57 ans, 31 ans de police, dont 20 en colonne d’assaut du RAID. Retraité de la Police Nationale, il devient conférencier, expert dans l’adaptation au stress et l’optimisation des habiletés mentales. Sixième dan, sportif de haut niveau en judo, international de 1990 à 1995, sélectionné en équipe de France à 14 reprises et vainqueur du célèbre Tournoi de Paris, Marc Verillotte répond à nos questions.

FIPN – SDLP : Marc, tu entres dans l’administration non par vocation mais par passion du judo ?

Marc Verillotte : Oui, je n’avais aucune culture police ou militaire en postulant.

C’est lors de mon service militaire au bataillon de Joinville que j’ai fait la connaissance d’un judoka de haut niveau, Laurent L. qui attendait de rentrer en Gendarmerie (et qui pour l’anecdote, rejoindra un peu plus tard le GIGN). Au détour d’une conversation, ne sachant pas quoi faire après mon service militaire, Laurent m’a informé que la Police et la Gendarmerie appréciaient la présence de sportifs dans leurs rangs. Courir derrière les bandits, les rattraper, les faire tomber puis leur passer les menottes afin de les transmettre à la justice… ça me semblait cadrer avec mes capacités de judoka…

J’ai donc passé les deux concours et eu celui de la police nationale en premier.

J’ai d’abord signé chez les CRS en pensant que c’était la spécialité de police qui proposait le plus de sport. Mais cette année-là, j’ai gagné les championnats de France police de judo ainsi que les championnats d’Europe police à Oslo.

Marc sur la plus haute marche du podium au tournoi de Paris en 1990 © Marc Verillotte

En parallèle, j’étais n°5 français « dans le civil », alors j’ai été recruté par la Compagnie Sportive de la PP (Préfecture de Police) basée à Vincennes (94) qui regroupait des policiers sportifs de haut niveau.

Ma carrière de CRS a donc été des plus brève, mais j’en ai conservé le matricule toute ma carrière, et un respect particulier.

Avant d’intégrer la Compagnie sportive en 1998, service que l’on appelait encore affectivement « le CAPU », j’ai fait quatre mois de Compagnie d’Instruction, deux mois dans le XVI° arrondissement et deux dans le V°.

Je n’y ai pas vu le bon côté de la police : je faisais peu de missions de Police Secours, mais plutôt le planton devant des portes de VIP, la « plante verte » disait-on…

La passion n’est donc pas venue à cette époque. A la décharge de l’institution, j’étais cependant davantage porté par des valeurs sportives que par des valeurs policières : j’étais plutôt un judoka policier qu’un policier judoka…

J’intègre ensuite la Compagnie Sportive avec un niveau national de judo qui me procure un aménagement au tiers temps.

À la suite de performances internationales, je suis ensuite détaché à plein temps de 1990 à 1995, avec pour mission de représenter la police dans les tournois et d’améliorer son image, par de la communication aussi bien interne qu’externe…

En 1995, j’accepte les postes d’entraineur national judo police et entraineur judo, jiu-jitsu à l’ASPP (Association Sportive de la Préfecture de Police).

Deux ans plus tard, j’y rencontre Pascal R., policier à la BRI PP, venu au club pour l’esprit qui y régnait.

A cette époque, on était en première division, parmi les seize meilleurs clubs français, et notre joie de vivre était réputée.

Pascal m’a parlé avec passion de la police judiciaire et m’a convié aux pots qui se faisaient à l’époque, à la BRI au 36 et dans les diverses DPJ… Il m’a présenté ses collègues, des légendes de la PJ parisienne : le Kid, le Baron, la Légion, Chiffon, le Vrai… Je voulais rejoindre leurs rangs.

Ma vocation police s’est faite au fil de mes rencontres avec ces grands policiers.

Elle s’est également faite plus tard, à la vue de victimes. A leur contact, j’ai réalisé la douleur de la détresse humaine, le besoin de protéger la société des honnêtes travailleurs contre les agresseurs, les fous, les voleurs, les parasites, les égoïstes…

A l’époque, en Police Judiciaire, il n’y avait que des inspecteurs, pas de gardien de la paix.

Trambert, un chef de groupe charismatique, cherchait à me recruter, mais ce problème de grade l’en avait empêché.

Photo © Marc Verillotte

F-S : A 33 ans, tu candidates aux sélections du RAID, ton expérience de sportif de haut niveau était un atout sérieux. Comment t’étais-tu préparé ?

M. V : J’ai candidaté à 33 ans. En 1998, l’âge limite pour postuler aux unités spécialisées était de 35 ans, il fallait donc faire vite.

Avec mon ami Christophe J., lui aussi en équipe de France de judo, on s’est entraîné spécifiquement en tir, en boxe, en escalade et techniques de cordes, en natation… on s’était inscrit dans plusieurs clubs pour nous donner le maximum de chance.

Le judo m’a aidé techniquement et physiquement à réussir ces tests, mais il m’a surtout aidé mentalement : je savais déjà très bien me concentrer sur le présent sans gamberger en pensant au passé et à l’avenir, je savais déjà très bien gérer ma vigilance pour m’exprimer à 100% quand c’était le moment de le faire et bien récupérer quand c’était possible, afin de tenir sur la longueur…

Un judoka dispose de belles armes pour réussir ce type de tests car le judo est un sport individuel qui se pratique en équipes : il nous pousse donc à travailler sérieusement nos capacités physiques, techniques et psychiques individuelles car sur le tatami, on est seul face à l’adversaire, sans pouvoir nous faire aider par qui que ce soit… mais c’est aussi un sport ou l’entraînement ne peut se faire qu’avec des partenaires, et qui transmet donc aussi les valeurs des sports collectifs… des valeurs justement particulièrement demandées au sein des colonnes d’assauts…

A l’issue de la semaine de sélections, Christophe a été pris au GIPN de Nice et j’ai été pris au RAID.

Cette année-là, 600 dossiers de candidatures ont été déposés pour postuler au RAID, 60 hommes ont été testés, et seuls 10 d’entre nous ont été retenus.

En plein combat © Marc Verillotte

F-S : Comme les autres candidats retenus, tu fais la formation initiale du RAID, en quoi consistait-elle ?

M. V : Pendant les trois mois de formation, on a été formé au tir de précision et de discernement, aux différentes tactiques et différents matériels, à la conduite rapide… mille sujets très sollicitant.

Dès la deuxième semaine, je me suis acheté une moto pour passer moins de temps dans les bouchons routiers en rentrant chez moi, afin de mieux récupérer physiquement et psychiquement.

Cette formation était sélective, si on n’entrait pas dans les clous, on pouvait être viré. Cependant à l’époque, cette formation était plutôt bienveillante.

Depuis les attentats de 2015 notamment, les exigences sont aujourd’hui plus fortes et l’aspect sélectif est accentué. Les nouvelles recrues subissent maintenant davantage de pression que nous hier.

A chaque promotion, deux ou trois hommes se retrouvent en situation d’échec au terme de ces trois mois de formation. C’est dur parce que tu as déjà fait ton pot de départ dans ton ancien service… et tu dois y revenir, avec une blessure à l’orgueil pas toujours facile à gérer.

C’est cruel, mais ça cadre avec les nouvelles exigences du terrain : la criminalité aussi est devenue de plus en plus dure, avec une désinhibition plus marquée face à la mort à donner et à recevoir, et des armes de guerre de plus en plus puissantes !

Petit à petit, les anciens avaient appliqué sur nous leur pression de conformité… en travaillant à leur ressembler, on s’était petit à petit intégré, et de deuxième rideau en intervention, on a progressivement évolué vers les premières places de la colonne d’assaut.

Ma première année au RAID, j’ai pris sept KO lors des entraînements de boxe ; cinq au foie et deux à la tête… Comme j’étais une pointure en judo, les solides du RAID ont tenu à me faire comprendre qu’il n’y avait pas que le judo et que les techniques de frappes pieds poings aussi était importantes.

Faire ses preuves auprès des anciens faisait partie de la formation et de l’intégration.

Marc et son ami M. © Marc Verillotte

La poésie n’était que rarement au programme, même si je me souviens aussi de moments de fêtes et de décompression incroyablement chaleureux !

Je me suis entraîné à fond pour m’améliorer et gagner ma place parmi eux.

Au RAID, on pratiquait le judo pour neutraliser en passant les menottes et la boxe pour être à même de se défendre.

© Marc Verillotte

F-S : Arrive enfin la cérémonie d’intronisation devant les anciens, qu’as-tu ressenti lors de la remise de l’écusson ?

M. V : Les anciens nous ont informé que les nouveaux étaient désignés pour faire partie des gars choisis pour une démonstration devant des autorités.

Il s’agissait d’une descente en rappel du troisième étage avec pénétration au premier pour y libérer un otage… Ils assuraient les cordes.

Pendant un entraînement en rappel sur la façade du « château », les anciens ont bloqué les cordes à leur moitié, et des collègues penchés aux fenêtres au-dessus de nous ont balancé de l’eau, de la farine et des œufs. Des photos ont été prises, l’air penaud et le cheveux collé, histoire peut être de pouvoir nous ramener à la modestie si un jour prochain il nous venait à l’idée de trop laisser se gonfler notre égo…

On nous a remis la tenue noire, la cagoule et l’écusson.

Le patron, Gérard Zerbi, que nous trouvions tous très bon patron car nous sentions son affection à notre égard, nous a présenté devant tous les policiers du service.

On était tous fiers de porter enfin cet écusson et de sentir approcher le moment où on pourrait prouver qu’on était digne de confiance.

Nous étions cependant conscient qu’il nous restait du chemin à parcourir pour acquérir l’expérience des anciens.

Marc reprend une scène du film « Braveheart » pendant l’anniversaire des 20 ans du RAID © Marc Verillotte
Soirée des 20 ans du RAID © Marc Verillotte

F-S : Tu étais au RAID pendant une longue période où le service était engagé sur des missions d’investigation et de filature comme celles d’intervention et de protection/sécurisation.

Tous les policiers avaient-ils cette « triple casquette » ?

M. V : C’était enrichissant. En fonction des périodes on faisait de l’inter, de la protection rapprochée et de l’investigation.

En « protec », on faisait de belles rencontres et des missions enrichissantes sur le plan culturel.

J’aimais aussi beaucoup « la filoche » … les missions de filatures obligent à comprendre le terrain et à le sentir… le boulot de PJ en somme. Mais à certains moments comme celle de la recherche d’Yvan Colonna, la charge de travail d’investigation était devenue trop lourde… on passait une à trois semaines par mois en corse et nos entraînements pour l’intervention commençaient à en pâtir.

C’est à cette époque que des recrutements spécifiques ont été fait pour former le GRI, dont des filles. Les missions corse étaient alors effectuées par moitié avec des effectifs de la section intervention et par moitié par le GRI.

Mais quand sur le plan mondial aussi bien que national, la criminalité est devenue encore plus dure, avec des terroristes jusqu’au-boutistes, des grenades, des lances roquettes, des gilets explosifs, des pièges explosifs, des kalachnikovs … on a été obligé de se recentrer davantage encore sur notre cœur de métier qu’est l’intervention. Les « terros » avaient évolué, il fallait qu’on s’adapte également.

Le RAID pendant un exercice d’assaut sur un assaut © Marc Verillotte

F-S : Trois ans après leur arrivée, il est demandé aux policiers de la Section d’Intervention de se spécialiser. Tu choisis l’effraction ?

M. V : En section intervention, après avoir acquis le métier d’opérateur d’assaut de base, il nous était possible de nous former à deux types de spécialités. Les spécialités propres à l’intervention : l’effraction et le tir fusil. Les spécialités dites « de transport » : les techniques de cordes, le parachutisme et la plongée. Les autres spécialités comme celles de maîtres-chiens, négociation, techniques… dépendaient d’une autre section.

Au bout de quatre ans de RAID, j’ai choisi l’effraction parce que je ne voulais pas quitter la colonne d’assaut. C’est une des caractéristiques de cette spécialité : après avoir créé une brèche, l’opérateur « effrac » suit les rippers pour être en mesure d’ouvrir une éventuelle deuxième porte mais aussi pour renforcer la colonne d’assaut.

J’ai d’abord abordé cette spécialité comme un sport, avec la volonté de devenir le meilleur possible. Progressivement, je suis devenu passionné… je « pensais effraction » du matin au soir et j’en venais à ne plus passer à côté d’une porte sans calculer discrètement la dose d’explosif qu’il me faudrait pour la vaincre et où je positionnerais mes charges… Aujourd’hui encore, quatre ans après mon retrait, il m’arrive parfois d’avoir ce type de curiosité inavouable.

Je suis devenu responsable de la cellule effraction, sous les ordres de l’officier responsable du groupe effraction.

En plus d’opérer en intervention, j’avais les missions de faire des tests pour faire progresser l’unité, de récolter de bonnes informations auprès d’unités de police ou militaires françaises et étrangères, d’organiser le formation continue des opérateurs d’effraction et de former les nouvelles recrues.

C’est une spécialité en perpétuelle évolution tant les facteurs faisant évoluer les portes, fenêtres et murs sont nombreux : l’augmentation des cambriolages fait partie de ces facteurs, mais aussi les normes écologiques d’isolation et la crise économique. Quand un constructeur utilise des matériaux différents, plus solides, plus isolants ou plus économiques… il nous force à nous adapter.

La radicalité de la criminalité et sa formation militaire nous ont également fait évoluer. Aujourd’hui, on est en mesure d’ouvrir des brèches de taille humaine dans tous les murs, plafonds et toits.

Ghana en 2007 © Marc Verillotte

Pour nous perfectionner, on a beaucoup échangé avec les autres unités de police, militaire et de déminage… On a sympathisé avec les militaires du COS, notamment le 1er RPIMA, les commandos marine de Lorient, le commando Hubert, le CPA10… Avec le 1er RPIMA, malgré les 700 kilomètres qui nous séparaient, j’ai même tissé des relations d’une intensité d’ordre familiale.

On a été à l’étranger également, pour participer aux échanges avec les unités d’interventions européennes rassemblées dans l’organisation ATLAS : en Tchéquie, on a travaillé au cœur d’un barrage hydraulique ; en Belgique sur des murs de différentes structures ; en Italie sur des vitres de banques ; à Monaco, sur les centaines de portes des anciens locaux de RMC… etc.

En stage à la Légion Étrangère à Calvi © Marc Verillotte

On a également travaillé à des échanges avec l’étranger sous l’égide du SCTIP, devenu DCI : je suis ainsi allé au Liban, en Equateurs… Toutes ces missions sont intéressantes car les règles juridiques, les matériaux, les moyens financiers diffèrent et avec eux les techniques opérationnelles. Cela participe à nous faire voir notre spécialité sous des angles différents et donc à nous enrichir grandement.

Formateur au Vietnam © Marc Verillotte
Formation au Vietnam en 2005 © Marc Verillotte

On s’est également rendu à Hereford, la base des SAS britannique, pour participer à leurs stages de formation. Ils sont particulièrement impressionnants. Ils disposent de moyens colossaux, avec des CQB perfectionnés, des hangars entiers de portes et fenêtres à détruire, des ingénieurs à leur service… C’est ici que l’on a trouvé la table de distances de sécurité la plus adaptée à nos spécificités. On l’a adoptée au RAID, et avec nous, toutes les unités que je connais ont fait de même.  

Formation en Équateur en juin 2016 © Marc Verillotte

F-S : Tu as participé à l’évolution des techniques d’effractions, tu as vu d’autres domaines évoluer ?

M. V : Oui, de très nombreux domaines ont évolué radicalement.

Je peux citer le domaine de l’intervention en structure tubulaire (train, métro, avion, tunnel sous la manche…)

L’intervention en général a évolué, en prenant en compte la notion de terroristes kamikazes. On a été obligé de créer, puis mémoriser, puis automatiser de nouvelles tactiques pour faire face à cette évolution.

On a également aiguisé des procédures pour mieux nous articuler avec les primo-intervenants d’une crise terroriste.

J’ai vu le port du bouclier se généraliser, ainsi que celui du fusil d’assaut en plus de nos pistolets automatiques.

A la création du RAID, un opérateur ne portait qu’un ou deux chargeurs de rechange. La police est régie par les règles de légitime défense et il était rare de riposter à une menace en tirant plus que deux ou trois balles.

Les choses se sont particulièrement corsées en 1989, à Ris-Orangis, où nos anciens se sont retrouvés confronté à la mort de deux d’entre eux, et au devoir d’en sauver un troisième gravement blessé, qui essuyait les tirs d’un forcené qui essayait de l’achever. Ils ont dû effectuer des tirs de saturation pour gêner le criminel et avancer vers la résolution de la crise.

Je crois que c’est la première fois que l’Unité c’est retrouvée confrontée à la nécessité de disposer de nombreux chargeurs.

Ce cas de figure s’est reproduit le 18 novembre 2015 à Saint-Denis où les collègues ont dû effectuer des tirs de saturation dans la porte pour ne pas que le terroriste équipé d’un gilet explosif d’un 1,2 kg de matière, ne vienne se faire exploser au cœur de la colonne.

Aujourd’hui, de plus en plus de nos interventions sortent du cadre habituel des opérations policières, pour ressembler à des opérations militaires : avec des gens armés militairement, formés militairement, et déterminés à l’extrême, prêts à se faire sauter plutôt qu’à se rendre…

Résultat, un opérateur du RAID travaillant sur le territoire national, ressemble aujourd’hui énormément à un opérateur du 1er RPIMA œuvrant au milieu du territoire afghan… avec plusieurs chargeurs de 9mm et de 5,56.

Marc dans son bureau, toujours à la recherche de ce qu’il se fait de mieux © Marc Verillotte

F-S : Début des années 90, des armuriers du service créent, avec Gilles Payen de PGM, le fusil de précision « l’Ultima Ratio ».

Fin 90, le service sollicite la société Libervit pour la conception d’un vérin hydraulique, le « Door Raider ».

M. V : J’ai connu l’évolution du Door mais je n’ai pas vraiment participé à sa conception, je venais d’entrer dans la cellule « effrac » … j’apprenais davantage que je ne transmettais. C’est un formidable outil de travail notamment pour les ouvertures de portes blindées. Cet outil a sûrement sauvé des vies, aussi bien dans le rang des otages que dans le nôtre.

F-S : Tu as été opérateur, spécialiste de l’effraction mais aussi parachutiste.

M. V : La parachutisme me faisait rêver, j’admirais les parachutistes militaires.

J’ai fait partie du groupe parachutiste du RAID pendant 6 ans. J’ai 270 sauts. Des sauts fantastiques : des sauts dit « sportifs », mais aussi des sauts hors-zones, des sauts de nuits, des sauts de gaines, des sauts en dérive sous voile, des sauts en hélicoptère… même les champions de parachutisme du monde civil, avec jusqu’à 7000 sauts, nous enviaient ces sauts originaux qui leur étaient interdits.

Au RAID, le groupe para se forme dans les structures civiles.

J’ai d’abord fait quatre ou cinq tandems, dont un de nuit, puis j’ai fait une formation à Vichy, brevet A brevet B et C.

Pour l’aspect particulier de certaines techniques comme la dérive sous voile, l’articulation pour les sauts de nuit, des sauts hors zones… on faisaient appel à des spécialistes militaires qui nous formaient au cœur de la zone de saut civile.

Photos © Marc Verillotte
Entrainement sur la Tour Eiffel © Marc Verillotte

F-S : Le pool parachutiste a été activé en février 2004 pendant l’affaire AZF. Peux-tu en parler ?

M. V : Effectivement, cette affaire a demandé beaucoup de rigueur. Beaucoup de services de police ont été engagé. Les terroristes menaçaient de faire dérailler des TGV avec de l’explosif. Ils demandaient une rançon.

Au RAID, on s’était préparé pour une intervention très particulière qui devait entre autres engager le groupe para. On a été mis en réserve et déclenché. On était même dans l’hélicoptère. Mais finalement, le top intervention n’a pas été donné.

Le dénouement de cette affaire est confidentiel.

F-S : Parmi les missions du RAID, figurent celles de protection des ambassadeurs de France à Beyrouth au Liban et à Kaboul en Afghanistan. Tu es parti en Afghanistan ?

Photo © Marc Verillotte

M. V : J’ai passé 8 mois en Afghanistan : une première mission de formation de policiers afghans anti-stups en 2002, puis trois autres de renfort de la protection de l’ambassadeur en Afghanistan ces fois-ci, entre 2007 et 20112… deux missions de deux mois et une de trois mois.

C’étaient des missions passionnantes où il fallait être sur le qui-vive en permanence. Il faut tout observer, les fenêtres, les portes, les regards, les mains des gens.

En Afghanistan, le danger est omniprésent.

En mars 2015, un convoi de l’ambassade de France a été attaqué. Le véhicule VIP a pu s’échapper mais la suiveuse, avec deux policiers du RAID a été prise pour cible par un terroriste qui s’est littéralement « collé » à la voiture et a essayé de se faire exploser.

Par chance, ça n’a pas marché et les collègues ont pu se dégager et se défaire de l’individu.

Lors de ma première mission de renfort ambassade, nous avions trois chauffeurs afghans qui connaissaient parfaitement les lieux. Mais avec l’instabilité politique grandissante, nous avons dû les remplacer au volant, car nous étions mieux formé en conduite anti-agression et conduite-rapide.

Photo © Marc Verillotte

F-S : Il y a peu, l’ancien « Laser 3 », Loïc Jannot est décédé. Quel genre d’homme était-il ?

M. V : C’était un vrai chef, d’une trempe exceptionnelle. Je ne lui connais pas de cadavre opérationnel dans le placard.

Il était à 100% avec nous et avec l’aspect opérationnel de la crise… il ne se laissait pas influencer par l’extérieur, l’environnement politique ou hiérarchique.

Il assistait aux entrainements pour mieux nous connaître et si un collègue était dans une phase difficile, il le savait et n’hésitait pas à modifier le positionnement des effectifs de la colonne d’assaut au gré de ce qu’il ressentait de la spécificité de la crise.

Il avait une double compétence opérationnelle : il savait analyser rationnellement les crises, avec la réflexion et les connaissances techniques ; mais il savait aussi sentir les choses, avec un instinct et une intuition d’animal sauvage. On était bien avec lui car on avait pleinement confiance.

F-S : Le 21 mars 2012, le RAID est envoyé à Toulouse pour interpeller « le tueur au scooter ». Peux-tu revenir sur cette mission ?

M. V :  Le 11 mars, Imad Ibn Ziaten, sous-officier dans un régiment parachutiste est attiré derrière un gymnase pour vendre sa moto et est abattu de deux balles dans la tête. Quatre jours plus tard, le 15 mars à Montauban, trois autres militaires sont pris pour cibles alors qu’ils retiraient de l’argent à un distributeur, Mohamed Legouad, Abel Chennouf et Loïc Liber. Ce dernier échappera à la mort mais restera tétraplégique.

L’horreur se poursuit le 19 mars quand un individu tire sur des enfants et un père de famille aux abords et dans l’enceinte de l’école hébraïque Ozar hatorah à Toulouse.

Myriam Monsonego 7 ans, Aryeh 5 ans et Gabriel 3 ans ainsi que leur père Jonathan 30 ans sont tués à bout portant.

Assez vite, la PJ établit un lien entre ces trois affaires. L’auteur des attaques agit avec un casque de moto et conduit un scooter Tmax. Il porte également une Go Pro fixée sur sa poitrine.

Les victimes de Merah

Le RAID est projeté à Toulouse pour aider à faire avancer l’enquête. On est chargé comme des mulets car notre mission n’est pas encore précisée : un sac d’affaires personnelles pour tenir au moins une semaine, un sac pour la filature urbaine, un autre pour être apte à « s’enterrer » dans la campagne afin d’effectuer une surveillance, notre sac propre à l’intervention… et je ne compte pas le matériel collectif : boucliers, vérin hydraulique, etc.

Mais très vite, les services enquêteurs font avancer les choses. Ils effectuent de multiples interrogatoires, décortiquent les images enregistrées par les caméras de la ville, des milliers de données sont étudiées. Le travail paye et un nom sort du lot : Mohamed Merah âgé de 23 ans.

Les services ne sont pas certains à 100% de sa culpabilité, mais on ne peut pas se permettre de perdre du temps et de le voir disparaître dans la nature. Alors on nous demande de l’arrêter… mais en veillant à ne pas être violent dès le départ car il reste un doute… On a pris cette précision en compte pour élaborer notre tactique.

Les conditions ne se prêtaient pas à une arrestation dans la rue, alors on a organisé un assaut à son domicile. Lors du briefing, au récit des caractéristiques des meurtres des derniers jours, on se dit déjà que l’intervention sera dure.

On a tous en tête les informations que les anciens nous ont donné sur l’intervention de même type menée en 1996 contre le gang de Roubaix. Ils avaient lutté contre des grenades et des kalachnikovs, l’un d’entre eux avait été blessé grièvement et les terroristes avaient préféré bruler dans la maison que de se rendre.

Nous ressentions une forme de malaise, presque une prémonition.

L’assaut était prévu pour 3h30. Nous pensions interpeller l’individu pendant qu’il dormait. Mais on est tombé sur un os. Merah était sorti quelques heures avant avec une voiture que les personnels de surveillance de la police judiciaire ne lui connaissaient pas, et par une sortie de garage par l’arrière qui était trop difficile à surveiller sans se faire repérer.

Il était rentré à son domicile 45 minutes seulement avant notre assaut. Il regardait la télévision.

On ouvre la porte du hall d’immeuble sans faire de bruit. Puis on monte les huit marches qui nous séparent de l’appartement en demi-palier.

On pose notre vérin hydraulique d’une poussée de 10 tonnes. La porte craque et s’ouvre de 10 centimètres, mais immédiatement, Merah ouvre le feu sur nous à travers la porte.

Un collègue est touché de deux projectiles au torse, mais protégé par ses protections, il n’est pas blessé.

Merah tend le bras de derrière le mur porteur et tire à 7 reprises sur la colonne d’assaut.

Trois balles frappent le premier bouclier, une autre frappe le mur du fond et rebondit sur la fesse de l’officier d’alerte en fin de colonne, une autre, en tir direct ou en ricochet on ne sait pas clairement, traverse le genou d’un opérateur.

On a temporisé et on s’est restructuré. On a tenté une négociation.

Il s’est présenté comme un djihadiste et s’est vanté des atrocités qu’il avait commises, en donnant de multiples détails.

Il ouvre ensuite le feu à plusieurs reprises sur nous à travers la porte et de l’autre côté de l’appartement, par les fenêtres.

Il avait des Colts 45 de calibre 11,43. Il va tirer à plus de soixante-dix reprises…

Merah était entrainé et ne craignait pas d’être blessé ou tué. Il maniait les armes avec habileté et tirait précisément.

Il était en mesure de tirer de manière kinesthésique, sans aligner les organes de visée de son arme avec son œil mais simplement avec sa mémoire gestuelle.

Il changeait de chargeurs et d’armes tout en se déplaçant, se servant des meubles au sol pour se cacher derrière. L’enquête le montrera plus tard, il avait appris à faire cela dans des camps d’entrainements de terroristes à l’étranger.

Pour ma part, après la réorganisation tactique de la colonne à la suite des tirs du criminel, j’étais dans la cage d’escalier, face à son appartement mais un étage plus bas, avec un visu sur sa porte pour surveiller ses éventuels mouvements.

A la troisième heure de l’intervention, après avoir informé l’équipe de la possibilité qui s’offrait à moi, j’ai actionné à distance le « Door-Raider » qui était tombé au sol mais qui semblait tout de même en position de pousser le bas de la porte.

Il s’est mis en tension, mais quelque chose gênait. J’ai monté quatre ou cinq marches et j’ai tendu la tête d’une trentaine de centimètres au-dessus de mon abri pour voir ce qu’il était possible de faire.

Je pensais être protégé par mon silence, l’écran visuel que représentait la porte et par mon décalage par rapport à son axe.

J’étais à une distance d’un peu plus de deux mètres de la porte.

Cette manœuvre n’était cependant pas suffisante pour me faire diagnostiquer le problème que rencontrait le vérin hydraulique. Ne voulant pas m’exposer d’avantage, j’ai décidé de revenir à l’abris et d’appeler à la radio l’aide d’un miroir ou d’une fibre optique.

C’est à ce moment là que contre toute attente, Mohamed Merah à tiré. Des tirs que je ne comprends toujours pas aujourd’hui : à travers la porte sûrement, mais visés car précis…

La première balle a frappé mon casque en kevlar, au milieu du front. Elle m’a fait vriller et basculer vers l’arrière. Indirectement cette balle m’a sauvé, car la deuxième, qui était destinée à me frapper pleine gorge m’a finalement touché derrière l’omoplate.

Je suis tombé dans les escaliers, Merah à tirer les dernières balles de son chargeur au jugé pour essayer de m’achever. Aucune de ces cinq dernières balles ne me toucheront.

Protégé sous l’escalier, après être sorti de l’état de choc du fait de l’appel radio de Némo qui disait « Marco est touché, il faut aller le chercher », je suis revenu dans l’intervention pour signaler que j’étais touché par un tir visé, mais qu’il ne fallait pas venir me chercher, afin de n’exposer personne à un autre tir. « Je suis touché à la tête et à l’épaule, mais je suis en mesure de me sortir de là par mes propres moyens ».

Je suis parti par les garages. Les personnes qui sécurisaient le périmètre m’ont guidé vers le camion de pompier qui m’a amené à l’hôpital Purpan.

L’IRM révèlera une hémorragie cérébrale. J’ai aujourd’hui une cicatrice sphérique de 6,8 millimètres dans le cerveau à 1cm5 de profondeur.

La balle est toujours dans le casque… c’est l’enfoncement du casque qui en me frappant, a occasionné la blessure.

L’autre balle à fait deux trous dans ma combinaison, séparés de 10 centimètres, mais sur mon corps, elle n’a fait que racler l’omoplate sans le perforer.

Dès que l’IRM a montré que l’hémorragie était stabilisée, j’ai rejoint en chambre mon camarade blessé au genou et nous avons assisté à la suite de l’intervention à la télévision, simplement un peu plus informé que les autres par les appels téléphoniques réguliers et sympathiques du médecin du RAID resté sur place. 

Le casque en kevlar et la combinaison que Marc portait pendant l’intervention du RAID sur Mohamed Merah.
© Marc Verillotte

Touché par du 11,43 Marc a eu la vie sauve grâce à la protection de son casque © Marc Verillotte

F-S : L’année 2015 est entachée par des attaques terroristes.

Le 15 janvier, des journalistes de « Charlie Hebdo » sont tués par les frères Kouachi, en pleine réunion dans les locaux du journal.

M. V : Nous sommes activés à 11h30, à disposition de la SAT (Section Anti-Terroriste) de la PJ et la DGSI (Direction Générale de la Sécurité Intérieure).

Avec mon groupe, nous sommes partis sans même perdre une minute à faire un briefing. En cours de chemin on nous a informé par radio que l’enquête avait déjà désigné des adresses de l’environnement familial des terroristes.

Nous avons alors foncé à Reims pour effectuer des perquisitions. Nous sommes ensuite restés en attente d’informations, dans les locaux de la CRS locale.

On ne s’est couché que deux heures, de 5 heures du matin à 7 heures… sans pouvoir couper nos radios et téléphones.

Nous avons ensuite passé toute la journée du jeudi à fouiller les lieux susceptibles d’abriter les frères Kouachi. Des forêts, des villages, des maisons suspects.

Le travail était particulier, plus proche de celui effectué par les Forces Spéciales militaires, que celui que l’on a l’habitude de faire nous-même. En règle générale, on nous dépose à 500 mètres de l’appartement cible et notre travail commence véritablement à la porte de celui-ci.

Mais cette fois-ci, nous devions effectuer un travail de progression que nous connaissons certes parfaitement en théorie, mais que nous ne répétons pas suffisamment pour l’automatiser aussi efficacement que les FS.

Le jeudi soir, après avoir donné un dernier assaut sur une maison suspect à la limite de l’heure légale de 21h00, mon équipe à eu le droit de revenir chez elle pour se reposer, après avoir réintégré le matériel au service.

A notre retour à l’Unité vers 12h00 pour reprendre la traque, on apprit que les deux terroristes s’étaient fait repérer dans une imprimerie à Dammartin-en-Goële, une zone gendarme, et que c’était donc le GIGN qui prenait le relai. On allait donc être mis en attente au service, avec le droit d’aller faire du sport à intensité modérée.

Mais moins de deux heures plus tard, à 13h41 le Kobby resonnait : « Alerte générale : tous les effectifs disponibles – retour service immédiat – départ Vincennes ». A la porte de Vincennes, un individu porteur d’un gilet pare éclats et armé de fusils d’assaut VZ 58 et de PA Tokarev de calibre 7,62, pénétrait dans le magasin « Hyper Cacher » tuait quatre personnes et prenait en otage les 26 clients dont une femme enceinte.

Très vite, on nous apprit aussi que cet homme était en contact avec les frères Kouachi et que nos deux opérations – l’opération du GIGN à Dammartin-en-Goële et l’opération du RAID à la porte de Vincennes – allaient être liées… En théorie, nos deux assauts respectifs devaient se faire de façon simultanée.

Photo © Aurélien Meunier

Mon équipe s’est retrouvée côté périphérique, à proximité de la porte donnant à la réserve de l’épicerie. C’est donc de ce côté qu’allait me revenir la tâche d’ouvrir une brèche, avec mon partenaire. C’est de ce côté également qu’étaient posté les collègues de la BRI PP et la BI.

Notre rôle allait être triple : donner le top intervention global, ouvrir la porte à l’explosif afin que nos collègues de la BRI et de la BI puisse se positionner en attente devant, et attirer le terroriste au fond du magasin, dans notre direction, pour le détourner de la porte principale où le RAID allait donner l’assaut principal après avoir ouvert la double porte – porte en verre coulissante et volet métallique roulant – avec deux clefs.

La porte était particulièrement difficile à ouvrir car elle était de taille et de solidité hors norme, pour défendre la réserve. Elle était à double battants, renforcée par une barre métallique et s’ouvrait en tirant vers soi… Le poste de commandement pensait même qu’elle était piégée à l’explosif… Mon binôme et moi avons procédé à la pose de l’explosif sans la couverture habituelle de binômes de protection.

C’est une très grande fierté pour nous de l’avoir vaincue. Nous avons utilisé une méthode de pose d’explosif inédite et avons réussi là où tout le monde pensait que nous allions échouer.

Le plan s’est déroulé comme prévu. A l’explosion de notre porte, Coulibaly a cru à l’assaut et a tiré dans le halo de lumière et de poussière.

Ces balles se sont arrêtées dans les sacs de farine et de sucre qu’il avait entreposé en barrage. Concentré sur ses tirs et la vue masquée par les caisses enregistreuses, il n’a pas vu le rideau de la porte principale s’ouvrir et la colonne d’assaut du RAID se positionner.

Quand il comprit son erreur et ouvrit le feu en direction de l’entrée principale, c’était trop tard pour lui, la colonne le neutralisa.

Nous avons ensuite fouillé les lieux, pour libérer les otages cachés dans les sous-sol et chambres froides, et nous assurer que Coulibaly n’avait pas de complice. Nous avons trouvé les deux kilos d’explosif, les détonateurs et les mèches lentes qu’il n’avait heureusement pas eu le temps de monter en piège.

Les policiers du RAID, de la BI et de la BRI après la neutralisation de Coulibaly Photo © DICOM

Après un embryon de débriefing sur place et une poignée de main du ministre, on a pu rentrer chez nous et remonter le moral de nos familles.

Des infos des services de renseignements disaient que des menaces pesaient sur notre environnement familial et qu’il fallait veiller à rester armé. Je suis rentré avec mes deux Glock.

Les deux battants tirants de l’hype cacher © Marc Verillotte

F-S : Le 13 novembre 2015, la France est de nouveau attaquée par des islamistes radicaux. Les attaques visent le stade de France, des terrasses de bars et restaurants parisiens et la salle de spectacle « Le Bataclan ».

M. V : J’étais chez moi quand j’ai reçu le message peu après 22h, « retour service tout personnel dispo même non d’astreinte ». Je n’étais pas d’alerte, mais en période de recyclage de spécialités à l’ENPP, alors je me suis rapatrié au RAID en véhicule perso. Quand je suis arrivé à Bièvres, deux équipes étaient déjà parties : l’ERI (Equipe de Réaction Rapide) qui dormait sur place pour être la plus réactive possible, suivie de près par le reste de l’Alerte, qui dormait à domicile mais avec un véhicule de police pour se rapatrier rapidement.

A Bièvres, les collègues arrivés comme moi plus tardivement, se préparaient pour organiser une « Alerte 2 » et une « Alerte 3 » … les lieux de crises étaient nombreux, il nous fallait organiser plusieurs équipes autonomes.

L’ambiance était particulièrement lourde dans les couloirs. D’habitude, les blagues fusent mais là, les visages étaient tendus et les regards graves… ce qu’on avait entendu sur les ondes FM de nos autoradios, puis ce qui filtrait de nos postes de radio police et de « radio-couloir », ne poussait pas à l’optimisme : on entendait parler de scènes de guerre, de morts, d’armes de guerre… 

Mon groupe a été projeté dans le XI ° arrondissement, à côté du bar « la bonne bière » ou cinq personnes avaient été tuées. La police encerclait un immeuble ou deux terroristes avaient été vu se réfugier.

Des étuis de balles de kalachnikov jonchaient le sol… On a dû prospecter le bâtiment. Pour cela, on a évacué les familles qui répondaient à nos injonctions et on a fouillé leurs appartements pour nous assurer que les terroristes n’y étaient pas cachés.

Le problème est venu des logements qui restaient silencieux à nos appels : contenaient-ils les terroristes lourdement armés ? Ou simplement des gens intimidés, suspicieux, sourds ?

Cette incertitude nous avait contraint à ne pas ouvrir les portes de manière violente à l’explosif, mais de manière « souple » pour ne pas prendre le risque de blesser des innocents. Cette deuxième méthode nous avait cependant obligé à nous exposer physiquement bien davantage… à 11 reprises. 11 prises de risques maximum. Tob et moi avons eu l’impression de nous suicider 11 fois.

Se plonger dans un tel processus extrême d’abnégation n’a rien d’anodin.

Finalement, les terroristes n’étaient pas là… Ils étaient absents, mais les doses de stress accumulées, étaient elles bien présentes.

Les collègues qui pendant ce temps, avaient eu à affronter les terroristes du Bataclan, tout en enjambant des dizaines de morts et blessés, étaient également revenus au service très impactés psychologiquement.

Nous avons cependant tiré beaucoup d’expériences de ces épreuves. Ça a été remarquable lors des entraînements qui ont suivi : l’Unité avait un niveau énorme. On est passé d’une période ou assez peu d’entre nous avaient subi l’épreuve du feu à une autre ou chacun d’entre nous avaient subi ou ouvert le feu à plusieurs reprises ! 

Médaillé de la sécurité intérieure, échelon or avec agrafe « attentats 2015 » remise par le ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve © Marc Verillotte
Marc au garde à vous pendant sa décoration de la Légion d’Honneur © Marc Verillotte

F-S : Quel impact a eu la presse dans vos interventions ?

M. V : Bien plus impressionnante que jusque-là.

Ça avait déjà commencé sur l’affaire Merah en mars 2012 où les chaines de télévisions d’informations continues avaient été très intrusives, avec des commentaires dangereux du style : « le camion de pompiers est en train de bouger, cela signifie qu’un assaut est en train de se préparer » … Si le terroriste avait regardé les médias, il aurait bénéficié d’informations sensibles.

Ça s’était poursuivi en janvier 2015 lors de la traque des terroristes de Charlie Hebdo. Les reporters nous suivaient comme des poissons pilotes, au point de paraître être en compétition avec nous : on s’ouvrait des angles de tir pour explorer des zones suspectes, ils s’ouvraient les mêmes angles pour obtenir de bonnes images…

Pour l’hyper cacher de la porte de Vincennes, les journalistes s’étaient installés chez les riverains et avaient filmé notre assaut aux alentours de 17h00… un horaire ou nos enfants auraient pu regarder la télévision, et ainsi se demander si les hommes en noir qui tombaient, étaient ou non leur père…

Ces émissions communiquaient également des informations sensibles : la présence d’otages dans les frigos de l’épicerie, la mort des Kouachi à Dammartin-en-Goële, la présence d’un otage caché dans la cuisine de l’imprimerie, etc.

Pour toutes ces raisons, nos épouses ont été davantage impactées que d’habitude. Après ces interventions, il fallait que j’appelle ma famille plus souvent… à chaque départ et retour d’opération.

F. -S : A ta retraite, tu deviens conférencier dans l’adaptation au stress et tu sors un livre « Au cœur du RAID » avec Karim Ben Ismail.

Depuis quand voulais-tu écrire ton histoire ?

M. V : J’ai toujours pris des notes. Adolescent, sous forme de « cahier intime » pour noter mes états d’âme. Compétiteur de judo, sous forme de « cahier d’entraînements » pour me souvenir des programmes qui ont fonctionnés et corriger ceux qui ont échoués.

© Marc Verillotte

Entraineur, sous forme de « cahier d’entraîneur » pour me souvenir des caractéristiques de mes élèves et de leurs concurrents. Raider, pour me souvenir des schémas tactiques, des techniques, des expériences diverses… Le sens de cette pratique est pour moi évident : pour devenir un homme d’expérience, il faut se souvenir de ses expériences, et pour cela, il n’y a pas d’autres choix que de les retranscrire sur papier.

Ces notes, je l’ai ai souvent relues, synthétisées, enrichies… organisées en versions longues et en versions courtes…

Quand j’ai arrêté ma carrière de judoka, je me suis servi de ces archives pour faire six DVD pédagogiques de judo.

Quand j’ai arrêté ma carrière de raider, j’ai fait de même pour écrire « au cœur du RAID ». Ce livre a mis plusieurs années pour murir, j’hésitais dans le dosage à mettre entre histoires du RAID, histoires de judo et histoires de préparation mentale. Mon projet a d’abord fait 900 pages, puis 700… J’ai alors fait appel à mon ami Karim Ben Ismaïl, journaliste et « portraitiste » brillant du journal « L’équipe magasine » pour m’aider à restructurer mes écrits, à trancher le superflu et conclure ces mémoires de 350 pages. C’est le livre de ma vie, il ne sent pas la pile de dictaphone de journaliste, il sent la sueur mal séchée de la cagoule stockée au fond du casque.

Le dernier jour de Marc au service. Ses frères d’armes lui ont offert des cadeaux bien spéciaux
© Marc Verillotte

L’équipe de partenaires de Marc pour son 6° dan © Marc Verillotte

F.-S : Tu as émis quelques critiques sur le « système » ?

M. V : C’est un livre positif qui fait l’apologie de ce service fantastique qui a fait mon bonheur pendant 20 ans. Mais c’est aussi un livre vrai qui n’as pas pour but de me faire entrer dans la danse des langues de bois et autres manipulateurs. Je considère que chaque ancien a un devoir de transmission : au cours de sa vie, on doit tous s’efforcer de faire un enfant, planter un arbre et écrire un livre…

Mais le tableau doit être juste, La société n’est jamais totalement rose et ce n’est pas rendre service aux générations futures que de cacher la poussière sous les tapis. Mes critiques sont mesurées, je n’ai pas lancé de grenades… tout au plus quelques fusées éclairantes.

J’ai simplement voulu rectifier quelques exagérations de certains cadres et négociateurs qui s’attribuent à titre individuel ou corporatiste, des réussites acquises collectivement et notamment par l’action des colonnes d’assauts. Il n’y a pas de réussites autres que collectives.

Marc a participé avec plusieurs membres du RAID à l’Urban Shield à San Francisco en octobre 2009. Le RAID a terminé à la 5° place sur 26

Au RAID, chacun apporte sa pierre à l’édifice : les secrétaires, la logistique, les négociateurs, les cadres du poste de commandement, les tireurs fusils… mais dans mon livre « au cœur du RAID », j’ai tenu à souligner que les maîtres-chiens et les opérateurs de la colonne d’assaut, s’ils apportent certes leurs pierres comme les autres, ont la caractéristique importante de le faire sous les balles adverses…

J’ai écrit un livre de combattant pour les combattants : je ne dénigre en aucun cas l’action des autres spécialités, je mets simplement en avant celles des opérateurs de terrain… les rippers… ceux que les militaires appellent avec humour « les pilotes de rangers » et que nous appelons nous « les porteurs de boucliers ».

Je pense que ce sont eux qui sont « au cœur du RAID » !

Author

admin@fipn-sdlp.fr

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

error: Content is protected !!