Au début des années 2000, France 3 avait diffusé un reportage, le premier documentaire sur le GIPN, celui de Marseille, intitulé « COBRA 13 ».
Les journalistes avaient suivi les fonctionnaires de ce service pendant des entraînements au tir, en sport de combat aussi bien qu’en intervention.
Lors de ce reportage, Gérald était au GIPN de Marseille. Et aujourd’hui j’ai le privilège de l’interviewer.
J’ai eu la chance d’obtenir beaucoup d’informations, et de discuter avec un homme riche en expérience de la vie ainsi que celle de policier du GIPN.
Toujours humble et disponible, je tiens à remercier Gérald et ses amis pour leur dévouement et je terminerai cette introduction en rendant hommage à Didier Ranganayaguy dit « Christian », policier au GIPN de la Réunion, décédé lors d’un exercice le 05 juin dernier.

FIPN-SDLP: Bonjour Gérald, quel est votre âge et êtes-vous toujours dans la Police Nationale aujourd’hui ?

Gérald : Bonjour, j’ai 52 ans et ne fais plus partie de la Police Nationale depuis le 31 décembre 2013.
J’ai sollicité un départ anticipé à la retraite.

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 F.S  : A quel moment de votre vie avez-vous décidé d’intégrer la Police ?

G : J’ai décidé d’intégrer la Police depuis l’enfance pour l’incorporer à l’âge de 20 ans.

F.S : Quelles ont été vos motivations pour exercer ce métier ?

G : Mes motivations étaient simples et encore d’actualité, tout simplement basées sur le principe de servir  » la veuve et l’orphelin… »

F.S  : Quels services et dans quelles villes avez-vous exercé avant d’entrer au GIPN de Marseille ?

G : Après un bref passage à la CRS 52 de Sancerre, j’ai servi au commissariat du 2ème arrondissement de Marseille durant deux années pour ensuite intégrer le GIPN de Marseille en 1986.

F.S : Dans quels services avez-vous œuvré au 2° arrondissement de Marseille ?

G : J’assurais Police Secours de jour comme de nuit dans un fourgon composé d’un équipage de 3 Policiers.
La véritable école de Police et certainement la plus dangereuse avec les Services de BAC.

Années 1987-88

F.S : Le GIPN a été la première unité d’intervention créée en France, avant le GIGN et le RAID. Beaucoup semble l’oublier ou l’ignorer mais c’est à Marseille que le premier GIPN a été créé. Quelles étaient vos motivations pour rejoindre ce premier service anti-terroriste ?

G : J’ai découvert cette Unité et son chef mythique en 1981, lors d’une conférence de présentation du GIPN à l’École de Police de Fos sur Mer.
Alors que j’effectuais ma scolarité de Gardien de la Paix, le Commissaire N’Guyen Van Loc invitait tout policier désirant intégrer son Groupe à venir se présenter à lui le moment venu.
Je découvrais un aspect de la Police que je ne connaissais pas, des policiers pour des situations de crise. J’ambitionnais alors de les rejoindre un jour.

F.S : Comment êtes-vous entré au GIPN 13? Et quand ?

G :Comme l’avait suggéré le Commissaire N’GUYEN quelques années auparavant, je me suis présenté à son service pour postuler en 1984, alors âgé de 23 ans.
Après un refus de sa part et une invitation à reconduire ma demande deux  ans plus tard, je me suis effectivement représenté à lui en 1986, âgé de 25 ans.
Cette fois-ci, il m’était précisé que je serai appelé dans l’année pour des tests de sélections.

F.S : Quelles étaient les raisons du refus ?

G : Je manquais d’expérience, de terrain. Le Commissaire l’avait senti, à juste titre d’ailleurs, en me renvoyant dans les cordes et en m’invitant à poursuivre mon apprentissage en commissariat.

F.S : Y avait-il à ce moment des tests de sélections ? Et quels étaient-ils ?

G : Oui, il y avait des tests, beaucoup moins poussés que ne le sont ceux actuels ou ceux mis en place quelques années après mon intégration.
Les tests auxquels j’ai participé en 1986 se sont déroulés à Marseille.
Si mes souvenirs sont exacts, il y avait un test cooper, un parcours d’habileté motrice, un grimpé de corde, des tractions, dips, abdos… (bref, divers exercices de culture physique avec le poids du corps).

Il y avait également 3 mises de gants contre 3 éléments du GIPN ainsi que du sol en judo. Pour tout vous dire, pour 26 postulants, il y avait 2 places à pourvoir et j’ai fini 3ème. J’ai eu la chance que le premier appelé ne puisse pas intégrer le GIPN, et de troisième, je suis passé second pour finalement intégrer le Groupe en 1986.

F.S : Sous les ordres de quel officier avez-vous exercé ?

G : Entre le commandement du Commissaire N’Guyen et le Chef de Groupe actuel, Nicolas Battesti, le groupe a été dirigé par 4 autres Chefs de groupe.
J’ai donc servi au GIPN sous les ordres du Commissaire N’Guyen Van Loc puis de l’officier Serge Prygoski, du Chef Quiriconi, des officiers Serge Popoff et Didier Andrieux.

MISE EN PLACE AVANT ASSAUT SIMULTANE SUR PRISE OTAGE ENFANT MARS 001

INTER MARSEILLE 1992 PAS ENCORE DE COMBI NI EQUIPEMENT LOURD 001

F.S : Comment était composé le GIPN de Marseille ?

G : Le GIPN 13 était composé de 24 éléments opérationnels, renforcés par deux policiers chargés du secrétariat et de l’armurerie.

cérémonie HP site

F.S : Ces policiers chargés du secrétariat et de l’armurerie sont-ils d’anciens policiers du GIPN (comme ce fut le cas au GIPN de Bordeaux ) ?

G: Non, les premiers collègues concernés pour le secrétariat étaient des policiers qui bénéficiaient d’un emploi aménagé pour des raisons de santé ou autres.
Pour l’armurerie, nous avons eu la chance durant quelques années de bénéficier du concours d’un policier diplômé armurier, recruté par Serge Popoff. Il était chargé de l’entretien de nos armes individuelles, collectives ainsi que des montages d’accessoires d’aide à la visée sur ces dernières.
Ces camarades ont toujours été considérés des nôtres, ils faisaient partie intégrante du Groupe.

F.S  : Quel était le parc automobile et de quoi se composait l’armurerie au début du GIPN ?

G : Durant ces nombreuses années passées au Groupe, j’ai connu une évolution considérable du parc automobile, ainsi que des armes composant notre armurerie.
Pour exemple, à mon arrivée au Groupe, il n’y avait pas de fourgon d’intervention, nous disposions d’une Peugeot 505 break, d’une Citroën CX sérigraphiée break et d’une Renault 20 banalisée. J’imagine votre réaction, mais il faut remettre les choses dans leur contexte et se rappeler que si les forcenés étaient les mêmes, nous n’avions pas de matériel individuel d’intervention et donc les voitures servaient à nous transporter. Les seuls matériels à charger étaient les 2 armes des snipers des  » Steyr Malinncher » et quelques armes collectives  » HK MP5″  » PM USI ».
Individuellement, nous étions dotés de revolver RMR 73, cal. 357. Les premiers PA, Beretta 92F et FS, sont arrivés au compte-goutte à compter des années 90, puis avons vu l’arrivée des PA Glock.

F.S : Vous avez servi combien de temps au sein de cette unité ?

G : J’ai servi au sein du GIPN durant 22 années, de 1986 à 2008.

F.S : Quels sont vos meilleurs et pires souvenirs ?

G : Mes meilleurs souvenirs resteront ces nombreuses rencontres avec des copains du Groupe qui ont donné de merveilleuses histoires d’amitiés. Une amitié qui dure toujours. Nous évoquons encore certaines interventions autour d’une bière ou d’un repas.

Mon meilleur souvenir d’intervention restera la résolution d’une prise d’otage dans une école maternelle par un individu armé d’un fusil à pompe, retenant un groupe d’adultes du corps enseignant et d’une trentaine d’enfants. C’était le 4mars 1996 à Marseille, trois ans après une affaire beaucoup plus médiatisée à Neuilly-sur-Seine…

Mon pire souvenir restera une intervention pour laquelle nous avons été mis en alerte beaucoup trop tardivement et pour laquelle nous n’avons pu que constater le décès d’une enfant de deux ans et de son père désemparé. Il avait décidé que tout devait s’arrêter là. La maman de la petite Noémie l’attendait quelques étages en dessous…

PLUS MAUVAIS SOUVENIR GIPN 13 001

PRISE OTAGE ECOLE 1996 001

PRISE OTAGE ECOLE MATERNELLE MARSEILLE 1996 001

F. S : De nombreux policiers ont servi au GIPN puis au RAID, je pense à Christian Battesti et à D. Andrieu, cette passerelle existait déjà. Intégrer le RAID ne vous a jamais tenté ?

G : Dire que je n’ai jamais été tenté serait faux.
De plus dans les années 90, après à un événement partagé lors d’un stage avec Philippe V. chef d’Equipe au RAID, celui ci me proposait alors d’intégrer son Unité.
Divorcé, j’aurais donc dû m’éloigner de mes enfants, j’ai fait le juste choix de la Famille et du GIPN.

F.S : Quelle était une semaine type au sein du GIPN ?

G : Évoquer une semaine type est difficile car selon le roulement, vous étiez soit de permanence, soit de mission locale, soit de mission extérieure.
Je ne trahirai pas de secrets en vous indiquant de nombreuses séances de tir, de sports de combat, et d’entraînements spécifiques, cordes situations de crise…

F.S : Quelle(s) étai(en)t votre-vos spécialité(s) ?

G : Ma première spécialité me suivait de l’armée où j’étais tireur d’élite sur FRF1, spécialité confirmée au Groupe par un stage Police à L’E.A.I de Montpellier.
Puis, je me suis spécialisé en corde dans les années 90 en me formant auprès du Club Alpin Français, nous commencions à recevoir alors du matériel d’escalade mais cela sans formation adéquate, il fallait bien se débrouiller et avancer.

F.S : Les policiers des GIPN sont amenés à entraîner mais qui vous entraînait ?

G : Auparavant, les spécialistes de certains domaines prenaient en charge la formation des autres, pour exemple si vous aviez la chance d’avoir parmi les vôtres un Prof de Boxe Anglaise, il était logique que ce dernier dispense son savoir aux autres.
Durant de nombreuses années, seul les moniteurs APP de la Police Nationale étaient habilités à enseigner dans notre institution, mais au sein des Groupes, les exigences étaient tout autre et nous devions soit penser à un recrutement intelligent pour combler les manques, soit prendre du temps sur les repos pour nous former à certaines disciplines.
Puis les choses se sont mises en place et les Groupes ont compté de véritables spécialistes dans leurs rangs.

F.S : Les unités d’intervention sont réputées pour avoir dans leurs rangs des combattants de haut niveau, était-ce le cas à Marseille ?

G : Oui, c’était le cas à Marseille, puisque nous avons eu la chance de connaître comme l’on dit chez nous de sacrés « clients ».
Après le passage de Christian B., titré en Boxe américaine et rapidement attiré vers d’autres cieux que le GIPN, nous avons eu la chance de voir arriver Fred B., spécialiste en Boxe Anglaise, pourvu d’un diplôme d’état, qui a passé 11 années au Groupe.

Nous avons également eu la présence de Bruno L., encore un « client » de haute volée pratiquant et titré en Boxe Française.

Un autre Fred B., pratiquant-titré en Boxe Thaï, faisait aussi partie de nos rangs.
Les deux Fred B. ne partageaient d’ailleurs pas que leurs initiales, leurs qualités pédagogiques à l’entraînement et leur simplicité les réunissaient également.
Je n’ai cité que les plus emblématiques, mais il n’est pas question d’oublier les judokas, les rugbymans ou les non-spécialistes qui allaient sur le ring sans rechigner, échanger quelques points de vue.

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F.S : Des membres du GIPN de Lyon ont dessiné et fait valider la conception d’une combinaison au camouflage dit urbain (qui est aussi portée par les policiers du RAID), pourquoi a-t-elle été conçue ?

G : Celle-ci a été conçue pour bénéficier d’un réel camouflage en milieu urbain, la combinaison noire ou bleu marine n’était pas toujours adaptée…et puis il était également sympa se différencier un peu du RAID et du GIGN, qui à l’époque, prenaient tous les faits d’armes des GIPN à leur compte…par la faute des médias sans doute…
De plus, leurs propres bilans suffisaient à leur reconnaissance amplement méritée.

F.S : La cellule de coordination des GIPN organisait des entraînements inter-GIPN, quels étaient vos sujets d’entraînements et combien de policiers y participaient ?

G : Les sujets d’entraînement variaient mais restaient évidemment liés aux missions ou entraînements spécifiques. Pour exemple, je me souviens m’être rendu avec Marc à Strasbourg pour une semaine basée sur l’intervention, les différents types d’assaut. Chaque groupe envoyait deux hommes qui travaillaient et échangeaient sur un thème précis avec l’effectif complet du Groupe qui organisait et recevait.

F.S : Contrairement au RAID, les policiers, vu leur nombre, doivent être polyvalents (cordes, sniping, conduite automobile, arts martiaux…), peut-on dire que les policiers des GIPN sont plus spécialisés que ceux du RAID ?

G : La réponse est dans ta question, le mot polyvalent définit totalement et par nécessité un élément du GIPN.

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F.S : Je me souviens de cet individu que le GIPN de Marseille avait neutralisé à Béziers, pouvez-vous en parler ?

G : Je ne préfère pas trop détailler cet événement dans le contexte présent. Toutefois, j’ajouterai que nous avions touché du doigt les prémices d’un problème que notre société a rencontré à Toulouse, Bruxelles ou ailleurs dernièrement.
Quant à sa neutralisation, il l’a choisie.

F.S : Un tronc commun d’intervention (TCI) a été créé par le RAID pour que les nouveaux membres de ces services aient les mêmes modes opératoires, qu’en pensez-vous ?Les deux services passent les mêmes tests de sélection, ce qui n’était pas le cas au début de leur histoire.

G : Je redoute toujours de m’exprimer sur un sujet que je n’ai pas connu (TCI), mais à partir du moment où ces Unités sont appelées à œuvrer ensemble cette formule me paraît adaptée.

F.S : Certains ont vu la FIPN comme une réponse apportée au nouveau GIGN (qui a vu la fusion entre le GIGN « historique », l’EPIGN et le GSPR), quel est votre ressenti ?

G : Là encore, la réserve sera de mise. Si les échanges entre ces Unités d’intervention sont fréquents, mon ressenti est positif.
S’il s’agit d’une rivalité Police-Gendarmerie et distribution d’effectifs dans le seul but de satisfaire des promotions individuelles au sommet de ces deux corps respectifs, alors je reste dubitatif.

F.S : Que faites-vous aujourd’hui ?

G : Après l’obtention d’une licence par la voie d’une VAE auprès du GRETA de Montpellier, j’ai ouvert une agence d’enquêteur de recherches privées dans le sud de la France.

Policiers du GIPN en formation à l’étranger
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Les photos sont issues de la collection privée de Gérald.
Les fonctionnaires dont les visages apparaissent non floutées le sont avec leur accord direct via Gérald.

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