Jean-Claude BOREL-GARIN, un grand flic tire sa révérence

Fabien 6 septembre 2014 0

« Portrait – Il fut le premier commissaire d’Agde, de 1983 à 1989. Contrôleur général de la police, bientôt retraité, le “Cow-boy” a laissé son empreinte sur la ville.

Dès qu’il pose le pied à Agde, ce qui ne lui était pas arrivé souvent ces derniers temps, il ne se passe pas un jour
sans que Jean-Claude Borel-Garin ne chausse ses baskets pour un jogging matinal.

À quelques jours de la retraite (une cérémonie officielle aura lieu à Bordeaux le 18 septembre prochain en présence du maire de la ville, Alain Juppé, NDLR), à 62 ans, l’ancien commissaire d’Agde porte beau : silhouette élancée, l’œil partout, celui que de nombreux Agathois surnomment encore le “Cow-boy” a su conserver son style tout au long d’une riche carrière.

La fameuse méthode “psycho-manuelle”…

Qu’on en juge : si Agde fut sa première affectation à l’approche de la trentaine, Jean-Claude Borel-Garin, nommé commissaire principal au bout de sept ans seulement, a ensuite été nommé à Versailles avant de grimper au poste de numéro 2 du RAID (voir par ailleurs). Patron de la police en Nouvelle-Calédonie, où les missions de maintien de l’ordre étaient prioritaires, il rentre en métropole en 1998 pour s’occuper de la sécurité de la coupe du monde de football. En charge, de 2001 à 2004, de la police dans le département de la Savoie, il prend ensuite la direction du département de l’Isère avant d’être nommé contrôleur général des services actifs de la police nationale, à Bordeaux. Son dernier poste.

S’il a fatalement pris du recul avec le terrain au fil de ses promotions successives, Jean-Claude Borel-Garin n’en fait pas mystère : ses meilleurs années de flic, c’est à Agde qu’il les a passées. « Les sept ans ici ont été exceptionnels, même par rapport au RAID, lance-t-il en toute franchise. Au RAID, on interpellait, mais les indics, les interrogatoires, tout cela me manquait.»

Une transition toute trouvée pour évoquer ce qu’a été la méthode Borel-Garin à une période, les années 80, où le cadre légal dans lequel évoluaient les policiers offrait bien plus de latitudes qu’aujourd’hui. « À cette époque, l’interrogatoire, qui se déroulait sans la présence d’un avocat, était très important », note le fonctionnaire qui, selon la rumeur, n’hésitait pas à employer des méthodes viriles si nécessaire. « Il se peut que l’on ait eu besoin d’user de la méthode “psycho-manuelle” », ironise dans un demi-sourire Jean-Claude Borel-Garin. Les analyses ADN n’existaient pas encore. Il fallait parfois se montrer persuasif pour obtenir des aveux.» Aux côtés de Jacques Lévêque, Alain Rosset, Christian Lemé, Ro- ger Ligné, des fidèles Ballester et Jourdas, le jeune commissaire Borel-Garin enchaîne les journées sans fin. « Tous les matins, je commençais par la tournée des commerçants. Et à Agde, ils sont nombreux ! Le soir, on tournait également beaucoup, souvent jusqu’aux premières heures du jour.»

Une présence constante sur le terrain, qui a permis d’obtenir de bons résultats. « En sept ans, nous avons élucidé toutes les grosses affaires et les homicides (une douzaine environ, NDLR) que nous avons eu à traiter. Le Procureur ne faisait même plus appel à la police judicaire ! »

De l’affaire Poiré, du nom de ce patron de bar qui avait recruté deux mercenaires norvégiens pour éliminer son épouse, à l’assassinat d’un touriste hollandais dans un camping du Cap, de la découverte de deux corps de nourrissons dans une poubelle, à l’arrestation de celui que l’on surnommait le tueur de l’Oise – « ma plus belle affaire à Agde » – Jean-Claude Borel-Garin a cultivé un style bien à lui. « J’aimais la gestion des informateurs, les interpellations, les interrogatoires. J’avais besoin d’adrénaline, tout simplement.»

À l’heure de jeter un dernier coup d’œil dans le rétro et de poursuivre sa carrière dans le privé (il sera chargé des questions de sécurité au sein du groupe Kéolis), celui qui se fait fort « de n’avoir jamais adhéré à aucun parti ni aucune chapelle » ne ressent « aucun regret. Je tourne une page, tout simplement. Je puis vous assurer que la police n’a pas été un métier, mais une véritable passion.»

HUMAN BOMB

Le 13 mai 1993, Erick Schmitt, armé d’un pistolet et d’explosifs, prend en otage les enfants d’une classe de maternelle de Neuilly-sur-Seine. Numéro 2 du RAID, Jean-Claude Borel-Garin est alors au Cap d’Agde pour préparer le déplacement de François Mitterrand aux Jeux méditerranéens. Il rejoint Paris de toute urgence. « Je savais qu’au petit matin, la vigilance du preneur d’otages déclinerait » dit-il. C’est pour cela que nous l’avons “travaillé” au lever du jour.»
Sonné par un somnifère versé dans son café, Eric Schmitt, qui a, selon la version officielle, ouvert les yeux, a été tué de trois balles lors de l’assaut. »

 

Source : herault-tribune.com – article écrit par Olivier Raynaud le 01 septembre 2014

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