Le premier numéro du magazine « RAIDS » que j’ai acheté était le n°148, avec en couverture le GIPN de Lyon, en septembre 1998. Aujourd’hui, l’ancien numéro 2 du service a accepté de répondre à mes questions.

FIPN-SDLP : Quelles raisons t’ont conduit à intégrer la Police nationale ?
Christophe H. : J’ai eu la chance de découvrir le métier de policier très jeune grâce à mon père qui était lui-même policier. Et quel plus beau métier existe-t-il que celui qui peut vous permettre de combattre le mal en protégeant les justes…

F-S : Peux-tu nous retracer ton parcours dans la Police avant le GIPN ?
C.H : J’étais à la brigade de nuit du 11eme arrondissement de Paris, la BAC 75 N et la BAC de Lyon.




L’habilitation GIPN

F-S : Comment as-tu découvert le GIPN ?
C.H : j’en avais entendu parler par  l’intermédiaire de mon gradé lorsque j’étais à la BAC de Paris.

F-S : Quels étaient tes points forts et tes points faibles ?
C.H : Mes points forts étaient  l’esprit de groupe, les sports de combat, le tir, les activités aquatiques et les techniques d’intervention.
Mes points faibles,  la course à pied, l’escalade et la descente en rappel (je n’en avais jamais fait…)

F-S : Te souviens-tu du nombre de policiers  présents au début et du nombre de candidats retenus ?
C.H: J’ai passé l’habilitation GIPN en 1996.
Il y a eu 600 dossiers reçus par la cellule de coordination des GIPN,  70 candidats ont été convoqués pour 10 habilités.

F-S : Comment as-tu vécu les différentes étapes de l’habilitation GIPN ?
C.H: L’habilitation s’étendait sur dix jours de tests physiques et psychologiques  en étant observé  constamment par des policiers du GIPN et  des psychologues  à  l’École de Police de Saint-Malo.
On avait des tests écrits qui déterminaient notre profil et notre rapidité de réaction, des simulations de débats en groupe sur des sujets sensibles.

Des tests de résistance (test Cooper, parcours GIPN avec obstacles), boxe anglaise, pied poing, sol. Tir de précision, tir de combat, tests de cran (progression en hauteur, descente en rappel, passage dans des trous étroits avec de l’eau) simulation d’intervention de police en équipe…plus des footings de nuit…
A l’époque, les tests n’étaient pas mixtes avec le RAID. C’était organisé par la cellule de coordination des  GIPN, mais un commandant du RAID, négociateur, était venu me demander, à l’issue des tests d’intégrer le RAID.
Les tests étaient encadrés par des instructeurs et des champions des GIPN.

F-S : Parmi les tests, lesquels craignais-tu le plus ?
C.H : Principalement les tests de vertige et le Cooper.

F-S : L’épreuve des sports de combat est souvent la plus redoutée par les candidats. Comment l’as-tu vécue ?
C.H: Je l’appréhendais effectivement, même si j’aimais ça, car avant de passer notre tour, on voyait les copains se faire ouvrir par les instructeurs… Nez cassé, KO, visage en sang.


F-S : Le choix du GIPN revenait-il au candidat sélectionné, ou était-il déterminé par l’administration ?
C.H: Il pouvait choisir le GIPN de son choix, bien sûr, en fonction des places disponibles.



Le GIPN


F-S : Qu’est-ce qui a orienté ta décision à choisir le GIPN de Lyon ?
C.H : J’ai choisi celui de Lyon parce qu’il il y avait une place disponible pour moi immédiatement.


 
F-S : Comment as-tu vécu tes premiers pas au GIPN ?
C.H: Les mentalités étaient différentes à l’ époque. Je suis arrivé en même temps que deux autres copains, et nous avons dû faire nos preuves avant d’être vraiment acceptés.

F-S : Quel est le temps nécessaire pour qu’un membre du GIPN atteigne sa pleine efficacité sur le terrain ?
C.H: Il faut à peu près trois ans pour qu’une recrue soit opérationnelle.


F-S : Quelles formations et habilitations tu as du passées ?
C.H: Explosifs, protection rapprochée, techniques d’intervention en hauteur, tir de haute précision, moniteur de tir, instructeur en technique d’intervention, négociation  en interne….



F-S : La polyvalence étant essentielle au GIPN, y avait-il une activité ou un domaine qui t’attirait particulièrement ?
C.H: Oui, j’avais une préférence pour l’assaut, le commandement du groupe, la négociation et les techniques d’effraction.

F-S : De combien de membres était constitué le GIPN de Lyon ?
C.H: Nous étions vingt-quatre policiers.

F-S : De quoi était composée l’armurerie et de quel matériel utilisiez-vous ?

C.H: Tu comprendras que je ne peux pas répondre à cette question…. On disposait de matériel de pointe.

F-S : Sur quelles missions étiez-vous le plus souvent engagé ?

C.H: A l’époque, nous étions régulièrement appelés pour des interpellations à domicile de dangereux individus armés, les forcenés armés retranchés, et les protections rapprochées.

F-S : As-tu participé à des formations internationales, et si oui, lesquelles et où ?
C.H : Oui, en Afghanistan, au Liban, à Haïti, au Nicaragua, au Cambodge.

F-S : Peux-tu nous parler des contacts ou échanges avec des unités en France ?
C.H: Il y en avait très peu à l’époque, il y en a bien plus aujourd’hui.


F-S : Le GIPN de Lyon reste discret par rapport à d’autres unités comme Nice, Marseille ou Bordeaux. Est-ce un choix délibéré ?
C.H: Non, nous avons une tranquillité toute relative vis-à-vis des médias…


F-S : Lyon et sa banlieue sont réputées pour leur dangerosité ; Khaled Kelkal s’y était caché avant d’être neutralisé. À l’époque, avez-vous été impliqué dans des opérations anti-terroristes ?
C.H: J’ai effectivement participé à des opérations mais là également je ne pourrai pas t’en dire d’avantage.

F-S : Comment se déroulaient les échanges entre GIPN ?
C.H: On s’entraînait sur des formations tactiques, diffusion de formations au profit de groupe d’interventions étrangers et missions opérationnels…

Nous nous retrouvions sur des formations diffusées aux polices étrangères, sur les tests GIPN,  les formations spécifiques ( TIH, Explosifs,  avec les militaires) ou avant certains événements important pour réviser nos gammes, et les chefs de groupe se réunissaient deux fois par an.

F-S : Des collaborations existaient-elles avec le RAID, sous forme de missions communes ou d’exercices ?
C.H: Pratiquement toutes nos formations se faisaient avec des collègues du RAID, certaines se faisaient même à Bièvres.

Nous étions régulièrement mixés sur les grosses missions en France et à l’étranger :  coupe du monde de football, de rugby, protection de personnalité, extraction de détenus dangereux, procès à risque, grosses interventions.


F-S : Y a-t-il une mission qui ressort comme la plus mémorable pour toi ?
C.H: Ma première intervention, le 24 décembre 1996, au Puy-en-Velay, un homme lourdement armé s’était retranché au palais de justice après avoir tiré sur les policiers… Je m’étais fait tirer dessus à la chevrotine à travers le sas d’accueil… Je n’avais été touché que légèrement.

F-S : Que représente pour toi ce passage des GIPN aux antennes RAID ?
C.H: Cela m’a un peu attristé car j’y ai passé 17 ans. L’écusson du GIPN représentait des valeurs, qui à mon sens étaient importantes. C’est le premier  groupe d’intervention  Français. Créé en 1972, avant le GIGN et le RAID.  Les GIPN intervenaient beaucoup et avaient une rigueur collective très spécifique…

F-S : À quel moment as-tu quitté le service et qu’est-ce qui a motivé ta décision ?
C.H: J’ai quitté le GIPN parce que  je commençais  à être usé physiquement ( blessures et usures des articulations), mais également pour me rapprocher de mes filles qui vivaient avec leur mère dans le sud.




L’après GIPN

F-S : Peux-tu nous présenter l’Académie GI que tu avez fondée ?
C.H: C’est une activité extra professionnelle que j’ai montée avec des copains dont un ancien des forces spéciales, tous pointus dans leur domaine. Nous proposons des stages de cohésion intégrant des activités un peu fun en rapport avec la formation d’un GIPMAN. Tout ça à destination des particuliers et des entreprises…

F-S : Penses-tu développer l’Académie GI?

C.H: Pour le moment non. Lorsque j’ai réfléchi à ce concept, j’ai voulu me démarquer de ce qui se faisait  par nos copains militaires, mais j’ai également voulu partager la beauté de l’environnement dans lequel je vis aujourd’hui,  et qui est juste magnifique!! Le secteur du Pic saint loup à côté de Montpellier.

F-S : Quels profils retrouve-t-on parmi les participants à l’Académie ?
C.H: Toutes sortes de profils : hommes, femmes, sportifs, sédentaires souhaitant se dépasser et travailler la confiance en soi, groupes d’entreprises, équipes de sport recherchant la cohésion, curieux, personnes fascinées par nos profils voulant échanger….

F-S : Que propose l’Académie GI à ses participants ?
C.H: Nous proposons des stages inédits accessibles à tous, permettant de participer à des activités hors normes, ludiques, un peu sportives, et qui permettent de développer la cohésion, la confiance en soi, la gestion du stress, de mieux se connaître, d’échanger avec des ex membres d’unités d’élite, ou tout simplement de vivre un tripe sympa pendant 60 heures.

F-S : Quels sont les profils des formateurs et encadrants de l’Académie GI ?
C.H: Ce sont des spécialistes diplômés en fonction dans certaines unités de la police, des pompiers formateurs, coach sportif, une infirmière diplômée d’État.

F-S : Peux-tu détailler le contenu du stage ?
C.H: Je ne peux pas trop rentrer dans les détails mais nous proposons un enchaînement d’activités tel que de la descente en rappel, des progressions simulées en binôme avec réplique d’airsoft, une opération spéciale d’extraction d’otage, des tyroliennes façon test de cran,  une via ferata super sympa, et plusieurs surprise….Le tout accessible par tous de 16 à 70 ans.

F-S : Peux-tu décrire l’attitude des participants durant le stage ?
C.H: Ils sont très réceptifs, très concentrés. Ce qui m’a marqué à plusieurs reprises, c’est la joie excessive exprimée par certains après avoir réussi à passer une épreuve qu’ils redoutaient!!! Que du plaisir pour les instructeurs.

F-S : Quel est le retour des participants sur le stage et quelles expériences ont été les plus marquantes pour eux ?
C.H: Cela sera plus simple d’aller visionner leur réaction sur notre site academiegi-gi.fr
Mais cela dépend des personnes, ils apprécient généralement bien les tyroliennes,  les opérations spéciales, et le parcours stress avec réplique d’airsoft…et certaines surprises du chef……

F-S : Peux-tu vivre exclusivement de l’Académie, ou as-tu d’autres engagements professionnels ?
C.H: Non, pas pour l’instant. L’objectif est juste de partager des moments sympas avec les copains et des nouvelles personnes, tout en profitant d’un environnement hors norme… Mais qui sait?

F-S : Les attaques de 2015 étaient-elles, selon toi, une conséquence inévitable de la situation à l’époque ?
C.H: Oui, et malheureusement ce n’est pas fini… La menace est très importante. Notre pays sera à nouveau frappé par des attaques structurées ou isolées c’est certain. Mais on ne sait pas où ni quand même si nous avons des idées….
Tous les Français vont devoir nous aider à combattre ces individus… Ils vont devoir apprendre à regarder au lieu de voir ce qui les entoure et surtout à réagir vite en cas d’attaque!

Beaucoup d’attentats ont été déjoués sur le territoire national, on le sait.



F-S : Comment as-tu perçu les actions de tes collègues sur le terrain ?
C.H: Je pense qu’ils ont fait le job, et qu’ils ont sauvé des vies. Maintenant il est très facile de commenter, de critiquer quelque chose qui n’a pas été vécu… Mais que ceux qui se permettent de dénigrer aillent progresser face à des individus suicidaires qui vous tirent dessus à l’arme lourde  et nous verrons ce qu’ils feront…
N’oublions qu’un homme reste un homme. Les hommes qui composent les groupes d’inter sont tous des mecs qui tiennent la route et qui sont entraînés mais ce ne sont pas des robots ! »



Christophe a créé l’association « Superhérosgrandcoeur » à la fin de l’année 2021 avec des anciens membres du GIPN, du RAID et d’une infirmière.

L’association Super Héros Grand Cœur organise partout en France des spectacles destinés aux enfants malades, hospitalisés ou en situation de handicap. Ses membres incarnent des personnages issus des univers Marvel et DC Comics, recréant de véritables mises en scène héroïques.

Lors des représentations, des super-vilains font une entrée remarquée à moto, notamment sur des Harley-Davidson, avant que des héros comme Spider-Man, Captain America, Deadpool et Batman n’interviennent pour “sauver” l’hôpital. Les enfants prennent part à l’aventure en appelant des renforts et en encourageant leurs héros préférés.



À l’issue du spectacle, les personnages rendent visite aux enfants qui ne peuvent pas se déplacer à l’extérieur. L’association participe également à divers événements solidaires afin de récolter des fonds pour la recherche contre le cancer pédiatrique et d’autres maladies, tout en promouvant l’inclusion des enfants en situation de handicap.

https://superherosgrandcoeur.fr/




Photos © Christophe H.

Author

admin@fipn-sdlp.fr

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