Les liens Police-Forces Spéciales

Fabien 19 novembre 2012 0

Les rapports entre la Défense et l’Intérieur ne sont pas toujours un long fleuve tranquille.
Parfois nourris de rivalités, aux plus hauts niveaux, ces rapports sont plus coopératifs dès que l’on se rapproche de l’opérationnel. Avec, forcément, des exceptions, et toujours quelques nuances.

Les GIPN ont signé, courant 2008, un protocole d’accord avec la Brigade de Forces Spéciales Terre (BFST) pour pouvoir utiliser le Complexe de Tir Adapté (CTA) de Pau.

Une première occasion de l’étrenner est intervenue à l’automne.

C’est une des premières (et dernière en date) passerelles officielles érigées entre la communauté des Forces Spéciales de la Défense et celle de la Police.
Le RAID devrait, pour sa part, intensifier et enrichir ses rapports avec les Commandos Marine.
Ces derniers profiteraient d’apport en matière de contre-terrorisme urbain et de négociation, tandis que les « RAIDmen » s’enrichiraient en matière de franchissement.

Le RAID avait déjà noué des partenariats avec le 1er RPIMA, basé à Bayonne, en matière de camouflage et d’enfouissement, et avec le CPA 10 pour l’appui feu tireur embarqué (AFTE).
La Police est également susceptible d’utiliser les Puma du Groupe Interarmées d’Hélicoptères (GIH), moyennant 10 000 euros l’heure de vol. Le RAID avait été associé très étroitement avec les armées lors de la traque du fantomatique groupe AZF, en 2005.
Le propre patron du RAID, Christian Lambert, s’était même installé dans la tour de contrôle de la base aérienne 107 de Villacoublay (Yvelines, en face de la base du RAID).
Deux puma du 6°RHC de Compiègne (ADC, ADI) avaient été réquisitionnés pour aérotransporter le RAID. Mais le bénéfice de ce type de moyens restait épisodique.
Le GIH a été mis en place au profit du GIGN, initialement pour pouvoir répondre dans les meilleurs délais aux impératifs du mandat Piratom (attaque sur centrale nucléaire) et Piratmer (détournement de navires) : il avait été créé dans la foulée des déboires de la génération de forces pour reprendre le ferry Pascal-Paoli.

La cellule négociation du RAID a également formé des spécialistes du ministère de la Défense.
D’autres, au sein des Forces Spéciales, ont bénéficié de sensibilisations.
Mais on se souvient que le RAID a été systématiquement exclu des négociations concernant les affaires de piraterie, particulièrement du Ponant.

Le RAID est partie prenante dans la Cellule Interministérielle de Négociation (CIN) avec le GIGN, avec pilotage du Quai d’Orsay, en cas d’enlèvement de ressortissants français à l’étranger.
Le cas relevant de zones à haut niveau de risque – parmi lesquelles figure la Somalie – est couvert par la DGSE.
Des échanges directs, plus ou moins formels, ont lieu également en matière de matériel.
C’est le cas, par exemple dans le domaine de l’effraction, où les matériels profitent des RETEX, des deux maisons. On imagine que les spécialistes ont aussi des choses à se dire en matière d’optronique, plus généralement d’électronique, de surveillance et de géolocalisation.
Pour preuve, Police et Forces Spéciales se partagent de nombreux fournisseurs, comme ESDT, TR-Equipement, USCMC…

Les théâtres sont aussi parfois les mêmes : en Afghanistan, le RAID et le SPHP ont formé la protection de la présidence afghane ; là où les Forces Spéciales françaises forment, depuis trois ans, les commandos afghans.
Ces croisements opérationnels sont plus courants qu’on ne le croit : c’est le RAID qui avait exfiltré Michel Aoun de Beyrouth en 1990, jusqu’à une plage où l’avaient recueilli les Commandos Marine.
Un sous-marin avait fait le reste : en France, c’est le RAID qui avait pris en compte le général libanais, assurant sa protection pendant une longue période.

En matière de PROM, les discussions restent aujourd’hui pour le moins parcellaires entre la Défense et l’Intérieur : c’est sans doute un tort.
Les rares points de concours concernent principalement les appuis, c’est le cas notamment en matière d’aéromobilité, via le GIH et les avions de l’armée de l’air.

Tiré de Police Pro n°18 Novembre-Décembre 2009

Article de Jean Marc Tanguy

Photo © DGPN-SICOP

 

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