« L’antenne nancéienne de l’unité d’élite de la Police nationale nous a ouvert ses portes. Au menu : tir au pistolet automatique et au fusil d’assaut, descente en rappel et libération d’un otage.
 

« Je vous préviens, je suis armé ! Si vous approchez, je la tue ! ». Francky est retranché dans son pavillon de Lay-Saint-Christophe, près de Nancy. Ce forcené alcoolique vient d’apprendre que sa femme, qu’il retient, l’a trompé « encore une fois ». Le RAID vient de débarquer. Le négociateur entre en contact par téléphone avec l’homme. Ce dernier joue le jeu. Car, oui, il convient de préciser que cette prise d’otage familiale n’est qu’un exercice. Une mise en situation à laquelle nous assistons exceptionnellement ; l’antenne du RAID de Nancy ayant accepté de nous dévoiler ses méthodes d’entraînement.
Les tireurs d’élite se mettent en place, le long des façades de ce pavillon désaffecté. Chris, le capitaine qui dirige le groupe, annonce que la négociation, cette fois, a échoué. « Je vais la tuer, la sal… ! Et je ne discute plus avec vous ! », balance Francky, le CRS qui joue diablement bien le rôle du forcené.
La colonne de policiers, lesquels sont lestés d’un lourd gilet blindé de matériel (30 kg), va donner l’assaut. « Priorité à l’otage ! », rappelle l’officier. Pendant que l’un fait diversion en balançant une grenade vers la porte d’entrée, un autre, spécialisé dans l’effraction, fracasse une porte-fenêtre avec son bélier. Pas besoin d’explosif aujourd’hui. L’équipe pénètre dans l’habitation. Francky lâche sa femme, se réfugie dans une pièce, au bout d’un couloir. « Otage sécurisé ! »
« On envoie la tech (la technique, NDLR) ! » Juju, l’un des hommes harnachés et cagoulés, jette un petit robot équipé d’une caméra dans le couloir. Il surveille l’évolution de la machine sur un écran vidéo et rend aussitôt compte au chef de groupe. « La première pièce est claire ! » La deuxième aussi, dans laquelle a été balancée une grenade.
« Non létale, c’est juste pour impressionner… » Protégée par son bouclier Arès, du nom du dieu grec de la guerre, composé de kevlar et de plaques de céramique, la colonne de golgoths est maintenant à l’entrée de la troisième et dernière pièce, où s’est réfugié Francky. Le RAID lui laisse une dernière chance : « On est bientôt sur toi. Ne nous oblige pas à venir. »
L’homme choisit de se rendre. Il est fermement immobilisé au sol, sur le ventre, attaché avec des colliers serflex.

La panthère emblème de l’unité

« Quand on n’est pas en opération, on s’entraîne », glisse Chris, qui dirige 14 hommes. Elvis, Julien, Romu ou encore Quentin, âgés de 29 à 46 ans, tous calmes et à la voix posée. Des gaillards capables, « après une formation avec les CRS de l’école de haute montagne de Chamonix », de descendre en rappel puis de remonter, tels des chats ou plutôt des panthères (l’emblème de l’unité), une façade de 20 m, capables aussi de « neutraliser » un homme à plusieurs centaines de mètres.

Dans le viseur une tête à 100 m

Sur le stand de tir, à Rosières-aux-Salines, mercredi, ça défouraille sec. Avec un pistolet automatique Glock 17, calibre 9 mm, mais aussi un fusil d’assaut HK G36 (5,56 mm), au bruit terrifiant. Mais, étonnamment, contrairement à ce que l’on pourrait croire, tout se fait en contrôle, sans lâcher des milliers de munitions. Chacun des tireurs, seul ou en binôme, grille une petite centaine de cartouches. « Cela ne sert à rien de tirer pour tirer », relève le capitaine. « Ce n’est pas le nombre qui est important, c’est le discernement. » L’odeur de poudre est tenace. Toutes les balles, sans exception, déchirent la cible. Un sans-faute. Même quand le tir est effectué avec le bouclier, qui fait le poids d’un âne mort, sur l’avant-bras.
En matière de tirs, Yoann est visiblement la référence du RAID 54. Il distille ses ordres puis passe lui-même sur le pas. Dans ses pattes, un Blaser LRS 2, calibre 7,62, le même que celui des kalachnikov des terroristes. La cible – une tête – est à 100 m, encadrée par deux petits ballons qui représentent les otages. « Si vous bougez votre canon d’1 mm, il y aura plusieurs centimètres d’écart sur la cible. Il faut donc être sûr de vous. Sinon… » Appelé à tirer, notre cœur s’accélère, les mains deviennent moites. C’est la bavure : nous tuons un otage. Yoann, lui, place sa bastos entre les deux yeux du malfrat. Ce tir fatal, il peut le reproduire jusqu’à 600  m, après avoir pris en compte le vent, l’humidité, la chute balistique ou encore « la dérive gyroscopique ».
Les adversaires du RAID ont du souci à se faire… »


 
 
Source : Vosgesmatin.fr – article écrit le 30 juillet 2017
Photos © Alexandre Marchi

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