La première intervention du RAID, au Palais de justice de Nantes – Décembre 1985

Fabien 24 septembre 2020 0
La première intervention du RAID, au Palais de justice de Nantes – Décembre 1985
Le 19 décembre 1985, Georges Courtois et deux complices armés retiennent les membres de la cour d’assises de Loire-Atlantique, se mettant en scène devant les caméras de télévision.
Au cours de la première journée d’audience, le mercredi, il a apostrophé la cour en ces termes: «Messieurs les orienteurs, les éducateurs, les juges et les flics, faites votre devoir… Moi, je fais ma vie en dehors de vos règles. Messieurs, vous ne me condamnerez pas une nouvelle fois. Je vous le dis: la prison, c’est terminé pour moi.»
C’est un avertissement.
Comme s’il savait – et il le savait – qu’un «coup» était en préparation, qu’il allait, le lendemain, jouer le tout pour le tout.
Magistrats et jurés assistent, impassibles, à ce qui n’est alors que du cinéma.
Mais la réalité fait brutalement irruption dans la salle d’audience.
Par une porte latérale surgit un homme armé d’une grenade et d’un revolver.
II vient de réussir, sous la menace de sa grenade, à désarmer le policier en faction devant la porte.
Georges Courtois s’adresse à son complice Abdel Karim Khalki.
10 h 50. – Dans la salle d’audience, c’est la stupeur. Magistrats, jurés, avocats, public, chacun reste bouche bée. On croit rêver.
L’homme à la grenade, Abdel Karim Khalki, un ressortissant marocain condamné, en 1983, à cinq ans de réclusion criminelle pour un hold-up, contraint les cinq policiers présents à se défaire de leurs armes. Il est prêt à dégoupiller sa grenade.
Après un instant d’hésitation et, semble-t-il, après un signe du président Bailhache, les policiers lui remettent leurs armes.
11 heures. – Abdel Karim Khalki s’est placé juste à côté du substitut du procureur, M. Varin, qu’il menace directement avec le canon d’un revolver.
Courtois joue alors sa grande scène, une scène hallucinante qui sera retransmise par les caméras de FR3.
Décontracté, gouailleur, il allume un gros cigare et, tel un cow-boy dans un saloon, joue avec son revolver.
II est alors le plus fort.

Aux magistrats, aux jurés, silencieux et immobiles, il déclare en désignant son arme: «Vous voyez, avec ça, on tire dans la tête et il n’y a plus de tête, il ne reste que les épaules… C’est comme ça qu’on a eu Mesrine.»
Dans la salle, personne ne dit mot.
Un moment, les avocats de Courtois tentent de s’interposer.
Mais il les dissuade d’un geste.
C’est son heure et il entend bien en profiter.
Alors, il s’adresse à une femme jurée aux cheveux gris: «Je voudrais savoir quel effet ça vous fait, à vous qui êtes venue juger, d’être jugée à votre tour?» «Très impressionnant», répond la dame.
11 h 30. – Le lieutenant de Courtois, Patrick Thiolet, pointe un 357 Magnum sur la tempe du président de la cour.
Les deux autres prévenus, dont Christelle Dislar, ont refusé de les suivre.
Un peu plus tard, ils sortiront de la salle avec une partie de l’assistance.
Midi. – Les forces de police ont pris position tout autour du palais et de la salle des assises.


Une cellule de crise vient d’être constituée par le préfet de région, le directeur de la police et le procureur de la République.
II a été fait appel à la nouvelle unité d’élite de la police, le RAID (Recherche, assistance, intervention, dissuasion).
Ses chefs, le préfet Robert Broussard et le commissaire Ange Mancini, sont attendus à Nantes.
13 heures. – A l’intérieur de la salle, Courtois continue de discourir.
II explique qu’il n’a plus rien à perdre, qu’il préfère la mort à la prison.
Et, pour montrer qu’il est prêt a tout, il tire un coup de feu en l’air.
Une étudiante en droit de 21 ans, Nathalie, venue assister aux débats avec quatorze de ses camarades, a un malaise.
Courtois l’autorise à sortir en disant: «Je n’en veux pas aux étudiants.»
13 h 30. – Une ligne téléphonique a été mise en place entre le PC préfectoral et la salle d’audience.
Mais les forcenés refusent de l’utiliser.
Ils préfèrent négocier par l’intermédiaire d’un de leurs défenseurs, Me Taupier. Mais négocier quoi? D’abord, ils exigent trente-deux repas — le nombre de personnes présentes — et réclament la venue de la télévision.
Le rédacteur en chef local de FR 3 racontera: «Khalki s’est présenté comme un musulman intégriste proche du mouvement palestinien d’Abou Nidal.
Il était le plus excité des trois, agitant sans cesse une grenade devant le président et l’avocat général qu’il avait réussi à enchaîner sur leur siège.»
14 heures. – Les quinze étudiants en droit, qui se trouvaient sur les bancs du public, sont autorisés à quitter la salle.
Négociations au point mort;
18h30. – Dans la galerie des Pas-Perdus, face à l’entrée de la salle, des policiers du RAID et du Groupe d’Intervention de la Police Nationale (GIPN) de Rennes ont pris position, protégés par un gilet pare-balles et armés de fusils.
19 heures. – Les trois preneurs d’otages acceptent de négocier avec la cellule de crise.
Ils demandent qu’un bus soit mis à leur disposition devant le palais de justice.
Mais les autorités cherchent, elles, à obtenir la reddition des trois hommes.
20h 30. – Les négociations sont au point mort. Courtois et ses deux complices exigent de partir, à bord d’un mini-bus, avec une dizaine d’otages: le président, le substitut, les deux assesseurs et quelques jurés.
Abdel Karim Khalki s’énerve.
Il brandit des photos montrant des scènes de la guerre du Liban et s’écrie: «Nous voulons donner une gifle à l’État français!» Courtois menace d’exécuter un à un les membres de la cour si ses exigences ne sont pas satisfaites.
21 heures. – Courtois, Thiolet et Khalki s’énervent en cherchant à impressionner.
Ils tirent encore un coup de feu en l’air.
Peu après, ils se rendent tout de même dans la salle des Pas-Perdus pour parler avec le commissaire Mancini.
Le président de la cour d’assises est enchaîné à Courtois par des menottes.
Le procureur est lié de la même manière à Khalki.
22 h 35. – Victime d’un malaise cardiaque, l’un des jurés est libéré.
23 h 30. – Cette fois, c’est une femme, diabétique, et elle aussi victime d’un malaise, qui obtient l’autorisation de quitter la salle d’audience.
Dix-sept personnes, semble-t-il, resteraient alors entre les mains des trois hommes: le président, ses deux assesseurs, le procureur, un substitut, une greffière, neuf jurés et un inconnu dont la qualité n’a pu être déterminée.
Après une nuit blanche, encore quatorze otages
Une nuit blanche dans la salle de la cour d’assises, au palais de justice de Nantes, n’entame pas la détermination de Georges Courtois, «l’intellectuel», d’Abdel Karim Khalki, le fanatique, et de Patrick Thiolet, l’exécutant au sourire niais.
Lorsque le jour se lève à Nantes, les trois hommes ne détiennent plus que quatorze des vingt-neuf otages. Au fil des heures, la veille et dans la nuit, ils ont libéré onze étudiants en droit, six policiers, deux journalistes et deux jurés: un homme, victime d’un malaise cardiaque, et une femme souffrant de troubles diabétiques.
Vendredi 20 décembre, 5 heures du matin. – Devant le palais de justice, cerné par les forces de l’ordre, plusieurs dizaines d’hommes revêtus d’un gilet pare-balles et armés de fusils à lunette, stationne l’autocar réclamé la veille par Courtois.
Soudain, la porte des assises s’ouvre.
Revolvers et grenades en main, encadrant la totalité des otages, les trois truands pénètrent dans le hall obscur.
Ils semblent décidés à tenter une sortie.
Mais sans doute se méfient-ils des ombres derrière les colonnes. En tout cas, ils rebroussent chemin avec précipitation après avoir tiré un coup de feu en l’air. Dans l’affolement, ils «oublient» la greffière.
Midi. – Plus que treize otages.
La situation est stable.
Courtois entre en communication, par l’intermédiaire de la ligne téléphonique installée la veille, avec l’état-major de crise.
II exige la venue d’un journaliste de Radio-France.
Le correspondent local, Joël Bitoune, pénètre un peu plus tard dans la salle d’audience et recueille la déclaration de Courtois.
Celui-ci annonce qu’il va sortir, mais menace de se suicider après avoir tué les otages si la police tente d’intervenir.
Quelques minutes après, pourtant, les neuf jurés encore détenus, cinq hommes et quatre femmes, sont libérés et quittent le palais de justice par une porte dérobée.
13 heures. – Un coup de feu est tiré dans le prétoire.
14 h 30. – Courtois apparaît sur le perron du palais.
II tire deux coups de feu sans faire de victime, puis disparaît à l’intérieur du bâtiment.
Dix minutes plus tard, le revoilà, aux aguets, jouant à cache-cache derrière les colonnes du perron.
II tire un troisième coup de feu, cette fois en direction des journalistes massés devant le palais.
Le projectile pulvérise l’objectif d’une caméra de la chaîne américaine de télévision CBS.
Panique. Tout le monde se retrouve à plat ventre.
15 h 15. – C’est la vraie sortie.
Les trois hommes sont enchaînés à leurs otages.
Ils brandissent leurs armes.
Courtois est nerveux.
Aux photographes qui s’approchent, il crie: «Cassez-vous! Cassez-vous!» Puis, accompagnés par le commissaire divisionnaire Ange Mancini, chef du RAID, ils gagnent une Renault Espace beige dans laquelle ils s’engouffrent avec leurs otages.
Suivis par des motards de la police et par une autre Renault Espace, où ont pris place le préfet Robert Broussard et quatre de ses hommes en gilet pare-balles, ils démarrent en trombe vers le centre-ville.
Pendant près d’une heure, le cortège roule dans Nantes et finit par rejoindre l’aérodrome de Château-Bougon, distant d’une dizaine de kilomètres.
16 h 30. – Tous les vols ont été annulés et l’aérodrome est évacué.
La Renault Espace se gare en bordure de piste.
La voiture des policiers s’immobilise un peu plus loin.
17 heures. – Robert Broussard a installé son PC à quelques centaines de mètres, dans les locaux de la police de l’air et des frontières (PAF).
Très rapidement, les malfaiteurs acceptent l’idée de libérer deux nouveaux otages, le substitut Philippe Varin et un assesseur, pour ne garder que le président Bailhache et le deuxième assesseur, Bernard Bureau.
18 heures. – Pendant toute la soirée, Robert Broussard fait la navette entre la voiture des trois hommes et son QG, déployant tous ses efforts pour obtenir la libération des deux derniers otages.
Les forcenés réclament un avion, un Mystère 20 du Glam (Groupe de liaisons aériennes ministérielles) pour s’envoler vers une destination inconnue.
On parle du Liban, du Maroc et de la Suisse.
Apparemment, la décision des autorités de régler l’affaire sans recourir à la force est due, pour une bonne part, à leur appréciation de la personnalité des trois hommes: tous trois, malgré leurs profils différents, ont été présentés comme «dangereux» par le préfet Chevance.
Aucun d’entre eux, cependant, n’avait de sang sur les mains…
20 heures. – La nuit était tombée depuis longtemps. La guerre des nerfs allait-elle se poursuivre?
20 h 30. – Les choses se précipitent. Épuisés par leur folle équipée et comprenant qu’ils ne pourraient jamais s’embarquer dans un avion, Courtois et ses deux complices ont déposé les armes. Trente-quatre heures après le début de leur folle tentative

Leave A Response »

You must be logged in to post a comment.

Top