

GIPN : les missions d’une unité d’élite de la police nationale
Pendant près de quarante ans, les Groupes d’intervention de la Police nationale (GIPN) ont constitué l’un des piliers de la lutte contre le grand banditisme et les prises d’otages en France. Créés pour répondre à une montée de la violence armée, ces policiers d’élite ont longtemps opéré dans l’ombre, avant d’être intégrés à une structure nationale unique. Retour sur leurs missions, leur évolution et leurs interventions marquantes.

La naissance des GIPN : répondre à une violence nouvelle
Les GIPN sont créés dans un contexte de criminalité armée en forte progression. À l’époque, la police nationale ne dispose pas, en région, d’unités capables d’intervenir rapidement face à des preneurs d’otages lourdement armés.
Le premier GIPN voit le jour à Marseille le 27 octobre 1972, rapidement suivi par d’autres groupes implantés dans les grandes zones urbaines comme Nice, Lyon, Lille, Bordeaux, Strasbourg, Rennes. Leur objectif est clair :
intervenir vite, fort et avec précision, là où les services classiques ne le peuvent plus.
A titre d’information, le RAID sera créé le 23 octobre 1985 et le GIGN en mars 1974.

Des missions centrées sur la gestion des crises majeures
Les GIPN sont spécialisés dans les situations dites « à haut risque ». Leurs missions principales sont :
Prises d’otages et forcenés armés
Cœur historique de leur action, les GIPN interviennent lors de prises d’otages criminelles ou familiales, forcenés retranchés et individus radicalisés ou psychologiquement instables et arrestations de criminels dangereux.
Leur rôle combine négociation, pression tactique et, si nécessaire, assaut armé.
Les GIPN sont régulièrement mobilisés pour interpeller des braqueurs multirécidivistes, des membres du grand banditisme ou des individus soupçonnés de terrorisme.
Ces opérations ont lieu le plus souvent à l’aube, afin de limiter les risques pour la population.

Sécurisation d’événements sensibles
Lors de certains événements à risque (visites officielles, procès sensibles, transfèrements), les GIPN assurent la protection rapprochée de personnalités politiques menacées en renfort du SDLP, la sécurisation lors d’événements importants (G7, G8, coupe du monde…)

Appui aux forces locales
Les GIPN prêtent assistance aux services enquêteurs pour des interpellations à domicile (IAD).

Montée en puissance et coordination nationale (années 1990 – 2000)
Dans les années 1990, les GIPN montent en compétence face à une criminalité de plus en plus mobile et organisée. Leur équipement et leur entraînement évoluent :
armes longues, protections balistiques lourdes, techniques d’assaut en milieu clos.

En 2009, une étape majeure est franchie
Le RAID, les GIPN, la BRI PP et la Brigade d’Intervention sont placés sous une coordination nationale, la FIPN, afin d’améliorer la réponse de l’État lors des crises majeures. Cette réforme marque la reconnaissance officielle du rôle stratégique des GIPN au même niveau que les unités nationales.

Les GIPN face à la menace terroriste (2012 – 2015)
Lors des attentats de janvier 2015, les GIPN ont été mobilisés en appui opérationnel avec les autres unités nationales d’élite ; police (avec le déclenchement de la FIPN) et le GIGN.
Présents en région, ils ont assuré la traque des frères Kouachi et d’éventuels complices.
Leur action a permis de renforcer rapidement le dispositif antiterroriste sur l’ensemble du territoire, à un moment clé de la transition vers une structure unifiée sous l’autorité du RAID.
Le GIPN de Marseille avait neutralisé, en mars 2001, le terroriste Saphir Bghioua à Béziers.
https://fipn-sdlp.fr/un-terroriste-seme-la-panique-a-beziers/

La fin des GIPN et leur intégration au RAID (2015)
Le 1er janvier 2015, les GIPN sont officiellement dissous. Leurs effectifs, leurs compétences et leurs implantations sont intégrés au RAID, qui devient l’unité d’intervention de la police nationale sur l’ensemble du territoire.
Cette réforme vise à unifier le commandement, garantir une doctrine d’intervention unique et maintenir une capacité de réponse immédiate partout en France
Les anciens GIPN deviennent ainsi des antennes RAID régionales, perpétuant leur savoir-faire sous une nouvelle bannière.

Un héritage toujours bien vivant
Si le sigle GIPN a disparu, son héritage opérationnel demeure. Les méthodes, l’expérience et la culture de ces groupes continuent de structurer l’intervention policière de haut niveau en France.
Discrets, rarement médiatisés, les GIPN ont pourtant joué un rôle déterminant pendant près de quatre décennies.

Photos © Stephane Bommert
