Interview de Enzo Foukra, ex GAO DST

Fabien 19 mai 2020 0
Interview de Enzo Foukra, ex GAO DST

 

 

 

 

FIPN-SDLP : Bonjour Enzo, peux tu te présenter à nos lecteurs ?

Enzo F : Bonjour, je m’appelle Enzo FOUKRA, 44 ans, je suis coach sportif, formateur en centre bpjeps, athlète Prozis et Inithy et fondateur, animateur de la chaîne Youtube « Enzo TV », chaine pédagogique sur le thème de la musculation, chaîne comptant près de 240 000 abonnés (28 millions de vues au total).

Avant de devenir coach sportif, j’ai été policier durant 15 ans, années durant lesquelles j’ai officié comme agent de la BAC (brigade  anticriminalité) 93, comme opérateur du GAO (Groupe d’appui opérationnel) à DST (actuelle DGSI) et Agent de renseignements, également à la DST.

 

 

Les premiers opérateurs du GAO de la DST – ci dessous, Enzo © Enzo F.

 

 

F-S : Tu es très sportif, c’est un atout majeur pour des sélections de groupes spécialisés. Quels étaient  tes points forts au moment des sélections du GAO

E. F : Hormis la musculation, je suis à l’origine un pratiquant de boxe anglaise, je suis également breveté en plongée sous-marine et parachutisme. Dans l’ensemble je ne pense pas (hormis la boxe anglaise) que ses compétences étaient très recherchées par les agents chargés du recrutement.

Binôme du GAO – Enzo, toujours affûté © Enzo F.

 

 

F-S : Quelles étaient tes motivations pour intégrer le GAO de la DST ?

E. F : A la base je me préparais pour les sélections du RAID et c’est mon chef de BAC qui, à l’époque m’a informé de la création d’un groupe d’intervention au sein de la DST et que, de ce fait, des sélection allaient être organisées.

Les raisons pour les lesquelles j’ai décidé de passer ces sélections sont nombreuses, tout d’abord le champ d’activité et l’aura de la DST m’ont toujours fasciné, les gros moyens logistiques dont dispose ce service et enfin, l’exaltation de « peut être » faire partie des « TOUS PREMIERS OPERATEURS », de participer à la création d’un service et d’œuvrer pour lui donner « ses lettres de noblesse », de légitimer et pérenniser son existence.

 

 

F-S : Travaillais-tu à la DST quand tu as candidaté au GAO ?

E.F : Non je ne travaillais pas à la DST, j’étais en BAC 93 lors de mon postulat, cependant il est à noter que 10 des 15 opérateurs constituant le GAO étaient recrutés en interne (au sein de la DST).

 

 

F-S : Comment définirais-tu les sélections du GAO ?

E. F : Si je devais utiliser un qualificatif concernant les sélections du GAO, ce serait « rustique » (à l’instar des SAS anglais), avec beaucoup d’ épreuves en extérieur, originales pour la plupart  mettant le physique et le mental à rude épreuve.

Binôme à l’entraînement au pistolet automatique – © Enzo F.

 

 

F-S  : Peux-tu nous parler des épreuves de sélections ? Laquelle t’a le plus marquée ?

E. F : L’épreuve qui m’a le plus marqué (mon corps aussi par la même occasion ahahaha)? sans hésitation : le test à effort, qui consistait, équipé d’un gilet pare-balles lourd et d’un bélier à gravir le « plus rapidement possible » les escaliers en colimaçon d’un silo à grains dont la hauteur équivalait celle d’un immeuble de 11 étages (il est à noter que 3 instructeurs de la DST étaient postés  à équi distance le long du silo a grains, pour intervenir au plus vite en cas de malaise ou blessure)

Une fois cette ascension terminée, l’épreuve n’était pas terminée, vous deviez poser le bélier et procéder à l’interpellation et au menottage d’un individu (pour l’occasion, un instructeur de la DST), interpellation qui avait pour vocation de jauger votre lucidité et l’efficacité de vos techniques opérationnelles après avoir fourni un effort très intense.

Je me souviendrai à jamais de l’étroitesse de ces escaliers métalliques, l’obscurité régnante rendant votre ascension  » devenue automatisée » parfois hasardeuse et imprécise (qui avait pour incidence une perte de rythme, tempo) et cette poussière en suspension (car le silo était encore en activité), qui au fil de l’effort intense  s’insinuait dans mes poumons et de mes  jambes littéralement en fusion qui vers la fin n’avançaient que par le mental, toutes ces difficultés soldées au final par la satisfaction d’avoir tenu la distance et donner le maximum de moi-même durant ce jour tant attendu.

 

 

Concernant les autres épreuves, durant cette semaine de tests, il y a eu le premier jour « en guise d’échauffement » une course (interminable ahahaha) un canoé sur l’épaule autour d’une base nautique,  course entrecoupée régulièrement de phases de traversée du plan d’eau a la pagaie.

Des épreuves de combat comportant des rounds de 3 min en 1 contre 1 en pieds poings, 1 contre 1 uniquement en boxe anglaise, du 2 contre 1 en pieds poings, du 2 contre 1 en boxe anglaise uniquement et des rounds de combat au sol.

Des épreuves en piscine, avec des tests d’apnée dynamique, des longueurs chronométrées (en opposition à un autre candidat) et en fin de tests, des matchs de water polo, principalement pour jauger la cohésion de groupe, l’esprit d’équipe du candidat (même si j’ai été surpris par l’endurance que cette discipline requiert ahahahaha).

Opérateur du GAO équipé de son gilet Blackhawk, d’un pistolet automatique Glock 17, d’un baton télescopique et d’un fusil d’assaut HK G36C avec un Eo tech 552 © Enzo F.

 

 

Une journée  durant laquelle nous avons effectué un parcours chronométré de tir tactique (dans l’enceinte de la base d’entrainement de la DST) , parcours jonché d’obstacles à surmonter, équipé d’un gilet pare balles lourd, tirs que nous avons effectués avec différents types d’armes (arme de poing, pistolet mitrailleur et fusil de précision).

Et enfin, un entretien avec un psychologue, durant lequel ce dernier s’assure du caractère « non tête brulée » du candidat, de la nature de ses motivations à intégrer le groupe et de manière générale, de son équilibre psychologique.

 

Une fois toutes ces épreuves passées, notre admission au sein du GAO et de la DST était assujettie à une enquête de moralité, dans le but d’obtenir l ‘accréditation « Secret Défense » (de par la nature sensible de certains documents portés à notre connaissance dans le cadre de nos missions), enquête de moralité sous forme d’audition du candidat, mais également de sa famille, par des agents de la DST.

©Enzo F.

 

F-S  :  Combien étiez-vous à candidater ?

E.F : L’annonce par télégramme de la création du GAO et des test de sélection ont suscité un grand engouement, puisque environs 1500 rapports de candidature, émanant de différents services de l’ensemble de la Police Nationale ont été transmis.

Après un écrémage sur dossier et une batterie d’entretiens avec des agents recruteurs de la DST, 27 candidats ont été sélectionnés pour participer à la semaine de tests à proprement parlé, 27 postulats pour…5 places (vu que les 10 autres opérateurs étaient choisis parmi les agents de la DST durant des sélections internes).

Binôme en entrainement au tir © Enzo F.

 

 

F-S: De quels services venaient les policiers qui passaient les sélections ?

E.F : Les services d’où les 27 candidats étaient issus étaient assez éclectiques, quelques-uns, qui comme moi, venaient de BAC (Brigade anti criminalité), d’autres du SPHP (Service de Protection Des Hautes Personnalités), du GPPN (Groupe de protection de la Police Nationale), de la BI (Brigade d’Intervention) et certains de services « Non spécialisés ».

 

F-S : Comment s’est déroulée la formation ?

E.F : Une fois le groupe formé, nous avons été soumis à une formation continue, mais très intensive lors de la première année, formation durant laquelle nous avons énormément tiré, aussi bien en précision, mais aussi dans toutes les configurations opérationnelles possibles ( en déplacement, en position ventrale, dorsale, latérale, en riposte etc…)

Mais également aux maniements d’autres armes comme le Fusil d’assaut (Sig 5.52 en 5.56mm version commando) le HK MP5 et le FAP (Fusil à pompe, Benelli pour l’occasion)

L’apprentissage intensif de sports de combat comme le krav-maga, le judo et la boxe, apprentissage dispensé par des experts de ces disciplines (quelques-uns issus d’ailleurs des opérateurs du GAO, dédicace à toi mon Corbo et à toi Thierry, des vrais monstres ahahahaha : ) ).

Enormément de simulation tactique, effectuée soit en CQB (Close quarters Battleground), dans l’enceinte de notre base d’entrainement, soit dans un fort fourmillant d’alcôves et de couloirs, ou dans des zones désaffectées.

Équipe du GAO à l’entrainement © Enzo F.

 

Nous avons également été formés et entraînés aux différentes techniques de filature, entrainements ponctués de simulations en milieu urbain (d’ailleurs c’était TRES loin d’être mon point fort ahahahaha, être un bodybuildeur n’a pas que des avantages).

Notre formation était également complétée par des stages techniques auxquels nous étions envoyés (stage d’effraction, de serrurerie fine, stage THP (Tireur Haute Précision) etc…, mais également des stages de coopération inter-service, notamment avec le RAID.

 

Policiers du GAO en entrainement au tir et en cqb © Dessinstactiques.com / David A.

 

 

F-S : Quelles étaient tes spécialités ?

E. F : Au sein du groupe, chaque opérateur du GAO, même si ce dernier reste très polyvalent, est spécialisé dans un domaine spécifique (étroitement lié à sa position dans la colonne d’assaut ou sa fonction lors d’une intervention), pour ma part étant deuxième de colonne (juste derrière le porteur du bouclier) j’étais armé d’un fusil d’assaut dont je m’étais spécialisé au maniement.

En deuxième spécialité, j ‘étais suppléant à l’effraction, afin de pallier  au remplacement éventuel  du primo opérateur spécialisé dans ce domaine ou en cas d’interventions simultanées sur plusieurs points.

Cette fonction consiste non seulement à exécuter l’effraction, mais surtout à déterminer quel est le moyen d’effraction optimal (afin de faciliter une pénétration rapide du groupe) en fonction de la nature portée à laquelle il fait face (blindée, semi blindée, porte friable), nature qui conditionnera directement le matériel adéquat à utiliser (Door raider, FAP avec de la démolition (munition percutante et non pénétrante) ou le bélier).

L’effraction reste LA CLE DE VOUTE d’une bonne intervention, sa rapidité d’exécution nous assurant de conserver l’effet de surprise et ainsi minimiser les risques  potentiels de riposte, s’il y a présence arme en face.

 

Policier du GAO avec son gilet lourd, et son HK MP5 © Enzo F.

 

 

F-S  : Comment s’organisait une journée « ordinaire » au service ?

E. F : Un opérateur du GAO, sollicitable via le bip qui lui est remis ,est d’astreinte 7j/7, 24h/24 , quelque soit l’heure, nous devions être en mesure de rejoindre notre base le plus rapidement possible, afin de se préparer pour une intervention (briefing concernant l’ordre de mission et préparation de l’équipement).

Une journée type se constituait soit de simulations tactiques ou entrainement au tir le matin et de sport l’après-midi (sports de combat, course collective, natation, musculation…), ou vice versa.

 

Dans certains cas même, un combiné des deux, par exemple, nous avions pour coutume lors de nos séances de tir dans l’enceinte du fort, de faire précéder chaque session de tir à proprement parler par un parcours du combattant effectué avec un gilet pare-balles lourd et le  bélier.

Cette manœuvre avait pour but de déterminer notre précision de tir et notre taux de lucidité en situation de stress, stress qui était simulé, restitué par une forte élévation de notre rythme cardiaque (due à l’effort fourni durant le parcours).

 

 

F-S  : Que peux-tu dire des missions du GAO ?

E. F : Notre principale mission consistait à appréhender tout individu ou groupe d’individus menant une entreprise terroriste sur le territoire Français ou soutenant cette dite entreprise par une  aide logistique (armement, financement etc….). Tu comprendras que je m’étendes pas sur le sujet..

 

Binôme du GAO à l’entraînement © Enzo F.

 

 

F-S  : Quelles sont les différences entre le GAO de la DST et le RAID ?

E. F : La principale différence avec le RAID? (qui était d’ailleurs souvent saisi par la DST avant la création du GAO) est dans la nature de certaines missions, le RAID est davantage spécialisé et compétent dans les

interventions de type ‘Forcené retranché » ou « prise d’otages ».

 

F-S  : De quel armement disposiez-vous à la création du service ?

E . F : En termes d’armement, nous étions équipés de :

-Glock 17 en arme de poing (avec des chargeurs de 30 cartouches) et le Sig Sauer P2022 en arme de back up.

-Du HK MP5 en PM 9mm (pistolet mitrailleur)

-Du Sig 5.52 en 5.56mm version commando et du HK G36C en fusil d’assaut

-Du fusil à pompe semi automatique Benelli

Toujours en contact avec des opérateurs actuels du GAO, j’ai pu être témoin de l’évolution constante du matériel (armement, tenue, etc…) dont ils disposent actuellement et je ne te cache pas ma joie (ahahaha).

 

 

 

 

 

 

Évolution des écussons du GAO de la DST, renommée DCRI (Direction Centrale du Renseignement Intérieur) devenu DGSI (Direction Générale de la Sécurité Intérieure).

La DGSI s’est substituée à la DCRI , née en 2008 de la fusion de la DST et d’une partie de la DCRG (Direction Centrale des Renseignements Généraux)

 

 

 

 

 

Le GAO aujourd’hui

Le GAO, comme tous les services spécialisés, a su améliorer son équipement et armement.

En constante évolution, on retrouve des similitudes dans le matériel acquis entre des unités comme le RAID et les BRI.

 

 

Opérateurs du GAO aujourd’hui-

Opérateur se prépare pour un entrainement ou une mission, le Tireur Haute Précision est équipé d’une Ghillie Suit et d’un HK 417 © Enzo F.

 

 

Des photos parues suite à l’interpellation d’un individu en juillet 2017.

 

 

F-S  : Pourquoi avoir quitté le groupe?

E. F : Pour plusieurs raisons. La première est une accumulation de fatigue, fatigue liée à nos entrainements quotidiens, entrainements auxquels s’ajoutaient mes entrainements personnels (extra professionnels) en musculation ( 6 jours/7), mais également due à notre grande sollicitation opérationnelle (afin de légitimer l’existence de ce nouveau Groupe d’intervention)  et comme je le dis souvent, il faut faire preuve d’assez d’humilité et d’honnêteté avec soi même et se dire « Qu’on a fait le boulot du mieux possible, mais qu’il est temps de laisser sa place à du « sang neuf », à des jeunes  tout aussi motivés et valant tout autant que moi ».

Enzo maintenant et avant

 

 

La deuxième était que je voulais donner une nouvelle direction, un nouvel élan à ma carrière professionnelle, voilà pourquoi, dans un premier temps, j’ai été agent de renseignements (toujours à la DST) pendant deux ans, afin d’explorer l’autre facette des missions de la DST.

 

Aujourd’hui je suis « personal trainer » en live , mais également à distance via mon site internet www.enzocoach.fr, formateur de « futurs coachs » en centre BJPJEPS et athlète ambassadeur du groupe Prozis (No1 de la supplémentation sportive en Europe) et D’inithy (www.inithy.com) qui est une société développant des applications mobiles de coaching sportif, ultra personnalisable et sous abonnement, d’ailleurs mon application de coaching (en collaboration avec Inithy) est en passe de voir le jour.

Et bien sûr, j’anime toujours ma chaîne YouTube « Enzo TV », qui va bientôt fêter ses 200 vidéos tutoriels  (technique d’exécution, conseils diététiques etc…)

Je tenais à te remercier pour cette interview, remercier les collègues du GAO pour leur engagement et de manière générale, un grand merci à tous ces hommes et femmes (Police, Gendarmerie, Armée) qui œuvrent, au péril de leur vie à ce que nous puissions, chaque nuit, dormir sous cette couverture chaude qui s’appelle « LA LIBERTE ».

Merci à vous TOUS.

 

Retrouvez Enzo sur ses chaînes :

Chaîne YouTube : Enzo TV  

Facebook : Enzo FOUKRA

Instagram : Enzofoukra

 

 

 

 

 

 

 

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