La traque de Chérif Chekatt, auteur de l’attentat du marché de Noël de Strasbourg en 2018, a duré 48h pendant lesquelles les hommes du RAID ont participé à l’avancée de l’enquête.

Il est 20h, environ, quand, ce soir du 11 décembre 2018, le Commandant divisionnaire Freddy*, patron du RAID à Strasbourg, apprend que quelque chose d’anormal a lieu sur le marché de Noël.

« Ma fille, qui est présente sur les réseaux sociaux, m’alerte qu’il y a une tuerie en cours », rembobine-t-il.

Chérif Chekatt, l’auteur de l’attentat, avait déjà pénétré la Grande-Île.

Tout le monde sur le pont

Sans plus de renseignement, il décide de « rappeler tout le monde » et avise l’échelon central du RAID à Bièvres. Aussi vite que possible, les 16 opérateurs du RAID et leur chef se rendent à l’hôtel de police de Strasbourg, pour faire un point de situation.

La dernière fois que le tireur a été aperçu ? C’est justement près du commissariat, après qu’il a été déposé par un chauffeur de taxi pris en otage. Alors, les opérateurs du RAID épaulent la Brigade de recherche et d’intervention (BRI) pour fouiller le secteur. « Notre job est de trouver au plus vite l’assaillant », ponctue Freddy.

Malheureusement, les fouilles ne donneront rien.

Trier les appels et effectuer des levées de doute

Freddy et ses hommes décident de rentrer au commissariat, où « des milliers de coups de téléphone arrivent ». S’enclenche alors un « gros travail de tri parmi les appels », afin d’identifier les plus crédibles.

Sur cette base, et toute la nuit durant, les équipes du RAID réalisent des « levées de doute ». « 

Par exemple, si des gens l’avaient vu zoner près d’un restaurant, on partait tout de suite, on fouillait le restaurant ainsi que le quartier et on revenait », illustre Freddy.

L’état d’esprit à ce moment-là ? « Il faut se mettre en mode guerre : ne pas somnoler, être attentif à la moindre information », raconte le patron.

La crainte que l’assaillant passe la frontière

Le 12 décembre, les levées de doute reprennent. 

En fin de matinée, un renseignement arrive au commissariat.

Il dit que l’assaillant a été vu au niveau du jardin des Deux Rives.

Tout près de la frontière allemande. Et, bien que celle-ci a été bloquée par les autorités outre-Rhin, la crainte est que le terroriste soit parvenu à traverser de l’autre côté.

« J’ai été obligé de forcer les gars à aller dormir »

Les opérateurs du RAID entrent en scène et réalisent la fouille de cette zone qui, de par son étendue, nécessite une technique de ratissage particulière.

Mais, là encore, après deux heures de fouille : rien.

Dans la nuit du 12 au 13 décembre, l’antenne nancéienne du RAID et un groupe d’intervention de Bièvres sont arrivés en renfort, permettant aux hommes de Freddy de se reposer un peu.

« J’ai été obligé de forcer les gars à aller dormir », confie-t-il.

L’étau autour du terroriste se resserre

Le 13 décembre, l’étau autour de Chérif Chekatt se resserre. Une vidéo, où on le voit escalader le portail d’une banque dans le quartier de la Meinau, parvient au commissariat.

« Le quartier étant totalement bouclé, il est prisonnier », sait Freddy à ce moment-là.

La police judiciaire effectue un quadrillage complet de la zone, survolée par un hélicoptère de la gendarmerie équipé de caméras thermiques.

Celles-ci permettent d’identifier des points chauds. Guidés par l’hélicoptère, les policiers du RAID avancent sur le terrain.

Chérif Chekatt tué le 13 décembre 2018

Une « petite cabane de jardin » constitue l’un des derniers points chauds identifié.

Le RAID donne l’assaut.

Il s’agissait en fait d’un poêle laissé allumé.   

L’assaillant sera retrouvé plus tard cette même journée du 13 décembre puis exécuté par une patrouille de la Brigade spécialisée de terrain (BST).

Durant son périple meurtrier, il a fait cinq morts et onze blessés.

« Une mission comme une autre »

Le travail du RAID a permis une avancée de l’enquête par élimination.

« Nos levées de doute ont permis de savoir où il n’était pas », explique ainsi le Commandant divisionnaire. 

Pour Freddy, il s’agissait de son « premier attentat ».

Ceci étant dit, « c’était une mission comme une autre », explique-t-il. « Quelque soit la mission, on garde les pieds sur terre, on est justement formés pour ça », ajoute-t-il.

Le RAID a de nombreuses missions mais ses priorités sont en effet de lutter contre le crime organisé, le grand banditisme, et le terrorisme.

« Par ailleurs, les opérateurs du RAID n’ont pas été au contact des morts ou des blessés ce soir-là », fait remarquer le Commandant divisionnaire Freddy.

*Le nom a été modifié.”

Soure : Actu.fr – article écrit le 10 décembre 2021 par Ivan Capecchi / Actu Strasbourg

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