Après 25 ans de carrière dans la police, dont 11 années à la tête du pool négociation du RAID, le Commandant de police Christophe Caupenne a quitté l’institution en septembre 2011. Il a depuis créé son cabinet, Caupenne Conseil, et offre ses services aux administrations ainsi qu’aux grands groupes industriels, en France comme à l’international.



Le début
FIPN-SDLP : Qu’est-ce qui vous a motivé à rejoindre la Police nationale ?
Christophe Caupenne : J’avais vocation à être militaire de carrière, mais mon épouse ne le voyait pas de cet angle-là et donc, je me suis rabattu sur le métier qui permettait d’avoir de l’adrénaline et de remplir une fonction utile à mes concitoyens. C’était la police. J’ai décidé d’embrasser la carrière d’inspecteur de police, donc en civil, et de travailler dans le grand banditisme, en police Judiciaire.

F-S : Dans quels services avez-vous exercé avant d’intégrer le RAID ?
C.C : J’ai exercé au SRPJ de Versailles, antenne d’EVRY, en groupe de répression du Banditisme, puis en groupe Criminel.

Le RAID


F-S : Quelles motivations vous ont poussé à postuler au RAID ?
C.C : Un ami qui était dans mon groupe PJ m’a parlé du RAID et de la négociation… une destinée se mettait en place.

F-S : Quelles étaient vos responsabilités au sein du service avant de rejoindre le pool négociation ?
C.C : Je suis arrivé immédiatement comme officier dans le groupe négociation, afin d’en prendre le commandement. C’était un véritable challenge, car il fallait y formaliser les connaissances et le savoir, afin d’en faire une vraie science.

F-S : Vous avez postulé pour remplacer le Commandant Michel Marie, créateur du pool négociation, lorsqu’il a annoncé son départ.
C.C : C’est exact. J’ai remplacé Michel à son poste.

F-S : De qui se composait le pool négociation, dans son ensemble et en situation d’intervention ?
C.C : L’équipe était constituée d’un binôme garçon et fille, ainsi que d’un psychologue clinicien. C’était une équipe réduite, mais pleine de potentiel et d’enthousiasme.

F-S : Quelle formation spécifique suivent les négociateurs ?
C.C : J’ai mis en place une longue formation de 3 ans et 5 ans, qui est validée par un diplôme de type Licence professionnelle et Master 2, reconnus au RNCP. Cette formation de très haut niveau nécessite de travailler sur l’ensemble des sciences humaines.

F-S : Laurent Combalbert a suivi le stage du FBI : est-il le seul négociateur à y avoir participé ?
C.C : Laurent est allé suivre 2 semaines de stage à Quantico. D’autres sont allés à Scotland Yard, d’autres à Johannesburg… toujours pour suivre la formation de base de négociateur. C’était vital de faire ses premières pratiques, pour connaître et comprendre comment les autres collègues étrangers pratiquaient leur art. Je suis allé moi aussi à Quantico pour travailler dans le cadre du regroupement des « chefs négociation de groupes d’intervention ». Toujours les échanges et les bonnes pratiques en point de mire.

F-S : Y a-t-il un bagage nécessaire pour devenir négociateur , comme un diplôme universitaire.
C.C : Actuellement oui : licence pro et master 2 pro, délivrés au sein du RAID et du GIGN. C’est un cursus que nous avons monté ensemble, avec mes homologues gendarmes.


F-SUne personne disposant de diplômes et d’une solide expérience en psychologie, psychiatrie ou criminologie pourrait-elle intégrer le RAID directement, ou devrait-elle obligatoirement passer les tests de sélection ?
C.C : Nul ne rentre au RAID sans être policier, hormis pour les médecins urgentistes ou pour le psychologue clinicien. On « n’absorbe » personne, même avec une multitude de talents et de diplômes.

F-S : Quels sont les ateliers qui constituent les sélections du groupe négociation ?
C.C : Cela reste un sujet qui ne doit pas être dévoilé. Pardonnez-moi cette discrétion sur le sujet.

F-S : Lors d’une intervention, quelles sont les premières étapes pour les négociateurs et comment vous y préparez-vous ?
C.C : Il convient de valider les paramètres de la crise, savoir si ce sur quoi nous arrivons correspond bien à l’objet de notre saisine, car parfois, on vous dit qu’un type retient sa femme et ses enfants en otage et qu’il est fou, alors qu’en fait, il est désespéré et ne menace personne chez lui.
Puis nous devons comprendre parfaitement quelle dynamique est en jeu et trouver le bon angle pour restaurer une communication avec la personne.
Enfin, nous tentons d’obtenir, par la négociation, une résolution pacifique à la crise.

F-S : À la différence des États-Unis, où ils opèrent séparément, le pool de négociateurs et le groupe d’assaut collaborent au RAID. Quels bénéfices cela apporte-t-il ?
C.C :  Nous sommes dans un système coopératif, où tout le monde se met au service de la résolution de la crise. A la différence des USA, où il y a une compétition entre les unités.

F-S : Quelle est la durée moyenne d’une intervention résolue par la négociation, et combien d’interventions de ce type menez-vous en moyenne ?
C.C : 80 % des opérations sont résolues par la négociation ; c’est un chiffre très important, qui vous fait comprendre l’importance de cette technicité.
En moyenne, une négociation avec un forcené dure environ quatre heures et une prise d’otage, en moyenne une dizaine d’heures. C’est très variable en fonction du profil de l’auteur.

F-S : Quels profils rendent une négociation particulièrement difficile ?
C.C : Avec les malades mentaux, car la plupart d’entre eux sont dans un état délirant, qui réduit nos capacités d’influence par la négociation, notamment avec les psychotiques.


F-S : Avez-vous eu des échanges avec les négociateurs du GIGN ?
C.C : Oui, notamment parce que nous avions mis en place un groupe opérationnel afin de résoudre les prises d’otages à l’étranger (la CIN : cellule interministérielle de négociation), RAID-GIGN.

F-SVous étiez responsable des formations initiales et continues des négociateurs régionaux des GIPN et de la BRI-PP. En quoi ces formations consistent-elles exactement ?
C.C : Former des collègues au plus près des affaires régionales, afin que ces unités puissent être autonomes pour intervenir, avec des négociateurs formés.

F-SAvez-vous aussi dispensé des formations à des unités des forces spéciales et à d’autres services hors de France ?
C.C : Oui, environ 6 à 8 par an, durant 12 ans. Cela m’a permis d’avoir des relais de négociateurs partout dans le monde.

F-S : Quelle est la raison de votre départ du RAID ?
C.C : Je voulais devenir indépendant, faire de la recherche, former des dirigeants… J’ai donc, après avoir bien servi pendant toutes ces années, après avoir risqué ma vie régulièrement, et après avoir complètement formalisé les connaissances et le savoir-faire sur la négociation, voulu connaître le plaisir de la vie de chef d’entreprise.

L’après RAID


F-S : Quelles activités ou missions avez-vous entreprises après votre départ de la Police nationale ?
C.C : J’ai ouvert un cabinet privé, qui aujourd’hui s’est diversifié dans un nombre important de secteurs d’activités liés à la sécurité et au management.

F-S : Vous travaillez avec plusieurs ministères, institutions et grandes entreprises : pouvez-vous nous en dire plus ?
C.C :  C’est vrai. Mes collaborateurs et moi-même travaillons pour les dirigeants et pour de grands groupes. Les missions sont très variées et nécessitent de rester confidentielles, hormis pour ce qui concerne les formations de managers en matière de négociation, de gestion des conflits, de gestion de crise…

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