FIPN-SDLP : Rémy, avant de parler de ton quotidien, peux-tu retracer le fil de ta carrière ? Quel a été ton cheminement, de l’école de police jusqu’au RAID ?

REMY : J’ai été moniteur d’éducation physique, de tir, professeur de judo, athlète de haut niveau en équipe de France Police en judo, professeur de judo et moniteur CAPU (Centre d’Application des Personnels  en Uniforme – qui est devenu l’ENPP – Ecole Nationale de Police de Paris).

J’étais chargé de la protection rapprochée de Robert Mitterrand. Quand j’ai appris la création du RAID, je me suis présenté aux premiers tests de sélection du RAID en juin 1985. J’ai réussi les tests et ai débuté la formation RAID de 3 mois à Cannes Écluses.J’ai quitté le service en 2003 et suis parti à la retraite.

F-S : Le RAID représente l’élite de la police. Qu’est-ce qui, dans ton parcours, t’a poussé à vouloir franchir ce palier et à te confronter à une telle exigence ?

: C’était une suite logique de passer de la BRI-BAC  de Broussard, quand il a décidé de créer le RAID. J ‘y ai vu un service qui me donnait les moyens de m’exprimer et de trouver ce que je cherchais. C’est-à-dire la nouveauté, un mélange des genres (investigation et «  intervention »  type BAC, CRS  allaient travailler main dans la main), des formations , trouver  un fort esprit de groupe, vivre l’aventure…

A la création du RAID, il y avait des personnels de la BRI, DST, OCRB qui nous ont formés sur les interpellations en véhicule et les filatures. Nous autres moniteurs, nous les avons entraînés au tir, sports de combat et autres techniques de police. Chacun pouvait apporter aux autres sa spécialité. C’était  le respect des autres, un gardien pouvait former un lieutenant et inversement. Tout se faisait naturellement, ça a permis de souder le groupe très vite.



F-S : Au moment de postuler pour l’élite, avais-tu un objectif précis en tête ? Pourquoi le RAID s’est-il imposé comme une évidence par rapport aux autres unités d’intervention de la Police Nationale, le GIPN ou la BRI ?

R : Pour des raisons géographiques,  le seul GIPN qui existait à l’époque était celui de Marseille et il fallait être enquêteur pour postuler à la BRI. Habitant en Ile de France, le choix était logique.



F-S :Au cours de ta carrière au RAID, y a-t-il une intervention qui t’a particulièrement marqué, non pas seulement par son intensité, mais par ce qu’elle représentait humainement ?

R : J’étais en mission au Liban, avec d’autres membres du RAID. Nous étions en voiture et avons été pris pour cible.  J’ai été touché sur le côté de la tête par une balle, un co-équipier et ami s’est tourné de son siège  et a pris la balle dans la tête. Par chance, le chauffeur  a accéléré et a gardé son sang-froid et nous a conduit à l’hôpital dans lequel un chirurgien a opéré notre collègue et lui a sauvé la vie.

Il y a également l’interpellation d’un lycéen à Amiens, c’était le fils d’un policier. Ce jeune avait tué un élève dans le lycée et s’y était retranché. Nous avions tout verrouillé et espérions tous que ce jeune se rende. Ce qu’il a finalement fait après plusieurs heures de négociation sur place.

J’ai participé à l’interpellation des membres de « Action-Directe » à Vitry aux Loges et beaucoup d’autres. Cependant je n’étais pas présent sur  bon nombre d’interventions médiatiques du service (Human bomb, le gang de Roubaix…) pour cause de maladie, parce que  je n’étais pas d’alerte (astreinte) ou j’étais  en congés annuels.

F-S :On voit souvent le RAID uniquement en intervention, mais comment se construit cette excellence au quotidien ? Quelle place occupent l’entraînement physique et les simulations tactiques dans vos journées types ?

R : Quand j’y étais, le début de matinée était consacré au footing, sports de combat ou musculation et séances de tir. L’après-midi voyait les équipes simuler  une intervention ou un entrainement par pool de spécialité (THP, escalade, démo…).

F-S : Si un policier venait vous voir aujourd’hui avec l’ambition d’intégrer le RAID, quels seraient les conseils que tu lui donnerais pour se préparer ?

R : Je lui dirais d’être extrêmement motivé, d’avoir une condition physique à toute épreuve, un grand désir d’apprendre et de partager ses connaissances, un  esprit de groupe important (il en faut quand on part en mission et qu’on dort à 6 dans un garage avec 4 lits de camp pendant une semaine..) et je rajouterais  qu’il est conseillé au futur postulant d’avoir un accord total de l’épouse. En effet, ce point est important, nous pouvons partir à tout moment, lors d’un mariage, en pleine nuit…



F-S : On imagine souvent l’adrénaline des missions, mais quel est l’envers du décor ? Quels sont les sacrifices que ce métier impose ?

R : Principalement  les problèmes liés à la vie de famille. Les fréquences de nos missions sont difficilement compatibles avec une vie de famille. Personnellement, j’ai divorcé après une mission d’un an au Liban. Entre  les missions de 15 jours en Corse ou au Pays Basque, les interventions, les missions de protection et de formation,  nous étions  rarement à la maison. Nous ne voyions pas beaucoup nos femmes et nos enfants et rares sont les mariages qui durent chez nous….


F-S : Faut-il impérativement être passé par certains services de terrain (comme la BAC, les GSP ou les CRS) pour avoir une chance d’être retenu, ou toutes les directions de la police sont-elles représentées ?

R : Le mieux est de se présenter avec le diplôme de moniteur de tir.  Nous exigeons de nos policiers qu’ils sachent bien tirer rapidement, c’est la raison pour laquelle les dossiers des candidats comptent nombre de fonctionnaires issus des BAC, des CRS, du SPHP, de la PJ …  Il y a des profils intéressants si le candidat présente des spécialités (informatique, plongée…. Ou photographie comme le Commandant Michel Marie, qui est l’instigateur de la négociation au RAID).



F-S : Selon toi, quel type de tempérament s’épanouira davantage à la BRI (Police Judiciaire) par rapport au RAID ou aux  GIPN ? Est-ce une question de goût pour l’enquête ou pour l’intervention pure ?

R : Tout dépend de ce que l’on veut faire. La BRI a une spécificité qui est le travail judiciaire, chose qu’on ne fait pas au GIPN et au RAID. Il y a des équipes d’investigation au RAID, mais ce n’est pas le rôle premier du service. Il y a des choix géographiques également, la BRI PP comme son nom l’indique est basée sur Paris. Le RAID est basé en Essonne et les GIPN sont situés dans les grandes villes de France (Lyon, Marseille, Rennes, Strasbourg, Lille, Nice).



F-S :L’affaire Merah en 2012 a été un tournant pour les unités d’élite. Avec le recul, quel regard portes-tu sur cette opération en termes de complexité tactique et d’enseignements pour le RAID ?

R : Je n’y étais pas et ne connais pas le dossier  mais je pense qu’il  aurait été préférable de l’interpeler sur son scooter à la sortie de son domicile.


F-S : On remarque souvent une mixité d’armement au sein d’une même colonne : certains opérateurs sont en 5.56×45 mm (fusils d’assaut) et d’autres en 9 mm Parabellum (pistolets-mitrailleurs et pistolets). Quelle est la logique opérationnelle derrière ce panachage ?

R : Tout dépend. Généralement, celui ou ceux qui ont des 5.56 protègent la colonne et disposent d’une puissance de feu supérieure. Les gars qui ont des Glock,  MP5 ou autres sont ceux qui entreront les premiers dans une pénétration dans un domicile. A chaque arme correspond un rôle.


F-S : Comment l’unité se prépare-t-elle à la présence de mineurs lors d’une interpellation ? Quelles mesures prenez-vous pour minimiser l’impact psychologique sur les enfants présents lors d’une entrée en force ?

R : Nous nous focalisons sur les adultes et isolons rapidement les enfants.



F-S : Une question un peu plus légère de la part d’une lectrice : les rugbymen ont leurs « Dieux du Stade », le RAID envisagerait-il un jour de poser pour un calendrier caritatif ?

R : Non, c’est impossible, l’administration n’approuverait  jamais la chose. Cependant, nous avons voulu produire des préservatifs RAID.  Nous avions trouvé le fournisseur mais la hiérarchie « toussait »…

F-S : Entre tes débuts et aujourd’hui, la criminalité et le terrorisme ont radicalement changé de visage. Comment le RAID a-t-il dû faire évoluer sa doctrine d’intervention pour faire face à des profils de plus en plus déterminés ?

R : Oui, bien sûr. Auparavant,  à la création du service quand on partait en mission, nous étions autonomes. Le budget « nourriture » était important et permettait de tous se retrouver autour d’un bon plat (coq au vin, lièvre (braconné), côte de bœuf…). C’était notre exutoire et on était un groupe d’amis. Quand « Patu » (Robert Paturel) était de la mission, il nous faisait des pâtisseries à profusion.

Aujourd’hui, ces moments de convivialité autour de bons repas n’existent plus. Certainement en raison du budget attribué ou  d’un changement de priorité. Ce qui est dommage car c’est dans ces  moments de partage  que l’on soudait une équipe.

 

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