Tiphaine, policière de 42 ans, chargée de la sécurité des personnalités politiques

Fabien 18 avril 2017 0
Tiphaine, policière de 42 ans, chargée de la sécurité des personnalités politiques

« « Je dois être là mais me faire oublier », explique la fluette Tiphaine, membre du Service de la protection.

Tiphaine, 42 ans, appartient à l’élite de la protection rapprochée. Son quotidien : risque permanent, vigilance absolue, agenda chargé. Portrait.

 

Silhouette filiforme et tailleur-pantalon noir, chevelure éclairée de mèches blondes, maquillage léger et bijoux d’une élégante simplicité… Une féminité sans ostentation, qui, d’un regard, annihile toute idée préconçue du métier. « Plus qu’une présence physique imposante, c’est de discrétion dont nous devons faire preuve. Je dois être là mais me faire oublier », clarifie Tiphaine*, 42 ans. Cette policière fait partie du SDLP (Service de la protection), chargée de la sécurité des personnalités politiques — françaises pour la plupart, mais aussi étrangères lors d’une visite officielle en France —, des personnes issues de la société civile qui font l’objet de menaces, ou encore de surveiller les bâtiments officiels.

 

Un service mis à rude épreuve en cette période électorale et un métier encore peu féminisé (12 % des 1 300 fonctionnaires affectés à cette tâche, dont très peu auprès des personnalités), accessible après une sélection combinant épreuves psychologiques et physiques, tests de résistance au stress et d’anglais. Pas de quoi effrayer Tiphaine qui, dès sa sortie d’école, il y a vingt ans, a demandé à être affectée dans un commissariat de Seine-Saint-Denis, dans une équipe de nuit… « J’aime quand ça bouge », euphémise-t-elle dans un sourire.

 

Dès 2002, elle devient l’officier de sécurité, « le garde du corps », de deux ministres et d’un secrétaire d’Etat. Pourtant, elle demande à réintégrer en 2010 cette police, « celle qui vous confronte à la misère humaine mais qui est l’essence de nos missions ». Puis, il y a deux ans, elle choisit de revenir au SDLP, non sans avoir repassé l’éprouvante sélection — « Question de moralité et de légitimité », insiste-t-elle. Et ce, malgré les contraintes sur le plan privé : une semaine sur deux, sa vie n’est plus qu’emploi du temps ministériel, jour et nuit, en France comme à l’étranger. Les semaines de repos sont dédiées à la récupération et à l’entraînement. Un agenda qui exige une organisation rodée : « Mon fils a grandi en garde alternée avec son papa dont j’étais séparée. Aujourd’hui, il est fier de moi », glisse-t-elle.

 

Depuis plus de dix ans, elle endosse tous les rôles dans l’équipe de gardes du corps : « l’épaule », surnommée ainsi pour sa proximité avec la personne à protéger, chargée de l’évacuer en cas de danger et faire rempart de son corps en cas d’attaque.

 

Confiance absolue

Un travail éreintant qui exige concentration et réactivité. « On est sur le qui-vive en permanence, on doit avoir les yeux partout. Un meeting ou un Salon de l’agriculture, c’est un peu un cauchemar. Mais c’est avant tout un travail d’équipe », insiste-elle, soulignant le rôle des « précurseurs », affectés, eux, à la sécurisation des lieux en amont. Une lourde tâche dans laquelle tous les scénarios sont envisagés, afin d’évacuer au plus vite la personnalité en danger. Les membres du SDLP sont spécifiquement formés à la « conduite rapide », qu’on devine bien éloignée des exigences du permis B…

 

Affectée à la protection de personnalités menacées — « Celles qui ne peuvent pas aller acheter seules leur pain », résume-t-elle sans déroger à son devoir de confidentialité absolue —, elle évoque un rapport basé sur « une confiance absolue ». « Ces personnes ont peur, elles se confient, posent des questions, détaille Tiphaine d’une voix douce. Nous sommes aussi là pour les rassurer. » Ministre ? Candidat à la présidentielle ? Elle ne dira mot de la personnalité auprès de qui elle travaille. « Entre la campagne et le contexte de menace terroriste, nous atteignons un niveau de danger presque inégalé », rappelle-t-elle. »

 

* Le prénom a été changé

Source : Le Parisien – article écrit par Louise Colcombet le 14 mars 2017

 

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