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« Lille — L’enquête sur les violences urbaines d’Amiens-Nord à l’été 2012 pourrait connaître un tournant, après le placement en garde à vue mardi de 18 personnes, parmi lesquelles onze ont été arrêtées à l’aube, dans le volet concernant les tirs contre des policiers lors des émeutes.

Jusqu’ici, les interpellations concernaient d’autres aspects de l’enquête, comme les dégradations de bâtiments publics, ou d’autres types de violence, mais pas l’usage d’armes à feu contre les policiers.

« Les deux tireurs de l’été dernier » se trouvent « sans doute » parmi les personnes interpellées, a déclaré le ministre de l’Intérieur, Manuel Valls, lors d’un déplacement en Seine-et-Marne.

La qualification retenue pour les gardes à vue est la « tentative d’homicide sur agent de la force publique avec préméditation, et la complicité », a précisé à l’AFP le procureur de la République d’Amiens, Bernard Farret.

Dans la nuit du 13 au 14 août, dix-sept policiers avaient été blessés, dont certains par arme à feu, lors de violents affrontements avec une centaine de jeunes d’Amiens-Nord.

Parmi les gardés à vue, sept se trouvaient déjà en prison dans le cadre de l’enquête sur les violences urbaines de l’été dernier. Ils ont été extraits de leurs cellules pour l’occasion.

Les onze autres ont été arrêtées au petit matin à leur domicile, en majorité dans le quartier populaire d’Amiens-Nord, classé en Zone de sécurité prioritaire (ZSP).

Les interpellations ont été réalisées dans le cadre d’une commission rogatoire diligentée par la juge d’instruction en charge de l’enquête.

« Cela s’est passé sans difficulté », a indiqué à l’AFP une source proche de l’enquête, qui a précisé qu’il n’y avait pas eu de manifestation d’hostilité envers les policiers.

Jusqu’à quatre jours de garde à vue

Le concours du Raid a été sollicité à deux endroits, concernant des personnes chez lesquelles la police pensait qu’il pouvait y avoir des armes, selon cette source.

Plusieurs vagues d’arrestations ont eu lieu ces derniers mois, notamment en mars et en mai, avec une douzaine d’interpellations à chaque fois.

Un certain nombre des personnes arrêtées mardi avaient déjà été entendues, sans être inquiétées jusqu’à présent dans cette enquête.

Il s’agit majoritairement de jeunes, même si la fourchette des âges va de 16 à 51 ans. Deux sont mineurs, selon le parquet d’Amiens.

Parmi les interpellés figurent notamment le père et les trois oncles d’un jeune homme dont la mort à scooter avait causé un certain émoi à -Nord, a indiqué à l’AFP l’un de leurs avocats, Me Guillaume Combes.

« On peut déjà les éliminer » des suspects des tirs car « ils étaient chez la grand-mère » du jeune homme le soir du 13 août, a assuré Me Combes.

Une intervention de police à proximité d’une cérémonie le 12 août au soir en hommage au jeune homme avait fait office de détonateur pour les violents affrontements de la nuit du 13 au 14.

Selon Me Jérôme Crépin, qui défend le père et l’un des oncles, le frère du jeune homme décédé a également été placé en garde à vue mardi. Ce mineur est déjà mis en examen pour dégradation de biens publics dans cette affaire.

Le conseil a souligné qu’il n’avait pas eu accès à ses clients, car la juge d’instruction a fait jouer une procédure de dérogation exceptionnelle permettant de différer de 24 heures l’intervention de l’avocat.

« On est dans l’excès », a dénoncé Me Crépin, qui rappelle que cette procédure est utilisée « seulement dans les très gros dossiers de stupéfiants ou de terrorisme ».

Le recours à cette procédure est « extrêmement rare », selon Me Stéphane Daquo, avocat de deux gardés à vue, un mineur et un majeur, tous deux amis du jeune homme mort en scooter.

Me Crépin a dénoncé une « instruction sous influence » de ce dossier. « L’affaire d’Amiens n’est pas l’affaire du ministère de l’Intérieur », a-t-il ajouté, menaçant de demander « un dépaysement du dossier pour que l’affaire soit traitée sereinement ».

Outre les violences contre les forces de l’ordre, les émeutiers avaient mis à sac plusieurs bâtiments publics, dont une école maternelle et un gymnase, avec des dégâts estimés à plusieurs millions d’euros.

Des échauffourées avaient également eu lieu la nuit précédente.

Les gardes à vue pourront durer jusqu’à 96 heures, soit jusqu’à vendredi, car la qualification de bande organisée a été retenue, a précisé le parquet d’Amiens. »

Source : AFP – Emmanuelle Michel – article du 25 juin 2013

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