Entretien avec Rémy, ancien membre du RAID

Fabien 16 décembre 2012 0
Entretien avec Rémy, ancien membre du RAID

FIPN-SP.FR : Bonjour Rémy. Quel est ton parcours de policier ?

REMY : J’ai été moniteur d’éducation physique, de tir, professeur de judo, athlète de haut niveau en équipe de France Police en judo, professeur de judo et moniteur CAPU (Centre d’Application des Personnels  en Uniforme – qui est devenu l’ENPP – Ecole Nationale de Police de Paris).

J’étais chargé de la protection rapprochée de Robert Mitterrand. Quand j’ai appris la création du RAID, je me suis présenté aux premiers tests de sélection du RAID en juin 1985.

J’ai réussi les tests et ai débuté la formation RAID de 3 mois à Cannes Ecluses.

J’ai quitté le service en 2003 et suis parti à la retraite.

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Rémy avec Christian Battesti

F-S : Quelles ont été tes motivations pour intégrer le RAID ?

: C’était une suite logique de passer de la BRI-BAC  de Broussard, quand il a décidé de créer le RAID. J ‘y ai vu un service qui me donnait les moyens de m’exprimer et de trouver ce que je cherchais. C’est-à-dire la nouveauté, un mélange des genres (investigation et «  intervention »  type BAC, CRS  allaient travailler main dans la main), des formations , trouver  un fort esprit de groupe, vivre l’aventure…

A la création du RAID, il y avait des personnels de la BRI, DST, OCRB qui nous ont formés sur les interpellations en véhicule et les filatures. Nous autres moniteurs, nous les avons entraînés au tir, sports de combat et autres techniques de police. Chacun pouvait apporter aux autres sa spécialité. C’était  le respect des autres, un gardien pouvait former un lieutenant et inversement. Tout se faisait naturellement, ça a permis de souder le groupe très vite.

F-S : Pourquoi avoir choisi le RAID et non un GIPN ou la BRI ?

R : Pour des raisons géographiques,  le seul GIPN qui existait à l’époque était celui de Marseille et il fallait être enquêteur pour postuler à la BRI. Habitant en Ile de France, le choix était logique.

F-S : Quelles ont  été les missions les plus marquantes auxquelles  tu as participé ?

R : J’étais en mission au Liban, avec d’autres membres du RAID. Nous étions en voiture et avons été pris pour cible.  J’ai été touché sur le côté de la tête par une balle, un co-équipier et ami s’est tourné de son siège  et a pris la balle dans la tête. Par chance, le chauffeur  a accéléré et a gardé son sang-froid et nous a conduit à l’hôpital dans lequel un chirurgien a opéré notre collègue et lui a sauvé la vie.

Il y a également l’interpellation d’un lycéen à Amiens, c’était le fils d’un policier. Ce jeune avait tué un élève dans le lycée et s’y était retranché. Nous avions tout verrouillé et espérions tous que ce jeune se rende. Ce qu’il a finalement fait après plusieurs heures de négociation sur place.

J’ai participé à l’interpellation des membres de « Action-Directe » à Vitry aux Loges et beaucoup d’autres. Cependant je n’étais pas présent sur  bon nombre d’interventions médiatiques du service (Human bomb, le gang de Roubaix…) pour cause de maladie, parce que  je n’étais pas d’alerte (astreinte) ou j’étais  en congés annuels.

F-S : Comment s’organise une journée au RAID ?

R : Quand j’y étais, le début de matinée était consacré au footing, sports de combat ou musculation et séances de tir. L’après-midi voyait les équipes simuler  une intervention ou un entrainement par pool de spécialité (THP, escalade, démo…).

F-S : Quels conseils donnerais-tu à un policier qui voudrait entrer au RAID ?

R : Je lui dirais d’être extrêmement motivé, d’avoir une condition physique à toute épreuve, un grand désir d’apprendre et de partager ses connaissances, un  esprit de groupe important (il en faut quand on part en mission et qu’on dort à 6 dans un garage avec 4 lits de camp pendant une semaine..) et je rajouterais  qu’il est conseillé au futur postulant d’avoir un accord total de l’épouse. En effet, ce point est important, nous pouvons partir à tout moment, lors d’un mariage, en pleine nuit….

F-S : Quels sont donc  les inconvénients pour  un policier du RAID ?

R : Principalement  les problèmes liés à la vie de famille. Les fréquences de nos missions sont difficilement compatibles avec une vie de famille. Personnellement, j’ai divorcé après une mission de un an au Liban. Entre  les missions de 15 jours en Corse ou au Pays Basque, les interventions, les missions de protection et de formation,  nous étions  rarement à la maison. Nous ne voyions pas beaucoup nos femmes et nos enfants et rares sont les mariages qui durent chez nous….

F-S : Y a-t-il un profil spécifique , un service de police particulier pour entrer au RAID ?

R : Le mieux est de se présenter avec le diplôme de moniteur de tir.  Nous exigeons de nos policiers qu’ils sachent bien tirer rapidement, c’est la raison pour laquelle les dossiers des candidats comptent nombre de fonctionnaires issus des BAC, des CRS, du SPHP, de la PJ …  Il y a des profils intéressants si le candidat présente des spécialités (informatique, plongée…. Ou photographie comme le Commandant Michel Marie, qui est l’instigateur de la négociation au RAID).

F-S : Quels conseils donnerais-tu  pour bien faire son choix  entre la BRI PP, les GIPN ou le RAID ?

R : Tout dépend de ce que l’on veut faire. La BRI a une spécificité qui est le travail judiciaire, chose qu’on ne fait pas au GIPN et au RAID. Il y a des équipes d’investigation au RAID, mais ce n’est pas le rôle premier du service. Il y a des choix géographiques également, la BRI PP comme son nom l’indique est basée sur Paris. Le RAID est basé en Essonne et les GIPN sont situés dans les grandes villes de France (Lyon, Marseille, Rennes, Strasbourg, Lille, Nice).

F-S : Que penses-tu de l’affaire Merah ?

R : Je n’y étais pas et ne connais pas le dossier  mais je pense qu’il  aurait été préférable de l’interpeler sur son scooter à la sortie de son domicile.

F-S : Pourquoi les policiers dans la colonne d’assaut ont-ils des armes au calibre différent  5.56 et d’autres en 9mm ?

R : Tout dépend. Généralement, celui ou ceux qui ont des 5.56 protègent la colonne et disposent d’une puissance de feu supérieure. Les gars qui ont des Glock,  MP5 ou autres sont ceux qui entreront les premiers dans une pénétration dans un domicile. A chaque arme correspond un rôle.

F-S : Comment agissez-vous quand vous avez à interpeller des individus dans un domicile et qu’il y a des enfants présents ?

R : Nous nous focalisons sur les adultes et isolons rapidement les enfants.

F-S : Une jeune femme m’a demandé si vous envisagiez, comme les rugbymen, de poser pour un calendrier ?

R : Non, c’est impossible, l’administration n’approuverait  jamais la chose. Cependant, nous avons voulu produire des préservatifs RAID.  Nous avions trouvé le fournisseur mais la hiérarchie « toussait »…

F-S : As-tu constaté des changements entre « ton époque » au RAID et « aujourd’hui » ?

R : Oui, bien sûr. Auparavant,  à la création du service quand on partait en mission, nous étions autonomes. Le budget « nourriture » était important et permettait de tous se retrouver autour d’un bon plat (coq au vin, lièvre (braconné), côte de bœuf…). C’était notre exutoire et on était un groupe d’amis. Quand Patu (Robert Paturel) était de la mission, il nous faisait des pâtisseries à profusion.

Aujourd’hui, ces moments de convivialité autour de bons repas n’existent plus. Certainement en raison du budget attribué ou  d’un changement de priorité. Ce qui est dommage car c’est dans ces  moments de partage  que l’on soudait une équipe.

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No Comments »

  1. denis 18 décembre 2012 at 14 h 49 min -

    J’ai bien aimé l’anecdote de la capote. ça aurait pu fonctionner des capotes « Raid » avec un bon slogan

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