“Après dix-sept années passées à exercer le métier de gardien de la paix puis de policier d’élite au GIPN , Pierre Moreno de Creutzwald a eu le sentiment d’avoir « fait le tour » et de vouloir exercer un autre job « aussi enrichissant et jouissif » tout en se rapprochant de sa famille à Creutzwald.

En 2012, une opportunité s’offre à lui : celle de devenir démineur à la Sécurité civile dépendant du ministère de l’Intérieur. Il prend la balle au bond « d’autant qu’il n’y avait qu’un poste à pourvoir » et rejoint la dizaine de démineurs intervenant sur trois départements : Meuse, Moselle, Meurthe-et-Moselle. Des champs d’action peu concernés par les risques d’attentats mais encore vérolés par les déchets des trois dernières guerres. Et loin d’être exempts de tout danger. Bien au contraire !

« Les munitions de guerre sont même plus dangereuses et sensibles qu’avant en raison de l’oxydation et des produits flegmatisés qui s’échappent et se dispersent », explique le professionnel. La poudre noire, la mélinite sont entrées dans son vocabulaire tout comme les détails techniques permettant d’identifier les engins, leur nationalité, deviner s’ils sont transportables ou non. Une formation initiale de deux mois a permis au policier de tout apprendre sur les munitions d’artillerie, chimiques et bombes d’aviation et d’appréhender les missions EOD (Explosive ordnance disposal).

Être démineur, c’est aussi assurer des missions EEI (Engins explosifs imprévus) comme les colis piégés, les engins suspects) et les missions VO (voyage officiel), « la reconnaissance de terrains et de sécurisation des lieux avant l’arrivée de personnalités », résume le quadragénaire.


La terrible explosion de 2007 à Metz

Le spécialiste des bombes, obus et autres grenades travaille toujours en binôme et en équipe d’astreinte pour les urgences. L’enlèvement d’une roquette trouvée en forêt n’aura pas la même priorité qu’une grenade en ville… Les munitions de guerre neutralisées et récupérées sont stockées à un endroit tenu secret et sont destinées à une explosion de masse, une fois par mois sur un terrain militaire.

Si 95 % des missions du service de déminage de Metz sont axées sur les déchets de guerre, « nous sommes de plus en plus sollicités pour des colis suspects ou abandonnés dans les lieux publics ». C’est alors que Pierre Moreno revêt le casque et la tenue anti-explosion semblable à une combinaison de cosmonaute dans laquelle « on transpire comme un porc ». Après la levée de doutes radiologiques et chimiques grâce aux appareils de mesure, « on observe l’objet avec des jumelles pour l’analyser. Soit on radiographie l’engin, soit on le disloque à coup de canon à eau très puissant.»

Même si rigueur, sang-froid, vigilance sont les maîtres mots des démineurs, le risque zéro n’existe pas. Et le père de famille de rappeler le triste fait divers du 18 août 2007 : la mort de deux collègues messins lors d’une explosion dans un dépôt de munitions en Moselle. Les victimes chargeaient sur un véhicule des explosifs voués à la destruction.

Avec son mental d’ancien boxeur professionnel, Pierre Moreno essaie de rendre sa vie professionnelle aussi grisante qu’un combat tout en gardant la tête sur les épaules. « Je ne cherche pas à me mettre en danger. Je fais attention. Je suis consciencieux car mon autre mission est de rentrer vivant le soir à la maison ! ».

Source : Le République Lorrain – article écrit par Odile Boutserin le 24 octobre 2015

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