FIPN-SDLP : Pour commencer, pourrais-tu te présenter ?
Serge P : Petit fils de légionnaire, j’ai toujours été respectueux de l’uniforme. Étant sportif (pratiquant de karaté et sports de combat), je me suis tourné vers les métiers des armes.
J’ai été engagé militaire à Saint Maixent, puis à 22 ans j’ai passé le concours de gardien de la paix.
J’ai ensuite passé le concours d’Officier de Police en 1987.

F-S : Où as-tu effectué tes premières missions après ta formation ?
S. P : J’ai commencé ma carrière aux UMS (Unités Mobiles de Sécurité) à Marseille de 1980 à 1982.
J’ai ensuite intégré le GIPN de Marseille sous les ordres de Nguyen Van Loc de 1982 à 1984, j’ai ensuite servi en BAC de Marseille de 1984 à 1987, puis j’ai réussi le concours d’Officier.
Lieutenant en CRS puis retour au GIPN comme Chef Opérationnel de 1990 à 1996..



F- S : A quel moment tu as intégré le GIPN de Marseille et pour quelles raisons ?

S. P : J’ai intégré le GIPN de Marseille en 1982, sélectionné par NGUYEN, par goût de l’aventure. J’y ai découvert un univers d’hommes ayant une très forte personnalité (notamment Christian Battesti qui est un homme exceptionnel et bien d’autres collègues talentueux dans leurs domaines).



F- S : Comment décrirais-tu « Le Chinois » en tant que chef ?

S. P : Il a été le fondateur des GIPN. A cette époque, il a fait du GIPN de Marseille (le premier GIPN de France) un service prestigieux avec peu de moyens. C’était un homme courageux, proche de ses policiers  et qui aimait son travail. C’était un vrai « Homme ».



F-S : Van Loc jouissait d’une grande réputation à son époque dans le milieu ; ce respect perdure-t-il encore aujourd’hui ?

S. P : Il y a beaucoup de fantasmes sur cela, les voyous te respectent tant que tu ne gênes pas trop leur business ;-), sinon ils te dénoncent (affaire BAC Marseille et autres…) ou te font un mauvais sort.


F-S : Quel est ton avis sur les difficultés qu’il a rencontrées avec sa hiérarchie ?
S.P : Georges N’GUYEN avait raison trop tôt et lorsque l’on est à la tête d’un groupe tel que le GIPN, on est la cible des jaloux et des incapables, qui voudraient votre place…..
La politique est aussi un « piège » dans lequel tombent beaucoup, oubliant leur neutralité… Georges N’Guyen Van Loc a été victime de tout cela en fin de carrière.




F –S : Ton successeur, Didier Andrieu, venait du RAID ; que peux-tu en dire à son sujet ?

S.P : Didier est un homme de valeur, intègre et courageux. J’ai beaucoup d’estime et de respect pour lui. Au cours d’une carrière on rencontre beaucoup d’hommes de grande valeur humaine.

F-S : En rejoignant le premier groupe d’intervention créé en France, quelles ont été tes impressions ?
S. P : De la fierté personnelle, mais beaucoup d’humilité, surtout de 1990 à 1996, à la suite de NGUYEN en tant que Chef Opérationnel du GIPN de Marseille.


F-S : À l’époque où le terrorisme se développait en France, quelle a été ta stratégie d’action ?
S .P : Nos missions consistaient essentiellement à assister des services spécialisés et nous passions beaucoup de temps en entrainement pour être prêts (Sports de combat, tir en situation à tous types d’armes, pénétration, progression en milieu hostile)



F.S : Pourrais-tu évoquer les hommes, l’esprit de groupe et la cohésion qui régnaient ?

S.P : Ce sont des flics, tous volontaires, avec de grandes qualités individuelles, la responsabilité du chef de groupe est de les faire travailler ensemble en utilisant leurs compétences individuelles dans l’intérêt de tous.


F-S : Comment procédais-tu pour recruter tes hommes ?
S.P : Les hommes devaient tous avoir l’habilitation RAID obligatoire depuis 1985.



F-S : Chacun avait une spécialité (sniper, sport de combat, tir …), en tant que chef du GIPN, quel était ton rôle ?

S. P : Chef d’orchestre, Team Leader, être un exemple.


F-S : Quelles ont été les missions les plus complexes auxquelles tu as pris part au GIPN ?
S.P : Arrestations d’individus dangereux, de forcenés retranchés, de preneurs d’otages, protection de personnalités, toutes les missions sont importantes.

F-S : Quelles ont été les missions les plus médiatisées auxquelles tu as participé ?
S.P : Je ne suis pas sensible à la presse et aux médias, qui sont manipulés et manipulent à leur tour. Les affaires sont nombreuses et toutes sensibles ou importantes, il n’y a pas de grandes ou petites missions de police, ce que je respecte avant tout c’est le professionnalisme, le métier de « police secours » au quotidien étant le plus dangereux à mes yeux.



F-S : Face à la montée du banditisme dans les Bouches-du-Rhône, le GIPN dispose-t-il aujourd’hui de moyens financiers et matériels suffisants ?

S. P : Les moyens matériels sont bons, évidemment jamais assez suffisant en hommes, qu’il faut ensuite bien équiper. L’actuel chef du RAID a fait beaucoup pour les GIPN lorsqu’il était à la tête de la cellule GIPN de la DCSP.

F.S : Quelles évolutions majeures observes-tu entre le GIPN de ton époque et celui d’aujourd’hui ?
S.P : Les matériels (techniques et d’intervention) ont évolué, pour le reste seul l’entraînement intensif avec les matériels et armes en dotation est un gage de réussite.

F. S : Marseille constitue une plateforme portuaire stratégique. Le GIPN y mène-t-il des entraînements spécifiques ? A-t-il développé des procédures adaptés à cet environnement particulier ?
S. P : Il faut poser la question au chef de groupe actuel, mais quand on apprend à progresser et intervenir en milieu hostile, on peut intervenir presque n’importe où…


F-S : Comment se déroulaient vos relations opérationnelles avec le RAID et le GIGN ?
S.P : Excellente avec le RAID, hélas pas de contacts avec nos collègues gendarmes à cette époque.


F-S : Depuis, de nombreuses évolutions ont eu lieu, notamment la création de la FIPN ; quel regard portes-tu sur cette réforme ?

S.P : C’est un superbe outil, à développer avec beaucoup d’entrainements.


F-S : Y a-t-il une » cellule spéciale Corse » permanente sur l’ile pour les zones en police d’Etat ?

S. P : Je n’ai pas connaissance de cela.


F-S : On observe aujourd’hui que les policiers sont davantage pris pour cible et que l’autorité semble moins dissuasive. Quel regard portes-tu sur l’avenir du métier ?
S.P : Le métier est dur et passionnant, le métier de gardien de la paix est un des plus beaux à mes yeux, il demande beaucoup d’abnégation et de sacrifices, sans attendre de retour de la part de nos politiques ou de la hiérarchie.
La Police et les forces de sécurité sont le dernier rempart contre les délinquants, sans ses forces, les voyous prendront le pouvoir. Un pays est respectable lorsqu’il protège ceux qui le servent, il y a des progrès à faire.

F-S : Le grand banditisme sanglant n’a-t-il pas été remplacé par une petite délinquance tout aussi impitoyable ?
S. P : Peut-être, à mon sens les deux existent maintenant.



F-S : Quelle est ta fonction actuelle ?

S. P : Je suis consultant en sécurité à mon compte, surtout à l’étranger (as-888-consulting).

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