionale de la Police Judiciaire de Paris.

Puis, comme toutes choses auxquelles nous nous appliquons finissent par arriver, le 1er août 2000, je quitte le « pavillon » (le SDPJ était installé dans une petite maison de ville) pour rejoindre la « maison pointue », le mythique « 36 », le siège de la police judiciaire de la capitale.

Je suis enfin affecté à la prestigieuse BRI (Brigade de Recherche et d’Intervention), le fameux « Antigang ».

C’est alors pour moi une véritable immersion vers la passion au point de n’en être plus jamais parti.

En plus de vingt années à servir cette unité, j’ai gravi tous les échelons et occupé plusieurs postes. Rentré comme inspecteur de police, je suis aujourd’hui commandant divisionnaire fonctionnel. J’ai travaillé 16 années au sein de la SRI (Section Recherches et intervention) dont dix comme chef d’un groupe opérationnel. Je suis actuellement chef de la Section Appui Opérationnel (SAO).

 

 

F-S : Pourquoi as-tu voulu intégrer la BRI de Paris ?

P : Toute vocation commence par l’admiration. Ce fût mon cas. J’étais littéralement fasciné par les « antigangs », leurs succès, leurs arrestations, en un mot : leurs faits d’armes.

Une phrase aujourd’hui, et selon moi, résume parfaitement l’idée que je me faisais de la BRI alors que j’usais encore les bancs de la faculté de droit de Toulouse.

Elle fût prononcée par notre Ministre de l’époque à l’occasion du 50ème anniversaire de la brigade (en 2014) :  » la BRI, c’est une histoire. La BRI, c’est une exigence. La BRI, c’est une légende. »

Là sont les raisons qui m’ont attiré vers ce service extraordinaire et qui était encore pour moi entouré de mystères. Il fallait que je le vive de l’intérieur.

Et, s’il est donné à peu d’hommes de saisir leur rêve dans sa vie, c’est pourtant mon histoire. J’ai longtemps porté l’espoir de servir au sein de la BRI.

Je me suis délivré de ce rêve en le réalisant en l’an 2000.

 

 

F-S : En quelle année as-tu postulé à la BRI Paris ?

P : Avant d’être admis dans les rangs de la BRI j’y ai effectué préalablement un stage de 5 semaines en immersion. C’était en 1998.

Il m’a fallu ensuite attendre qu’une place se libère. Je faisais partie d’un vivier dans lequel j’ai été choisi deux années après ce stage.

 

 

F-S : Comment se passaient les sélections à cette époque ?

P : Les tests de recrutement et son lot d’épreuves physiques, de tir … n’existaient pas alors. Nous parlions de “cooptation”, terme que je préfère à celui de “copinage” ! Il s’agissait d’un mode de recrutement par recommandation, un recrutement participatif d’une certaine manière.

Les antigangs choisissaient leurs nouveaux membres selon plusieurs critères.

Dans un premier temps le dossier administratif des postulants était analysé à la loupe, sous toutes ses coutures.

S’il était retenu, il était suivi d’un entretien avec le Chef de la BRI, son adjoint, l’état-major du service.

Le staff de la BRI vous questionnait sur vos appétences pour une telle unité, l’intérêt que vous portiez pour la matière judiciaire, ce que vous aviez accompli jusque-là dans vos précédents services d’affectation,et ce que vous saviez du grand banditisme …

J’ai le souvenir que cet entretien poussé s’apparentait presque au questionnaire de Proust lorsque la discussion s’orientait vers votre vie privée en particulier.

 

Cet échange débouchait ensuite sur une immersion de 5 semaines dans un groupe opérationnel. Autant dire qu’il fallait un minimum (et le mot est faible) d’expérience du terrain pour donner satisfaction.

Vous aviez à disposition un véhicule et étiez tout de suite mis dans le bain. La plus grande hantise était de “se faire mordre” sur un dispositif de surveillances.

Cela ne pardonnait pas et vous retourniez, sans autre forme de procès, à la case départ, c’est à dire dans votre service d’origine.

Vous pouviez dire “adieu” à la BRI à jamais. L’on ne vous donnait aucune seconde chance.

Pour le reste, vous participiez aux séances de tir et aux divers entraînements (tactique opérationnelle, varappe, tir aux armes longues …). Vous étiez jugé sur pièce par pas moins d’une trentaine de flics d’élite.

 

Une exigence cependant demeurait à cette époque, et ce depuis la création du service : faire partie de la PJ et avoir fait ses preuves sur le terrain durant au moins cinq ans.

 

 

F-S : Comment as-tu été formé ?

P : A l’instar de ce que j’ai appris au GRB en matière procédurale, je dirai qu’à la BRI j’ai été formé sur le tas. Je suis un autodidacte. J’ai tout appris en pratiquant.

En matière de police judiciaire il n’y a pas de cours théorique ; il faut pratiquer le terrain. Je pensais le connaître un peu  pour l’avoir pratiqué durant plus de cinq ans au GRB.

Le principe de base de toute pédagogie, particulièrement dans notre profession, et singulièrement dans des unités d’intervention, est le drill. Ce dernier s’appuie sur deux choses essentielles : l’exemple et la répétition.

L’exemple se transmet. Il s’enseigne. J’ai la conviction qu’on ne nait pas compétent mais qu’on le devient.

J’ai donc écouté, regardé et ai tenté d’appliqué les instructions de mes collaborateurs à la BRI.

Au fil du temps j’ai écrit ma propre partition ; j’y ai rajouté ma touche personnelle.

Nos aînés nous ont légué un trésor : leur expérience. C’est, pour ma part, le manuel d’apprentissage que j’affectionne le plus. C’est une véritable richesse, c’est le luxe qu’un tel service peut vous offrir.

Aux expériences vécues, s’ajoutent bien évidemment les méthodes d’entraînement mécanique. Cela concerne beaucoup plus le volet « intervention » du métier d’antigang en réalité. C’est une phase essentielle dans une formation qui permet le passage du théorique au pratique.

 

 

La BRI de Paris, dans ses deux missions, le judiciaire et l’intervention, est un service à part. Il est unique en son genre.

Ce que j’aime en lui, et qui en fait son originalité : c’est qu’il est à la fois un espace de rigueur et d’initiative. C’est le fruit de la dualité de sa mission.

Il faut de la rigueur dans l’intervention, de l’initiative dans le judiciaire.

La compétence est accessible à tous ceux qui veulent se donner la peine de la gagner par la volonté, la constance dans le travail et la régularité dans l’effort. De là naît parfois l’excellence. C’est le but recherché dans cette unité.

 

Je me suis appliqué, dés mes premiers pas à la BRI, à suivre les conseils des « sachant » et à les reproduire au mieux.

Dans ce métier, l’investissement reste la source durable de son propre développement professionnel, parfois aussi personnel. Je me suis toujours, coûte que coûte et quelque qu’aient été les circonstances, efforcé d’innover, de parfaire mes actions, d’aller de l’avant et d’être plus ingénieux que mon adversaire.

C’est uniquement en respectant ce crédo que l’on dure dans cette profession et que l’on aime ce que l’on fait comme au premier jour. Je tiens pour évidente ces vérités, c’est peut-être aussi comment j’explique que j’en suis arrivé à continuer d’exercer au sein de la BRI depuis plus de deux décennies… et ayant été recruté sans passer les tests actuellement en vigueur. `

Mais si mes 20 années (et sans doute plus encore) à servir la BRI pouvait s’apparenter à un test de motivation, alors j’aurai au moins passé ce dernier avec succès.

 

F-S : La BRI de Paris, en plus d’être une unité d’intervention au même titre que le RAID, est un service de la Police Judiciaire. Aujourd’hui, et depuis un certain nombre d’années maintenant, en quoi consiste les épreuves-tests permettant d’intégrer ton service ? Et pour quelles raisons ?

P : Depuis une quinzaine d’années, des tests de sélection ont été mis en place pour le recrutement des effectifs de la BRI-PP.

En tant que chef de la section appui ops de la brigade je suis chargé, avec mes collaborateurs de la cellule « Formation », de les organiser.

Ils s’apparentent, pour le volet intervention, à ceux de nos homologues du RAID, et pour le volet judiciaire, à ceux pratiqués par la BRI Nationale.

C’est un astucieux mélange des deux, sans pour autant les copier.

La double mission de la BRI-PP impose, en effet, que les futurs membres de notre service satisfassent aux qualités requises pour accomplir à la fois des missions de police judiciaire et des missions ayant trait à l’intervention.

 

Une première étape consiste dans l’étude des dossiers de chaque candidat, une visite médicale poussée, un entretien avec le staff du service, et avec des psychiatres.

Les candidats retenus peuvent alors se présenter aux épreuves tests qui se déroulent sur une semaine : tirs, filature, épreuves physiques, parcours police, parcours aquatique, parcours évasion, appréhension du vide, multi scénarios, combat au sol, boxe, des épreuves psychologiques, des épreuves de mise en situation pour évaluer la résistance au stress.…

Un grand jury clôture cette semaine de tests.

 

La deuxième étape concerne les candidats qui ont passé avec succès ces épreuves. Ils sont plongés deux semaines en immersion dans les groupes opérationnels pour observation. L’échec est toujours possible.

 

La troisième étape enfin est celle de la formation initiale de huit semaines au sein de la Brigade, et à l’issue de laquelle ils peuvent encore ne pas être retenus. Cependant, s’ils le sont, une période probatoire de six mois décidera de leur sort final.

 

J’ai un avis tranché sur la question et qui peut être considéré comme allant à contre-courant de cette nouvelle génération de policiers qui se doit d’être bodybuildés pour être bons.

Une sournoise sélection qui consisterait à ne retenir dans nos rangs que des sportifs de haut niveau nous priverait de nombreuses personnalités très compétentes.

Des tests basés uniquement sur des critères physiques s’avèreraient être d’une étroitesse managériale néfaste et qui prétériterait gravement aux effectifs du service.

Réduire les policiers que l’on recrute à des gabarits physiques est une pure méprise, une hérésie. C’est ignorer les compétences et les réelles capacités de nos candidats.

Je considère que les exigences d’engagement physique poussées à l’extrême réduisent le policier à la confrontation militaire, alors qu’elle n’a pas lieu d’être.

Il ne faudrait pas que le recrutement des policiers de la BRI fasse la part trop belle aux critères physiques, dans une logique militaire. Je le répète, cette brigade appartient à la Police Judiciaire.

Un antigang n’est pas un militaire. Le policier se situe d’ailleurs à l’exact opposé du militaire. Si le premier préserve la paix, le second fait la guerre. C’est ma conviction.

En vous disant cela, je sais que la grande majorité de mes jeunes collègues ne partageront pas cet avis. Mais j’assume mes propos qui reposent, aujourd’hui, sur de longues années d’observation de ma part.

 

Pour conclure sur cette question « controversée » des tests de sélection, je reviendrai sur la qualité essentielle qui doit primer chez un antigang, selon moi toujours : l’instinct. Celui de l’intelligence investigatrice.

L’instinct, auquel viennent en complément d’autres qualités que l’on tente de déceler chez les postulants lors de ces tests de recrutement (le courage, la disponibilité…), a toute sa place dans l’exercice du métier d’un antigang.

Cet état de l’esprit, celui d’un “chasseur” résonne pour moi comme une évidence pour un policier d’une façon générale, un « péjiste » en particulier.

Pour un membre de la BRI-PP il doit être démultiplié. C’est selon moi le critère premier pour faire d’un policier un bon membre de la BRI.

 

 

 

 

F-S : La BRI dépend de la Direction Régionale de la Police Judiciaire de la Préfecture de Police de Paris. Depuis sa création, le service possède une forte expérience en matière de surveillances, de filatures et d’interpellation de malfaiteurs particulièrement dangereux. Tout le monde a en mémoire l’affaire de l’enlèvement du Baron Empain, la prise d’otages à l’ambassade d’Irak, la traque et la neutralisation de Jacques Mesrine, le « gang des postiches »,  … jusqu’aux récentes interventions anti-terroristes à « l’hyper cacher » ou encore au « Bataclan » que vous avez menées aux côtés du RAID.

Quelle est ta réflexion à ce sujet ?

 P :  Pour le volet “INTER”, La BRI de Paris, aux côtés du RAID, fait partie de la Force d’Intervention de la Police Nationale.

Mais, j’ouvre une petite parenthèse pour expliquer ce qui différencie le plus le RAID de la BRI-Paris.

La différence tient essentiellement à sa dualité de missions. La BRI-PP, comme tu le soulignes dans ta question, est la seule force à cumuler des fonctions judiciaires (filatures, collecte de preuves, interpellations, lutte contre le grand banditisme) et à mener de front des interventions spéciales dans le cadre de la Brigade Anti-Commando (Prises d’otages, forcenés, actions anti-terroristes …).

Ce qui induit ma réflexion selon laquelle la police judiciaire n’a rien de scolastique, contrairement sans doute au métier de l’intervention : la tactique, les séances de tirs … Cette dernière matière est très académique et s’appuie sur des règles plutôt figées même si elles  évoluent en fonction de la ruse de notre ennemi. Cela a un caractère très paramilitaire si j’ose la comparaison.

 

Dans le domaine de la PJ les faits se substituent aux dogmes.

C’est la réalité du terrain qui nous meut, qui commande nos actions. Si la filature est perdue par la plus grande partie d’un dispositif et que seul deux jeunes gardiens de la paix sont encore à vue des braqueurs sur le point de passer à l’action, il va falloir compter sur leurs propres initiatives. Dans le brouillard de nos interventions, il n’y a aucune certitude. Ce qui m’amène à la conclusion selon laquelle les entraînements ne suffisent pas.

 

Tout cela pour te dire qu’un opérateur de la BRI de Paris n’est pas qu’un simple soldat à qui l’on commande de pratiquer telle ou telle action sans presque avoir à réfléchir – je caricature – : pénétrer dans un appartement, faire une ouverture d’angle ou lancer une ou plusieurs grenades offensives … Cela souligne l’importance aussi, chez un opérateur de la BRI-PP, d’y déceler certaines qualités en matière de prise de décision lorsqu’il se trouvera dépourvu d’un chef. C’est ce qui fait la force et la singularité d’un antigang.

 

F-S : C’est un service contraignant. Vous pouvez être sur un dispositif de surveillance, derrière une équipe de braqueurs de 7 à 23 heures, puis être rappelés à 5 heures du matin pour intervenir dans le cadre de la brigade Anti-Commando, sur un forcené ou une prise d’otages. 

Ce métier est-il compatible avec une vie de famille ?

P : Épouser un policier d’élite, c’est accepter, 24h/24, son engagement passionné et exclusif pour la sécurité de ses concitoyens.

C’est un métier extrêmement difficile, contraignant, qui contamine par voie de conséquence votre vie intime.

Il est difficile de faire respecter l’équilibre, souhaité par tous, entre la vie professionnelle et la vie personnelle et familiale. Jongler entre les deux fût un défi que j’ai tenté de relever.

Mais cela ne dure jamais très longtemps. Je ne connais pas de profession qui permette d’harmoniser carrière et vie privée. Le policier, surtout en PJ, n’en fait assurément pas partie.

 

Épouser cette profession c’est souvent, hélas, divorcer de sa femme … de sa famille. C’est notamment le cas lorsqu’on l’exerce avec autant de passion qu’elle exige ou qu’elle déclenche en nous. Ce fût mon cas.

En conclusion : si concilier sa vie de famille et son engagement dans une unité d’intervention de la Police peut sembler un réel défi, que se soit en matière d’organisation du temps et du quotidien partagé, il me semble cependant important de rappeler que l’un peut apporter beaucoup à l’autre.

 

 

F-S : Comment vous formez-vous à l’intervention ?

P :  Il y a trois choses à évoquer me semble-t-il concernant la formation des opérateurs : les entraînements, les exercices et l’expérience de terrain.

Premièrement, faire de la formation constitue logiquement un des leviers, incontournable, du développement professionnel. Mais il n’y a pas que cela.

Nos formations sont essentiellement accès sur la tactique opérationnelle. Cependant il ne faut pas obérer l’importance, en matière judiciaire d’une remise à niveau régulière notamment pour ce qui intéresse les interpellations en voiture, en piéton et les gestes techniques professionnels en intervention (menottage, utilisation de bâtons téléscopiques …) pour ne citer qu’eux.

J’insiste sur le fait que l’analyse des situations et la complémentarité des réponses techniques que l’on doit y apporter est primordiale dans notre profession.

Il est impérativement nécessaire, en cas d’usage de la force, de respecter l’intégrité physique de la personne humaine. Ce respect se traduit par la stricte règle de la proportionnalité définit par la légitime défense.

La formation à l’intervention est dispensée quotidiennement par la cellule dite de « formation » de la Brigade.

Elle est composée de plusieurs formateurs aux techniques de sécurité en intervention. La particularité de ces formateurs est qu’ils ont tous une expérience relativement longue en groupe opérationnel.

Seule la répétition instinctive des mêmes gestes permet au final, selon moi, le processus parfait. Je veux parler du drill. Il possède la vertu de parvenir à l’acquisition de l’aisance dans nos interventions.

Cette méthode d’entraînement et d’apprentissage basée sur la réalisation répétitive d’un même exercice est employée par nos moniteurs.

Nous n’avons rien inventé en la matière. Toutes unités d’intervention procèdent ainsi.

 

 

Deuxièmement, je considère qu’il est indispensable de ramener le réel en formation d’où la participation de nos opérateurs, quelle que soit leur section d’appartenance, à des exercices dimensionnant. Cet outil que représente l’exercice à grandeur réelle a pour faculté de prendre en compte de très nombreux facteurs ignorés lors des entraînements.

Il met souvent en évidence certaines contraintes liées à la réalité des choses, soulèvent des difficultés non rencontrées jusqu’à lors, et parfois aussi développent des besoins jamais ressentis auparavant. Le temps que vous consacrerez à bien dimensionner un tel exercice peut vous faire gagner en temps et en efficacité dans la résolution d’une vraie crise.

 

Enfin, et troisièmement, le meilleur moyen de perfectionner ses compétences et de renforcer ses capacités réside dans la réalisation des missions  qui incombent quotidiennement à notre service. Ce crédo vaut tant pour nos missions réalisées dans le cadre de la Brigade Anti- commando que dans le domaine du judiciaire.

Einstein écrivait que « la connaissance s’acquiert par l’expérience, tout le reste n’est que de l’information ». Je le rejoints. En outre, ne dit-on pas que l’on apprend de ses erreurs ? …

 

 

F-S :  Comment la BRI de Paris est-elle saisie pour les investigations et les interventions ?

P : Concernant les interventions de la BRI dans sa formation anti-commando, à savoir lors de crises aiguës nécessitant la mise en oeuvre de techniques et de moyens particuliers (prise d’otage, retranchement de malfaiteurs ou de forcenés, mutineries de détenus, etc.), c’est le Préfet de police de Paris qui nous saisit .

La BRI-BAC est donc une formation temporaire activée par la Préfecture de Police de Paris à l’occasion d’ événements exceptionnels

 

En matière judiciaire, plusieurs modes de saisine sont envisageables.

 

Il y a d’abord, et c’est le mode que j’affectionne le plus, l’ initiative.

La BRI est un service dit d’initiative. Par opposition à un service dit d’enquête comme l’est la brigade criminelle par exemple, la BRI se saisit d’elle même en général.

C’est elle qui va décider de travailler sur tel ou tel dossier, sur tel ou tel braqueur. Les investigations vont naître d’une information, d’un renseignement transmis le plus souvent par une source.

Le travail d’investigation peut avoir aussi pour commencement la découverte d’un véhicule volé, d’une cache d’armes …

 

En outre, La BRI possède l’une des documentations les plus complètes sur le grand banditisme passé et actuel, qui sert de base à toutes nos enquêtes.

Dans cette grande bibliothèque du crime il est possible de détecter un ou plusieurs malfaiteurs susceptibles de se livrer à nouveau à des actes de banditisme organisé.

Nous surveillons les sorties de prison également et pouvons nous « intéresser » de près à certaines personnes redécouvrant la liberté.

 

Enfin, la BRI est amenée à assister d’autres services de police rencontrant des obstacles majeurs dans leurs investigations. La BRI   réalisera à leur profit les surveillances et filatures utiles.

J’ouvre une petite parenthèse pour préciser que lorsque la brigade criminelle (ou tout autre service de la PJ parisienne) est saisie d’une  affaire d’enlèvement avec demande de rançon, la BRI-PP l’assiste systématiquement en lui prêtant main forte sur le terrain.

 

 

F-S : En décembre 2009, la FIPN (Force d’Intervention de la police Nationale) a été crée. – Qu’en penses-tu ? Y a-t-il eu des changements pour la BRI ?

P : Oui bien sur que la création de la FIPN a eu des conséquences.

Je rappelle que la principale mission de la Force d’Intervention de la Police Nationale consiste à coordonner les actions opérationnelles des différentes unités spécialisées qui la composent.

Ainsi, même si chaque unité spécialisée d’intervention conserve ses compétences, son mode de fonctionnement, et son identité, c’est le RAID qui assure le commandement et la coordination opérationnelle de la FIPN lorsqu’elle est   déployée. Ce fût le cas lors de l’assaut sur l’hyper cacher, porte de Vincennes à Paris.

 

La FIPN, à sa création, permettait également à l’ensemble des unités la composant d’être engagé, en fonction de l’événement, en dehors de leur ressort territorial habituel.

Ainsi, sur ordre du  Directeur Général de la Police Nationale, la BRI-PP pourrait intervenir aux côtés du RAID en dehors de la région parisienne, par exemple.

Ce regroupement des unités d’intervention de la police nous a  aussi permis depuis 2009 de rationaliser et d’accroître l’efficacité de notre riposte face à un ennemi commun en mutualisant nos savoir-faire.

Cela se traduit essentiellement, en pratique, par des exercices communs, des échanges en matière de formation et le regroupement de nos deux unités dans des domaines d’activité spécifiques tels que les tireurs de haute précision par exemple. Et pour reprendre les mots de notre ministre de 2016 je dirai qu’aujourd’hui les « cloisons sont tombées et que les chapelles se parlent ». Si cela peut rassurer certains …

 

Pour conclure je soulignerai que le plus gros changement qu’ai  connu la BRI remonte au 19 avril 2016, lorsque le ministre de l’Intérieur annonce, lors de la présentation du SNI des forces de sécurité, un renforcement conséquent de la BRI-PP par un doublement de son effectif. Ce dernier s’est accompagné d’une dotation en matériels balistiques et en armement conséquente et sans précédent. Cela s’est fait à l’instar des policiers primo intervenant du reste qui ont également pu bénéficié du plan antiterroriste d’un montant  de 17 millions d’euros je crois me souvenir.

 

En outre, la procédure d’urgence absolue adoptée à la même période autorise – en cas de crise majeure ou de crises multiples – l’intervention de toute unité en mesure de le faire en tout point du territoire donc en s’affranchissant du critère de compétence géographique qui s’impose habituellement. Il s’agit là d’une bonne chose, dans l’intérêt de nos concitoyens bien évidemment.

 

 

F-S : Comment se déroule une mission d’investigation ?

P : Tu comprendras aisément que je ne vais pas te dévoiler nos méthodes de travail.

Encore moins te dire comment se déroule une mission d’investigation car elles sont toutes différentes les unes des autres.

Mais comme tu es un collègue, et en toute modestie, je vais te donner quelques conseils en matière de surveillances et filature. Je n’invente rien car c’est l’héritage que mes collègues m’ont légué il y a plusieurs années.

 

Je commencerai par te dire que dans notre métier la surprise joue toujours un rôle fondamental ; non pas celle que l’on subit mais plutôt celle que l’on impose à notre “adversaire”: aux braqueurs de « tirelires » ou de joailleries, aux « saucissonneurs », aux trafiquants et dealers en tout genre. C’est assurément la recette pour réussir avec succès un beau « flag. »

Évidemment ce seul ingrédient ne suffit pas à faire un beau et bon gâteau. J’y rajouterai une dose de patience (La patience, dit-on, n’est-elle pas la vertu des forts ?), une de professionnalisme, enfin une grosse pincée (une poignée même) de discernement et de lucidité.

Il faut également et surtout avoir la foi, y croire et ne pas désespérer. Il faut rester optimiste et ne jamais renoncer, quelques soient les obstacles rencontrés.

Je ne crois pas, en revanche, à la chance dans ce domaine. La réussite en matière judiciaire n’est pas le produit de coups du destin mais plutôt le résultat d’efforts quotidiens et soutenus.

Pour résumer, le succès dans nos affaires judiciaires n’a que deux amis : le professionnalisme et l’obstination.

 

F-S : La BRI de Paris est-elle souvent sollicitée pour des prises d’otages ou des forcenés ? Quel est son rayon de compétences ?

P : Dans sa mission d’intervention, la BRI est aujourd’hui compétente géographiquement sur paris intra-muros. Sa compétence géographique s’étant réduite comme une peau de chagrin depuis sa création. A ses débuts la BRI PP possédait la capacité à intervenir sur l’ensemble du territoire national. Rappelez-vous en 1973 la prise d’otage à Brest.

Le nombre de saisines – que nous nommons « alerte-BAC » – varie selon les années. Il est difficile de donner un chiffre mais je dirai qu’elles évoluent entre 10 et 20 par an, avec des intensités différentes. Je n’ai pas connaissance d’un service d’intervention qui n’intervient que sur le haut du spectre.

 

Dans le domaine judiciaire, La brigade antigang est une brigade centrale de la direction régionale de la police judiciaire de la préfecture de police de paris.

À ce titre, elle est compétente à Paris  et dans les départements limitrophes de la petite couronne.

Mais, avec le droit de poursuite, je te dirai que la BRI peut suivre un malfaiteur domicilié à Neuilly-sur-seine jusqu’à Lorient où il déciderait de « taper » une banque.

 

 

 

F-S : L’année 2015 a été marquée par des attaques terroristes en France, à Paris. Je ne reviendrai pas sur l’historique des faits, mais vous avez participé activement à la neutralisation des terroristes à l’hyper cacher et au Bataclan. Peux-tu revenir sur ces interventions ?

P : J’y reviendrai brièvement car ces évènements ont été plus que commentés , tant de l’intérieur par mes collègues de la BRI – et d’autres services de police -, que par les victimes, les témoins, la presse etc …

Du 7 janvier au 13 novembre 2015, en effet, les mois ont été ponctués d’attaques terroristes sans précédent. 2015 restera pour tous, et pour notre pays, «l’ annus horribilis » : la tuerie de charlie hebdo, la prise d’otage à l’Hyper Cacher, l’attentat manqué de Sid Ahmed Ghlam, la décapitation à Saint Quentin-Fallavier, l’attaque du Thalys, puis les attaques sur les terrasses parisiennes, le stade de France, le Bataclan et j’en oublie probablement.

Les deux attaques auxquelles tu fais référence se sont produites à Paris et relèvent donc de la compétence géographique de la BRI-PP.

 

Concernant l’hyper cacher, comme je te le disais, la FIPN ayant été déclenchée, les deux unités d’intervention de la police nationale, RAID et BRI-PP – avec la BI que je n’oublie pas et dont un de ses membres et mon ami a été blessé par balle ce jour là – ont travailler de concert, faisant fi des vieilles rivalités que certains malintentionnés souhaiteraient faire ressurgir.

Cessons de parler de lutte fratricide entre les hommes en noir du RAID et de la BRI ! arrêtons d’imaginer qu’il y a, en coulisse, une espèce de conflit larvé entre ces deux services.

Même s’il existera toujours, et c’est plutôt sain je pense, par-ci, par-là, une querelle d’égo qui reste naturelle, chacun de nous a conscience que l’ennemi est ailleurs, qu’il n’est pas dans nos rangs mais qu’il est commun à nos forces. Sur la porte de Vincennes c’est le RAID qui a coordonné l’intervention conjointe. Ces deux services, unis pour l’occasion dans la FIPN, a fait du bon boulot.

C’est tout ce qui compte à mes yeux. Je voulais juste rappeler qu’en finalité le RAID et la BRI ont travaillé main dans la main en parfaite coordination, en frères d’armes.

Pour les détails de l’intervention, il suffit de lire la presse.

 

Concernant le Bataclan je voudrai juste dire deux choses. Saluer d’abord le courage de nos collègues de la DSPAP qui ont abattu un des terroristes avant l’arrivée de la BRI. Ils ont ainsi permis d’arrêter le massacre.

Ensuite je salue le courage de mes collaborateurs, avec une pensée particulière pour mon ancien adjoint qui était au moment de l’assaut chef d’un groupe opérationnel et qui a été blessé dans sa chaire.

L’assaut de la BRI a été largement commenté, et notamment par nos autorités de tutelle, pour que je ne tombe pas à mon tour dans la redondance inutile.

 

 

F-S : Les attentats terroristes de 2015, et notamment ceux de janvier et du 13 novembre mettent en lumière la necessité de renforcer les unités d’intervention et d’adapter leur action à l’évolution de l’action terroriste vers les tueries de masse. L’adoption du schéma national d’intervention des forces de sécurité, en 2016, est une bonne nouvelle pour les services de la Police Nationale « classique ».

La BRI a formé plusieurs services. Certains ont eu le privilège de bénéficier de votre savoir-faire et votre expérience. Qu’en penses-tu ?

P : Je relève deux éléments dans ta question.

Premièrement, concernant le savoir-faire de la BRI, il est effectivement incontesté dans ses deux domaines d’action.

Je profite de ta question pour rappeler à un public non averti que la BRI de Paris est la plus ancienne des forces spéciales d’intervention de la police nationale.

Elle est également plus ancienne que le GIGN, le corps d’élites de la gendarmerie. Elle a ouvert la voie si j’ose dire. Elle a, de ce fait, effectivement un savoir-faire reconnu dans l’héxagone-même, mais aussi au-delà de ses frontières.

Plusieurs polices étrangères ont adopté le modèle de la BRI-PP. Notre service a été à l’origine de la création des BRI au Liban, au Gabon, en Algérie pour ne citer qu’elles en exemple.

 

Deuxièmement, concernant la formation dispensée par la BRI à d’autres services de la PP je soulignerai en avant-propos que ce qui fait la force de la BRI de Paris, outre ses compétences, son savoir-faire et son expérience du terrain, c’est qu’elle fait partie de la Préfecture de Police de Paris.

Au sein de cette dernière, la BRI est une des composantes de la Direction Régionale de la Police Judiciaire, au même titre que les autres brigades centrales telle la BSP, la BRB, la BC.

En outre, au sein de la PP existent aussi d’autres directions actives de police : la DOPC, la DSPAP , la DILT . Lorsque la BRI est engagée, sur instructions du Préfet de Police de Paris, elle est soutenue dans son action par un certain nombre de services rattachés à ces directions. Je pense par exemple à la Bac Nuit 75, la CSI, la brigade fluviale, l’unité des moyens aériens, la compagnie cynophile … Depuis les évènements tragiques de 2015, la BRI contribue à dispenser régulièrement des actions de formation diverses à ces services partenaires qui peuvent être amenés à travailler à nos côtés, sur les instructions du chef de la BRI toujours, dans leur domaine d’action spécifique.

 

 

F-S : Tu es en charge de la formation aujourd’hui  ?

P : Oui et Non !

Pas directement en réalité. Je suis le chef de la section qui englobe, entre autres groupes, celui de la formation.

La formation des opérateurs est dispensée par les FTSI qui y sont affectés.

La section appui ops que je dirige revêt des missions très diverses. Elle est chargée également de la logistique, de l’armement, des moyens de transmissions, de l’ élaboration des dossiers d’aide à l’intervention, de la technique, etc …

Les médecins de la BSPP comme les dépiégeurs d’assaut du LCPP ou encore le maitre-chien, tous détachés de leur direction d’origine relèvent de la SAO.

 

 

F-S : Tu fais figure d’ancien au service, quel est ton regard sur la BRI aujourd’hui ?

P : Comme toute chose, il y a un «avant » et un « après ». Tout évolue, et j’aurai tendance à avoir la nostalgie du passé, à m’attacher de plus en   plus à mes souvenirs.

Je regrette le temps écoulé, ces innombrables moments vécus et aujourd’hui disparus.

Cette tristesse parfois, cette mélancolie est  cependant vite balayée par cette sensation  de plaisir que j’éprouve à me remémorer ces souvenirs heureux.

 

Comme l’immense majorité des collègues qui m’ont précédé, j’ai  aimé la singularité de ce service.

En poussant cette porte, j’ai découvert un univers nouveau et particulier, une atmosphère incomparable, et avant tout une incroyable camaraderie.

Je l’ai ressenti comme un souffle d’aventure.Je me    suis engagé dans (et pour) ce service avec cette     exigence d’honorer et de poursuivre le travail de nos valeureux aînés qui ont bâti les fondations et la réputation de cette magnifique unité.

Je profite de l’occasion qui m’est donnée de parler de ceux qui m’ont accueillis au sein des seins de la PJ parisienne, pour rendre hommage à leur mémoire.

J’ai une pensée émue pour “Poupou”, “tranber” et, plus récemment encore, pour “Le Kid” qui nous a tiré sa révérence il y a un mois. Ils manquent à tous ceux qui ont eu, comme moi, la chance, le plaisir et l’honneur d’avoir croiser leur route.

Aujourd’hui je ne peux plus rien éprouver d’autre que de la gratitude pour chaque instant que je vis encore à la BRI, pour tout ce que ce service continue de me donner et de m’apprendre.

 

Évidemment que la BRI de l’an 2000 et celle de 2021 est différente par certains de ses aspects : les mentalités, les moyens, les enjeux, le banditisme, tout cela a changé.

Et heureusement parfois.

Je suis de la vieille école. Tu l’auras compris. Et s’il fallait nécessairement dépoussiérer ce décore suranné dans lequel la profession a trop longtemps survécu, mon coeur balancera toujours du côté de la « Police de papa ».

Malgré toutes ces évolutions, les missions de la BRI et son ADN sont restées intactes. C’est essentiel, et Il faut impérativement les préserver.

 

 

 

F-S : Quels sont tes projets pour l’avenir ?

P : Mes projets ? Ils ne sont pas professionnels, au risque de te décevoir.

Je souhaite profiter, quand j’aurai atteint l’âge de le retraite, et sous d’autres cieux – pourquoi pas le Panama, pays d’origine de ma compagne ? des années que la vie voudra bien encore m’accorder.

L’idée est de pouvoir me ressourcer, après l’exercice d’un métier prenant et contraignant, auprès des personnes que j’aime, celles qui m’inspirent confiance, et que j’ai un peu perdu de vue malgré moi.

Je compte bien m’abandonner à mes passions aussi : la lecture, l’écriture,   les voyages, la peinture et la calligraphie. Mais, comme l’on dit, faire des projets c’est prendre l’avenir en otage, alors pour le moment je tente de tirer profit du présent et de ses meilleurs moments.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Interview de Enzo Foukra, ex GAO DST

Fabien : 19 mai 2020 11 h 38 min : ACTUALITES, interviews

 

 

 

 

FIPN-SDLP : Bonjour Enzo, peux tu te présenter à nos lecteurs ?

Enzo F : Bonjour, je m’appelle Enzo FOUKRA, 44 ans, je suis coach sportif, formateur en centre bpjeps, athlète Prozis et Inithy et fondateur, animateur de la chaîne Youtube « Enzo TV », chaine pédagogique sur le thème de la musculation, chaîne comptant près de 240 000 abonnés (28 millions de vues au total).

Avant de devenir coach sportif, j’ai été policier durant 15 ans, années durant lesquelles j’ai officié comme agent de la BAC (brigade  anticriminalité) 93, comme opérateur du GAO (Groupe d’appui opérationnel) à DST (actuelle DGSI) et Agent de renseignements, également à la DST.

 

 

Les premiers opérateurs du GAO de la DST – ci dessous, Enzo © Enzo F.

 

 

F-S : Tu es très sportif, c’est un atout majeur pour des sélections de groupes spécialisés. Quels étaient  tes points forts au moment des sélections du GAO

E. F : Hormis la musculation, je suis à l’origine un pratiquant de boxe anglaise, je suis également breveté en plongée sous-marine et parachutisme. Dans l’ensemble je ne pense pas (hormis la boxe anglaise) que ses compétences étaient très recherchées par les agents chargés du recrutement.

Binôme du GAO – Enzo, toujours affûté © Enzo F.

 

 

F-S : Quelles étaient tes motivations pour intégrer le GAO de la DST ?

E. F : A la base je me préparais pour les sélections du RAID et c’est mon chef de BAC qui, à l’époque m’a informé de la création d’un groupe d’intervention au sein de la DST et que, de ce fait, des sélection allaient être organisées.

Les raisons pour les lesquelles j’ai décidé de passer ces sélections sont nombreuses, tout d’abord le champ d’activité et l’aura de la DST m’ont toujours fasciné, les gros moyens logistiques dont dispose ce service et enfin, l’exaltation de « peut être » faire partie des « TOUS PREMIERS OPERATEURS », de participer à la création d’un service et d’œuvrer pour lui donner « ses lettres de noblesse », de légitimer et pérenniser son existence.

 

 

F-S : Travaillais-tu à la DST quand tu as candidaté au GAO ?

E.F : Non je ne travaillais pas à la DST, j’étais en BAC 93 lors de mon postulat, cependant il est à noter que 10 des 15 opérateurs constituant le GAO étaient recrutés en interne (au sein de la DST).

 

 

F-S : Comment définirais-tu les sélections du GAO ?

E. F : Si je devais utiliser un qualificatif concernant les sélections du GAO, ce serait « rustique » (à l’instar des SAS anglais), avec beaucoup d’ épreuves en extérieur, originales pour la plupart  mettant le physique et le mental à rude épreuve.

Binôme à l’entraînement au pistolet automatique – © Enzo F.

 

 

F-S  : Peux-tu nous parler des épreuves de sélections ? Laquelle t’a le plus marquée ?

E. F : L’épreuve qui m’a le plus marqué (mon corps aussi par la même occasion ahahaha)? sans hésitation : le test à effort, qui consistait, équipé d’un gilet pare-balles lourd et d’un bélier à gravir le « plus rapidement possible » les escaliers en colimaçon d’un silo à grains dont la hauteur équivalait celle d’un immeuble de 11 étages (il est à noter que 3 instructeurs de la DST étaient postés  à équi distance le long du silo a grains, pour intervenir au plus vite en cas de malaise ou blessure)

Une fois cette ascension terminée, l’épreuve n’était pas terminée, vous deviez poser le bélier et procéder à l’interpellation et au menottage d’un individu (pour l’occasion, un instructeur de la DST), interpellation qui avait pour vocation de jauger votre lucidité et l’efficacité de vos techniques opérationnelles après avoir fourni un effort très intense.

Je me souviendrai à jamais de l’étroitesse de ces escaliers métalliques, l’obscurité régnante rendant votre ascension  » devenue automatisée » parfois hasardeuse et imprécise (qui avait pour incidence une perte de rythme, tempo) et cette poussière en suspension (car le silo était encore en activité), qui au fil de l’effort intense  s’insinuait dans mes poumons et de mes  jambes littéralement en fusion qui vers la fin n’avançaient que par le mental, toutes ces difficultés soldées au final par la satisfaction d’avoir tenu la distance et donner le maximum de moi-même durant ce jour tant attendu.

 

 

Concernant les autres épreuves, durant cette semaine de tests, il y a eu le premier jour « en guise d’échauffement » une course (interminable ahahaha) un canoé sur l’épaule autour d’une base nautique,  course entrecoupée régulièrement de phases de traversée du plan d’eau a la pagaie.

Des épreuves de combat comportant des rounds de 3 min en 1 contre 1 en pieds poings, 1 contre 1 uniquement en boxe anglaise, du 2 contre 1 en pieds poings, du 2 contre 1 en boxe anglaise uniquement et des rounds de combat au sol.

Des épreuves en piscine, avec des tests d’apnée dynamique, des longueurs chronométrées (en opposition à un autre candidat) et en fin de tests, des matchs de water polo, principalement pour jauger la cohésion de groupe, l’esprit d’équipe du candidat (même si j’ai été surpris par l’endurance que cette discipline requiert ahahahaha).

Opérateur du GAO équipé de son gilet Blackhawk, d’un pistolet automatique Glock 17, d’un baton télescopique et d’un fusil d’assaut HK G36C avec un Eo tech 552 © Enzo F.

 

 

Une journée  durant laquelle nous avons effectué un parcours chronométré de tir tactique (dans l’enceinte de la base d’entrainement de la DST) , parcours jonché d’obstacles à surmonter, équipé d’un gilet pare balles lourd, tirs que nous avons effectués avec différents types d’armes (arme de poing, pistolet mitrailleur et fusil de précision).

Et enfin, un entretien avec un psychologue, durant lequel ce dernier s’assure du caractère « non tête brulée » du candidat, de la nature de ses motivations à intégrer le groupe et de manière générale, de son équilibre psychologique.

 

Une fois toutes ces épreuves passées, notre admission au sein du GAO et de la DST était assujettie à une enquête de moralité, dans le but d’obtenir l ‘accréditation « Secret Défense » (de par la nature sensible de certains documents portés à notre connaissance dans le cadre de nos missions), enquête de moralité sous forme d’audition du candidat, mais également de sa famille, par des agents de la DST.

©Enzo F.

 

F-S  :  Combien étiez-vous à candidater ?

E.F : L’annonce par télégramme de la création du GAO et des test de sélection ont suscité un grand engouement, puisque environs 1500 rapports de candidature, émanant de différents services de l’ensemble de la Police Nationale ont été transmis.

Après un écrémage sur dossier et une batterie d’entretiens avec des agents recruteurs de la DST, 27 candidats ont été sélectionnés pour participer à la semaine de tests à proprement parlé, 27 postulats pour…5 places (vu que les 10 autres opérateurs étaient choisis parmi les agents de la DST durant des sélections internes).

Binôme en entrainement au tir © Enzo F.

 

 

F-S: De quels services venaient les policiers qui passaient les sélections ?

E.F : Les services d’où les 27 candidats étaient issus étaient assez éclectiques, quelques-uns, qui comme moi, venaient de BAC (Brigade anti criminalité), d’autres du SPHP (Service de Protection Des Hautes Personnalités), du GPPN (Groupe de protection de la Police Nationale), de la BI (Brigade d’Intervention) et certains de services « Non spécialisés ».

 

F-S : Comment s’est déroulée la formation ?

E.F : Une fois le groupe formé, nous avons été soumis à une formation continue, mais très intensive lors de la première année, formation durant laquelle nous avons énormément tiré, aussi bien en précision, mais aussi dans toutes les configurations opérationnelles possibles ( en déplacement, en position ventrale, dorsale, latérale, en riposte etc…)

Mais également aux maniements d’autres armes comme le Fusil d’assaut (Sig 5.52 en 5.56mm version commando) le HK MP5 et le FAP (Fusil à pompe, Benelli pour l’occasion)

L’apprentissage intensif de sports de combat comme le krav-maga, le judo et la boxe, apprentissage dispensé par des experts de ces disciplines (quelques-uns issus d’ailleurs des opérateurs du GAO, dédicace à toi mon Corbo et à toi Thierry, des vrais monstres ahahahaha : ) ).

Enormément de simulation tactique, effectuée soit en CQB (Close quarters Battleground), dans l’enceinte de notre base d’entrainement, soit dans un fort fourmillant d’alcôves et de couloirs, ou dans des zones désaffectées.

Équipe du GAO à l’entrainement © Enzo F.

 

Nous avons également été formés et entraînés aux différentes techniques de filature, entrainements ponctués de simulations en milieu urbain (d’ailleurs c’était TRES loin d’être mon point fort ahahahaha, être un bodybuildeur n’a pas que des avantages).

Notre formation était également complétée par des stages techniques auxquels nous étions envoyés (stage d’effraction, de serrurerie fine, stage THP (Tireur Haute Précision) etc…, mais également des stages de coopération inter-service, notamment avec le RAID.

 

Policiers du GAO en entrainement au tir et en cqb © Dessinstactiques.com / David A.

 

 

F-S : Quelles étaient tes spécialités ?

E. F : Au sein du groupe, chaque opérateur du GAO, même si ce dernier reste très polyvalent, est spécialisé dans un domaine spécifique (étroitement lié à sa position dans la colonne d’assaut ou sa fonction lors d’une intervention), pour ma part étant deuxième de colonne (juste derrière le porteur du bouclier) j’étais armé d’un fusil d’assaut dont je m’étais spécialisé au maniement.

En deuxième spécialité, j ‘étais suppléant à l’effraction, afin de pallier  au remplacement éventuel  du primo opérateur spécialisé dans ce domaine ou en cas d’interventions simultanées sur plusieurs points.

Cette fonction consiste non seulement à exécuter l’effraction, mais surtout à déterminer quel est le moyen d’effraction optimal (afin de faciliter une pénétration rapide du groupe) en fonction de la nature portée à laquelle il fait face (blindée, semi blindée, porte friable), nature qui conditionnera directement le matériel adéquat à utiliser (Door raider, FAP avec de la démolition (munition percutante et non pénétrante) ou le bélier).

L’effraction reste LA CLE DE VOUTE d’une bonne intervention, sa rapidité d’exécution nous assurant de conserver l’effet de surprise et ainsi minimiser les risques  potentiels de riposte, s’il y a présence arme en face.

 

Policier du GAO avec son gilet lourd, et son HK MP5 © Enzo F.

 

 

F-S  : Comment s’organisait une journée « ordinaire » au service ?

E. F : Un opérateur du GAO, sollicitable via le bip qui lui est remis ,est d’astreinte 7j/7, 24h/24 , quelque soit l’heure, nous devions être en mesure de rejoindre notre base le plus rapidement possible, afin de se préparer pour une intervention (briefing concernant l’ordre de mission et préparation de l’équipement).

Une journée type se constituait soit de simulations tactiques ou entrainement au tir le matin et de sport l’après-midi (sports de combat, course collective, natation, musculation…), ou vice versa.

 

Dans certains cas même, un combiné des deux, par exemple, nous avions pour coutume lors de nos séances de tir dans l’enceinte du fort, de faire précéder chaque session de tir à proprement parler par un parcours du combattant effectué avec un gilet pare-balles lourd et le  bélier.

Cette manœuvre avait pour but de déterminer notre précision de tir et notre taux de lucidité en situation de stress, stress qui était simulé, restitué par une forte élévation de notre rythme cardiaque (due à l’effort fourni durant le parcours).

 

 

F-S  : Que peux-tu dire des missions du GAO ?

E. F : Notre principale mission consistait à appréhender tout individu ou groupe d’individus menant une entreprise terroriste sur le territoire Français ou soutenant cette dite entreprise par une  aide logistique (armement, financement etc….). Tu comprendras que je m’étendes pas sur le sujet..

 

Binôme du GAO à l’entraînement © Enzo F.

 

 

F-S  : Quelles sont les différences entre le GAO de la DST et le RAID ?

E. F : La principale différence avec le RAID? (qui était d’ailleurs souvent saisi par la DST avant la création du GAO) est dans la nature de certaines missions, le RAID est davantage spécialisé et compétent dans les

interventions de type ‘Forcené retranché » ou « prise d’otages ».

 

F-S  : De quel armement disposiez-vous à la création du service ?

E . F : En termes d’armement, nous étions équipés de :

-Glock 17 en arme de poing (avec des chargeurs de 30 cartouches) et le Sig Sauer P2022 en arme de back up.

-Du HK MP5 en PM 9mm (pistolet mitrailleur)

-Du Sig 5.52 en 5.56mm version commando et du HK G36C en fusil d’assaut

-Du fusil à pompe semi automatique Benelli

Toujours en contact avec des opérateurs actuels du GAO, j’ai pu être témoin de l’évolution constante du matériel (armement, tenue, etc…) dont ils disposent actuellement et je ne te cache pas ma joie (ahahaha).

 

 

 

 

 

 

Évolution des écussons du GAO de la DST, renommée DCRI (Direction Centrale du Renseignement Intérieur) devenu DGSI (Direction Générale de la Sécurité Intérieure).

La DGSI s’est substituée à la DCRI , née en 2008 de la fusion de la DST et d’une partie de la DCRG (Direction Centrale des Renseignements Généraux)

 

 

 

 

 

Le GAO aujourd’hui

Le GAO, comme tous les services spécialisés, a su améliorer son équipement et armement.

En constante évolution, on retrouve des similitudes dans le matériel acquis entre des unités comme le RAID et les BRI.

 

 

Opérateurs du GAO aujourd’hui-

Opérateur se prépare pour un entrainement ou une mission, le Tireur Haute Précision est équipé d’une Ghillie Suit et d’un HK 417 © Enzo F.

 

 

Des photos parues suite à l’interpellation d’un individu en juillet 2017.

 

 

F-S  : Pourquoi avoir quitté le groupe?

E. F : Pour plusieurs raisons. La première est une accumulation de fatigue, fatigue liée à nos entrainements quotidiens, entrainements auxquels s’ajoutaient mes entrainements personnels (extra professionnels) en musculation ( 6 jours/7), mais également due à notre grande sollicitation opérationnelle (afin de légitimer l’existence de ce nouveau Groupe d’intervention)  et comme je le dis souvent, il faut faire preuve d’assez d’humilité et d’honnêteté avec soi même et se dire « Qu’on a fait le boulot du mieux possible, mais qu’il est temps de laisser sa place à du « sang neuf », à des jeunes  tout aussi motivés et valant tout autant que moi ».

Enzo maintenant et avant

 

 

La deuxième était que je voulais donner une nouvelle direction, un nouvel élan à ma carrière professionnelle, voilà pourquoi, dans un premier temps, j’ai été agent de renseignements (toujours à la DST) pendant deux ans, afin d’explorer l’autre facette des missions de la DST.

 

Aujourd’hui je suis « personal trainer » en live , mais également à distance via mon site internet www.enzocoach.fr, formateur de « futurs coachs » en centre BJPJEPS et athlète ambassadeur du groupe Prozis (No1 de la supplémentation sportive en Europe) et D’inithy (www.inithy.com) qui est une société développant des applications mobiles de coaching sportif, ultra personnalisable et sous abonnement, d’ailleurs mon application de coaching (en collaboration avec Inithy) est en passe de voir le jour.

Et bien sûr, j’anime toujours ma chaîne YouTube « Enzo TV », qui va bientôt fêter ses 200 vidéos tutoriels  (technique d’exécution, conseils diététiques etc…)

Je tenais à te remercier pour cette interview, remercier les collègues du GAO pour leur engagement et de manière générale, un grand merci à tous ces hommes et femmes (Police, Gendarmerie, Armée) qui œuvrent, au péril de leur vie à ce que nous puissions, chaque nuit, dormir sous cette couverture chaude qui s’appelle « LA LIBERTE ».

Merci à vous TOUS.

 

Retrouvez Enzo sur ses chaînes :

Chaîne YouTube : Enzo TV  

Facebook : Enzo FOUKRA

Instagram : Enzofoukra

 

 

 

 

 

 

 

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Interview Vincent G.

Fabien : 27 novembre 2018 10 h 25 min : ACTUALITES, interviews

FIPN-SDLP : Bonjour Vincent, une petite présentation ?

Vincent G. : Je m’appelle Vincent G.  j’ai 57 ans et j’arrive au terme d’un engagement de 35 ans au service de la Police Nationale. Une année d’école, 17 ans en groupe d’intervention et autant dans le domaine du Renseignement. Toute une « carrière » consacrée à la lutte contre le terrorisme.

 

 

F-S : Pourquoi as-tu voulu devenir policier ?

V.G: En fait je ne voulais pas… Je souhaitais naviguer comme Officier de Marine Marchande et j’avais entamé le cursus de formation pour devenir « Capitaine au long cours ».

J’ai fait mon service militaire dans la « Royale », à Aspretto. En Corse, j’ai rencontré sur un stand de tir des Policiers des Voyages Officiels (ancienne appellation du Service De La Protection) qui m’ont convaincu de rejoindre leur service et la Police Nationale.

 

 

F-S : Ta première affectation, à la Section de Recherches des Renseignements Généraux, t’a permis de travailler sur des affaires intéressantes ? Peux-tu en parler

V. G: J’ai eu la chance notamment de participer à la longue traque des dirigeants d’Action Directe, un groupe terroriste français rallié ensuite à la Rote Armée Fraktion allemande.

J’ai eu l’honneur de guider l’équipe d’assaut du RAID à la porte de la ferme dans laquelle ils se cachaient depuis presque deux années. Le succès retentissant de cette capture m’a donné l’envie et le moyen de passer les sélections du RAID.

 

 

 

Le RAID

F-S : En 1988, tu passes les tests du RAID, étaient-ils différents de ceux d’aujourd’hui ?

V. G: A l’époque, il s’agissait de faire partie d’un « vivier » et les épreuves se déroulaient sur une dizaine de jours (une semaine et deux week-ends) à Cannes Ecluse, école où j’avais fait ma scolarité d’Inspecteur de Police.

Le service était tout jeune et il n’y avait pas vraiment besoin de beaucoup de monde.

Les sélections étaient réalisées pour envisager le futur et non pallier le manque éventuel de personnel.

Elles étaient empiriques et ne recherchaient pas forcément un seul type de candidat mais des volontaires en bonne forme pour intégrer une équipe et l’enrichir par des différences physiques comme intellectuelles.

Stage sniper au 2°REP en 1994

 

F-S : Comment se sont-ils passés pour toi ? Beaucoup de candidats redoutent les épreuves de combat ; quelle épreuve a été la plus dure pour toi ?

V.G: Cette sélection comportait beaucoup de « footing » et d’épreuves d’athlétismes pour lesquelles j’étais bien préparé et qui correspondaient à ma morphologie et à mon passé sportif.

L’épreuve de tir se faisait à une seule main comme le voulait la méthode enseignée dans la Police à cette date.

Bien entrainé en tant que futur moniteur de tir, j’avais réalisé un score plutôt excellent. J’étais plus dubitatif pour la partie « combat » car revenant d’une mission de plus d’un mois au Pays Basque, ma préparation laissait à désirer dans ce domaine.

A l’époque, les candidats ne connaissaient pas à l’avance le déroulement ou la nature des diverses épreuves car l’attente et la réaction face à la surprise faisaient intégralement partie de la sélection.

Cette épreuve « combat » se déroulait en trois parties, un round « d’anglaise » avec un formateur RAID, deux rounds en « pieds-poings » avec un autre stagiaire et une épreuve de « sol ».

J’ai fait équipe avec un stagiaire plus grand et d’un meilleur niveau que moi, ce qui n’était pas vraiment difficile.

Vu sa grande taille, il ne trouvait pas vraiment de monde pour passer avec lui.

Je me suis dit qu’il valait mieux perdre face à un adversaire valeureux et impressionnant que d’offrir une prestation moyenne avec un candidat d’un niveau similaire au mien.

Nous nous sommes échauffés et avons décidé d’alterner des phases d’assaut puis de défenses afin de pouvoir montrer nos capacités respectives, le plus sportivement possible et sans méchanceté.

 

Cette méthode a dû être la bonne, car nous avons été retenus tous les deux.

Pour l’anglaise, j’ai dû affronter une légende du RAID, le grand Jean Louis Martin, malheureusement récemment décédé.

Une petite correction sans méchanceté, montrant rapidement mes limites mais me laissant sans blessure autre qu’à mon amour-propre pour passer l’épreuve en kimono sur laquelle j’ai tiré mon épingle du jeu en utilisant quelques rudiments de sol venant de ma jeunesse judokate.

J’ai pu ensuite assister de loin à d’impressionnantes démonstrations comme celle d’André D.  notamment.

Le plus dur pour moi était mon manque de recul face à mes prestations et la fatigue générée par les épreuves ou les activités proposées.

J’ai eu la chance d’être rassuré par Christian Caron, autre légende du service, qui était l’un des Chefs de groupe présents pour cette sélection.

Je l’avais croisé sur des missions à Biarritz et ses encouragements répétés m’ont permis de réussir la globalité des épreuves et d’être « habilité » comme on disait à l’époque.

 

 

F-S : En tant que nouveau membre du RAID, comment étiez-vous formé ? Vous étiez formés à l’intervention, la protection rapprochée et la surveillance et filature ?

V.G : La formation était à l’époque très empirique et se faisait sans fil conducteur particulier. Le nouvel arrivant suivait les activités de son groupe d’affectation, sans trop se poser de questions en essayant de s’intégrer le mieux possible et d’imiter ses camarades plus âgés. Venant d’un service dédié à la filature, je possédais un bon niveau dans ce domaine et mon aptitude à mettre en place des dispositifs m’a aidé à valoriser mon groupe d’affectation et faire oublier mon manque de pratique en intervention.

J’avais également participé à la venue du Pape et à ce titre reçut un « petit vernis » en Protection Rapprochée, me permettant de faire illusion dans ce domaine que j’aimais bien. La « vraie » formation se faisait sur le « tas », en plagiant et suivant les conseils bienveillants des Chefs de Groupe ou ceux des « grands anciens » comme Rémy M., Julien V.,  Damien L. …

 

 

F-S : Tu as pu intégrer la colonne au bout de combien de temps ?

V. G: Cette notion n’existait pas à l’époque.

Au bout d’un mois de présence, on « montait » l’alerte avec les autres et on était au début affecté à des places peu stratégiques, en théorie. Il y avait beaucoup de « forcenés » à l’époque et c’était une école de rigueur car la moindre erreur pouvait se traduire par une blessure par arme à feu.

On a retenu les noms de nos frères d’armes morts en service mais hélas oublié ceux de nos collègues blessés et marqués à vie dans leurs chairs. En dix ans de présence à Bièvres, il y en a eu 22, ce qui est énorme !

 

 

 

F-S : Tu choisis de passer derrière le fusil en postulant au groupe OMEGA, pour quelles raisons ?

V. G: Fasciné depuis l’enfance par les « armes à lunettes », j’ai voulu dès le début faire partie d’OMEGA.

Au commencement du RAID, les « tireurs-fusils » étaient répartis dans les quatre groupes d’intervention et chacun devait en fournir un par semaine d’alerte. En fonction de la situation tactique, celui-ci était employé ou non dans cette spécialité.

Il m’a fallu montrer « patte blanche » pour rassurer les membres qui en faisaient partie ainsi que ma hiérarchie.

L’habileté au tir n’était qu’un prérequis et le Chef-ops (laser 3) devait être certain que le « sniper » ne flancherait pas au moment crucial, lorsqu’il faudra presser la queue de détente en opération pour ôter une vie.

Ma jeunesse a dû inquiéter à l’époque et il m’a fallu être convaincant et patient pour être finalement accepté.

 

F-S : A ce poste, tu pouvais demander l’armement et matériel que tu désirais ? des formations avec d’autres services  ?

V. G: J’ai d’abord été « simple » tireur, puis j’ai commencé à avoir des responsabilités sur des mises en place réelles ou des missions d’appui en Protection sur le Président ou des personnalités étrangères.

Je suis passé ensuite n°2, puis n°1 lorsque Serge E. est parti à l’école des Commissaires de Police.

Cette période se passait avant la LOLF et le RAID pouvait choisir pratiquement ce qu’il voulait en matière de matériel ou d’armement, à condition de le justifier par un écrit.

Seul comptaient l’efficacité et les résultats obtenus.

 

 

F-S : As-tu été sollicité pour la création de l’Ultima Ratio ?

V. G: J’ai eu la chance de participer activement aux recherches et essais balistiques divers ayant conduit à l’adoption du PGM « Ultima Ratio ».

Ce fut un travail collégial passionnant qui a révolutionné le tir de précision au sein des groupes d’intervention de la Police et de l’Armée de notre pays.

 

 

F-S : Quelles ont été les missions qui t’ont le plus marquées ?

V.G : Certaines missions, comme les traques successives de nombreux « numéro 1 » de l’E.T.A. ont été des aventures passionnantes, riches en émotions et en souvenirs.

J’ai aussi en mémoire une intervention sur un forcené, une nuit de réveillon du premier de l’an pendant laquelle nous furent accueillis par de nombreuses balles « Brenneke » qui perçaient méthodiquement la porte en créant des rayons de lumière aussi élégants qu’inquiétants.

Au moment de l’assaut, le forcené avait bondi par-dessus les boucliers de l’équipe, exploit qui paraissait impossible à réaliser même pour un champion olympique !

L’affaire de la maternelle de NEUILLY reste évidemment aussi un souvenir très fort en raison de la menace avérée par explosifs et le nombre ou l’âge des enfants pris en otages.

L’exploit courageux de Daniel Boulanger et d’André D. restera gravé dans mon esprit comme je l’espère dans l’histoire nationale et dans celui de tous nos compatriotes.

 

 

 

F-S : Tu as pris part à celle de Roubaix et tu as neutralisé des terroristes avec ton fusil, peux-tu résumer l’intervention et surtout ton action s’il te plait ?

 V. G: J’étais Chef d’équipe « protection » pour cette affaire peu commune. J’ai narré par le détail cette opération dans l’excellent livre de mon ami Robert Paturel, « les mémoires du RAID ». Les personnes intéressées achèteront ce livre qui a l’originalité de donner la version de cette opération violente par divers intervenants placés à différents postes. C’est une publicité toute désintéressée car je ne touche pas de droits d’auteur !

 

 

 

 

F-S : Avec d’autres membres du RAID, vous avec eu l’opportunité de vous entrainer au FBI, avez-vous du adapter certaines techniques pour les appliquer au RAID ?

V. G: Je suis allé deux fois à Quantico, à la FBI Academy pour des échanges techniques et tactiques.

Ces échanges sont toujours extrêmement enrichissants pour confronter des méthodes et les améliorer. Nos homologues américains avaient cependant tendance à ouvrir le feu plus facilement que nous en raison de législations totalement différentes et tout leur savoir-faire ne fut pas adaptable à notre pays.

 

Stage de tir au FBI en 1990

 

 

F-S : Au RAID, à ce moment, régnait un groupe d’amis plus que solidaires toi, Robert P, Fanfan, Daneil B.

V. G: Ces garçons, un peu plus âgés que moi, m’ont accueilli avec beaucoup de sympathie et je leur dois beaucoup.

Leur bienveillance fraternelle quotidienne m’a permis de progresser dans tous leurs nombreux domaines d’expertise.

Nous sommes également partis plusieurs fois à l’étranger pour des stages de tirs agrémentés de grands moments de camaraderie.

 

 

Protection du Président Bush dans les années 90, notons le regretté Patrcik P. parti trop tôt…. lui aussi

 

F-S : Robert P. était connu pour vider un seau d’eau aux collègues, as-tu été victime de ses méfaits ?

V. G: Je ne compte plus les fois où j’ai été victime du facétieux Robert… Un jour, il a même réussi à me piéger deux fois dans le même après-midi !

Ces moments potaches permettaient de relativiser l’importance de nos égos ou d’oublier la tension et la gravité de nos missions.

Pour les « victimes », ces arrosages imprévisibles constituaient un rappel à la vigilance, reflexe salutaire en intervention.

Robert a été pour beaucoup dans la création de « l’âme du Service », un savant mélange de spontanéité, de courage et d’un humour à toute épreuve.

Je ne le remercierai jamais assez pour tout ce qu’il a fait pour notre Unité (le vrai non du service était au départ URAID).

 

 

F-S : Que peux-tu dire de plus de tes années passées au RAID, les hommes, les patrons, l’évolution du service et des mentalités…

V. G : Il est très dur de résumer rapidement une décennie de passion.

Le RAID reste le point d’orgue de ma vie professionnelle et personnelle puisque j’ai rencontré mon épouse au cours d’une mission de Protection Rapprochée.

Ma vie est donc marquée d’une manière indélébile par la panthère !

Je lui dois beaucoup, ma famille et bon nombre de mes amis.

J’ai eu la chance de connaitre un Service peu médiatisé dans lequel j’ai été accueilli avec beaucoup de bienveillance et dans lequel j’ai eu le temps d’y apprendre de nombreuses choses. J’ai participé à d’innombrables missions à l’étranger ainsi qu’à des interventions mémorables.

J’ai travaillé sous les ordres d’Ange Mancini puis de Louis Bayon, les deux premiers patrons du RAID.

Le méridional chaleureux et charismatique puis le Breton peu disert mais aux petits soins pour ses hommes, ont été des Chefs de guerre efficaces et respectés.

Des « patrons » modèle « King size », dotés de testicules, sur qui ont pouvait compter…

J’ai regretté tout le reste de ma carrière ce type de Chefs, exigeants mais humains, capables de prendre des décisions sous la pression et de les assumer face aux magistrats.

 

 

Le GIPN de Rennes

 

F-S : En 1998, tu prends le commandement du GIPN de Rennes.

V. G: A la naissance de mon premier fils, un an auparavant, j’ai été contraint de constater que je ne pourrai pas mener de front une vie trépidante « en noir » et participer à l’éducation d’un enfant à la santé fragile à l’époque.

La mort dans l’âme je me suis résigné à quitter Bièvres et je m’en suis ouvert à Christian Lambert qui était le numéro deux du Service à cette période.

Ce dernier, visionnaire, avait en tête la création d’une entité regroupant sous la même bannière la BRI, les GIPN et le RAID.

Il a donc appuyé ma démarche de postuler comme Chef du GIPN de Rennes, ville de naissance de mon épouse. J’ai ne pas été chaleureusement accueilli à l’époque par la DCSP et bien qu’ayant participé à de nombreuses interventions pendant ces dix années au RAID, il fut un temps question que je repasse des tests pour y être nommé.

Bien qu’en parfaite condition physique, je trouvais cette exigence de la DCSP un peu abaissante. Elle illustrait cependant assez bien la « guéguerre » entre les deux entités à cette période.

Christian Lambert a fait jouer ses relations pour m’éviter ce que je vivais comme une remise en cause un peu injuste de mes aptitudes.

Je suis finalement parti, un peu en retard par rapport à la date prévue. La fusion « plus que probable » des entités listées supra devant avoir lieu l’année d’après… Hélas pour moi, cette « fusion » ne s’est faite que 12 ans après mon départ de cette unité !

 

 

F-S : En quoi consistait ce poste ? prenais-tu part aux entrainements et interventions avec les opérateurs.

V.G: A mon arrivée, j’ai trouvé un groupe très hétérogène avec un fort clivage « Jeunes / Vieux », manquant cruellement de matériel divers et de protection balistique.

Il n’y avait plus d’Officier depuis presque 5 mois et toute l’énergie déployée à l’entrainement était peu productive. Le groupe servait de « BAC d’après-midi » en journée et de « BAC de nuit » le weekend.

Les interventions tombaient quasiment toujours le samedi ou le dimanche car liées à l’absorption d’alcool malheureusement fréquente en Bretagne. Les départs d’alerte étaient beaucoup trop lents, les personnels étant trop fatigués par la « nuit blanche » du vendredi.

J’ai été navré de constater l’indigence du parc automobile de l’unité ainsi que celle du matériel divers. Le nombre de Policiers étant vraiment peu important, l’effectif théorique à 16 pour Rennes n’étant pas atteint.

Chacun, le Chef inclus, avait plusieurs rôles sur une même opération, ce qui pouvait être sympathique à vivre mais se révéler un peu « limite » sur le plan de la sécurité.

J’ai dû beaucoup m’investir pour essayer de remédier au mieux aux problèmes rencontrés.

 

 

F-S : Le poste de Commandant d’unité est différent, tu dois rendre des comptes aux plus hautes instances sur le terrain et en dehors, tu as des tâches administratives à remplir ?

V.G : J’ai été confronté à la bureaucratie lourde et pétocharde de la Sécurité Publique et passé beaucoup trop d’heures à implorer du matériel et à valoriser mes collaborateurs par des missions dignes de leurs capacités physiques.

La fameuse « solitude du chef » n’est pas une vaine expression et j’ai dû l’affronter en perdant pas mal d’énergie pour résoudre des problèmes qui n’avaient pas lieu d’être.

Contraint par la DCSP en charge des GIPN qu’elle négligeait pourtant, je dépensais beaucoup de temps en comptes-rendus stériles et en demandes qui n’aboutissaient jamais.

 

 

F-S : En tant que responsable, tu prenais part aux entrainements inter-GIPN ?

V. G: J’ai été à l’origine du premier rassemblement « inter-GIPN » pour évoquer et faire partager une intervention particulièrement technique visant à déloger des manifestants de « Green Peace » enchainés en hauteur sur des grues portuaires à Cherbourg.

 Cette formation sur trois jours, en présence du RAID, a montré le bien-fondé des échanges et l’impérieuse nécessité d’un socle de formation commun.

J’ai rencontré dans les GIPN des hommes formidables que le « système » montait malheureusement souvent contre le RAID. Ces querelles stériles entre les deux unités ont fait perdre beaucoup de temps à la progression de la qualité et de l’efficience de l’intervention dans notre pays.

 

 

F-S : De combien de policiers du GIPN disposais tu en moyenne et comment s’articulait une semaine de travail ?

V. G: Le jour de ma prise de service, un policier qui avait oublié de s’accrocher à son « huit » sur une démonstration de varappe en façade pour le dixième anniversaire de l’ENP SAINT MALO s’est grièvement blessé amputant l’effectif d’une personne pendant 18 mois.

Le groupe initialement prévu à 16, n’aura finalement jamais été complet pendant mon temps de commandement notamment en raison de blessures à l’entraînement.

 

 

F-S : Sur quelles missions étiez-vous le plus sollicité ?

V. G : Malheureusement sur des sécurisations de procès chronophages et souvent d’un piètre intérêt opérationnel. La seule valeur ajoutée émanant de cette implication résidait dans une condamnation plus sévère du ou des accusés, la présence de Policiers lourdement armés motivant le jury pour appliquer des peines importantes.

 

 

 

F-S : Tu étais au RAID et au GIPN, quelles différences y avait-il avant que les GIPN deviennent antenne RAID ?

V G : Les Policiers affectés au GIPN étaient ou devenaient rapidement extrêmement polyvalents, par obligation.

Le RAID pouvait se permettre de « sur-spécialiser » certains de ces effectifs dans certains domaines, ce n’était pas possible au GIPN.

La différence principale résidait dans un manque de matériel chronique, sauf à Lyon où le collègue Commandant avait réussi l’exploit d’obtenir du matériel semblable à celui de Bièvres… Des querelles stupides ont été malheureusement volontairement entretenues pour opposer les deux entités.

 

 

 

F-S : Tu décides de quitter le GIPN de Rennes à quel moment ?

V. G: J’ai pris cette décision à la suite d’un drame, le suicide pendant mes vacances en novembre 2004 d’un collègue du groupe avec qui je devais partir en mission au Soudan, le mois d’après.

Peu soutenu par une hiérarchie frileuse et pusillanime, j’ai renoncé à poursuivre dans le domaine de l’intervention, sans doute lassé par les efforts perpétuels pour réclamer du matériel et des missions correspondant au niveau opérationnel du groupe que je dirigeais.

Certains ont cru opportun de me rendre responsable de ce drame, principalement ceux en possession d’éléments qui auraient pu permettre de l’éviter.

La triste ironie de cette histoire est qu’une semaine plus tôt je négociais la reddition d’un forcené suicidaire armé après plus de deux heures d’une âpre négociation.

J’ai reçu beaucoup d’appels de la DCSP pour me féliciter et m’assurer que « j’étais le meilleur ».

Les mêmes flagorneurs n’hésitèrent pas à me déclarer « obsolète » dès le lendemain du drame. En moins de huit jours, je suis devenu un paria infréquentable, seulement soutenu par mes amis de Bièvres et la hiérarchie du RAID…

 

F-S : En 2005, tu passes aux RG de St Brieuc en tant que chef de la Division de Recherches et Surveillances, gros changement par rapport à l’intervention mais tu vas dans un domaine que tu connais bien. Tu reviens à tes premiers amours ?

V. G: Je me suis vraiment amusé à ce poste car il y avait beaucoup à faire.

Mes collègues étaient vraiment engagés et passionnés. Il régnait à la fois une ambiance d’effort mais aussi de convivialité et d’entraide que je ne pensais plus trouver.

Il y avait un côté « chasse » qui me plaira toujours, le « gibier humain » étant passionnant à traquer.

 

 

F-S : Tu deviens formateur national en protection, en quoi consistait ton travail ?

V. G: J’organisais avec trois autres instructeurs des stages de formation en protection rapprochée, mission représentant un tiers des actions des RG de province.

Tir, détection d’explosifs et escortes sur une quinzaine de jours dans différentes écoles de police.

Je me suis beaucoup servi des enseignements acquis lors de mon passage à Bièvres.

 

 

F-S : En 2001, le GIPN de Marseille neutralisait définitivement un terroriste qui avait assassiné le chef de cabinet du maire de Béziers et qui n’avait pas hésité à tirer sur des policiers au lance-roquette.

V. G: Cette affaire d’importance, traitée avec soin par mon ami Didier ANDRIEUX, alors chef du GIPN de « Marnice » après avoir été dans le même groupe que moi à Bièvres, fut malheureusement passée sous silence et éclipsée par la mort du Commandant Massoud Shah puis par le drame des « Twin Towers » deux jours après.

Nos « politiques » ont souhaité cacher à la population cette montée mondiale de l’intolérance religieuse et les actions de musulmans dévoyés.

 

 

 

F-S : C’était le premier terroriste type loup solitaire, avant Merah, le premier dont les médias ont parlé. Savais-tu que ce genre de terroriste allait arriver ?

V. G: Hélas pas besoin d’être un génie en géopolitique pour voir que cette montée intégriste allait se répandre, car laissée impunie.

 A la suite de l’affaire de ROUBAIX, des consignes nous ont été données pour nier et dissimuler le côté « religieux » de cette fusillade sous peine d’exclusion du Service.

Les diverses missions à l’étranger réalisés par le RAID à cette époque au Moyen Orient permettaient pourtant de se rendre compte de la montée du danger.

 

 

F-S : Que fais-tu aujourd‘hui, tu as un rôle important au sein de la Breizh Team Formation, veux-tu en parler ?

V. G: Je ne peux pas malheureusement pas parler de mon travail actuel dans le renseignement.

Pour continuer à « m’amuser » et envisager une retraite qui approche, je suis effectivement instructeur au sein de l’association BREIZH TEAM FORMATION et de la société ATALANTE STRATEGIC.

Ces deux entités sont dédiées à des actions de formations de défense pour toutes les personnes autorisées légalement à utiliser des armes dans le cadre de leur profession.

Les formateurs sont tous issus de la Police ou de la Marine Nationale.

Au minimum tous Moniteurs de Secourisme, nous furent les premiers à associer l’enseignement du tir avec des actions de secours en milieu dégradé.

Cette idée est maintenant copiée par beaucoup, en France comme à l’étranger, ce qui prouve le bien-fondé de ce principe. Également tous plongeurs, nous souhaitons que nos élèves deviennent autonomes et sûrs. Nous nous refusons cependant à enseigner des techniques de progression en groupe, estimant qu’elles sont l’apanage des unités professionnelles.

 

 

F-S :35 ans de police ; 17 ans d’intervention et 17 de renseignements… Comment vois-tu l’avenir ?

V. G: Le mien est de devenir un retraité heureux, le plus actif possible ! Celui de mon pays m’inquiète cependant beaucoup plus car la vague de terrorisme qui nous a frappé durement n’est malheureusement pas calmée.

 Mon travail actuel m’indique que les valeureux jeunes Policiers (et Policières) qui ont repris avec force et conviction le flambeau du RAID ne sont pas prêts d’êtres au chômage et je suis inquiet pour leur intégrité physique.

Je leur souhaite tous mes vœux de réussite malgré mes craintes et je suivrai avec intérêt toutes leurs actions au service de la Panthère !

 

 

 

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Interview Michel Marie, premier négociateur du RAID

Fabien : 13 octobre 2017 13 h 04 min : ACTUALITES, interviews

FIPN-SDLP : Bonjour Michel, une petite présentation s’impose.

Michel Marie : Je suis entré dans la Police Nationale par hasard, je n’avais pas d’à priori, ni dans un sens ni dans l’autre. Je n’avais pas de vocation particulière. Mais j’y suis resté par passion.

J’ai travaillé dans un petit commissariat de Meurthe et Moselle, par la suite, j’ai intégré très vite la Brigade Criminelle de Metz.

Comme disait Ange mancini, « le pénal de la joie ».

C’est une expérience énorme que la police urbaine, on est au contact des réalités, on a peu de moyens, c’est une formidable école de la vie et d’humilité.

 

 

F-S : Aviez-vous une spécificité qui pouvait intéresser  le RAID ?

M-M : Oui, j’étais passionné de son et d’images. J’avais de réelles compétences dans ce domaine (études et diplômes).

Arrivé au RAID, j’ai tout simplement basculé dans un domaine voisin, l’observation et la prise de son mais appliquées aux missions du service.

C’est ainsi que j’ai été nommé tout de suite en 1985, chef de la section technique.

J’ai appris l’existence du RAID lorsque le télégramme de création est sorti et j’ai eu la chance d’être dans le tout premier wagon en 1985.

 

 

F-S : Comment s’articulait le service ?

M-M : Ange Mancini était le patron, il y avait trois sections.

Une d’intervention proprement dite, une de filature et surveillance et une section technique (radio communication, son, photos, vidéo, explosif, armement, cynophile).

 

 

F-S : Quel était votre rôle en intervention ?

M-M : En tant que chef de la section technique, je participais  systématiquement  aux interventions.

Notre rôle  était d’assurer  la qualité des radios transmissions, sans oublier la mise en œuvre des moyens techniques qui permettaient, sur des situations de siège, de placer des micros et caméras pour prendre la « température » en situation.

Ces informations  étaient fondamentales quant à la prise de décision des responsables de l’époque car elles renseignaient sur le niveau réel de danger sur les lieux de la crise.

 

 

F-S : La volonté de créer le groupe de négociation venait-elle de vous ou de votre hiérarchie ?

M-M : Au tout début du RAID, la négociation était menée par le chef de service.

Après l’affaire tragique de Ris Orangis en 1989, j’ai eu l’opportunité de partir à Quantico (FBI Academy) où l’on m’a  proposé de participer à la formation des «crisis negociator ».

A mon retour en France, j’ai pensé que les méthodes américaines ne pouvaient pas exactement s’appliquer à la mentalité française et qu’il fallait les adapter.

Dans cette perspective, j’ai alors entamé un parcours universitaire (criminologie avec psycho criminelle, diplôme universitaire  du 3° cycle en psychiatrie criminelle, une année de victimologie et une année de psychiatrie).

Je me suis dit que la connaissance de la psychologie criminelle  et des troubles de l’humeur et du comportement  sans oublier les psychotiques  pouvait nous être d’un grand secours.

F-S : Pour quelles raisons ce groupe a-t-il été créé ?

M-M : Afin d’apporter une réponse concertée aux situations de crise, créer une structure « tampon » qui vu de concert avec les décideurs pour tenter d’apporter une solution « soft » à la crise.

 

 

F-S : Tout était à faire, comment avez-vous procédé ?

M.M : Il a d’abord fallu que je me rende crédible aux yeux de ma hiérarchie d’où ce cycle d’études  en cours du soir sur une période de quatre ans.

Pour finir, mon chef de service de l’époque, m’a proposé d’abandonner la technique  au profit de la négociation.

Avec le temps et la patience, j’ai réussi à fédérer des compétences complémentaires y compris les médecins du RAID et créer la section « gestion de crise / négociation ».

Les choses se sont articulées naturellement.

Je n’avais pas un projet particulier, je  me suis mis à étudier parce que je pensais que c’était bien et utile.

 

 

F-S : De qui était composé le groupe ?

M.M : Le groupe était composé de un psychologue, un policier assistant, quatre médecins et moi.

 

F-S : Dans les années 90, aux Etats-Unis, la négociation était un service à part de l’intervention.

Selon vous, la négociation et l’intervention devaient d’être complémentaires.

M.M : Effectivement, je pense malheureusement que cette configuration est toujours à l’ordre du jour de beaucoup de pays.

Le grand principe à l’époque comme disait les américains était « stall for time », ça veut dire « gagner du temps » pour favoriser l’intervention.

La plus belle illustration de cette dichotomie est l’affaire de Waco au Texas.

Le ranch en état de siège, les forces d’intervention d’un côté, le groupe de négociateurs de l’autre, et au final, les américains ont déploré plus de 70 morts…

 

 

F-S : En combien de temps avez-vous été opérationnel ?

M.M : Je ne veux pas passer pour un fanfaron mais je pense que cela s’est fait assez vite.

La raison est qu’au départ, il faut une belle expérience de la vie et des hommes, une capacité à écouter et à communiquer … et ça on l’a ou on ne l’a pas.

Après se rajoutent  des techniques, des combines, beaucoup de psychologie et de tact, et une très bonne connaissance des pathologies mentales et des comportements extrêmes en situation de crise.

 

 

F.S : Comment la négociation a-t-elle été perçue par les fonctionnaires du service ?

M.M : Au départ avec un sourire qui s’est transformé par une moue dubitative, emprunte d’amertume voire de frustration, jusqu’au moment où mes collègues ont compris que c’était incontournable même si cela leur enlevait la possibilité de monter à l’assaut, ce qui est, je dois l’avouer, un moment très excitant.

Michel Marie en plein travail sur la première valise de négociation

F.S : Quelle a été la première mission du groupe ?

M.M : Franchement, je ne m’en souviens pas, il y en a eu beaucoup.

Il faut savoir qu’à l’époque où j’étais au RAID, sur trois affaires, deux se réglaient par l’assaut et une par la négociation.

En fait il y a eu la prise d’otages de Nantes alors que le RAID venait juste d’être mis en place, et la négociation a été menée par Robert Broussard.

Mais c’était bien avant la création de la cellule de négociation du RAID.

 

 

F.S : Quels étaient les profils d’individus les plus complexes ?

M.M : Les plus dangereux étaient probablement les paranoïaques car la marge de négociation était très faible et les malades mentaux avérés (schizophrènes par exemple) en raison de leur côté « passage à l’acte » imprédictible..

C’est pourquoi il était très important  de comprendre ces mécanismes de passage à l’acte pour réduire l’incertitude et anticiper dans la mesure du possible.

 

 

F.S : Quels sont les points- clés d’une négociation ?

M.M : Je suis partisan de la réduire au minimum mais c’est variable en fonction des situations et du niveau de dangerosité.

 

 

F.S : Que considériez-vous comme un échec ? Comment le viviez-vous ?

M.M : La mort du forcené ou du preneur d’otages.

Je me disais toujours qu’on aurait pu s’y prendre autrement pour éviter cela.

A titre personnel,  j’avais cette faculté de prendre de la distance par rapport aux événements, même si j’étais contrarié ou peiné, la vie continuait et l’actualité se chargeait de nous faire penser à autre chose.

 

 

 

F.S : Vous avez participé à combien de missions en tant que négociateur ?

M.M : Difficile à dire, je n’ai jamais tenu de comptabilité des interventions.

Certaines interventions étaient médiatisées et d’autres pas du tout.

Il m’arrivait  de me rendre sur les lieux d’un fort chabrol avec un collègue du RAID, à charge pour moi d’évaluer la situation pour faire ou non intervenir mes collègues du service.

Si je pensais que l’affaire pouvait se régler en souplesse sans la grosse artillerie, je me débrouillais et rendais compte à mon patron de la situation.

J’avais un rôle important en matière d’évaluation.

J’avais mis au point avec deux informaticiens, un logiciel basé sur l’intelligence artificielle qui pouvait précisément définir le degré réel de danger et surtout nous donner un aperçu du profil psycho-pathologique du forcené / preneur d’otages.

 

 

F.S : Pourquoi avoir quitté le service ?

M.M : Une évolution de carrière qui tendait vers zéro et proche de l’infini…

Un nouveau chef de service qui n’avait guère de considération pour moi, et quinze ans au RAID, il faut bien l’avouer, ça use.

Il faut savoir décrocher un jour et je suis parti en 2000.

Le moins que l’on puisse dire c’est que je n’ai pas été beaucoup aidé par ma hiérarchie, je me suis débrouillé seul et j’ai trouvé un poste très intéressant pour le compte de la Commission Européenne dans les pays de l’Est.

En fait, j’ai terminé ma carrière à la Commission.

 

 

F.S : Comment voyez-vous la négociation aujourd’hui ?

M.M : Difficile d’en parler vu que je ne suis plus dans la course.

Je sais simplement qu’au sein du RAID, la négociation est devenue un service majeur dont l’utilité n’est plus mise en doute.

 

 

 

F.S : La France comme d’autres pays, a été victime d’attaques terroristes.

Comment négocier avec un ou plusieurs individus qui ont assassiné lâchement des gens sans défense ?

M.M : Ca a déjà été dit mais que faire devant des gens qui ont la conviction inébranlable de détenir la vérité, qui n’ont pas peur de la mort… ou qui la cherche pour devenir martyr.

La négociation en tant que telle, on laisse tomber.

En revanche, l’équipe de négociation comme cellule de réflexion, d’aide à la prise de décision, de prise en charge des victimes, d’outil de communication, cela reste très important.

 

F.S : Comment voyez-vous l’avenir ?

M.M : Ce serait un peu long à expliquer dans le cadre de cet article.

Disons que je le vois sombre, et que rien ne semble infléchir la courbe ascendante de la violence.

Le RAID n’a pas fini d’intervenir.

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Interview Robert Paturel

Fabien : 30 octobre 2016 9 h 57 min : ACTUALITES, interviews

Après 30 ans dans la Police Nationale (dont 20 au RAID) comme intervenant, instructeur et négociateur,, boxeur de haut niveau, il a fait partie de la BAC (brigade anti-commando) puis moniteur de sport à l’ENPP avant de rejoindre le RAID, le GIPN de la Réunion puis un retour définitif  au RAID.

Policier dans les services spécialisés, il a été négociateur, formateur… Il a été un policier de l’ombre au mental aussi gros que le cœur.

FIPN-SDLP : Peux-tu te présenter succinctement ?

Robert Paturel : Je suis marié, j’ai 6 enfants (en plusieurs fois lol)

 

F-S : Tu as été un tireur (boxe française) au plus haut niveau, pionnier du tonfa en France, professeur de B.F pour la BRI avant de l’intégrer.

Quelles étaient tes motivations pour entrer dans la Police Nationale ?

R.P : Je ne pouvais bien pas m’entraîner en étant pâtissier et en travaillant 12 h par jour (à mi-temps, comme dirait Coluche), c’est la raison pour laquelle des policiers de mon club de boxe à Nanterre m’ont  poussé à entrer dans la grande maison. Je suis vraiment arrivé par hasard et je suis rentré uniquement pour être moniteur. Puis la vocation est venue toute seule et j’ai aimé ce métier qui est très beau quand on le fait bien.

 

LA BRI

F-S : Comment as-tu intégré le service ?

R.P : En fait la BAC brigade anti-commando (ancêtre du RAID) était composée de 20 « inspecteurs » de la BRI ( la fameuse « anti-gang » de Robert Broussard) et de 20 moniteurs (sports de combat et tir)  des inspecteurs de la BRI ont commencé par me demander de les entraîner en boxe , ce que j’ai accepté avec plaisir , puis j’ai intégré la BAC.

 

 

F-S : Tu as participé aux missions de la BRI rapidement ou tu as dû attendre quelque temps ?

R. P : Dès que j’ai intégré j’ai participé aux interventions de la BAC BRI. J’étais appelé , je partais avec ma voiture perso jusqu’au 36, je laissais ma voiture en double file avec les clefs dessus, et je fonçais rejoindre les collègues. On était en civil , on avait un gilet pour trois mais un cœur gros comme ça. On y croyait.

 

F-S : Comment s’articulait le travail de la BRI?

R.P : La BRI faisait son boulot de surveillances et filatures et du « saute-dessus » nous on faisait nos formations écoles , et quand on était appelé on se réunissait tous pour gérer une crise (forcené prise d’otage etc.)

 

F-S : Le travail était bien différent par rapport à aujourd’hui, vous étiez sollicités sur quels genres de missions ?

R.P : Prise d’otage, forcené, protection rapprochée…

 

F-S : Tu étais présent pendant l’affaire « des irakiens » ?

R.P : Non

  

 

LE RAID

F-S : Tu es resté combien de temps à la BRI avant de candidater au RAID

R.P : J’étais à la BRI de 1980 à 1988.

 

F-S : Quand et pour quelles raisons  es-tu entré au RAID ?

R.P : Logique, tous les cadres de la BAC BRI ont été aspirés au RAID pour la création, donc logiquement on m’a demandé de l’intégrer à la création, mais à l’époque j’avais beaucoup d’activités sportives : enseignant, manager de plusieurs grands champions, donc je me suis rendu disponible avant d’intégrer en 1988.

 

F-S : Les missions du RAID à ses débuts étaient très variées ; investigation, filatures, interpellations d’individus dangereux, grand banditisme, forcené retranché, protection rapprochée… les policiers se formaient eux-mêmes ? Comment s’est passé le début ?

R. P : Les policiers du RAID  s’auto-forment c’est-à-dire qu’il y a des spécialistes de très haut niveau dans toutes les disciplines.

Robert Broussard l’avait bien compris , sachant que les spécialités sportives venaient plutôt de la tenue, il a  récréé au RAID le mélange qu’il avait fait à la BAC (civiles et tenue).

 

F-S : Très vite, le RAID a fait parler de lui : l’affaire au Palais  de Justice de Nantes, l’arrestation des membres de « Action  Directe », la neutralisation de « H.B », le gang de Roubaix… Quelles affaires t’ont le  plus marquées ? Et quelles sont les plus connues auxquelles tu as participé ?

R.P : Je suis rentré juste après action directe et j’ai regretté de ne pas en être,  j’ai loupé Roubaix aussi et je l’ai regretté car mon meilleur ami y a été grièvement blessé et je m’en suis voulu de ne pas avoir été là pour lui. J’étais à Neuilly et ça reste un grand moment autant pour la durée que par le stress engendré.

 

F-S : Le RAID avait des équipes d’assaut et d’autres en filature et investigation. Ce n’était pas trop difficile de passer de l’arrestation de criminels et de faire des filatures la semaine suivante ?

R.P : Non c’était justement plaisant et passionnant pour tout le monde de « varier les plaisirs ».

 

F-S : Avais tu constaté au fur et  à mesure des années que la violence des individus que vous interpelliez augmentait ?

R.P : Oui ceci dit les interventions sur les islamistes ont commencé très tôt et je pense que ceux qui nous dirigent ont mis le temps à prendre la mesure du phénomène. J’entends encore Jean Louis Debré (alors ministre de l’intérieur) clamer haut et fort à Roubaix qu’il ne veut pas entendre parler de terroristes islamistes.

 

F-S : Pour quelles raisons es-tu parti au GIPN de la Réunion ?

R.P : J’avais dix ans de RAID , un besoin de tourner une page et envie de faire découvrir à ma famille cette magnifique île.

 

F-S : Comment as-tu vécu cette expérience ?

R.P : Ça restera une belle expérience pour tout le monde et une de mes périodes préférées en Police; bac de jour, saute dessus, opérations petit déjeuner, interpellations de toutes sortes, protection rapprochée et une bonne équipe avec moi.

 

F-S : Y avait-il des différences entre les missions d’un GIPN en outre-mer et celles en métropole ?

R.P : Oui, notamment le fait qu’on prenait des voitures et qu’on tournait en ville pour des rondes anti-criminalité.

F-S : Tu es revenu à Bièvres en tant que formateur, avec des anciens du service, comme toi.

Les formateurs participent-ils aussi aux interventions ?

R.P : Les patrons m’ont proposé de revenir, j’ai accepté. Au RAID les formateurs font partie du groupe d’intervention et interviennent comme les autres, j’avais un peu instauré ce système car au départ on m’avait proposé de ne faire que de la formation, mais on n’aurait pas été crédibles en restant  dans la salle de sport. La seule façon de rendre crédible une technique c’est de montrer aux autres qu’on l’applique et que ça marche.

 

F-S : Pourquoi avoir choisi la formation ?

R.P : C’est la formation qui m’a choisi , j’aime le partage des connaissances et j’aime aider mes collègues.

 

F-S : Selon toi, quelle est l’épreuve des tests du RAID qui montre la mieux « le profil du candidat » ?

R.P : Le combat bien sûr ; « dis-moi comment tu combats je te dirai qui tu es ».

 

F-S : C’est vous qui décidiez des tests ?

R.P : C’est toujours à peu près les mêmes, on va rechercher des gens en forme avec un bon esprit collectif et capable d’assurer une mission même en étant soumis à un stress intense.

 

F-S : Combien de temps durait la formation d’un policier du RAID ?

R.P : Elle dure trois  mois environ mais la formation reste continue pendant toute la durée de sa présence au RAID.

 

F-S : Un candidat qui échouait à une épreuve, pouvait-il se représenter aux tests ?

R.P : Ça dépendait de l’endroit ou il avait échoué et si il n’y avait pas de contre-indication (médicale ou psy).

F-S : A leur création, les négociateurs  semaient le doute;  comment s’est passée la relation « assaut/négo », tu as fini par le devenir d’ailleurs.

R.P : Je me suis toujours intéressé à la négociation et au départ ce sont qui s’intéressent à moi de par mon profil de vieux baroudeur pour faire l’inter face avec des « guerriers ».

F-S : L’affaire du gang de Roubaix a fait grand bruit, c’était les prémices de ce qu’il se passe aujourd’hui. Déjà à l’époque, les politiques ne voulaient pas parler de « terrorisme islamiste », c’est un terme que les politiques ont du mal à dire, encore aujourd’hui…

R.P :Oui comme je le disais plus haut, les politiques se voilent la face car ils sont tous un peu responsables de ce qui se passe…

 

F-S : Que peux tu dire des patrons de ce service ?

R.P : Il y en a eu d’excellents et des moins bons !!!mais j’ai toujours entretenu de bons rapports avec eux , je ne pense pas qu’un seul d’entre eux puisse me faire quelque reproche.

 

LA RETRAITE

F-S : A quel âge es-tu parti à la retraite ?

R.P : Je suis parti à l’âge de 55 ans.

 

F-S : Ton parcours est un modèle pour beaucoup de policiers, boxeur, sportif polyvalent, policier à la BRI, au GIPN et au RAID.

Tu ne restes pas inactif puisque tu as créé l’ADAC (Académie des Arts De Combat) et tu donnes des stages partout dans le monde.

En quoi consiste l’ADAC ?

R.P :  L’ADAC (académie des arts de combat) n’a pas été crée par moi mais par Eric Quequet un collègue, ancien du GSPR (Groupe de Sécurité de la Présidence de la République) , c’est une association qui met en place des techniques d’auto-défense réfléchies (comportemental, gestion du stress, gestion des conflits, mises en situation etc))

Il y a longtemps que nous sommes amis avec Eric et lorsque je me suis aperçu que mon système (boxe de rue) était très proche du sien (savate défense) nous avons décidé de fusionner.

 

F-S : En ayant participé à un de tes stages et en visionnant des vidéos, tu sembles utiliser plusieurs techniques  venant du kali, du wing chun… Quels arts martiaux as-tu pratiqués ?

R. P : J’ai survolé beaucoup de choses, et j’ai fait mes courses par ci par là, en adaptant des techniques existantes, en les simplifiant parfois pour les rendre plus « assimilables » par tout le monde. Mes sources : la boxe  (les percussions); l’aïkido,(les déplacements) le kali, (les armes blanches et bâtons)le penchack, (efficacité),le krav (simplicité), la lutte  etc…

F-S : Tu écris également des livres (L’esprit du combat, Tonfa sécurité, Les panthères noires de Bièvres, Mémoires du RAID, Boxe de rue – techniques et étude  comportementale,  le RAID à l’épreuve du feu, Boxe de rue 2 – sensibilisation et défense contre armes, participation au livre « Impact 357, avec Christophe Pourcelot, dédié à la préparation physique ) qu’est ce qui t’a donné envie de prendre la plume ?

R.P : Par hasard aussi, une immobilisation suite à une opération, je ne pouvais pas rester sans rien faire , alors j’ai commencé à écrire pour moi, pour mes enfants, pour mes élèves, puis mes écrits ont intéressé un éditeur(Chiron) puis je me suis pris au jeu.

 

F-S : Tu as accueilli Alain Figlarz, comédien et coordinateur de cascades, au RAID pour son émission « L’Insider ». Il a passé quelque temps au sein du service, pour s’entraîner avec vous sur des simulations de prise d’otages, au tir et en boxe.

Comment as-tu organisé ceci ?

R.P : En fait c’est lui et le metteur en scène qui ont choisi les morceau à tourner, moi je suis juste l’accompagnateur à la demande d’Alain qui voulait absolument que je sois avec lui pour tourner cet épisode, car c’est moi qui lui avais fais découvrir  le RAID quelque 20 ans plus tôt.

 

F-S : Nous avons vécu  depuis 2015 des attentats marquants, les assassinats de Charlie Hebdo, ceux du Bataclan, l’église du Rouvray, les policiers tués à Magnanville…

 Était-ce prévisible selon toi ?

R.P : Non seulement c’était prévisible car on a eu pas mal d’avertissements. Mais je crains que ça ne soit que le début d’une longue période de terreur. Il va vraiment falloir que nos politiques prennent la mesure de la catastrophe qui va se jouer !!

 

F-S : Depuis Viry Chatillon, on constate un mouvement considérable chez les policiers, qui revendiquent plus de moyens, humains et matériels ainsi qu’une révision de la loi.

Toi et Maître Liénard sont les portes paroles de ce mouvement.

Qu’est-ce que ça implique ?

R.P : Je tiens à préciser que nous sommes uniquement les porte –paroles, on n’est pas  meneurs ni organisateurs , nous sommes là en soutien et  j’ajouterai que nous le faisons gracieusement !!!

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Interview de Christophe H. ancien Major du GIPN de Lyon

Fabien : 3 mai 2016 21 h 07 min : interviews

Le premier magazine « RAIDS » que j’ai acheté était le n°148, avec en couverture le GIPN de Lyon.  C’était en septembre 1998, aujourd’hui, l’ancien numéro 2 du service a accepté que je l’interviewe

FIPN-SDLP : Quelles ont été tes motivations pour entrer dans la Police Nationale ?

Christophe H. : J’ai eu la chance de découvrir le métier de policier très jeune grâce à mon père qui était lui-même policier. Et quel plus beau métier existe-t-il que celui qui peut vous permettre de combattre le mal en protégeant les justes…

F-S : Dans quels services as-tu travaillé avant d’intégrer le GIPN ?

C.H : J’étais à la brigade de nuit du 11eme arrondissement de Paris, la BAC 75 N et la BAC de Lyon.

L’habilitation GIPN

F-S : Comment as-tu connu le GIPN ?

C.H : j’en avais entendu parler par  l’intermédiaire de mon gradé lorsque j’étais à la BAC de Paris.

F-S : Quels étaient tes points forts et tes points faibles ?

C.H : Mes points forts étaient  l’esprit de groupe, les sports de combat, le tir, les activités aquatiques et les techniques d’intervention.

Mes points faibles,  la course à pied, l’escalade et la descente en rappel (je n’en avais jamais fait…)

F-S : Te souviens-tu du nombre de policiers  que vous étiez au début et du nombre de retenus ?

C.H: J’ai passé l’habilitation GIPN en 1996.

Il y a eu 600 dossiers reçus par la cellule de coordination des GIPN,  70 candidats ont été convoqués pour 10 habilités.

 

F-S : Comment s’est déroulée l’habilitation GIPN ?

C.H: L’habilitation s’étendait sur dix jours de tests physiques et psychologiques  en étant observé  constamment par des policiers du GIPN et  des psychologues  à  l’École de Police de Saint-Malo.

On avait des tests écrits qui déterminaient notre profil et notre rapidité de réaction, des simulations de débats en groupe sur des sujets sensibles.

Des tests de résistance (test Cooper, parcours GIPN avec obstacles), boxe anglaise, pied poing, sol. Tir de précision, tir de combat, tests de cran (progression en hauteur, descente en rappel, passage dans des trous étroits avec de l’eau) simulation d’intervention de police en équipe…plus des footings de nuit…

A l’époque, les tests n’étaient pas mixtes avec le RAID. C’était organisé par la cellule de coordination des  GIPN, mais un commandant du RAID, négociateur, était venu me demander, à l’issue des tests d’intégrer le RAID.

Les tests étaient encadrés par des instructeurs et des champions des GIPN.

 

F-S : Quelles étaient les épreuves que tu redoutais ?

C.H : Principalement les tests de vertige et le Cooper.

F-S : L’épreuve la plus redoutée par les candidats est celle des sports de  combat, comment l’as-tu vécu ?

C.H: Je l’appréhendais effectivement, même si j’aimais ça, car avant de passer notre tour, on voyait les copains se faire ouvrir par les instructeurs… Nez cassé, KO, visage en sang…

F-S : Au final, le candidat sélectionné  pouvait-il choisir le GIPN de son choix ou ça lui était imposé ?

C.H: Il pouvait choisir le GIPN de son choix, bien sûr, en fonction des places disponibles.

 

 

Le GIPN

F-S : Pourquoi avoir choisi le GIPN de Lyon ?

C.H : J’ai choisi celui de Lyon parce qu’il il y avait une place disponible pour moi immédiatement.

 

F-S : Comment s’est passée ton intégration au sein du GIPN ?

C.H: Les mentalités étaient différentes à l’ époque. Je suis arrivé en même temps que deux autres copains, et nous avons dû faire nos preuves avant d’être vraiment acceptés.

 

 

F-S : Combien d’années faut-il pour qu’un policer du GIPN soit parfaitement opérationnel ?

C.H: Il faut à peu près trois ans pour qu’une recrue soit opérationnelle.

 

 

F-S : Quelles formations et habilitations tu as du passées ?

C.H: Explosifs, protection rapprochée, techniques d’intervention en hauteur, tir de haute précision, moniteur de tir, instructeur en technique d’intervention, négociation  en interne….

F-S : Contrairement au RAID, les policiers des GIPN se doivent d’être polyvalents, avais-tu une préférence dans un domaine ?

C.H: Oui, j’avais une préférence pour l’assaut, le commandement du groupe, la négociation et les techniques d’effraction.

 

F-S : De combien de policiers le GIPN de Lyon était composé ?

C.H: Nous étions vingt-quatre policiers.

 

 

F-S : De quoi était composée l’armurerie et de quel matériel disposiez-vous ?

C.H: Tu comprendras que je ne peux pas répondre à cette question…. On disposait de matériel de pointe.

F-S : Sur quel type de missions vous travailliez le plus ?

C.H: A l’époque, nous étions régulièrement appelés pour des interpellations à domicile de dangereux individus armés, les forcenés armés retranchés, et les protections rapprochées.

F-S : As-tu fait des formations à l’étranger ? Si oui, tu peux nous dire dans quel pays ?

C.H : Oui, en Afghanistan, au Liban, à Haïti, au Nicaragua, au Cambodge.

F-S : Y avait-il des échanges avec des services français et étrangers ?

C.H: Il y en avait très peu à l’époque, il y en a bien plus aujourd’hui.

F-S : Contrairement à certains GIPN (Nice, Marseille, Bordeaux), le GIPN de Lyon n’est pas médiatisé, est-ce une volonté du service ?

C.H: Non, nous avons une tranquillité toute relative vis-à-vis des médias…

F-S : Lyon et sa banlieue sont réputés par leur dangerosité, Khaled Kelkal s’y était caché et y a été neutralisé.  Vous avez travaillé sur le terrorisme à l’époque ?

C.H: J’ai effectivement participé à des opérations mais là également je ne pourrai pas t’en dire d’avantage.

F-S : En quoi consistait les échanges inter GIPN ?

C.H: On s’entraînait sur des formations tactiques, diffusion de formations au profit de groupe d’interventions étrangers et missions opérationnels…

Nous nous retrouvions sur des formations diffusées aux polices étrangères, sur les tests GIPN,  les formations spécifiques ( TIH, Explosifs,  avec les militaires) ou avant certains événements important pour réviser nos gammes, et les chefs de groupe se réunissaient deux fois par an…

F-S : Y avait-il des échanges avec le RAID, entrainement ou missions conjointes ?

C.H: Pratiquement toutes nos formations se faisaient avec des collègues du RAID, certaines se faisaient même à Bièvres.

Nous étions régulièrement mixés sur les grosses missions en France et à l’étranger :  coupe du monde de football, de rugby, protection de personnalité, extraction de détenus dangereux, procès à risque, grosses interventions…

 

F-S : Quelle est la mission que tu gardes en mémoire ?

C.H: Ma première intervention, le 24 décembre 1996, au Puy-en-Velay, un homme lourdement armé s’était retranché au palais de justice après avoir tiré sur les policiers… Je m’étais fait tirer dessus à la chevrotine à travers le sas d’accueil… Je n’avais été touché que légèrement.

 

 

F-S : L’année dernière, les GIPN de métropole perdaient leur nom au détriment d’« antenne RAID», qu’est-ce que ça t’inspire ?

C.H: Cela m’a un peu attristé car j’y ai passé 17 ans. L’écusson du GIPN représentait des valeurs, qui à mon sens étaient importantes. C’est le premier  groupe d’intervention  Français. Créé en 1972, avant le GIGN et le RAID.  Les GIPN intervenaient beaucoup et avaient une rigueur collective très spécifique…

 

 

F-S : Quand et pourquoi as-tu quitté le service ?

C.H: J’ai quitté le GIPN parce que  je commençais  à être usé physiquement ( blessures et usures des articulations), mais également pour me rapprocher de mes filles qui vivaient avec leur mère dans le sud.

 

Aujourd’hui

F-S : Tu as créé l’Académie GI, peux-tu nous en parler ?

C.H: C’est une activité extra professionnelle que j’ai montée avec des copains dont un ancien des forces spéciales, tous pointus dans leur domaine. Nous proposons des stages de cohésion intégrant des activités un peu fun en rapport avec la formation d’un GIPMAN. Tout ça à destination des particuliers et des entreprises…

 

F-S : Tu penses ouvrir d’autres académies GI ailleurs en France ?

C.H: Pour le moment non. Lorsque j’ai réfléchi à ce concept, j’ai voulu me démarquer de ce qui se faisait  par nos copains militaires, mais j’ai également voulu partager la beauté de l’environnement dans lequel je vis aujourd’hui,  et qui est juste magnifique!! Le secteur du Pic saint loup â côté de Montpellier.

F-S : Quelles sont le profil de personnes qui viennent à l’académie ?

C.H: Toutes sortes de profils : hommes, femmes, sportifs, sédentaires souhaitant se dépasser et travailler la confiance en soi, groupes d’entreprises, équipes de sport recherchant la cohésion, curieux, personnes fascinées par nos profils voulant échanger….

F-S : Que propose l’académie ?

C.H: Nous proposons des stages inédits accessibles à tous, permettant de participer à des activités hors normes, ludiques, un peu sportives, et qui permettent de développer la cohésion, la confiance en soi, la gestion du stress, de mieux se connaître, d’échanger avec des ex membres d’unités d’élite, ou tout simplement de vivre un tripe sympa pendant 60 heures…

 

 

F-S : Qui sont les encadrants ?

C.H: Ce sont des spécialistes diplômés en fonction dans certaines unités de la police, des pompiers formateurs, coach sportif, une infirmière diplômée d’État.

 

 

F-S : De quoi se compose le stage ?

C.H: Je ne peux pas trop rentrer dans les détails mais nous proposons un enchaînement d’activités tel que de la descente en rappel, des progressions simulées en binôme avec réplique d’airsoft, une opération spéciale d’extraction d’otage, des tyroliennes façon test de cran,  une via ferata super sympa, et plusieurs surprise….Le tout accessible par tous de 16 à 70 ans.

 

 

F-S : Comment se comportent les stagiaires ?

C.H: Ils sont très réceptifs, très concentrés. Ce qui m’a marqué à plusieurs reprises, c’est la joie excessive exprimée par certains après avoir réussi à passer une épreuve qu’ils redoutaient!!! Que du plaisir pour les instructeurs…

 

F-S : Une fois le stage terminé, qu’ont-ils préféré et quel est leur ressenti ?

C.H: Cela sera plus simple d’aller visionner leur réaction sur notre site academiegi-gi.fr

Mais cela dépend des personnes, ils apprécient généralement bien les tyroliennes,  les opérations spéciales, et le parcours stress avec réplique d’airsoft…et certaines surprises du chef……

 

 

F-S : Tu peux vivre de l’Académie ou tu exerces encore aujourd’hui ?

C.H: Non, pas pour l’instant. L’objectif est juste de partager des moments sympas avec les copains et des nouvelles personnes, tout en profitant d’un environnement hors norme… Mais qui sait?

 

 

F-S : En 2015, la France a été marquée par le terrorisme. Selon toi, cela était-il inévitable ?

C.H: Oui, et malheureusement ce n’est pas fini… La menace est très importante. Notre pays sera à nouveau frappé par des attaques structurées ou isolées c’est certain. Mais on ne sait pas où ni quand même si nous avons des idées….

Tous les Français vont devoir nous aider à combattre ces individus… Ils vont devoir apprendre à regarder au lieu de voir ce qui les entoure et surtout à réagir vite en cas d’attaque!

Beaucoup d’attentats ont été déjoués sur le territoire national, on le sait.

 

F-S : Qu’as-tu pensé des interventions de tes « frères d’armes » ?

C.H: Je pense qu’ils ont fait le job, et qu’ils ont sauvé des vies. Maintenant il est très facile de commenter, de critiquer quelque chose qui n’a pas été vécu… Mais que ceux qui se permettent de dénigrer aillent progresser face à des individus suicidaires qui vous tirent dessus à l’arme lourde  et nous verrons ce qu’ils feront…

N’oublions qu’un homme reste un homme. Les hommes qui composent les groupes d’inter sont tous des mecs qui tiennent la route et qui sont entraînés mais ce ne sont pas des robots ! »

 

Photos © Christophe H.

 

 

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Interview de « La Hyène »

Fabien : 4 avril 2015 8 h 46 min : interviews

Présentation

FIPN-SDLP : Peux-tu te présenter ?
La Hyène : J’ai 46 ans, marié, j’ai deux enfants une fille de 22 ans et un garçon de 21 ans.
je suis démineur depuis cinq ans à la Sécurité Civile.

F-S : Quel est ton parcours de policier ?
L H : Je suis entré dans la Police Nationale à vingt-trois ans en septembre 1991 après avoir passé cinq ans dans les chasseurs alpins au 13 ème BCA à Chambéry.
J’ai fait mon école de police à Saint Malo et à l’issue j’ai intégré la CRS 51 à Saran en septembre 1992. J’y suis resté 5 ans. J’ai postulé au RAID en février 1998 et j’ai intégré le service le 6 avril 1998.
J’y ai passé 12 ans de ma vie avant de partir au déminage.

Le RAID

F-S : Quelles ont été tes motivations pour intégrer le RAID ?
L H : Je pensais que ce n’était pas pour moi car le RAID paraît souvent inaccessible. C’est un ami qui s’était inscrit pour les sélections et qui m’a dit de tenter ma chance. J’ai réussi et lui non comme quoi la vie  réserve parfois  des surprises…C’est un beau service.
Pour les motivations ce n’est pas toujours facile à exprimer, on a envie d’action, de se perfectionner dans de multiples domaines et surtout de faire un autre métier.
C’est un service qui fait rêver, du moins à mon époque et j’espère qu’aujourd’hui il en est de même.

F-S : Quelles ont été les épreuves de sélections les plus difficiles pour toi ?
L H : Toutes les épreuves sont difficiles. Le plus dur est de gérer la durée des tests, il faut être constant, mais je crois que l’épreuve la plus redoutée est celle des combats.

F-S : Pourquoi ce surnom ?
L H : On ne choisit jamais son surnom celui-là c’est un formateur du RAID très connu qui me l’a donné
Et du coup je l’ai gardé même après être parti du RAID.

F-S : Aujourd’hui, le futur policier du RAID ou du GIPN passent l’habilitation FIPN ; formation où ils apprennent les filatures, la protection rapprochée, les interventions… comment s’était passée ta formation ?
L H : Un peu sur le même principe mais la formation était surtout ciblée sur l’intervention et le tir. Durant cette période j’ai vécu des moments fabuleux voire les meilleurs…

Le pool Omega

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F-S : Au sein du RAID tu étais tireur d’élite, pourquoi avoir choisi le pool Omega et comment s’est passée là aussi, ta formation ?
L H : Je suis d’abord passé en groupe d’assaut pendant 4 ou 5 ans et j’ai décidé de prendre un fusil puisque c’était déjà ma spécialité dans les chasseurs alpins.
Le chef du groupe Oméga m’avait déjà sollicité mais j’avais refusé.
J’ai donc pris un fusil et renoué avec cette belle spécialité.
En ce qui concerne ma formation j’ai tout repris à zéro et passé le THP 1, THP2, THP3 (tireur haute précision)

F-S : As-tu passé des tests pour intégrer le pool Omega ?
L H : Je n’ai pas passé de tests pour le groupe Omega, la sélection est basé sur le volontariat, c’est une spécialité qui demande du travail et de l’investissement.

F-S : Quelle a été la durée de ta formation ?
L H : Tu as une formation de base qui peut aller jusqu’à un an mais l’expérience se fait sur le terrain alors ta formation peut durer deux ou trois ans avant d’être bon car être sniper ne se résume pas à se mettre derrière une lunette et « faire du trou dans trou à 100 mètres ».
Il y a d’autres paramètres à prendre en compte et ils sont nombreux.

F-S : Au bout de combien de temps un fonctionnaire du RAID peut-il intégrer un pool spécialisé ?
L H : Il n’y a pas de règles mais je pense qu’avant d’intégrer un pool il vaut mieux passer dans le groupe d’assaut pendant un certain temps pour comprendre le fonctionnement du groupe sur une intervention et par la suite choisir sa spécialité.

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F-S : Y a-t-il une préparation physique propre aux THP ?
L H : Il n’y a pas de préparation physique propre aux THP il faut simplement aimer le tir dans toutes ses variantes, aimer la spécialité et s’investir à fond.

F-S : Quels sont les différents stages et formations que tu as pu faire dans ta spécialité ?

L H : Comme je le disais juste au-dessus une formation te prépare à ton futur job mais rien ne remplace le terrain alors il faut se mettre en difficulté et te remettre en cause à chaque tir et chaque exercice. Il est important aussi d’aller se confronter aux snipers étrangers pour voir si tu progresses ou pour apprendre d’autres techniques de tir, rien ne remplace le terrain et le vécu.

F-S : Quel armement est utilisé et pourquoi ?
L H : Le fusil utilisé et la PGM en 7.62 c’est un fusil qui a fait ses preuves. C’est une arme très fiable et très précise, je pense qu’aujourd’hui d’autres calibres sont très bons et très intéressants comme le 300 win magnum et le 338.

F-S : Sur quel type de mission les THP sont-ils appelés à l’étranger ?
L H : A l’étranger les missions sont souvent des points hauts ou des échanges entre snipers ou de la formation de tireur.

F-S : Est-il parfois difficile de trouver le bon poste de tir en intervention et quelles sont les difficultés que tu peux rencontrer ?
L H : Choisir un poste de tir n’est pas si simple que cela car au-delà d’avoir un bon visuel il faut pouvoir faire feu et prendre en compte la pénétration de ton projectile.
La plus grosse difficulté ou plutôt la plus grosse frustration est de ne pas pouvoir renseigner le groupe d’assaut.

F-S : Quel est ton regard sur le fait d’avoir quelqu’un en ligne de mire ?
L H : Cela ne me pose pas de soucis particuliers, c’est un objectif qu’il faudra neutraliser si nécessaire. Ce qui compte c’est de protéger tes potes qui sont à la porte ou qui donnent l’assaut sans oublier d’éventuels otages.

F-S : Connais-tu ton record de distance sur un tir en intervention et à l’entrainement ?
L H : L’important  n’est pas de dire « j’ai fait un tir a X mètres, je suis le plus fort » je pense qu’un sniper longue distance n’est rien sans son spotter car c’est lui qui donne les distances et les corrections de tir au tireur.
Le tir plus éloigné que j’ai pu faire à l’entrainement est de 2100 mètre environ.
Concernant l’opérationnel, tu comprendras que je ne peux en parler.

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F-S : Si c’était à refaire, reprendrais-tu le même poste au sein du RAID ?
L H : Oui plus que jamais c’est une spécialité que j’aime et je continue à pratiquer sur mon temps libre. Quand je le peux, je partage mon savoir.

F-S : Le pool Omega est désormais ouvert aux femmes, qu’en penses-tu ?
L H : Le problème n’est pas que l’on soit homme ou femme pour la petite histoire en 39/45 les meilleurs snipers russes étaient des femmes car elles n’avaient ni pitié ni remords aujourd’hui c’est différent cela ne change rien si la personne est compétente et surtout si elle a conscience de ce qu’elle doit faire pour atteindre son objectif, on ne prend pas un fusil parce que c’est la mode ou pour une histoire de parité.

 

F-S : Tu as participé à l’Urban Shield, comment cela s’est fait, et quels souvenirs en gardes-tu ?

(L’Urban Shield  est une compétition  américaine qui a lieu chaque année, et qui regroupe différents SWATS américains. Les équipes interviennent sur plusieurs scénarios d’interventions qu’ils peuvent rencontrer dans leur vie professionnelle. Cette compétition dure 48 heures. En 2009, le RAID est invité à se mesurer aux américains et termine à la cinquième place).

L H : Un groupe a été constitué de plusieurs spécialités puisqu’à la base nous avons tous le module intervention j’ai donc fait partie du groupe avec la casquette sniper. Mon plus beau souvenir reste la cohésion au sein de ce groupe durant toute la compétition et pour moi la plus belle sera celle où j’ai pu m’exprimer en tant que sniper.

F-S : Étais tu au RAID lors de la création du groupe ATLAS, tu as pu échanger avec quelles unités étrangères ?
L H : A l’époque où le groupe atlas a été créé il n’y avait pas d’échange avec les snipers.
Mais nous n’avons pas attendu la création de ce groupe pour faire des échanges. Nous en faisions souvent avec de nombreux services spécialisés étrangers.

F-S : Y avait-il des échanges avec les THP du GIGN ?
L H : J’ai pu faire des compétitions avec le GIGN mais jamais d’échange en service, à mon époque.

F-S : Quelles ont été les missions les plus marquantes ?
L H : La prise d’otage à la prison de Fresnes, c’était ma première intervention de ce genre, trop top.

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Aujourd’hui

F-S : Que fais-tu aujourd’hui ?
L H : Aujourd’hui je suis démineur à la sécurité Civile, je voulais une reconversion où je pourrais de nouveau apprendre et évoluer.

F-S : Après les attentats qui ont secoué la France en janvier et la neutralisation physique des terroristes, qu’as-tu pensé des assauts du GIGN et de la FIPN ?
L H : Je ne dirais jamais de mal ou de critiques envers mes frères d’armes. Je pense que seul ceux qui ont fait l’intervention peuvent aujourd’hui en parler ; je pense qu’ils ont fait leur devoir et ils l’ont bien fait que ce soit le GIGN ou la FIPN.

F-S : Selon toi, les différentes mentalités et « la compétition voulue par certains » peuvent-elles être un frein à l’entente nécessaire entre le GIGN et la FIPN ?
L H : Je pense qu’aujourd’hui ces deux entités ont prouvé qu’elles pouvaient travailler ensemble et sur plusieurs points de crise, créer un climat de compétition n’est pas une bonne chose et ne peut apporter que des choses malsaines.

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Interview de Christophe Caupenne

Fabien : 27 mars 2015 14 h 00 min : interviews

Chef du pool négociation du RAID pendant 11ans et après 25 ans de police, le Commandant de police Christophe Caupenne a quitté l’institution police en septembre 2011.
Il a depuis ouvert son propre cabinet (Caupenne Conseil) et propose ses services pour des administrations et de grands groupes industriels Français et étrangers.

Le début

FIPN-SDLP : Quelles étaient vos motivations pour entrer dans la police nationale ?
Christophe Caupenne : J’avais vocation à être militaire de carrière, mais mon épouse ne le voyait pas de cet angle-là et donc, je me suis rabattu sur le métier qui permettait d’avoir de l’adrénaline et de remplir une fonction utile à mes concitoyens. C’était la police. J’ai décidé d’embrasser la carrière d’inspecteur de police, donc en civil, et de travailler dans le grand banditisme, en police Judiciaire.

 

F-S : Dans quels services avez-vous travaillé avant de rejoindre le RAID ?

C.C : J’ai exercé au SRPJ de Versailles, antenne d’EVRY, en groupe de répression du Banditisme, puis en groupe Criminel.

 

Le RAID
F-S : Quelles sont les raisons qui vous ont incité à postuler au RAID ?
C.C : Un ami qui était dans mon groupe PJ m’a parlé du RAID et de la négociation… une destinée se mettait en place.
F-S : Avant de rejoindre le pool négociation, quelles étaient vos fonctions au sein du service ?
C.C : Je suis arrivé immédiatement comme officier dans le groupe négociation, afin d’en prendre le commandement. C’était un véritable challenge, car il fallait y formaliser les connaissances et le savoir, afin d’en faire une vraie science.

 

F-S : C’est en apprenant le départ du Commandant Michel Marie (créateur du pool négociation) que vous avez postulé pour le remplacer.
C.C : C’est exact. J’ai remplacé Michel à son poste.
F-S : De qui était composé le pool négociation au complet – et en intervention ?
C.C : L’équipe était constituée d’un binôme garçon et fille, ainsi que d’un psychologue clinicien. C’était une équipe réduite, mais pleine de potentiel et d’enthousiasme.

 

F-S : Quelle est la formation propre aux négociateurs ?
C.C : J’ai mis en place une longue formation de 3 ans et 5 ans, qui est validée par un diplôme de type Licence professionnelle et Master 2, reconnus au RNCP. Cette formation de très haut niveau nécessite de travailler sur l’ensemble des sciences humaines.
F-S : Laurent Combalbert a suivi le stage du FBI, est-il le seul à y être allé ?
C.C : Laurent a été suivre 2 semaines de stage à Quantico. D’autres sont allés à Scotland Yard, d’autres à Johannesbourg… toujours pour suivre la formation de base de négociateur. C’était vital de faire ses premières pratiques, pour connaître et comprendre comment les autres collègues étrangers pratiquaient leur art. Je suis allé moi aussi à Quantico pour travailler dans le cadre du regroupement des « chefs négociation de groupes d’intervention ». Toujours les échanges et les bonnes pratiques en point de mire.
F-S : Y a-t-il un bagage nécessaire pour devenir négociateur , comme un diplôme universitaire.
C.C : Actuellement oui : licence pro et master 2 pro, délivrés au sein du RAID et du GIGN. C’est un cursus que nous avons monté ensemble, avec mes homologues gendarmes.
F-SUne personne qui présenterait des diplômes et une grande expérience en psychologie ou psychiatrie, criminologie peut-elle être « absorbée » par le RAID ou serait-elle obligée de passer les tests ?
C.C : Nul ne rentre au RAID sans être policier, hormis pour les médecins urgentistes ou pour le psychologue clinicien. On « absorbe » personne, même avec une multitude de talents et de diplômes.
F-S : De quoi se composent les différents ateliers des sélections du pool négo ?
C.C : Cela reste un sujet qui ne doit pas être dévoilé. Pardonnez-moi cette discrétion sur le sujet.
F-S : Lors d’une intervention, par quoi commencent les négociateurs et comment vous préparez-vous ?
C.C : Il convient de valider les paramètres de la crise, savoir si ce sur quoi nous arrivons correspond bien à l’objet de notre saisine, car parfois, on vous dit qu’un type retient sa femme et ses enfants en otage et qu’il est fou, alors qu’en fait, il est désespéré et ne menace personne chez lui.
Puis nous devons comprendre parfaitement quelle dynamique est en jeu et trouver le bon angle pour restaurer une communication avec la personne.
Enfin, nous tentons d’obtenir, par la négociation, une résolution pacifique à la crise.

 

F-S : Contrairement aux américains, le pool négociateur et le groupe d’assaut travaillent ensemble. Quels en sont les avantages ?
C.C :  Nous sommes dans un système coopératif, où tout le monde se met au service de la résolution de la crise. A la différence des USA, où il y a une compétition entre les unités.

 

F-S : Quelle est la durée moyenne d’une intervention réglée par la négociation et combien d’interventions se concluent par la négociation ?
C.C : 80 % des opérations sont résolues par la négociation ; c’est un chiffre très important, qui vous fait comprendre l’importance de cette technicité.
En moyenne, une négociation avec un forcené dure environ quatre heures et une prise d’otage, en moyenne une dizaine d’heures. C’est très variable en fonction du profil de l’auteur.
F-S : Sur quels types de profil une négociation est-elle plus difficile ?
C.C : Avec les malades mentaux, car la plupart d’entre eux sont dans un état délirant, qui réduit nos capacités d’influence par la négociation, notamment avec les psychotiques.

 

F-S : Y avait-il des échanges avec les négociateurs du GIGN ?
C.C : Oui, notamment parce que nous avions mis en place un groupe opérationnel afin de résoudre les prises d’otages à l’étranger (la CIN : cellule interministérielle de négociation), RAID-GIGN.

 

F-SVous vous occupiez des formations initiales et complémentaires des négociateurs régionaux des GIPN et ceux de la BRI-PP. En quoi cela consiste-t-il?
C.C : Former des collègues au plus près des affaires régionales, afin que ces unités puissent être autonomes pour intervenir, avec des négociateurs formés.

 

F-SVous avez formé certaines unités des forces spéciales ainsi que d’autres services à l’étranger ?
C.C : Oui, environ 6 à 8 par an, durant 12 ans. Cela m’a permis d’avoir des relais de négociateurs partout dans le monde.
F-S : Pour quelles raisons avez-vous quitté le RAID ?
C.C : Je voulais devenir indépendant, faire de la recherche, former des dirigeants… J’ai donc, après avoir bien servi pendant toutes ces années, après avoir risqué ma vie régulièrement, et après avoir complètement formalisé les connaissances et le savoir-faire sur la négociation, voulu connaître le plaisir de la vie de chef d’entreprise.

 

L’après RAID
F-S : Qu’avez-vous fait après avoir quitté la police nationale ?
C.C : J’ai ouvert un cabinet privé, qui aujourd’hui s’est diversifié dans un nombre important de secteurs d’activités liés à la sécurité et au management.
F-S : Vous collaborez pour plusieurs Ministères et institutions ainsi que des grands groupes, pouvez-vous en parler ?

C.C :  C’est vrai. Mes collaborateurs et moi-même travaillons pour les dirigeants et pour de grands groupes. Les missions sont très variées et nécessitent de rester confidentielles, hormis pour ce qui concerne les formations de managers en matière de négociation, de gestion des conflits, de gestion de crise…

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