« Inutile de vous dire que l’affaire Mohamed Merah a été vécue comme un choc pour le RAID (Recherche, Assistance, Intervention, Dissuasion), l’unité d’intervention d’élite (ils  détestent ce mot) de la police nationale. Les RETEX (retours d’expérience) ont été profondément analysés, commentés.
Dans son antre de Bièvres (photo La Voix du Nord), un ancien séminaire au sud de la région parisienne (qui jouxte la BA 107 de Villacoublay), le RAID se prépare sans relâche, surveille l’évolution des menaces et du terrorisme, se réorganise. Pour se tenir prêt.  » On ne se demande pas si ça va arriver mais quand.  »
 
Il y a eu Merah, un bras-de-fer interminable de 56 heures en mars 2012, une affaire médiatique et politique, où le temps a joué contre le RAID et les forces de l’ordre qui avaient cerné le petit appartement de la rue du Sergent-Vigné.
L’analyse aboutit à une remise en cause remarquable, alors que les paroles de Mohamed Merah retentissent dans la salle de réunion de l’état-major du RAID :  » Je n’ai pas peur de la mort, t’as vu ?  »  » Nous n’avons pas un exemple d’individu radicalisé qui se soit rendu « , commente un officier.
 » Ce n’est pas un inculte, pas un ignare. Il est très froid, très méthodique. On s’est aperçu qu’il connaissait nos manières d’intervenir, décrit-on à Bièvres. L’affaire Merah nous a permis de réfléchir à une autre technicité.  » Nous n’en dirons pas plus. Le RAID se prépare pour la prochaine fois. Un constat évident toutefois :  »  Il échange, il pourrait tweeter, il met en scène son acte. On travaille pour que le temps ne joue plus contre nous.  »
 » Un défi pour les forces d’intervention « 
Pour le contrôleur général Jean-Michel Fauvergue, le chef du RAID et de la FIPN (Force d’intervention de la police nationale, photo La Voix du Nord),  » les menaces sont protéiformes, intérieures comme extérieures, dans une période très exceptionnelle « . Les retours de Syrie, d’Irak, peut-être de Libye un jour, proposent un panorama inquiétant :  »  Ces gens vont vivre des choses particulières et peuvent importer des savoir-faire particuliers. C’est un défi pour les forces d’intervention ici  et les militaires à l’étranger. Nous travaillons d’ailleurs avec le COS (commandement des opérations spéciales) pour échanger sur les modes opératoires qu’on pourrait retrouver ici.  »
Le RAID et ses 185 fonctionnaires  (130 opérateurs de terrain répartis en quatre groupes d’assaut, dont un d’alerte et un de renfort) ne travaillent d’ailleurs pas seuls dans leur coin. Les assassinats de masse de Mumbai en Inde en 2008 ont provoqué une prise de conscience : «  Comment faire face à un tel événement ? Comment est-on organisé ?  »
Prépositionnement et Antennes RAID
La FIPN (Force d’intervention de la police nationale créée en 2009) regroupent les forces d’intervention qui ont fusionné en novembre 2013 : le RAID, plus les sept GIPN de métropole (une vingtaine de fonctionnaires plus polyvalents à Lille, Rennes, Strasbourg, Lyon, Bordeaux, Marseille, Nice) qui deviendront bientôt officiellement des Antennes RAID (le recrutement et les formations sont les mêmes, les équipements sont totalement interopérables). En cas de crise majeure, on pourrait ajouter la BRIPP (brigade de recherche et d’intervention de la préfecture de Paris), voire les gendarmes  du GIGN. Désormais,  » toutes les missions partent de Bièvres  » et de l’état-major en alerte 24 h sur 24.
 » Notre première force, c’est le prépositionnement. Avec ce maillage d’Antennes RAID, nous sommes partout en France en moins de deux heures en cas de crise « , se félicite le patron. Au moins pour «  le premier choc, pour fixer l’adversaire « .
En 2013, la FIPN est intervenue sur 14 prises d’otages, 63 forcenés et 398 interpellations en milieu clos. « Pas un blessé, pas un coup de feu », souligne-t-on. « Pourtant, les gens sont totalement désinhibés par rapport à la violence et la mort. Les compteurs explosent pour les interventions sur les criminels dangereux (multiplication par quatre pour le RAID entre 2012 et 2013).  »
Le danger pour le primo-intervenant
Au RAID, on pense aussi à ce que les policiers appellent le primo-intervenant, le fonctionnaire de terrain en patrouille qui tombera en premier sur cet individu radicalisé, dangereux. Des stages  » amok  » de 15 jours d’intervention en patrouille tentent de réintroduire de la rusticité chez les fonctionnaires  » Car face à la désinhibation, les policiers sont complètement inhibés par l’usage de l’arme à feu. On pense aux conséquences, à une enquête éventuelle, une mise en examen. On ne sait plus ouvrir le feu pour fixer le terroriste. C’est un problème majeur « , grimace un officier du RAID qui par essence interviendra beaucoup plus tard. Or le temps profite au terroriste.
L’évolution du terrorisme au XXIe siècle
Ceci est extrait d’une présentation du RAID où l’on qualifie en quatre catégories les menaces terroristes. Instructif. Regardez bien les dates…
Les attentats
2001 : Etats-Unis, attaques du 11-Septembre à New York (2 292 morts)
2004 : Espagne, attentats dans les trains de banlieue à Madrid (200 morts, 1 400 blessés).
2005 : Royaume-Uni, attentats dans le métro et les bus à Londres (56 morts, 700 blessés).
Les prises d’otages de masse
2002 : Russie, théâtre Doubrovka à Moscou (129 morts).
2004 : Russie, Ossétie du Nord, école de Beslan (344 morts, dont 189 enfants).
2013 : Algérie, complexe gazier d’In Amenas (67 morts, dont 38 otages).
Les assassinats de masse
2008 : Inde, attaques simultanées à la gare et dans des hôtels à Mumbai (80 tués, plus de 250 blessés).
2011 : Norvège, attaques de l’extrémiste Anders Breivik à Oslo et sur l’île de Utoya (93 morts).
2013 : Kenya, attaque du centre commercial Westgate à Nairobi (68 morts, 175 blessés).
2014 : Chine, province du Xinjiang, attaque de la gare de Kumming (29 morts, 130 blessés).
Les fanatiques radicalisés (filières syrienne, irakienne, peut-être libyenne…)
2012 : France, attaques terroristes de Mohamed Merah à Toulouse et Montauban (7 morts).
2013 : Royaume-Uni, assassinat au couteau d’un militaire britannique par Michael Adebolajo et Michael Adebowale à Woolwich dans la banlieue de Londres.
2013 : France, attaque au couteau d’un militaire français en patrouille vigipirate à La Défense en région parisienne (blessé).
2014 : Belgique, attaque du Musée juif à Bruxelles par Mehdi Nemmouche de retour de Syrie (4 morts).
 
Source : LaVoixduNord – article écrit le 30 septembre 2014

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