Après 30 ans de carrière dans la Police nationale, dont 20 au sein du RAID, il a exercé comme intervenant, instructeur et négociateur. Boxeur de haut niveau, il a débuté à la BAC (Brigade anti-commando), avant de devenir moniteur de sport à l’ENPP, puis de rejoindre le RAID, le GIPN de la Réunion, avant un retour définitif au RAID.
Il a été formateur et négociateur, évoluant souvent dans l’ombre. Policier d’exception, il allie un mental d’acier à une humanité remarquable.
FIPN-SDLP : Peux-tu te présenter brièvement?
Robert Paturel : Je suis marié, j’ai 6 enfants (en plusieurs fois lol)
F-S : Boxeur de haut niveau et pionnier du tonfa en France, vous avez été professeur de boxe française pour la BRI avant d’intégrer la Police nationale.
Quelles ont été vos motivations pour rejoindre la Police nationale ?
R.P : Je ne pouvais bien pas m’entraîner en étant pâtissier et en travaillant 12 h par jour (à mi-temps, comme dirait Coluche), c’est la raison pour laquelle des policiers de mon club de boxe à Nanterre m’ont poussé à entrer dans la grande maison. Je suis vraiment arrivé par hasard et je suis rentré uniquement pour être moniteur. Puis la vocation est venue toute seule et j’ai aimé ce métier qui est très beau quand on le fait bien.
La BRI PP

F-S : Comment es-tu entré dans le service ?
R.P : En fait la BAC brigade anti-commando (ancêtre du RAID) était composée de 20 « inspecteurs » de la BRI ( la fameuse « anti-gang » de Robert Broussard) et de 20 moniteurs (sports de combat et tir) des inspecteurs de la BRI ont commencé par me demander de les entraîner en boxe , ce que j’ai accepté avec plaisir , puis j’ai intégré la BAC.
F-S : As-tu participé aux missions de la BRI immédiatement ou as-tu dû attendre un certain temps ?
R. P : Dès que j’ai intégré j’ai participé aux interventions de la BAC BRI. J’étais appelé , je partais avec ma voiture perso jusqu’au 36, je laissais ma voiture en double file avec les clefs dessus, et je fonçais rejoindre les collègues. On était en civil , on avait un gilet pour trois mais un cœur gros comme ça. On y croyait.
F-S : Peux-tu nous expliquer le fonctionnement opérationnel de la BRI?
R.P : La BRI faisait son boulot de surveillances et filatures et du « saute-dessus » nous on faisait nos formations écoles , et quand on était appelé on se réunissait tous pour gérer une crise (forcené prise d’otage etc.)
F-S : Peux-tu nous décrire les types de missions sur lesquelles vous étiez mobilisés à l’époque ?
R.P : Prise d’otage, forcené, protection rapprochée…
F-S : Etais-tu présent pendant l’affaire « des irakiens » ?
R.P : Non
Le RAID

F-S : Combien de temps as-tu passé à la BRI avant de t’engager dans la sélection du RAID ?
R.P : J’étais à la BRI de 1980 à 1988.
F-S : Quand et pour quelles raisons as-tu intégré le RAID ?
R.P : Logique, tous les cadres de la BAC BRI ont été aspirés au RAID pour la création, donc logiquement on m’a demandé de l’intégrer à la création, mais à l’époque j’avais beaucoup d’activités sportives : enseignant, manager de plusieurs grands champions, donc je me suis rendu disponible avant d’intégrer en 1988.
F-S : Le RAID, à ses débuts, intervenait sur des missions très diverses. Les policiers se formaient-ils de manière autonome et comment avez-vous vécu cette période ?
R. P : Les policiers du RAID s’auto-forment c’est-à-dire qu’il y a des spécialistes de très haut niveau dans toutes les disciplines.
Robert Broussard l’avait bien compris , sachant que les spécialités sportives venaient plutôt de la tenue, il a récréé au RAID le mélange qu’il avait fait à la BAC (civiles et tenue).
F-S : Quelles affaires parmi celles ayant fait la renommée du RAID t’ont le plus marqué et quelles interventions sont celles auxquelles tu as participé et qui sont les plus connues ?
R.P : Je suis rentré juste après action directe et j’ai regretté de ne pas en être, j’ai loupé Roubaix aussi et je l’ai regretté car mon meilleur ami y a été grièvement blessé et je m’en suis voulu de ne pas avoir été là pour lui. J’étais à Neuilly et ça reste un grand moment autant pour la durée que par le stress engendré.
F-S : Le RAID combinait des équipes d’assaut et d’investigation. Était-il difficile de passer d’une opération active à une mission
R.P : Non c’était justement plaisant et passionnant pour tout le monde de « varier les plaisirs ».
F-S : As-tu remarqué une progression de la violence chez les individus que vous arrêtiez au fil des ans ?
R.P : Oui ceci dit les interventions sur les islamistes ont commencé très tôt et je pense que ceux qui nous dirigent ont mis le temps à prendre la mesure du phénomène. J’entends encore Jean Louis Debré (alors ministre de l’intérieur) clamer haut et fort à Roubaix qu’il ne veut pas entendre parler de terroristes islamistes.
Le GIPN de l’ïle de la Réunion

F-S : Pourquoi avoir fait le choix de partir au GIPN de la Réunion ?
R.P : J’avais dix ans de RAID , un besoin de tourner une page et envie de faire découvrir à ma famille cette magnifique île.
F-S : Comment décrirais-tu ton expérience au sein du GIPN de la Réunion ?
R.P : Ça restera une belle expérience pour tout le monde et une de mes périodes préférées en Police; bac de jour, saute dessus, opérations petit déjeuner, interpellations de toutes sortes, protection rapprochée et une bonne équipe avec moi.
F-S : Y avait-il des spécificités dans les missions des GIPN d’outre-mer par rapport à celles de métropole ?
R.P : Oui, notamment le fait qu’on prenait des voitures et qu’on tournait en ville pour des rondes anti-criminalité.
Retour au RAID
F-S : A ton retour à Bièvres, tu retrouves des frères d’armes avec qui tu vas constituer la formation du service, sous le commandement de Daneil B. Les formateurs participaient-ils également aux interventions ?
R.P : Les patrons m’ont proposé de revenir, j’ai accepté. Au RAID les formateurs font partie du groupe d’intervention et interviennent comme les autres, j’avais un peu instauré ce système car au départ on m’avait proposé de ne faire que de la formation, mais on n’aurait pas été crédibles en restant dans la salle de sport. La seule façon de rendre crédible une technique c’est de montrer aux autres qu’on l’applique et que ça marche.
F-S : Parmi les différentes épreuves du RAID, laquelle reflète le mieux les qualités d’un candidat selon toi ?
R.P : Le combat bien sûr ; « dis-moi comment tu combats je te dirai qui tu es ».
F-S : Avais-tu un rôle dans la définition des épreuves de sélection ?
R.P : C’est toujours à peu près les mêmes, on va rechercher des gens en forme avec un bon esprit collectif et capable d’assurer une mission même en étant soumis à un stress intense.
F-S : Combien de temps faut-il pour former un policier du RAID ?
R.P : Elle dure trois mois environ mais la formation reste continue pendant toute la durée de sa présence au RAID.
F-S : Un candidat qui échouait à une épreuve, pouvait-il se représenter aux tests ?
R.P : Ça dépendait de l’endroit ou il avait échoué et s’il n’y avait pas de contre-indication (médicale ou psy).
F-S : Les débuts de la négociation opérationnelle ont parfois été accueillis avec scepticisme. Comment s’est développée la collaboration entre les équipes d’assaut et les négociateurs, avant que tu n’endosses ce rôle ?
R.P : Je me suis toujours intéressé à la négociation et au départ ce sont qui s’intéressent à moi de par mon profil de vieux baroudeur pour faire l’inter face avec des « guerriers ».
F-S : L’affaire du gang de Roubaix a eu un fort retentissement et semble annoncer certaines évolutions observées depuis. Comment perceviez-vous, alors, la réticence des responsables politiques à qualifier clairement la nature terroriste des faits ?
R.P : Oui comme je le disais plus haut, les politiques se voilent la face car ils sont tous un peu responsables de ce qui se passe…
F-S : Quel regard portes-tu sur les responsables qui ont dirigé le RAID durant ton parcours ?
R.P : Il y en a eu d’excellents et des moins bons ! mais j’ai toujours entretenu de bons rapports avec eux , je ne pense pas qu’un seul d’entre eux puisse me faire quelque reproche.
La retraite
F-S : A quel âge es-tu parti à la retraite ?
R.P : Je suis parti à l’âge de 55 ans.
F-S : Après une carrière opérationnelle et sportive dense, tu as créé l’ADAC (Académie des Arts de Combat) avec Eric Quequet (ex GSPR) et intervenez aujourd’hui dans différents pays. Quelle est la vocation de cette structure ?
R.P : L’ADAC (académie des arts de combat) n’a pas été crée par moi mais par Eric Quequet un collègue, ancien du GSPR (Groupe de Sécurité de la Présidence de la République) , c’est une association qui met en place des techniques d’auto-défense réfléchies (comportemental, gestion du stress, gestion des conflits, mises en situation etc))
Il y a longtemps que nous sommes amis avec Eric et lorsque je me suis aperçu que mon système (boxe de rue) était très proche du sien (savate défense) nous avons décidé de fusionner.
F-S : Vos stages laissent apparaître des techniques issues de disciplines comme le kali ou le wing chun. Quelles sont les pratiques martiales que tu as étudiées ?
R. P : J’ai survolé beaucoup de choses, et j’ai fait mes courses par ci par là, en adaptant des techniques existantes, en les simplifiant parfois pour les rendre plus « assimilables » par tout le monde. Mes sources : la boxe (les percussions); l’aïkido,(les déplacements) le kali, (les armes blanches et bâtons)le penchack, (efficacité),le kravmaga (simplicité), la lutte etc.
F-S : Tu es également auteur de plusieurs ouvrages — dont certains consacrés au combat et au RAID. Qu’est-ce qui t’a donné envie de passer à l’écriture ?
R.P : Par hasard aussi, une immobilisation suite à une opération, je ne pouvais pas rester sans rien faire , alors j’ai commencé à écrire pour moi, pour mes enfants, pour mes élèves, puis mes écrits ont intéressé un éditeur(Chiron) puis je me suis pris au jeu.
F-S : Vous avez accueilli Alain Figlarz au RAID pour son émission « L’Insider », avec des phases d’entraînement et de simulation. Comment avez-vous organisé ce dispositif ?
R.P : En fait c’est lui et le metteur en scène qui ont choisi les morceau à tourner, moi je suis juste l’accompagnateur à la demande d’Alain qui voulait absolument que je sois avec lui pour tourner cet épisode, car c’est moi qui lui avais fais découvrir le RAID quelque 20 ans plus tôt.
F-S : Les attentats qui ont touché journalistes, policiers et civils depuis 2015 relevaient-ils d’un scénario que tu jugeais possible à l’époque ?
R.P : Non seulement c’était prévisible car on a eu pas mal d’avertissements. Mais je crains que ça ne soit que le début d’une longue période de terreur. Il va vraiment falloir que nos politiques prennent la mesure de la catastrophe qui va se jouer !
F-S : Depuis , un vaste mouvement de contestation s’est structuré au sein des forces de l’ordre. Les policiers y réclament davantage de ressources humaines, des équipements renforcés et une adaptation du cadre légal.
Tu en es l’un des porte-voix aux côtés de Maître Liénard.
Quelles sont les conséquences concrètes de cet engagement ?
R.P : Je tiens à préciser que nous sommes uniquement les porte –paroles, on n’est pas meneurs ni organisateurs , nous sommes là en soutien et j’ajouterai que nous le faisons gracieusement !!!






