« Les policiers d’élite s’entraînent en vue des Jeux olympiques, où ils seront notamment en charge de la sécurité de la Seine lors de la cérémonie d’ouverture. Nous les avons accompagnés ce jeudi.

« Gueulez, gueulez, mettez de l’ambiance ! » La consigne s’accompagne d’un grand sourire et d’un mouvement de la main pour indiquer qu’il est temps de prendre place. La quinzaine de figurants se disperse, et s’installe sur les bancs d’un bateau parisien, vidé de ses touristes pour cette croisière particulière sur la Seine.

À l’extérieur de l’embarcation, les quais de Saint-Cloud et Boulogne-Billancourt défilent par les larges baies vitrées. Et subitement, un Zodiac apparaît. Se rapproche pour accoster. Et déverse sa cargaison d’hommes en noir armés à bord.

Visages masqués, les policiers du RAID se dispersent sur le bateau. La mission ? « Une tuerie de masse est en cours à bord du bateau, au moins trois personnes hostiles sont identifiées parmi les passagers. Et il faut intervenir », résume Sébastien, le gradé en charge de l’exercice.

Cela pourrait être le résumé d’une opération de crise montée en urgence le soir de la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Paris, prévue sur le fleuve le vendredi 26 juillet. Mais ça n’est, pour l’heure que l’un des scénarios imaginés pour exercer l’unité d’intervention jeudi.

Sur le bateau, évidemment aucun athlète ni quelconque preneur d’otages. Mais du personnel de Sodexo, armateur du navire touristique prêté pour l’occasion, et des policiers d’autres services, venus jouer les « plastrons », soit les figurants.

L’entraînement n’a rien d’exceptionnel pour le RAID, qui en mène d’ordinaire « un à deux par an » de ce type. Mais les policiers ont augmenté ces derniers mois la fréquence de leurs sorties fluviales. À cause de l’échéance des JO.

Les policiers du RAID ont effectué deux exercices différents, où ils devaient notamment neutraliser des faux preneurs d’otages.

Le RAID sera, lors de la cérémonie d’ouverture, en charge de la sécurisation de la Seine au cœur de Paris. Le fruit d’une répartition, actée par le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin, avec les autres unités d’intervention spécialisées de l’Hexagone.

Le GIGN s’occupera de la protection des personnalités présentes pour l’occasion et certains de ses hommes se tiendront prêts à intervenir depuis des hélicoptères, tandis que les policiers de l’antigang seront déployés dans les rues de la capitale et sur les quais.


Des consignes de confidentialité à respecter

En amont de la compétition, le RAID participe aussi au déminage de la Seine, associée à la brigade fluviale de la préfecture de police de Paris et à la Sécurité civile. Et pendant les Jeux, ses policiers se tiendront prêts à intervenir en permanence au village olympique, et auront la charge des éventuelles opérations dans les Hauts-de-Seine, la Seine-Saint-Denis, la Seine-et-Marne et les stades de Lyon, Lille, Marseille et Nice.

Mais le soir très scruté du 26 juillet, environ une centaine de ses opérateurs se tiendront prêts à intervenir sur le fleuve.

« On ne peut pas détailler tout le plan, il y a évidemment des consignes de confidentialité à respecter », souligne le patron du RAID, Guillaume Cardy. Interdiction de décrire, par exemple, les angles d’assauts des policiers lors des exercices de l’après-midi.

Consigne est également passée aux figurants du jour d’effacer les éventuelles vidéos souvenir de l’intervention de l’unité d’élite. Pas question de diffuser des séquences permettant à d’éventuels terroristes d’anticiper les mouvements du RAID en intervention.

Les policiers du RAID ont augmenté le rythme de leurs interventions en prévision des JO et de la cérémonie d’ouverture sur la Seine.

Cet après-midi, les flics d’élite, dont les armes sont remplies de cartouches marquantes de couleur pour simuler les tirs, commencent par effectuer trois « drills ». Des exercices d’approche, sans opposition, où ils se déploient dans le navire. Le drone, utilisé pour transmettre des images, pénètre dans le bateau. Les policiers se répartissent par groupes pour quadriller l’embarcation, du pont supérieur en plein air, aux différents recoins. « Clair ! », crie l’un des opérateurs après avoir inspecté des toilettes vides.

Puis, vient l’heure des exercices à thèmes où il faut cette fois composer avec la présence d’otages et de terroristes. « L’idée, c’est de monter crescendo la difficulté, décrit Sébastien. On leur donne quelques infos, et il faut faire avec ce qu’on leur transmet. Dans tous les cas, on voit une fois à bord à quelle sauce on est mangés. »

Premier cas de figure : une personne armée est signalée à bord, sans plus de détails. Les opérateurs investissent rapidement le navire, avant de trouver la raison de leur venue : un homme, équipé d’une grenade, menace de la faire exploser. Les otages filent derrière les policiers, qui ouvrent le feu. À peine le temps de débriefer, qu’il faut remonter à bord du Zodiac pour le deuxième scénario : celui d’une attaque en cours sur le bateau, avec de la confusion, des otages, et au moins trois assaillants.

Les hommes du RAID se déploient rapidement dans le navire pour intervenir au cours de cet exercice.

Là encore, l’assaut se passe avec rapidité, et précision. « Bateau ou pas, ça reste une intervention comme on sait le faire, décrit encore Sébastien. Mais le fleuve et la configuration du navire rajoutent des contraintes. » Et qu’il faut maîtriser en prévision d’une éventuelle attaque sur l’une des barges de la cérémonie d’ouverture.

Le bilan de la journée ? « Même si ça s’était mal passé, je ne vous le dirais pas », sourit le policier. Le débriefing se fera entre opérateurs. Dans l’intimité de cette unité d’élite. »

Source : Leparisien.fr – article écrit le 22 mars 2024 par Romain Baheux

Photos © LP / Arnaud Journois

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