Interview de Christophe H. ancien Major du GIPN de Lyon

Fabien 3 mai 2016 0
Interview de Christophe H. ancien Major du GIPN de Lyon

Le premier magazine « RAIDS » que j’ai acheté était le n°148, avec en couverture le GIPN de Lyon.  C’était en septembre 1998, aujourd’hui, l’ancien numéro 2 du service a accepté que je l’interviewe

FIPN-SDLP : Quelles ont été tes motivations pour entrer dans la Police Nationale ?

Christophe H. : J’ai eu la chance de découvrir le métier de policier très jeune grâce à mon père qui était lui-même policier. Et quel plus beau métier existe-t-il que celui qui peut vous permettre de combattre le mal en protégeant les justes…

F-S : Dans quels services as-tu travaillé avant d’intégrer le GIPN ?

C.H : J’étais à la brigade de nuit du 11eme arrondissement de Paris, la BAC 75 N et la BAC de Lyon.

L’habilitation GIPN

F-S : Comment as-tu connu le GIPN ?

C.H : j’en avais entendu parler par  l’intermédiaire de mon gradé lorsque j’étais à la BAC de Paris.

F-S : Quels étaient tes points forts et tes points faibles ?

C.H : Mes points forts étaient  l’esprit de groupe, les sports de combat, le tir, les activités aquatiques et les techniques d’intervention.

Mes points faibles,  la course à pied, l’escalade et la descente en rappel (je n’en avais jamais fait…)

F-S : Te souviens-tu du nombre de policiers  que vous étiez au début et du nombre de retenus ?

C.H: J’ai passé l’habilitation GIPN en 1996.

Il y a eu 600 dossiers reçus par la cellule de coordination des GIPN,  70 candidats ont été convoqués pour 10 habilités.

 

F-S : Comment s’est déroulée l’habilitation GIPN ?

C.H: L’habilitation s’étendait sur dix jours de tests physiques et psychologiques  en étant observé  constamment par des policiers du GIPN et  des psychologues  à  l’École de Police de Saint-Malo.

On avait des tests écrits qui déterminaient notre profil et notre rapidité de réaction, des simulations de débats en groupe sur des sujets sensibles.

Des tests de résistance (test Cooper, parcours GIPN avec obstacles), boxe anglaise, pied poing, sol. Tir de précision, tir de combat, tests de cran (progression en hauteur, descente en rappel, passage dans des trous étroits avec de l’eau) simulation d’intervention de police en équipe…plus des footings de nuit…

A l’époque, les tests n’étaient pas mixtes avec le RAID. C’était organisé par la cellule de coordination des  GIPN, mais un commandant du RAID, négociateur, était venu me demander, à l’issue des tests d’intégrer le RAID.

Les tests étaient encadrés par des instructeurs et des champions des GIPN.

 

F-S : Quelles étaient les épreuves que tu redoutais ?

C.H : Principalement les tests de vertige et le Cooper.

F-S : L’épreuve la plus redoutée par les candidats est celle des sports de  combat, comment l’as-tu vécu ?

C.H: Je l’appréhendais effectivement, même si j’aimais ça, car avant de passer notre tour, on voyait les copains se faire ouvrir par les instructeurs… Nez cassé, KO, visage en sang…

F-S : Au final, le candidat sélectionné  pouvait-il choisir le GIPN de son choix ou ça lui était imposé ?

C.H: Il pouvait choisir le GIPN de son choix, bien sûr, en fonction des places disponibles.

 

 

Le GIPN

F-S : Pourquoi avoir choisi le GIPN de Lyon ?

C.H : J’ai choisi celui de Lyon parce qu’il il y avait une place disponible pour moi immédiatement.

 

F-S : Comment s’est passée ton intégration au sein du GIPN ?

C.H: Les mentalités étaient différentes à l’ époque. Je suis arrivé en même temps que deux autres copains, et nous avons dû faire nos preuves avant d’être vraiment acceptés.

 

 

F-S : Combien d’années faut-il pour qu’un policer du GIPN soit parfaitement opérationnel ?

C.H: Il faut à peu près trois ans pour qu’une recrue soit opérationnelle.

 

 

F-S : Quelles formations et habilitations tu as du passées ?

C.H: Explosifs, protection rapprochée, techniques d’intervention en hauteur, tir de haute précision, moniteur de tir, instructeur en technique d’intervention, négociation  en interne….

F-S : Contrairement au RAID, les policiers des GIPN se doivent d’être polyvalents, avais-tu une préférence dans un domaine ?

C.H: Oui, j’avais une préférence pour l’assaut, le commandement du groupe, la négociation et les techniques d’effraction.

 

F-S : De combien de policiers le GIPN de Lyon était composé ?

C.H: Nous étions vingt-quatre policiers.

 

 

F-S : De quoi était composée l’armurerie et de quel matériel disposiez-vous ?

C.H: Tu comprendras que je ne peux pas répondre à cette question…. On disposait de matériel de pointe.

F-S : Sur quel type de missions vous travailliez le plus ?

C.H: A l’époque, nous étions régulièrement appelés pour des interpellations à domicile de dangereux individus armés, les forcenés armés retranchés, et les protections rapprochées.

F-S : As-tu fait des formations à l’étranger ? Si oui, tu peux nous dire dans quel pays ?

C.H : Oui, en Afghanistan, au Liban, à Haïti, au Nicaragua, au Cambodge.

F-S : Y avait-il des échanges avec des services français et étrangers ?

C.H: Il y en avait très peu à l’époque, il y en a bien plus aujourd’hui.

F-S : Contrairement à certains GIPN (Nice, Marseille, Bordeaux), le GIPN de Lyon n’est pas médiatisé, est-ce une volonté du service ?

C.H: Non, nous avons une tranquillité toute relative vis-à-vis des médias…

F-S : Lyon et sa banlieue sont réputés par leur dangerosité, Khaled Kelkal s’y était caché et y a été neutralisé.  Vous avez travaillé sur le terrorisme à l’époque ?

C.H: J’ai effectivement participé à des opérations mais là également je ne pourrai pas t’en dire d’avantage.

F-S : En quoi consistait les échanges inter GIPN ?

C.H: On s’entraînait sur des formations tactiques, diffusion de formations au profit de groupe d’interventions étrangers et missions opérationnels…

Nous nous retrouvions sur des formations diffusées aux polices étrangères, sur les tests GIPN,  les formations spécifiques ( TIH, Explosifs,  avec les militaires) ou avant certains événements important pour réviser nos gammes, et les chefs de groupe se réunissaient deux fois par an…

F-S : Y avait-il des échanges avec le RAID, entrainement ou missions conjointes ?

C.H: Pratiquement toutes nos formations se faisaient avec des collègues du RAID, certaines se faisaient même à Bièvres.

Nous étions régulièrement mixés sur les grosses missions en France et à l’étranger :  coupe du monde de football, de rugby, protection de personnalité, extraction de détenus dangereux, procès à risque, grosses interventions…

 

F-S : Quelle est la mission que tu gardes en mémoire ?

C.H: Ma première intervention, le 24 décembre 1996, au Puy-en-Velay, un homme lourdement armé s’était retranché au palais de justice après avoir tiré sur les policiers… Je m’étais fait tirer dessus à la chevrotine à travers le sas d’accueil… Je n’avais été touché que légèrement.

 

 

F-S : L’année dernière, les GIPN de métropole perdaient leur nom au détriment d’« antenne RAID», qu’est-ce que ça t’inspire ?

C.H: Cela m’a un peu attristé car j’y ai passé 17 ans. L’écusson du GIPN représentait des valeurs, qui à mon sens étaient importantes. C’est le premier  groupe d’intervention  Français. Créé en 1972, avant le GIGN et le RAID.  Les GIPN intervenaient beaucoup et avaient une rigueur collective très spécifique…

 

 

F-S : Quand et pourquoi as-tu quitté le service ?

C.H: J’ai quitté le GIPN parce que  je commençais  à être usé physiquement ( blessures et usures des articulations), mais également pour me rapprocher de mes filles qui vivaient avec leur mère dans le sud.

 

Aujourd’hui

F-S : Tu as créé l’Académie GI, peux-tu nous en parler ?

C.H: C’est une activité extra professionnelle que j’ai montée avec des copains dont un ancien des forces spéciales, tous pointus dans leur domaine. Nous proposons des stages de cohésion intégrant des activités un peu fun en rapport avec la formation d’un GIPMAN. Tout ça à destination des particuliers et des entreprises…

 

F-S : Tu penses ouvrir d’autres académies GI ailleurs en France ?

C.H: Pour le moment non. Lorsque j’ai réfléchi à ce concept, j’ai voulu me démarquer de ce qui se faisait  par nos copains militaires, mais j’ai également voulu partager la beauté de l’environnement dans lequel je vis aujourd’hui,  et qui est juste magnifique!! Le secteur du Pic saint loup â côté de Montpellier.

F-S : Quelles sont le profil de personnes qui viennent à l’académie ?

C.H: Toutes sortes de profils : hommes, femmes, sportifs, sédentaires souhaitant se dépasser et travailler la confiance en soi, groupes d’entreprises, équipes de sport recherchant la cohésion, curieux, personnes fascinées par nos profils voulant échanger….

F-S : Que propose l’académie ?

C.H: Nous proposons des stages inédits accessibles à tous, permettant de participer à des activités hors normes, ludiques, un peu sportives, et qui permettent de développer la cohésion, la confiance en soi, la gestion du stress, de mieux se connaître, d’échanger avec des ex membres d’unités d’élite, ou tout simplement de vivre un tripe sympa pendant 60 heures…

 

 

F-S : Qui sont les encadrants ?

C.H: Ce sont des spécialistes diplômés en fonction dans certaines unités de la police, des pompiers formateurs, coach sportif, une infirmière diplômée d’État.

 

 

F-S : De quoi se compose le stage ?

C.H: Je ne peux pas trop rentrer dans les détails mais nous proposons un enchaînement d’activités tel que de la descente en rappel, des progressions simulées en binôme avec réplique d’airsoft, une opération spéciale d’extraction d’otage, des tyroliennes façon test de cran,  une via ferata super sympa, et plusieurs surprise….Le tout accessible par tous de 16 à 70 ans.

 

 

F-S : Comment se comportent les stagiaires ?

C.H: Ils sont très réceptifs, très concentrés. Ce qui m’a marqué à plusieurs reprises, c’est la joie excessive exprimée par certains après avoir réussi à passer une épreuve qu’ils redoutaient!!! Que du plaisir pour les instructeurs…

 

F-S : Une fois le stage terminé, qu’ont-ils préféré et quel est leur ressenti ?

C.H: Cela sera plus simple d’aller visionner leur réaction sur notre site academiegi-gi.fr

Mais cela dépend des personnes, ils apprécient généralement bien les tyroliennes,  les opérations spéciales, et le parcours stress avec réplique d’airsoft…et certaines surprises du chef……

 

 

F-S : Tu peux vivre de l’Académie ou tu exerces encore aujourd’hui ?

C.H: Non, pas pour l’instant. L’objectif est juste de partager des moments sympas avec les copains et des nouvelles personnes, tout en profitant d’un environnement hors norme… Mais qui sait?

 

 

F-S : En 2015, la France a été marquée par le terrorisme. Selon toi, cela était-il inévitable ?

C.H: Oui, et malheureusement ce n’est pas fini… La menace est très importante. Notre pays sera à nouveau frappé par des attaques structurées ou isolées c’est certain. Mais on ne sait pas où ni quand même si nous avons des idées….

Tous les Français vont devoir nous aider à combattre ces individus… Ils vont devoir apprendre à regarder au lieu de voir ce qui les entoure et surtout à réagir vite en cas d’attaque!

Beaucoup d’attentats ont été déjoués sur le territoire national, on le sait.

 

F-S : Qu’as-tu pensé des interventions de tes « frères d’armes » ?

C.H: Je pense qu’ils ont fait le job, et qu’ils ont sauvé des vies. Maintenant il est très facile de commenter, de critiquer quelque chose qui n’a pas été vécu… Mais que ceux qui se permettent de dénigrer aillent progresser face à des individus suicidaires qui vous tirent dessus à l’arme lourde  et nous verrons ce qu’ils feront…

N’oublions qu’un homme reste un homme. Les hommes qui composent les groupes d’inter sont tous des mecs qui tiennent la route et qui sont entraînés mais ce ne sont pas des robots ! »

 

Photos © Christophe H.

 

 

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