« Sur M6, Tatiana Brillant, ex négociatrice du RAID, raconte comment treize ans de crises, du pavillon bouclé au Bataclan, ont affûté son art de l’écoute. Que se passe‑t‑il vraiment quand une voix calme tente de ramener un forcené à la raison ?

Sur M6, le visage est calme, la voix posée. Ancienne négociatrice du RAID, Tatiana Brillant raconte comment elle a appris à parler à des hommes retranchés, parfois prêts à mourir. Pendant treize ans, cette officier a été appelée sur des scènes tendues, du quartier pavillonnaire bouclé au théâtre d’attentats. Derrière chaque intervention, une question revient : comment ramener un forcené vers la vie sans franchir la ligne rouge.

Sur RTL, elle rappelle avoir participé à la prise d’otages de Magnanville, où un couple de policiers a été tué, et être entrée au Bataclan pendant les attaques de 2015. Entre un individu suicidaire barricadé chez lui et un terroriste, le décor change, pas la boussole. Sa méthode, qu’elle détaille aussi dans son livre La Voix du Raid : négocier pour sauver des vies, tient en quelques gestes très précis.

Au RAID, la mission de Tatiana Brillant : stabiliser avant tout

Entrée au RAID en 2004 après des études de droit, formée à la négociation auprès de Scotland Yard et en Afrique du Sud, elle résume sa mission en quelques mots : « L’idée, c’est de stabiliser une situation », explique-t-elle sur RTL. Plus tard, dans le journal d’Anne-Sophie Lapix, elle précise : « L’idée, dans ces situations de crise, c’est de stabiliser un peu les auteurs, de faire chuter la pression et de poser un cadre », avant toute décision.

Pour y parvenir, la négociatrice ajuste d’abord sa propre présence. « On va plutôt être dans la douceur, un ton plus bas, un débit plutôt lent, pour, par mimétisme, faire en sorte que notre interlocuteur se cale plutôt sur notre rythme », détaille-t-elle. Même son matériel envoie un signal apaisant : les négociateurs ne sont pas armés, « parce que nous sommes un dispositif non-agressif et que l’arme envoie un mauvais signal ». Certaines discussions s’étirent pendant des heures, parfois seize, quand l’interlocuteur conteste chaque mot.

L’écoute, coeur de la méthode face aux forcenés et aux terroristes

Au cœur de cette pratique, il y a surtout l’écoute. « L’écoute, c’est typiquement notre métier. Écouter, non pas pour trouver la faille, mais pour trouver le terrain d’entrée, comprendre ce qui est en train de se passer, et dans quelle mesure on va pouvoir s’insérer dans l’histoire de nos interlocuteurs pour commencer à créer du lien », explique Tatiana Brillant. Sur RFI, elle ajoute : « Souvent, les gens partent du principe que, si un individu s’est retranché, c’est nécessairement qu’il est fou. Mais il y a énormément de personnes tout à fait rationnelles, inconnues des services de police, qui en arrivent à de tels extrêmes ». Un tiers environ des personnes avec lesquelles le RAID négocie présente une pathologie, ce qui l’a poussée à se former à la psychologie et à la psychiatrie criminelles.

Face aux terroristes, la ligne reste la même. « On négocie avec eux un peu comme on négocie avec d’autres forcenés », explique-t-elle ; « L’idée, c’est de ne pas rentrer dans l’idéologie, ça ne doit pas être un sujet. (…) On fait tout ce qu’il faut pour essayer de les convaincre ». Au Bataclan, un assaillant a demandé à parler, mais l’assaut a été déclenché avant qu’elle ne prenne le téléphone ; elle raconte que les terroristes n’attendaient que la certitude de la présence du RAID ou du GIGN pour actionner leur ceinture d’explosifs, quitte à mourir en entraînant les policiers.

D’une pionnière du RAID à la négociation du quotidien

Devenue au fil des années la deuxième femme négociatrice du RAID, Tatiana Brillant a dû s’imposer dans un groupe très masculin, où elle voit aujourd’hui la mixité comme une richesse opérationnelle. Elle résume cette conviction ainsi : « Ça a apporté quelque chose de différent parce que dans un groupe, plus vous aurez de mixité, de diversité, plus vous aurez la chance de pouvoir avoir à l’instant T le meilleur interlocuteur ou la meilleure interlocutrice possible. Avoir des hommes, des femmes de tous grades et d’horizons très différents est une richesse pour un groupe, quel qu’il soit, ». Partie dans le privé, à la tête d’une entreprise de conseil qui aide les salariés à négocier leurs contrats, elle sourit : « En dehors des enjeux qui sont quand même légèrement différents, nos techniques sont quasiment les mêmes », conclut-elle. »

Source : Pleinevie.fr – article écrit le 11 janvier 2026

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